Le Mépris (film)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Le Mépris.

Le Mépris

Réalisation Jean-Luc Godard
Scénario Jean-Luc Godard
Acteurs principaux

Brigitte Bardot (Camille)
Michel Piccoli (Paul)
Jack Palance (Prokosch)
Fritz Lang (lui-même)

Sociétés de production Compagnia Cinematografica Champion (Italie)
Les Films Concordia (France)
Rome Paris Films (France)
Pays d’origine Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Genre Drame
Sortie 1963
Durée 103 min

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le Mépris est un film franco-italien réalisé par Jean-Luc Godard, sorti en 1963.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le scénariste parisien Paul Javal et son épouse Camille rejoignent le réalisateur Fritz Lang en tournage pour le compte du producteur de cinéma américain Jeremy Prokosch, sur le plateau du film Ulysse (une adaptation de l’Odyssée) en chantier à la villa Malaparte à Capri en Italie.

Il est proposé à Paul Javal de reprendre et de terminer le scénario du film. Camille n'est pas très heureuse de ce long voyage de travail impromptu, loin de chez elle, parmi des inconnus. Durant le séjour, Paul Javal laisse le riche et séduisant producteur seul avec Camille, alors qu'elle, intimidée, insiste pour demeurer auprès de Paul. À tort, Camille s'imagine que son mari la pousse dans le lit du producteur pour obtenir le travail de réécriture du scénario. De là naissent des malentendus, le mépris, et leur couple vole en éclats.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Tournage[modifier | modifier le code]

La première version du film n'a pas du tout plu aux producteurs américains ; en effet, la présence de Brigitte Bardot étant un atout majeur pour la production américaine, il était dès lors incompréhensible et inacceptable que le montage définitif de Godard ne comprenne pas de scènes de nu de l'actrice française. Jean-Luc Godard, furieux, revoit alors sa copie.

Raoul Coutard, directeur de la photographie[1] :

« Ça a été un drame parce que Jean-Luc a été obligé de retourner un certain nombre de plans pour que les Américains finissent de payer le dernier versement et c'est Alain Levent qui les a tournés parce que moi j'étais sur un autre film à ce moment-là. Cela s'est passé complètement à la fin, c'est-à-dire qu'on avait fait l'étalonnage du film. On avait envoyé le film à Sam Levine et ensuite il a dit : Non, non, ça ne va pas, je veux voir le c.. de Bardot. »

Réception critique[modifier | modifier le code]

« Le véritable Et Dieu… créa la femme, c'est Godard qui l'a tourné, et cela s'appelle Le Mépris. Je ne cherche pas à démêler — et peu m'importe — si Godard a respecté ou non le roman de Moravia, ou si Losey eût fabriqué un film plus moravien que Godard. Le Mépris que nous voyons, c'est du pur Godard, et, je m'empresse de le dire, de l'excellent Godard. Le prétexte, l'objet du film, plus que le roman italien, c'est BB. Ce que Vadim a imaginé dans son premier film, mais n'a plus été capable de réaliser, ce que Louis Malle a raté dans Vie privée, Godard l'a réussi. Le Mépris est le film de Bardot, parce qu'il est le film de la femme telle que Godard la conçoit et telle que Bardot l'incarne. Si le phénomène Bardot doit représenter plus tard quelque chose dans l'histoire du cinéma, au même titre que Garbo ou Dietrich, c'est dans Le Mépris qu'on le trouvera. Je ne sais dans quelles conditions le tournage a eu lieu ni si Bardot et Godard se sont bien entendus. Le résultat est là : il y a rarement eu entente aussi profonde (consciente ou non — consciente, je suppose, chez Godard) entre une actrice et son metteur en scène. »

