Armide (Lully)

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Renaud et Armide par Nicolas Poussin (1629).

Armide (LWV 71) est la dernière tragédie en musique (en cinq actes et un prologue) terminée par Jean-Baptiste Lully. Elle fut composée en 1686 sur un livret de Philippe Quinault[1] et est souvent considérée comme le chef-d'œuvre des deux artistes. Après Armide, Quinault renonce au théâtre et, un an plus tard, Lully décède de la gangrène.

Le sujet de la tragédie est emprunté à la Jérusalem délivrée (Gerusalemme liberata) du Tasse. Il narre l'amour malheureux de la magicienne Armide pour le chevalier Renaud.

Le monologue d'Armide Enfin, il est en ma puissance qui clôt l'acte II est, au XVIIIe siècle, l'une des pages les plus célèbres de la musique française. Considéré comme « le modèle le plus parfait du vrai récitatif français »[2], il est, en pleine Querelle des Bouffons, critiqué, dans sa Lettre sur la musique française, par Jean-Jacques Rousseau, fervent défenseur du goût italien. Au cinquième acte, l'impressionnante passacaille avec chœurs et solistes est également l'un des clous de la partition.

En 1777, Gluck composera un de ses chefs-d'œuvre en reprenant presque tel quel[3] le livret de Quinault.

Personnages[4][modifier | modifier le code]

Personnages Tessiture Création, 15 février, 1686
(Pascal Colasse)
ACTEURS DU PROLOGUE
La Gloire soprano
La Sagesse soprano
ACTEURS DE LA TRAGÉDIE
Armide, magicienne, nièce d'Hidraot soprano Marthe Le Rochois
Phénice, confidente d'Armide soprano Marie-Louise Desmatins
Sidonie, confidente d'Armide soprano Françoise Moreau
Hidraot, magicien, roi de Damas basse Jean Dun-père
Renaud, chevalier chrétien haute-contre Louis-Gaulard Du Mesny
Ubalde, chevalier chrétien basse
Aronte, chevalier chrétien basse
Artémidore, chevalier chrétien ténor
Le Chevalier Danois, chevalier chrétien ténor
Lucinde, dame des pensées du Chevalier danois soprano
Mélisse, dame des pensées d'Ubalde soprano
La Haine basse M. Frère
Un Amant Fortuné ténor
Une Bergère Héroïque soprano
Une Naïade soprano
Une Bergère Héroïque soprano

Intrigue[modifier | modifier le code]

Prologue[modifier | modifier le code]

Le théâtre représente un palais

La Gloire et la Sagesse vantent les mérites de Louis XIV, le « maître absolu de cent peuples divers ». Elles chantent la « douceur de ses lois » et ses « glorieux exploits ». Les deux allégories qui se « partagent son grand cœur » déclarent leur amour pour ce « sage roi ». Elles introduisent ensuite la tragédie qu'on donnera pour lui et « qui verra Renaud [...] voler là où la Gloire appelle son courage ».

Acte premier[modifier | modifier le code]

Le théâtre représente une grande place ornée d'un arc de triomphe

On célèbre la victoire d'Armide sur les chevaliers croisés de Godefroy. Phénice et Sidonie, les confidentes de la magicienne, s'étonnent de la « sombre tristesse » de celle-ci. Armide leur confie que sa victoire est incomplète, puisqu'elle n'a pas pu triompher de « l'indomptable Renaud », le plus vaillant de tous ses ennemis. Partagé entre haine et admiration pour ce « funeste ennemi », Armide est obsédée par un songe affreux dans lequel elle voit Renaud vainqueur de tous ses charmes. Le sorcier Hidraot, roi de Damas et oncle d'Armide, félicite celle-ci de sa victoire et l'invite à se choisir un époux. Armide lui répond que « seul le vainqueur de Renaud, si quelqu'un le peut-être, sera digne d'elle ». Les peuples du Royaume de Damas célèbrent le triomphe d'Armide par des danses et des chants (« Suivons Armide et chantons sa victoire »). Ils sont interrompus par l'arrivée d'Aronte. Celui-ci, chargé de la conduite des prisonniers chrétiens annonce « qu'un guerrier indomptable les a délivré tous ». « C'est Renaud » s'écrie Armide. Hidraot et la magicienne crient alors vengeance (« Poursuivons jusqu'au trépas l'ennemi qui nous offense»).

Acte deuxième[modifier | modifier le code]

Le théâtre représente une campagne où une rivière forme une île agréable

Renaud, banni par Godefroy pour avoir tué « le fier Gernand», quitte le camp des chrétiens. Artémidore, un des chevaliers que celui-ci a libéré, le met en garde contre les enchantements d'Armide. Renaud affirme ne pas craindre « le pouvoir de ses yeux » et « mépriser le charme de l'amour ». De leur côté, Armide et Hidraot préparent un piège à Renaud. Ils invoquent, pour ce faire, des démons (« Esprits de haine et de rage »). Armide demande le privilège de frapper elle-même Renaud. Lorsque celui-ci paraît, il est charmé par le « séjour si charmant » qui l'entoure (« Plus j'observe ces lieux »). Sous l'effet de la magie, il s'endort sur le gazon. Pendant son sommeil, les créatures infernales d'Armide, sous l'aspect de naïades, nymphes, bergers et bergères, vantent les plaisirs de l'amour tandis qu'ils enchaînent le chevalier à l'aide de guirlandes de fleurs. Armide s'avance alors un dard à la main (Monologue : « Enfin, il est en ma puissance »). Prête à frapper Renaud, elle hésite, se ressaisit, mais ne peut se résoudre à tuer « ce superbe vainqueur » qu'elle admire tant. Décidée à le rendre amoureux par ses « enchantements », elle ordonnes aux démons, transformés en zéphirs, d'enlever Renaud et de les conduire tous deux « dans les plus reculés déserts ».

Acte troisième[modifier | modifier le code]

Le théâtre change et représente un désert.

Armide désespère : malgré elle, elle aime Renaud mais celui-ci demeure indifférent à son amour (« Ah! Si la liberté me doit être ravie »). Sidonie et Phénicie paraissent devant leur maîtresse et l'informent que ses enchantements ont eu raison de la froideur de Renaud et que celui-ci l'aime maintenant, à son tour. Pourtant Armide mesure comme son amour est différent de celui de Renaud et elle se résout à faire appel à la Haine afin de se débarrasser de cette passion honteuse (« Venez, venez, Haine implacable »). La Haine sort alors des enfers avec sa suite et entreprend, par un rituel, de briser et bruler les armes dont l'amour se sert (« Plus on connaît l'amour, et plus on le déteste »). Mais, alors qu'elle s'apprête à arracher l'amour du sein d'Armide, la magicienne se libère de son emprise déclarant « qu'il n'est pas possible de lui ôter son amour sans lui arracher le cœur ». Armide chasse la Haine et celle-ci disparaît en prédisant que l'amour causera la perte de la magicienne.

Acte quatrième[modifier | modifier le code]

Ubalde et le Chevalier danois, envoyés délivrer Renaud, errent dans le désert. « Ubalde porte un bouclier de diamant et tient un sceptre d'or qui lui ont été donnés par un magicien pour dissiper les enchantements d'Armide ; Le Chevalier danois porte une épée qu'il doit présenter à Renaud. Soudain, une vapeur s'élève et se répand dans le désert. Des antres et des abimes s'ouvrent et il en sort des bêtes farouches ». À l'aide des artéfacts magiques, les deux chevaliers éloignent les infernales créatures. Le désert disparaît alors et se change en « une campagne agréable, bordée d'arbres chargés de fruits et arrosée de ruisseaux ». Mais un péril encore plus redoutable attend les combattants : Lucinde, la dame des pensées du Chevalier danois apparait. Celui-ci, succombant à sa passion, reste sourd aux avertissements de son ami (« Est-ce là cette fermeté, dont vous vous-êtes tant vanté? »). Ubalde touche alors Lucinde avec le sceptre d'or et ce qui n'était qu'un leurre disparait. Mais Mélisse, l'amande d'Ubalde s'avance et celui-ci s'abandonne à son tour à l'amour. Le Chevalier danois lui arrache des mains le sceptre et l'utilise pour faire disparaitre la chimère. Se ressaisissant, les deux chevaliers jurent de ne plus se détourner de leur but et de mener à bien leur mission (« Fuyons les douceurs dangereuses des illusions amoureuses »).

Acte cinquième[modifier | modifier le code]

Le théâtre change et représente le palais enchanté d'Armide

Renaud, sous l'effet de la magie d'Armide, brûle d'un amour passionné pour la magicienne (« Armide, vous m'allez quitter »). Celle-ci redoute pourtant la Gloire, sa rivale dans le cœur de Renaud. Après avoir échangé des promesses amoureuses avec son bien-aimé, elle décide de « consulter les enfers » et s'éloigne laissant Renaud en compagnie des Plaisirs. Un amant fortuné chante les vertus de l'amour (Passacaille : « Les Plaisirs ont choisi pour asile »), mais Renaud ne veut rien sinon le retour d'Armide (« Allez, allez, éloignez-vous de moi »). C'est alors que paraissent Ubalde et le Chevalier danois. À l'aide du bouclier de diamant, ils libèrent Renaud des enchantements d'Armide. Celui-ci, affranchi de son amour pour la magicienne s'apprête à partir lorsque Armide paraît. Celle-ci supplie Renaud de rester (« Renaud ! Ciel ! Ô mortelle peine !  »), mais malgré son désespoir, ses menaces, ses prières, Renaud s'éloigne (« Trop malheureuse Armide, hélas ! Que ton destin est déplorable »). Armide tombe et s'évanouit. Pleine de douleurs, elle se ressaisit et, maudissant Renaud (« Le perfide Renaud me fuit »), elle ordonne à ses démons de détruire son palais enchanté avant de s'enfuir sur un char volant.

Histoire[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Lully, compositeur de la musique d'Armide
Philippe Quinault, librettiste d'Armide

À l'époque d'Armide, en 1686, Lully et Quinault en sont à leur onzième collaboration dans le domaine de la tragédie lyrique. Bien que leur association soit quelque peu antérieure (La Grotte de Versailles, églogue en musique et Le Triomphe de l'Amour, opéra-ballet en cinq actes), c'est à la tragédie lyrique ou tragédie en musique, genre qu'ils ont créé et porté à la perfection et où leur génie a pu le mieux s'épanouir, qu'ils doivent d'être considérés comme un des plus fameux couples librettiste-compositeur de l'histoire de la musique[5]. Depuis 1673, date de la création de Cadmus et Hermione, leur première tragédie lyrique, Lully et Quinault donneront un spectacle presque chaque année. Au fil de leurs ouvrages, ils affineront leur style, recentreront les intrigues, intègreront plus subtilement les divertissements à l'action, rendront les récitatifs de plus en plus réalistes, etc. Les deux artistes sont donc chacun au sommet de leur art lorsqu'ils se mettent à travailler sur Armide. Cette tragédie lyrique sera d'ailleurs, après 18 années de travail commun, leur ultime collaboration. En effet, après Armide, Quinault, préoccupé par son salut, se tourne vers la religion et Lully décède de la gangrène[6] un an plus tard, sans avoir achevé Achille et Polyxène, sa dernière tragédie lyrique (sur un livret Jean Galbert de Campistron). Armide est donc en quelque sorte le chant du cygne du couple.

Création[modifier | modifier le code]

C'est le roi lui-même qui choisit le sujet. Le marquis de Dangeau précise dans son journal que le mercredi 16 mai 1685, « Quinault apporta au roi chez Madame De Montespan trois livres d'opéra pour cet hiver : l'un étoit Malaric, fils d'Hercule, le second Céphale et Procris, le troisième Armide et Renaud ; le roi les trouva tous trois à son gré et choisit celui d'Armide »[7].

L'intrigue, tirée de La Jérusalem délivrée (La Gerusalemme liberata) du poète italien Le Tasse (1544-1595), est donc, à l'instar d'Amadis et de Roland, et à l'inverse des plus anciennes tragédies de Lully, basé sur un sujet héroïque et non mythologique, signe d'une évolution dans le choix des livrets.

Quinault s'est inspiré, pour la rédaction du livret d'Armide, des chants II, V, X et XIV, du chef-d'œuvre du Tasse et il a inventé entièrement le troisième acte[8].

Armide fut représentée pour la première fois le 15 février 1685[1] en présence du Grand Dauphin. Les décors étaient de Jean Bérain et Mlle Le Rochois, une habituée[9] des rôles de Lully, jouait le rôle-titre[10]. Probablement à cause de la disgrâce dans laquelle Lully était tombé à la cour[11], l'œuvre ne fut pas créée à Versailles, mais à Paris (théâtre du Palais-Royal). Pour cette même raison, le Roi n'assista jamais à une seule représentation, ce qui affecta fort le compositeur. Dans la préface de la partition, celui-ci fait état de sa déception : « Mais que me sert-il, SIRE, d'avoir fait tant d'efforts pour me haster de Vous offrir ces nouveaux Concerts ? »[12]. Quoi qu'il en soit, à en croire Lully lui-même, sa dernière tragédie lyrique remporta un réel succès. En effet, voici ce qu'il écrivit encore dans la préface de sa partition : « De toutes les Tragedies que j'ay mis en musique voicy celle dont le Public a temoigné estre le plus satisfait : C'est un spectacle où l'on court en foule, & jusqu'icy on n'en a point veu qui ait receu plus d'applaudissements ... »[12]. Bien que l'on ne sache pas trop pourquoi, Armide reçut — comme Atys (« l'opéra du Roi »), Isis (« l'opéra des musiciens ») et Phaéton (« l'opéra du Peuple ») — un sobriquet : L'œuvre fut surnommé « l'opéra des Dames »[13]. La partition fut éditée chez Christophe Ballard en 1686[12].

Au fil des reprises[modifier | modifier le code]

Immédiatement salué comme le chef-d'œuvre de son auteur[14], Armide connut, en France comme à l'étranger, de nombreuses reprises au cours des XVIIe siècle et XVIIIe siècle (notamment en 1688, 1703, 1713, 1714, 1724, 1746, 1747, 1761)[15]. L'œuvre fut même le premier opéra français à être donné en Italie (en 1690 à Rome dans une traduction de Silvio Stampiglia). Le Cerf de La Viéville, contemporain de Lully et auteur de la fameuse Comparaison de la musique italienne et de la musique française (1704), décrivait dans cet ouvrage l'effet que produisait sur ses auditeurs le célèbre monologue d'Armide (Enfin il est en ma puissance), considéré comme un des clous de la partition : « J'ai vu vingt fois tout le monde saisi de frayeur, ne soufflant pas, demeurer immobile, l'âme tout entière dans les oreilles (...) puis, respirant là avec un bourdonnement de joie et d'admiration »[16]. Preuve encore du succès de la partition, de nombreuses parodies de la pièce sont à signaler (Arlequin à la guinguette, 1711 ; trois « Armide », 1721, 1725, 1747 ; La Bohémienne, 1747).

La Querelle des Bouffons[modifier | modifier le code]

Lors de la Querelle des Bouffons (1752-1754), alors que le monde musical est divisé entre partisans de la musique italienne et défenseurs de la musique française, Armide, œuvre emblématique qui avait « le suffrage des premiers maîtres d'une nation »[17], se retrouve au cœur des débats. Dans son Au petit prophète de Boesmischbroda, au Grand Prophète Monet (1753), Diderot défie les tenants de la musique italienne de démontrer, par une analyse critique du monologue d'Armide, l'infériorité de la musique française ajoutant que « L'opéra d'Armide est le chef-d'œuvre de Lulli, et le monologue d'Armide est le chef-d'œuvre de cet opéra »[17]. Jean-Jacques Rousseau, fervent défenseur de la musique italienne, répond dans sa célèbre Lettre sur la musique française (1753), à la proposition de Diderot. Il examine alors, en le démontant, ce monologue « qui passe, constate-il, pour un chef d'œuvre de déclamation, et que les maîtres donnent eux-mêmes pour le modèle le plus parfait du vrai récitatif français »[2]. Son analyse très détaillée vise à démontrer que la musique de Lully ne colle pas au texte et qu'elle ne parvient pas à traduire les sentiments exprimés par Quinault. Sa virulente conclusion où il résume ses reproches est mémorable :

Jean-Philippe Rameau, le chef de file du mouvement français, réplique en 1754 par la publication de ses Observations sur notre instinct pour la musique et sur son principe. Il s’y livre notamment à un examen du monologue d'Armide parallèle à celui de Rousseau et en présente une analyse complètement opposée, mettant en évidence l'intelligence avec laquelle Lully a su adapter sa musique aux vers du livret.

Gluck et Armide[modifier | modifier le code]

Plus de vingt ans après la fin de la Querelle des Bouffons, alors qu'une nouvelle polémique artistique (Querelle des Gluckistes et des Piccinnistes) embrase Paris, le livret de Quinault connaît sa seconde utilisation : Christoph Willibald Gluck, qui avait à cette époque entrepris de réformer la musique française, réutilise, presque sans modifications[3], le livret d' Armide et compose dessus un de ses plus grands chefs d'œuvre. Par cet opéra, crée le 23 septembre 1777, Gluck remet en question les fondements, apparemment inviolables, de la tragédie lyrique en cinq actes. Il revitalise le genre et démontre que celui-ci est encore capable de toucher les sensibilités des spectateurs de la fin du XVIIIe siècle.

Dans son livre 1001 opéras, Piotr Kaminski écrit que « La comparaison des deux [Armide] prodigue d'éclatants éclairages sur l'évolution du style, du langage dramatique et des modes expressifs, en somme : sur deux époques du drame musical. »[18]

En partie éclipsé par l'ouvrage de Gluck, l'Armide de Lully connaît de moins en moins de représentations. Après la Révolution, elle disparaît tout à fait de la scène et sombre au XIXe siècle dans un relatif oubli.

L'époque moderne[modifier | modifier le code]

Bien que le monologue ait été exécuté en 1832 par François-Joseph Fétis à Paris à l'occasion d'un « concert historique », la redécouverte de l'œuvre date de 1887 : lors du bicentenaire de la mort de Lully des extraits sont joués sur instruments anciens par les étudiants du Conservatoire de Bruxelles. Au XXe siècle Armide est sporadiquement reprise : en 1905 à la Schola Cantorum de Paris, en 1911 à Florence, en 1918 à Monte-Carlo (première reprise scénique), en 1939 à Genève, en 1957 à Bordeaux (dans une version « révisée » par Henri Busser reprise 2 ans plus tard au festival de Wiesbaden), en 1981 à Birmingham[19]. Philippe Herreweghe dirigera, en 1983, une version de concert (avec Rachel Yakar dans le rôle titre) qui donna lieu au premier enregistrement de l'œuvre. Près d'une décennie plus tard, en 1992, Armide est reprise, à nouveau sous la direction d'Herreweghe, à l'opéra d'Anvers et au théâtre des Champs-Élysées dans le cadre d'un « cycle Lully ». Cette production donnera lieu au second enregistrement. La première représentation en Amérique du Nord du chef d'œuvre de Lully se déroula en 2005 à l'Elgin Théâtre de Toronto.

Une production mise en scène par Robert Carsen fut donnée en octobre 2008 au théâtre des Champs-Élysées sous la direction de William Christie avec les chœurs et l'orchestre des Arts Florissants. Stéphanie d'Oustrac y interprétait Armide, tandis que Paul Agnew jouait Renaud.

Discographie[modifier | modifier le code]

« Intégrales »[modifier | modifier le code]

Il existe trois enregistrements « complets » de l'Armide de Lully. Deux sont dus au chef d'orchestre belge Philippe Herreweghe et à sa Chapelle Royale.

  • Le premier enregistrement, publié par Erato, date de 1983 et n'est, à l'heure actuelle, plus disponible. Il était amputé de tout le IVe acte. Herreweghe affirma lui-même que ce fut sans doute son plus mauvais disque[20].
  • Le second, fut enregistré en 1992 et publié chez Harmonia Mundi en 1993. La distribution réunit des chanteurs réputés dans l'interprétation de la musique baroque française, la plupart d'entre eux ayant contribué au succès d'Atys quelques années plus tôt.
  • Une troisième « intégrale » est parue en 2008 chez Naxos. Il s'agit d'un « live » enregistré lors de représentations à l'Opéra Lafayette en 2007. L'orchestre y est dirigé par Ryan Brown. L'opéra est néanmoins amputé de tout son prologue.

Extraits[modifier | modifier le code]

De très nombreux extraits ont été enregistrés. Citons notamment :

  • Jean-François Paillard enregistra en 1972 avec son orchestre, l'ouverture, le duo d'Armide et d'Hidraot (acte II, scène 2), le sommeil de Renaud (acte II, scène 3), le monologue d'Armide (acte II, scène 5) et la passacaille (acte V, scène 2). Le CD est paru chez Érato. Nadine Sautereau tenait le rôle d'Armide, André Mallabrera celui de Renaud et Roger Soyer celui de la Haine).
  • Skip Sempé a enregistré avec le Capriccio Stravagante, le monologue d'Armide (rôle tenu par Guillemette Laurens) et la passacaille pour un CD consacré aux divertissements de Lully (Harmonia Mundi).
  • William Christie a enregistré avec Les Arts Florissants, le monologue d'Armide, le duo « Armide, vous m'allez quitter » et la passacaille dans le cadre d'un CD intitulé Les Divertissements de Versailles (Érato). Rinat Shaham chantait Armide.
  • Patricia Petibon a enregistré les deux monologues d'Armide (« Enfin, il est en ma puissance » et « Le perfide Renaud me fuit ») pour son CD d'Airs baroques français. Elle était accompagnée par Patrick Cohen-Akenine et ses Folies françoises.
  • Véronique Gens a publié, avec Christophe Rousset et ses Talens Lyriques, un disque consacré aux grandes tragédiennes de l'opéra français. On retrouvera sur ce disque l'ouverture, le monologue d'Armide, l'air « Venez, venez, Haine implacable ! » et la passacaille.

L'intégrale se trouve sur internet : https://www.youtube.com/watch?v=TUEIl4uzWJk&feature=fvwrel

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b François-René Tranchefort, L'Opéra, Éditions du Seuil,‎ 1983, 634 p. (ISBN 2-02-006574-6), p. 41
  2. a, b et c Jean-Jacques Rousseau, Lettre sur la musique française, Paris, 1753
  3. a et b Le prologue à la gloire du Roi-Soleil est supprimé et quelques lignes de récitatifs sont ajoutées par Le Blanc du Roullet à la fin de l'acte III.
  4. Les informations de cette section proviennent, en grande partie de Piotr Kaminski, 1001 opéras, Fayard, 2003.
  5. Jean-Christophe Henry, « L'ultime chef-d'œuvre », Dossier Armide. Disponible sur Forum Opéra.
  6. On raconte que Lully se serait blessé au pied avec son bâton de direction en dirigeant son Te Deum. La blessure s'infecta et la gangrène s'y mit. Le Florentin rendit l'âme le 26 mars 1687.
  7. Journal du marquis de Dangeau, tome I, 1684-1686, p. 173.
  8. Marie-Christine Vila, Guide de l'opéra, Larousse, 2005.
  9. Celle-ci avait déjà crée le rôle de Mérope (Persée), d'Arcabonne (Amadis) et d'Angélique (Roland) et créera, un an plus tard, le rôle de Galatée (Acis et Galatée).
  10. Piotr Kaminski, 1001 opéras, Fayard, 2003, p. 827
  11. Les mœurs de Lully (on le soupçonne notamment de sodomie avec son page, Brunet) étaient de moins en moins tolérées à la cour mais surtout par Madame de Maintenon qui avait, à cette époque, une très grande emprise sur le Roi.
  12. a, b et c Partition de Armide, Par Monsieur De Lully, publié en 1686 par Christophe Ballard
  13. Jean-Laurent Le Cerf de La Viéville, Comparaison de la musique italienne et de la musique française, Bruxelles, 1704
  14. Armide, où le sommet de la « Tragédie en musique », Philippe Beaussant, 1992 (Livret d'accompagnement du cd de l'Armide d'Herreweghe paru chez Harmonia Mundi)
  15. Par exemple : Antoine de Léris, Dictionnaire portatif historique et littéraire des théâtres, C. A. Jombert, Paris, 1763. Pour un compte rendu plus précis de toutes les représentations de cet opéra, consulter Operabaroque_cadre
  16. cité dans Piotr Kaminski, 1001 opéras, Fayard, 2003, p. 827 »
  17. a et b Denis Diderot, Au petit prophète de Boesmischbroda, au Grand Prophète Monet, Paris, 1753
  18. Piotr Kaminski, 1001 opéras, Fayard, 2003, p. 498
  19. Informations provenant du site de Jean-Claude Brenac consacré à l'opéra baroque Operabaroque_cadre et de : Piotr Kaminski, 1001 opéras, Fayard, 2003, p. 827
  20. « Aussi le résultat fut-il décevant. Sans parler du disque qui suivit qui est sans doute mon plus mauvais. », Interview de Philippe Herreweghe paru dans Le Monde de la Musique en novembre 1992.

Liens externes[modifier | modifier le code]