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • En épigraphe du film, Jean-Luc Godard attribue à André Bazin la citation suivante : « Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs. » Cette citation vient en fait d'un article de Michel Mourlet intitulé « Sur un art ignoré » paru dans les Cahiers du cinéma en 1959. La citation exacte est la suivante : « Le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs[3],[4]. »
  • Contrairement à une idée couramment répandue, ce n'est pas Jean-Luc Godard qui dit le générique en voix off au début du film[5].
  • Le film comprend des dialogues en français, anglais, italien et allemand.
  • Le dernier mot du film est « Silenzio ! » (Silence !), et est prononcé par Godard, en tant qu'assistant de l'équipe de tournage. Ce mot de clôture a été repris par David Lynch dans son film Mulholland Drive.
  • Georges Delerue signe ici une de ses partitions les plus connues, citée ou reprise dans plusieurs autres films, notamment Casino de Martin Scorsese.
  • Pour l'Italie, la bande originale, totalement différente, est interprétée par Piero Piccioni, un des plus grands jazzmen italiens.
  • Le Mépris est un exemple de film contenant un film.
  • Le 9 juin 2013, le manuscrit autographe du scénario du film est vendu aux enchères au prix de 144 300 €[6]. Il a été acquis par Aristophil[7] et il est actuellement exposé au Musée des Lettres et Manuscrits à Paris[8]. À l'occasion des cinquante ans de la sortie du film, ce manuscrit est tiré à 1 000 exemplaires exceptionnels par les éditions des Saints Pères.
  • La version du Mépris diffusée sur Arte le 7 avril 2014, à 20h50[9], omet une phrase importante du film. Lors de la séquence du visionnage des rushs (à 12 minutes 47 secondes), Fritz Lang, dans son propre rôle, s'adressant à Jack Palance, dans celui du producteur, dit : "Jerry, don't forget. The gods have not created men. Man has created gods". La traduction française, telle qu'elle est prononcée en voix off par Giorgia Moll, dans le rôle de Francesca l’assistante du producteur, alors que le plan fixe d'un buste en bronze d'Homère est à l'image, a tout simplement été supprimée : "Ce n'est pas les dieux qui ont créé les hommes, mais les hommes qui ont créé les dieux". Dans ce nouveau montage, ne subsiste de ces quelques secondes du plan fixe de la statue d'Homère, sur fond d'un ciel bleu, que les paroles prononcées juste avant celles de Francesca par Michel Piccoli (dans le rôle de Paul le scénariste du film) : "Tiens, Homère".

Filmographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Luc Godard, Le Mépris : manuscrit original, édition des Saints Pères,‎ 2013 (ISBN 978-29542687-3-6)
  • Marc Cerisuelo, Le Mépris, Chatou, Les Éditions de La Transparence, coll. « Cinéphilie »,‎ 2006, 92 p. (ISBN 9782350510156)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Extrait de son interview figurant parmi les bonus du double DVD Le Mépris (Contempt), Éditions The Criterium Collection, 2002.
  2. Extrait de l'essai Des yeux pour voir de Jean-Louis Bory, Éditions 10/18, Ramsay Poche Cinéma, Paris, 1971 (ISBN 2-85956-949-9)
  3. Michel Mourlet, « Sur un art ignoré », Cahiers du cinéma, no 98,‎ août 1959
  4. Michel Mourlet, « Sur un art ignoré », dans Michel Mourlet, Sur un art ignoré : La mise en scène comme langage, Ramsay, coll. « Ramsay Poche Cinéma »,‎ 2008, p. 34
  5. Interview du 18 janvier 2007 effectuée par Alain Bergala pour Les Cahiers du Cinéma.
  6. Voir sur jeanmarcmorandini.com.
  7. Acquisition du manuscrit du Mépris de Godard par Aristophil
  8. Le manuscrit du scénario du Mépris exposé au Musée des Lettres et Manuscrits de Paris
  9. rediffusé sur Arte le 11 avril 2014 à 13h45
  10. Sources : Festival Lumière 2010 et France 5, les documentaires, collection Un film et son époque

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :