Ioulia Tymochenko

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Ioulia Tymochenko
Юлія Тимошенко
Julija Tymošenko
Ioulia Tymochenko, en 2011.
Ioulia Tymochenko, en 2011.
Fonctions
13e Premier ministre ukrainien
18 décembre 20073 mars 2010
(&&&&&&&&&&&&08062 ans, 2 mois et 15 jours)
Président Viktor Iouchtchenko
Viktor Ianoukovytch
Gouvernement Tymochenko II
Législature VIe Rada
Coalition BIouT - Notre Ukraine
Prédécesseur Viktor Ianoukovytch
Successeur Oleksandr Tourtchynov (intérim)
Mykola Azarov
10e Premier ministre ukrainien
24 janvier 20058 septembre 2005
(&&&&&&&&&&&&02277 mois et 14 jours)
Président Viktor Iouchtchenko
Gouvernement Tymochenko I
Coalition BIouT - Notre Ukraine
Prédécesseur Mykola Azarov
Successeur Iouriï Iekhanourov
Vice-Première ministre
chargée du Fioul et de l'Énergie
30 décembre 199919 janvier 2001
Président Leonid Koutchma
Gouvernement Viktor Iouchtchenko
Prédécesseur Aleksey Sheberstov
(ministre de l'Énergie)
Successeur Ivan Plachkov
(ministre du Fioul et de l'Énergie)
Biographie
Nom de naissance Ioulia Hryhian (Grigyan)
Date de naissance 27 novembre 1960 (53 ans)
Lieu de naissance Dnipropetrovsk
RSS d'Ukraine RSS d'Ukraine
Drapeau de l’URSS Union soviétique
Nationalité Drapeau : Ukraine Ukrainienne
Parti politique Union panukrainienne « Patrie » (BIouT)
Conjoint Oleksandr Tymochenko
(depuis 1979)
Enfant(s) Eugenia Tymochenko
(née en 1980)
Diplômé de Université nationale des mines d'Ukraine
Université nationale de Dnipropetrovsk
Universite nationale d'économie de Kiev
Religion Orthodoxie
(Patriarcat de Kiev)

Ioulia Tymochenko
Premiers ministres ukrainiens

Ioulia Volodymyrivna Tymochenko (ukrainien : Юлія Володимирівна Тимошенко, la transcription usuelle en français est « Timochenko », comme on peut le lire dans la presse francophone[1]), née Hryhian (Grigyan) le 27 novembre 1960 à Dnipropetrovsk (RSS d'Ukraine), est une femme d'affaires et femme politique ukrainienne, d'origine russo-lettonne[2]. Elle apprend la langue ukrainienne dans les années 1990.

Femme d'affaires avec son mari depuis la perestroïka, elle fait fortune dans l'industrie gazière. Devenue oligarque, elle est élue députée au Parlement en 1996. Elle fonde, en 2001, le Bloc Ioulia Tymochenko (BIouT), une coalition de partis politiques de centre-droit la soutenant. Réputée charismatique, elle est remarquée pour son rôle dans la Révolution orange, une série de manifestations contre le résultat de l'élection présidentielle de 2004, que l'opposition considère comme falsifié.

Viktor Iouchtchenko, porté à la présidence de l'Ukraine par la Révolution orange, nomme Ioulia Tymochenko Premier ministre le 24 janvier 2005, puis la limoge le 8 septembre suivant. Elle est à nouveau nommée Premier ministre le 18 décembre 2007. Ses deux mandats sont marqués par une forte rivalité avec le président Iouchtchenko, son ancien allié dans la Révolution orange. Candidate du BIouT à l'élection présidentielle de 2010, elle est la première femme à être présente au second tour d'une élection présidentielle en Ukraine. Avec 45,47 % des suffrages, elle est défaite par Viktor Ianoukovytch, qui réunit 48,95 % des voix. Son gouvernement est renversé le 3 mars 2010, à la suite d'un vote de confiance du Parlement ukrainien. Elle prend alors la tête de l'opposition.

En 2011, Ioulia Tymochenko est placée en détention et condamnée à sept ans d'emprisonnement pour abus de pouvoir dans le cadre de contrats gaziers signés entre l'Ukraine et la Russie en 2009. Pour ses partisans et les gouvernements occidentaux, cette condamnation et les autres poursuites judiciaires engagées contre elle sont le résultat de motivations politiques à la suite de l'élection de Ianoukovytch ; la Cour européenne des droits de l'homme condamne d'ailleurs l'Ukraine dans cette affaire. Ioulia Tymochenko est libérée le 22 février 2014, à la suite d'un important mouvement de contestation qui conduit à la destitution de Viktor Ianoukovytch. Le 14 avril 2014, la Cour suprême de l'Ukraine au cours d'une réunion conjointe a voté à 42 juges sur 48 de clore l'affaire pénale « de gaz » contre Ioulia Timochenko en l'absence de crime et a même décidé de poursuivre les juges qui l'ont condamnée[3].

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Ioulia Tymochenko est la fille de Vladimir Abramovitch Grigyan, né le 3 décembre 1937 à Dnipropetrovsk[4] (URSS), letton (d'après son passeport soviétique[5]), et de Lioudmila Nikolaïevna Teleguina, née Nelepova le 11 août 1937, à Dnipropetrovsk[5].

Alors qu'elle a trois ans, son père quitte le domicile familial, laissant sa femme élever seule sa fille. Lioudmila Teleguina gère les courses de taxis employés par l'entreprise locale[6]. Comme le déclare plus tard Timochenko dans une interview: « j'ai appris dans l'enfance qu'un sou est un sou et que l'on ne peut compter que sur soi-même. »[7]

Avant son mariage à dix-neuf ans, Ioulia utilise le nom de sa mère, Teleguina, sous lequel elle termine sa scolarité à l'école secondaire, en 1977[8]. Elle a réfuté les rumeurs sur sa judéité et se dit solidaire dans la lutte contre l'antisémitisme[9].

En 1979, elle rejoint la faculté d'économie de Dnipropetrovsk pour étudier la technologie cybernétique. La même année, elle épouse Oleksandr Tymochenko, fils du responsable politique de la région de Dnipropetrovsk[2], avec lequel elle a une fille, Evguenia, née l'année suivante.

En 1984, elle est primée par l'université avec un diplôme d'honneur. Elle est affectée en tant qu'ingénieur en économie à l'usine de machines-outils de Dnipropetrovsk et engagée au service de la comptabilité. Elle évite ainsi d'entrer au PCUS, bien qu'elle fût une ancienne komsomolka, car la politique du parti à l'époque était de favoriser plutôt les cadres ouvriers[10].

Carrière de femme d'affaires[modifier | modifier le code]

En 1988, Ioulia Tymochenko ouvre avec son mari, grâce à un prêt de 5 000 dollars, une coopérative familiale (au sein du Komsomol) de commerce de location de vidéos[11], son beau-père, Guennadi Timochenko, dirigeant la vidéothèque de l'oblast de Dnipropetrovsk. La coopérative organise aussi des concerts de rock pour la jeunesse locale. En 1991, cette entreprise nommée « Terminal » est privatisée et vendue, alors que l'URSS s'écroule, et Ioulia Tymochenko fonde la « Compagnie du pétrole ukrainien » (KUB) chargée de vendre de l'essence aux agriculteurs de sa région de Dnipropetrovsk. Elle choisit pour l'administrer Alexandre Gravets[12] (ancien collègue de l'entreprise de machines-outils) qui investit soixante mille dollars dans une société immatriculée à Chypre, Somolli Enterprise Ltd qui détient la moitié des parts de la KUB. À cette époque, elle rencontre Pavlo Lazarenko qui est alors le directeur régional de l'administration agricole[13] et qui parraine l'entreprise. En effet la KUB achète du pétrole brut et de l'essence à la Russie et les revend en situation de monopole au monde agricole ukrainien (en commençant par l'oblast de Dnipropetrovsk) grâce à la protection de Lazarenko. Alors que l'Ukraine est en situation d'hyperinflation, une grande partie des échanges s'effectue sous forme de trocs en nature avec prise de contrôle des entreprises en faillite[14].

En 1995, elle réorganise sa société pour cofonder, avec Pavlo Lazarenko, la compagnie de distribution d'hydrocarbures Systèmes énergétiques unis d'Ukraine (SEUU) (uk). Son mentor Pavel Lazarenko devient ministre de l'Énergie à l'automne de la même année et lance une réforme dont la SEUU est la grande bénéficiaire. Grâce à un profit estimé à 4 milliards de dollars en 1996, l'entreprise se diversifie et investit principalement dans la finance, l'industrie, les transports aériens et la presse. Ioulia Timochenko est alors surnommée la « princesse du gaz »[15]. Devenu Premier ministre en 1996, Lazarenko « donne à la patronne du groupe SEUU (UESU) le monopole d'État du marché gazier, après éviction des entreprises concurrentes[16] »(ce qui donne lieu à l'affaire Chtcherban, cf plus bas). Elle a alors trente-six ans. Sa fortune est devenue colossale et elle se sépare de son mari « peu doué en affaires ».

Le 31 décembre 1996, la SEUU de Timochenko signe avec Gazprom « un nouveau contrat portant sur la livraison de 15,5 milliards de m3 de gaz pour 1997 pour 1,24 milliards de dollars », en échange Lazarenko reçoit de la Somolli Entreprises Ltd une commission de 84 millions de dollars[17]. Le groupe de Timochenko contrôle en plus des usines de canalisation, d'enrichissement d'uranium, des banques et des compagnies aériennes, etc.[18]. Le chiffre d'affaires annuel « s'élèverait à quelque cinq milliards de dollars[19]. » Le Times chiffre quant à lui sa fortune à 7,5 milliards d'euros. Elle est cependant arrêtée par la douane ukrainienne et mise en détention pendant quelques jours pour avoir voulu prendre l'avion vers Moscou avec 26 000 dollars et 3 millions de karbovanets (ancienne devise ukrainienne) en liquide. C'est alors qu'elle brigue un mandat de parlementaire qui bénéficie de l'immunité[20].

En janvier 1997, Ioulia Tymochenko doit finalement abandonner la direction de l'entreprise car la loi en interdit le cumul avec son nouveau statut d'élue régionale. Son beau-père devient alors le directeur officiel de la SEUU[21]. Sa mère, une tante et sa fille sont placées à la tête de filiales[22].

Le 9 avril 1997, le New York Times accuse Pavel Lazarenko de corruption à travers la SEUU. Une enquête de justice est ouverte contre Ioulia Tymochenko et Pavel Lazarenko, bien que tous deux bénéficient d'une immunité parlementaire. En décembre 1998, Pavel Lazarenko est arrêté à la frontière franco-suisse et accusé de blanchiment d'argent. La justice suisse le libère contre une caution de 3 millions de dollars. Le Parlement ukrainien obtient, le 17 février 1999, la levée de son immunité politique. Le 20 février, P. Lazarenko est arrêté à l'aéroport JFK de New York. Il est condamné en mai 2004 pour blanchiment d'argent, corruption et fraude. Il écope de neuf ans de prison[23].

L'entreprise SEUU enregistre entre autres à partir de 1997 les revers cités plus haut, et Ioulia Tymochenko s'en éloigne pour s'investir davantage en politique, et bénéficier ainsi de l'immunité parlementaire. Elle est d'abord vice-présidente du parti Hromada fondé par Pavel Lazarenko, puis s'investit dans son propre parti[24], Batkivchtchina (La Patrie), après que Lazarenko s'est réfugié à l'étranger.

Débuts en politique[modifier | modifier le code]

Ioulia Tymochenko entre en politique en 1996 : elle est élue députée à la Verkhovna Rada Oukraïny, le Parlement ukrainien, élections législatives de décembre 1996[25]. Elle obtient 92,3 % des voix dans sa circonscription, l'oblast de Kirovohrad[26]. En 1997, elle devient présidente du parti Hromada. Elle est réélue aux élections législatives de 1998 et à celles de 2002. En 1998, elle devient présidente de la Commission budgétaire de la Verkhovna Rada Oukraïny. L'année suivante, elle fonde le parti politique Batkivchtchina (« La Patrie »), après la fuite de Lazarenko[27]. Elle y fait entrer le jeune pasteur Alexandre Tourtchinov originaire comme elle de Dnipropetrovsk.

En décembre 1999, elle est nommée vice-Premier ministre chargée du Fioul et de l'Énergie dans le cabinet du Premier ministre Viktor Iouchtchenko.

Ioulia Tymochenko est congédiée par le président Leonid Koutchma et le Premier ministre Viktor Iouchtchenko en janvier 2001, alors qu'elle est accusée de « contrebande et de falsification de documents », pour avoir importé frauduleusement du gaz russe en 1996, lorsqu'elle était présidente des systèmes énergétiques unis d'Ukraine (uk). Elle est aussi accusée d'avoir signé un contrat léonin avec le Turkménistan sans avoir obtenu l'aval du gouvernement. Lui est reproché aussi le fait d'avoir placé 1,1 milliard de dollars en fraude à l'étranger[28]. Elle conteste ces accusations, et dénonce une manipulation du parquet qu'elle impute à des hommes d'affaires proches du président[29]. Elle est arrêtée en février 2001. Les autorités russes lancent un mandat d'arrêt international pour corruption de responsables du ministère de la Défense[30] et le détournement de 2,8 milliards de dollars. Ses partisans organisent plusieurs manifestations de protestation près de la prison où elle est incarcérée. Elle est libérée au bout de quarante-deux jours de prison effectués à la prison de Loukianovo[31].

Opposante au président Koutchma[modifier | modifier le code]

Ioulia Tymochenko, en 2002.

Ioulia Tymochenko crée en février 2001 le Forum du salut national (uk), en vue des élections législatives de 2002[réf. nécessaire].

Lorsque les charges judiciaires retenues contre elle sont abandonnées, Ioulia Tymochenko devient l'un des principaux dirigeants du mouvement de contestation contre le président Leonid Koutchma pour son rôle présumé dans le meurtre du journaliste Gueorgui Gongadzé. Lors de ces campagnes, elle se fait connaître comme une leader révolutionnaire passionnée, lors de ses apparitions à la télévision ou en brisant les fenêtres de son ancienne prison lors d'une des manifestations[réf. nécessaire].

En janvier 2002, Ioulia Tymochenko est légèrement blessée dans un accident de voiture. Ses partisans pensent qu'il pourrait s'agir d'une tentative d'assassinat organisée par le gouvernement[32].

La même année, elle fonde le Bloc Ioulia Tymochenko (BIouT), une alliance politique de plusieurs partis d'opposition. Le BIouT obtient 7,2 % des suffrages exprimés lors des élections législatives de 2002, ce qui lui permet de former son propre groupe au Parlement[réf. nécessaire].

Ses détracteurs l'accusent d'avoir fait fortune de manière illégale. Ils affirment que sa familiarité avec la conduite illégale des affaires en Ukraine explique sa volonté affichée de combattre la corruption[réf. nécessaire]. Son ancien partenaire d'affaires, l'ancien Premier ministre ukrainien Pavlo Lazarenko, est condamné aux États-Unis pour avoir blanchi plusieurs milliards de dollars, pour corruption et pour fraude[33].

En tant que vice-Premier ministre, elle fait cesser de nombreux arrangements illégaux et autres corruptions dans le secteur énergétique. Sous sa direction, les recettes de l'industrie et de l'électricité ukrainiennes ont augmenté de plusieurs milliers de pour cent. Elle a mis fin à la pratique du troc dans le marché de l'électricité, exigeant que les clients industriels payent leur électricité en devises. Elle a également mis fin à de nombreuses exemptions particulières pour plusieurs organisations. La réussite de ces réformes signifiaient que le gouvernement avait suffisamment de fonds pour payer les fonctionnaires et augmenter les salaires[réf. nécessaire].

Égérie de la Révolution orange[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution orange.
Ioulia Tymochenko s'adressant aux députés de la Rada, le 4 février 2005, lors de son discours de politique générale.

Lors de l'élection présidentielle de 2004, Ioulia Tymochenko apporte son soutien, malgré leur mésentente personnelle, à Viktor Iouchtchenko, qui se présente comme un candidat sans étiquette et affiche des positions pro-occidentales, à la différence de son adversaire Viktor Ianoukovytch, soutenu par la Russie. Les résultats du second tour, qui donnent Viktor Ianoukovytch gagnant, sont considérés comme truqués par l'opposition et les observateurs internationaux[réf. nécessaire]. Des manifestations massives — dont Ioulia Tymochenko est l'une des chefs les plus radicales — ont lieu dans plusieurs villes ukrainiennes[34]. La crise politique, surnommée « Révolution orange », aboutit à l'annulation du scrutin par la Cour suprême de l'Ukraine et à la tenue d'un nouveau second tour fin décembre. Viktor Iouchtchenko est élu et dispose d'une majorité au Parlement dont fait partie le Bloc Ioulia Tymochenko. Il nomme Ioulia Tymochenko Premier ministre le 24 janvier 2005.

Premier mandat de Premier ministre (2005)[modifier | modifier le code]

Ioulia Tymochenko est très populaire dans les milieux nationalistes, mais peu appréciée dans l'est de l'Ukraine, plus russophile. Son groupe parlementaire ne dispose que de 20 des 450 sièges de la Verkhovna Rada Oukraïny, contre une centaine pour le mouvement Notre Ukraine de Viktor Iouchtchenko et une vingtaine pour l'autre allié de la coalition, le Parti socialiste d'Ukraine. Ioulia Tymochenko remporte le vote de confiance avec 375 voix pour et aucune contre, soit un soutien plus large que la coalition de Viktor Iouchtchenko. Ses opposants ont préféré s'abstenir de voter contre[réf. nécessaire].

Lors de son discours de politique générale, elle déclare : « la réforme économique sera ma priorité. Je dirai aux gens : “Oubliez les pots de vin, payez vos impôts” ».[réf. nécessaire]

Après une série de démissions à la suite de tensions à l'intérieur du gouvernement concernant des mesures de privatisations, le président Viktor Iouchtchenko la limoge de son poste de Premier ministre le 8 septembre 2005[35].

Élections législatives de 2006[modifier | modifier le code]

Formations politiques arrivées en tête dans les districts électoraux lors des législatives de 2006 ; en violet, le Bloc Ioulia Tymochenko.

Ioulia Tymochenko mène la campagne du Bloc Ioulia Tymochenko (BIouT) pour les élections législatives de 2006. Elle annonce qu'elle brigue un nouveau mandat de Premier ministre[réf. nécessaire]. Le BlouT obtient 23 % des suffrages exprimés et 129 sièges sur 450 aux élections de mars 2006, loin devant le parti Notre Ukraine du président Viktor Iouchtchenko.

Une coalition du BlouT avec Notre Ukraine et le Parti socialiste d'Ukraine (SPU) est envisagée pour empêcher le Parti des régions, la principale formation politique pro-russe du pays, d'accéder au pouvoir. Cependant, les négociations avec Notre Ukraine et le SPU rencontrent de nombreuses difficultés. Après trois mois d'incertitude politique, les trois partis parviennent à un accord de coalition[36].

La coalition dispose de la majorité des sièges à la Verkhovna Rada Oukraïny. Cependant, ses membres se méfient les uns des autres, en particulier pour l'organisation des procédures parlementaires visant à élire simultanément Petro Porochenko à la fonction d'orateur et Ioulia Tymochenko au poste de Premier ministre.[réf. nécessaire]

Les députés du Parti des régions bloquent le Parlement du 29 juin au 6 juillet pour empêcher les travaux parlementaires[37],[38]. Ils exigent que les procédures parlementaires soient respectées, notamment par le biais de commissions parlementaires incluant plusieurs de ses membres. L'accord de coalition avait en effet privé le Parti des régions et le Parti communiste d'Ukraine de toute représentation au sein de l'exécutif et de tout leadership dans les commissions parlementaires[39]. En signe de protestation, dans les conseils régionaux locaux contrôlés par le Parti des régions, les comités ont été verrouillés de la même manière.[réf. nécessaire]

À la suite de la nomination inattendue d'Oleksandr Moroz du Parti socialiste d'Ukraine comme président de la Rada et de son élection le 6 juillet avec le soutien du Parti des régions, la « coalition orange » s'effondre. Une nouvelle coalition dirigée par l'ancien Premier ministre Viktor Ianoukovytch est formée, composée du Parti des régions, du Parti socialiste d'Ukraine et du Parti communiste d'Ukraine. Viktor Ianoukovytch redevient chef du gouvernement, écartant du pouvoir les formations de Ioulia Tymochenko et de Viktor Iouchtchenko. Le Bloc Ioulia Tymochenko annonce qu'il va former un cabinet fantôme calqué sur le nouveau gouvernement. Il est rejoint dans l'opposition par Notre Ukraine en octobre 2006[40].

Second mandat de Premier ministre (2007-2010)[modifier | modifier le code]

Composition politique de la Rada issue des législatives de 2007.

Élections législatives de 2007[modifier | modifier le code]

Le 11 mai 2007, la présidence ukrainienne annonce qu'un attentat était en préparation contre les chefs de l'opposition parlementaire dont Ioulia Tymochenko, le chef d'Autodéfense populaire et ancien ministre de l'Intérieur Iouri Loutsenko et l'ancien ministre des Situations d'urgence David Jvania[réf. nécessaire].

Lors des élections législatives anticipées du 30 septembre 2007, le bloc dirigé par Ioulia Tymochenko arrive en deuxième position avec 30,7 % des voix, gagnant presque huit points par rapport aux précédentes législatives de mars 2006 (22,9 %). Le parti des régions de Viktor Ianoukovytch remporte les élections avec 34,4 % des voix. Après les premiers dépouillements, le « Bloc Ioulia Tymochenko » arrivait en tête et l'OSCE avait déclaré que les élections s'étaient déroulées de manière libre et équitable[41],[42].

Nommée Premier ministre par le président Iouchtchenko, elle ne réussit pas à obtenir la majorité le 11 décembre 2007, en obtenant seulement 225 voix sur les 226 requises.

Elle est à nouveau proposée au poste de Premier ministre, et la Rada entérine sa nomination à la tête du gouvernement le 18 décembre lors d'un deuxième vote avec 226 voix sur les 450[43].

Crise politique de 2008[modifier | modifier le code]

Ioulia Tymochenko avec le président Viktor Iouchtchenko, le 18 octobre 2007 à Lisbonne. La difficile cohabitation entre le président de la République et son Premier ministre fut à l'origine d'une crise politique parlementaire.

Près d'un an après son retour à la tête du gouvernement, les tensions entre Ioulia Tymochenko et le président Iouchtchenko sont tellement vives que le 18 août 2008, les services de la présidence sont allés jusqu'à accuser Ioulia Tymochenko d'avoir trahi l'intérêt national pour préserver ses ambitions personnelles[44]. Le 2 septembre, après des semaines de tensions exacerbées par des divergences concernant l'attitude à adopter face au conflit russo-géorgien, la coalition entre le Bloc Tymochenko et Notre Ukraine, le parti présidentiel, vole en éclats à l'occasion d'une réforme constitutionnelle visant à réduire les pouvoirs du chef de l'État au profit de ceux du gouvernement[45]. Les députés de Notre Ukraine étaient alors pratiquement les seuls à s'opposer à la promulgation de la loi, massivement approuvée par l'opposition pro-russe et le Bloc Tymochenko[45]. Accusée par le secrétaire général adjoint de Viktor Iouchtchenko de vouloir s'arroger le soutien de la Russie pour la prochaine élection présidentielle[44], Ioulia Tymochenko rétorque le lendemain, en Conseil des ministres, que :

« Le président et son entourage ont usé de tous les moyens pour détruire la coalition […] Il est dommage que le président se comporte de manière aussi irresponsable. La coalition a cédé hier par sa faute. »

— [45],[44]

Conformément à la Constitution, les députés ont dix jours pour trouver une issue à la crise, sans quoi une nouvelle coalition devra être formée dans un délai de trente jours avant une nouvelle dissolution du Parlement. Cherchant à s'assurer le soutien des députés de Notre Ukraine au nom de la stabilité politique, Ioulia Tymochenko leur déclare, à l'occasion d'une intervention retransmise à la télévision, que :

« Ils ont encore dix jours pour retourner au sein de la coalition [...] Je suis convaincue que le travail de la coalition démocratique sera poursuivi. »

— [45],[44]

Ioulia Tymochenko, le 9 décembre 2009.

Le 16 septembre 2008, le président de la Rada Arseni Iatseniouk confirme l'éclatement de la coalition du Premier ministre et présente sa démission, qui devait en principe être suivie de celle de Ioulia Tymochenko, conformément à l'accord de coalition. Elle aurait par la suite exercé ses fonctions par intérim jusqu'à la formation d'un nouveau gouvernement[46]. Dans la journée elle annonce finalement qu'elle refuse de démissionner en expliquant que la coalition n'a pas éclaté. « C'est le président [...] qui l'a quittée unilatéralement » a-t-elle déclaré devant la presse à l'issue du conseil des ministres. « Nous ne sommes pas un troupeau de moutons qui saute dans le gouffre si l'un d'eux le fait », a-t-elle poursuivi[47].

Ioulia Tymochenko est restée jusqu'au bout farouchement opposée à l'idée de déclencher de nouvelles législatives, refusant de démissionner et déclarant qu'« aucun homme politique ne souhaite plonger l'Ukraine dans des élections anticipées en cette période importante. Mais, si Iouchtchenko et Ianoukovytch - qui sont des idéologues des élections anticipées - permettent leur déclenchement, ils porteront par la suite la responsabilité de toutes les conséquences que pourrait avoir la crise financière mondiale sur l'Ukraine »[48]. À la suite de la dissolution du Parlement par Viktor Iouchtchenko, le 8 octobre 2008, des élections devaient se tenir le 7 décembre 2008[49], puis le 14 décembre[50]. Mais après le rejet d'un projet de loi sur le financement d'élections législatives anticipées, le président Iouchtchenko annonce le 11 novembre 2008 qu'il renonce provisoirement à leur tenue[50].

Ioulia Tymochenko bataille jusqu'au bout pour qu'une nouvelle coalition soit formée[51]. Début décembre 2008, le Bloc Tymochenko et le Parti des régions engagent des négociations[52], mais après l'élection de Volodymyr Lytvyn à la présidence de la Rada (parlement de l'Ukraine) le 9 décembre, celui-ci a annoncé la formation d'une nouvelle coalition alliant son parti, le Bloc Lytvyn, au Bloc Tymochenko et à Notre Ukraine[53]. Après des négociations, les trois partis signent un accord de coalition le 16 décembre[54].

Le 5 février 2009, le second gouvernement Tymochenko a survécu à un second vote de confiance de la part de la Rada[55]. Mais les relations entre Ioulia Tymochenko et le président Iouchtchenko[56], le Secrétariat de la présidence de l'Ukraine[57] et l'opposition menée par le Parti des régions restent encore très tendues. D'après Tymochenko elle-même, ses rapports conflictuels avec le chef de l'État reposent essentiellement sur une querelle de personnes bien plus que sur une quelconque forme d'antagonisme d'ordre idéologique. Elle a d'ailleurs admis que « la lutte pour la prochaine élection présidentielle a officieusement commencé »[58].

Élection présidentielle de 2010[modifier | modifier le code]

Résultats obtenus au second tour de l'élection présidentielle par Ioulia Tymochenko dans chaque oblast.

Confirmant les rumeurs faisant état d'une possible candidature à l'élection présidentielle ukrainienne de 2010, Ioulia Tymochenko annonce, le 7 juin 2009, qu'elle se porte effectivement candidate au palais Maryinsky, lors d'une intervention en direct sur la chaîne nationale[59]. Moscou avait annoncé sa préférence pour Ioulia Tymochenko par rapport à Viktor Iouchtchenko[60], mais sans la soutenir.

Lors du premier tour de l'élection, le 17 janvier 2010, elle arrive en deuxième position avec 25,05 % des suffrages, se qualifiant ainsi pour le second tour contre Viktor Ianoukovytch (35,32 %). Elle arrive largement devant le président sortant (5,45 %). Son rival refuse de prendre part à un débat télévisé contre elle. Elle se montre particulièrement virulente contre lui, le qualifiant notamment de « candidat de la mafia et de la criminalité[61] ». Durant l'entre-deux tours, elle tente de remobiliser l'électorat « pro-occidental » qui s'était divisé au premier tour.

Le second tour a lieu le 7 février : après dépouillement de la totalité des bulletins, Tymochenko réunit 45,47 % des voix, contre 48,95 % pour Viktor Ianoukovytch[62]. Les proches de Ioulia Tymochenko dénoncent alors des fraudes massives dans l'Est du pays, mais celle-ci retire son recours en justice visant à invalider le résultat du scrutin, le 20 février 2010[63]. Ianoukovytch appelle alors à sa démission en vue de former un nouveau gouvernement, mais Tymochenko refuse de quitter son poste de Premier ministre.

Opposante au président Ianoukovytch[modifier | modifier le code]

Ioulia Tymochenko reconnaît sa défaite à la présidentielle, mais refuse cependant de démissionner de son poste de Premier ministre. Alors que sa coalition au Parlement s'est effondrée après le départ du parti de Volodymyr Lytvyn et les divisions de Notre Ukraine, une motion de censure est votée contre son gouvernement par 243 voix sur 450, le 3 mars 2010[64]. Ioulia Tymochenko dénonce « le marchandage [qui] se déroule autour du poste de chef du gouvernement » et ceux qui « grattent à la porte de Ianoukovytch »[65]. L'intérim est alors exercé par son vice-Premier ministre Oleksandr Tourtchynov jusqu'au 11 mars, date à laquelle Mykola Azarov est investi Premier ministre.

Ioulia Tymochenko, en compagnie de la chancelière allemande, Angela Merkel, le 15 septembre 2010.

Après le renversement de son gouvernement, Ioulia Tymochenko devient chef de l'opposition à la tête de son parti, le Bloc Ioulia Tymochenko (BIouT). Elle s'oppose au maintien de la présence militaire russe en Ukraine et organise une manifestation au Parlement[réf. nécessaire].

En juillet 2012, Ioulia Tymochenko est désignée tête de liste du BIouT pour les élections législatives du 28 octobre, à titre symbolique car elle ne pourra pas faire campagne en raison de son incarcération pour abus de pouvoir[66]. La commission électorale centrale refuse d'enregistrer sa candidature par 10 voix sur 15 en raison de son casier judiciaire[67].

En septembre 2012, elle publie en vidéo un appel à « se soulever pour chasser le régime criminel du président Viktor Ianoukovitch »[68],[69].

Le soir des élections législatives du 28 octobre, remportées par le Parti des régions au pouvoir, Ioulia Tymochenko annonce qu'elle commence une grève de la faim contre ce qu'elle considère comme une falsification des résultats[70]. Elle met un terme à la grève de la faim le 15 novembre[71].

Elle soutient les manifestations pro-européennes de 2013-2014 en Ukraine et appelle les manifestants à refuser tout accord avec Victor Ianoukovytch.

Procès[modifier | modifier le code]

Abus de pouvoir dans la vente de quotas d'émission de CO2[modifier | modifier le code]

Le 14 décembre 2010, Ioulia Tymochenko est assignée à résidence dans le cadre d'une « enquête pour abus de pouvoir aggravé » et a interdiction de quitter Kiev. Elle est accusée de mauvaise gestion des fonds publics : 2,3 milliards de hryvnias, issus de la vente de quotas d'émission de CO2 en 2009, auraient été utilisés pour financer le système de retraites. Elle encourt sept à dix ans de prison[72]. Ioulia Tymochenko dément ces accusations : selon elle, ces fonds n'ont pas été dépensés. Elle dénonce « la terreur du parquet général contre l'opposition »[73]. Le 16 décembre, des députés du Bloc Ioulia Tymochenko refusent de quitter le Parlement en signe de protestation. Cinq d'entre eux sont hospitalisés à la suite d'une empoignade avec des députés du Parti des régions[74].

Abus de pouvoir lors de la signature de contrats sur le gaz[modifier | modifier le code]

Ioulia Tymochenko au tribunal en 2011
Ioulia Tymochenko lors de son procès, en 2011.

Son procès pour abus de pouvoir lors de la signature d'un accord gazier avec la Russie jugé préjudiciable à l'Ukraine s'ouvre le 24 juin 2011, alors que plusieurs milliers de personnes se réunissent dans le centre de Kiev pour la soutenir[75]. Dans un entretien accordé au quotidien français Le Figaro, Ioulia Tymochenko dénonce un procès qui « s'est transformé en farce » et « de nouvelles affaires pénales qui, régulièrement, s'autodétruisent ». Indiquant avoir porté plainte devant la Cour européenne des droits de l'homme, elle critique l'attitude du président Viktor Ianoukovytch, qui utilise selon elle « des méthodes soviétiques pour éliminer l'opposition », et la proximité manifeste entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir politique[76].

Le 5 août 2011, le président du tribunal de Kiev satisfait une demande du parquet en plaçant Ioulia Tymochenko en détention provisoire pour « outrages répétés à la cour »[77]. Ses partisans organisent aussitôt un sit-in devant le tribunal pour protester contre cette décision[78],[79].

Le 11 octobre, elle est condamnée à sept ans de prison ferme[80]. Plusieurs gouvernements estiment que cette condamnation est motivée par des raisons politiques et réclament une libération immédiate[81].

Ioulia Tymochenko ne peut assister au procès en appel, qui s'ouvre le 1er décembre 2011, en raison de son état de santé, de fortes douleurs au dos l'empêchant de se déplacer[81],[82]. Le 22 décembre, elle renonce à participer au procès ainsi qu'à un pourvoi en cassation, et déclare que « la justice en Ukraine n'existe plus »[83]. Le lendemain, le tribunal rejette l'appel et décide de « laisser sans changement » le premier verdict[84]. Un pourvoi en cassation est formé devant la Cour de cassation de l'Ukraine, qui est rejeté le 29 août 2012[85].

Le 14 avril 2014, la Cour suprême de l'Ukraine clôt l'affaire, au vu de l'absence d'infraction caractérisée[86].

Délits financiers[modifier | modifier le code]

Dans les jours qui suivent sa condamnation pour abus de pouvoir le 11 octobre 2011, quatre nouvelles enquêtes criminelles sont ouvertes contre Ioulia Tymochneko pour des délits financiers. Elle est inculpée pour tentative de détournement de 405 millions de dollars, puis à nouveau le 10 novembre pour dissimulation de revenus en devises à hauteur de plus 165 millions de dollars (soit 121 millions d'euros), détournement de fonds budgétaires, et évasion fiscale à hauteur de 47 millions de hryvnias (soit 4,3 millions d'euros). Les faits allégués concernent les activités de son entreprise de distribution de gaz Systèmes énergétiques unis d'Ukraine (uk) entre 1996 et 1998. Ces enquêtes avaient été ouvertes au début des années 2000 et abandonnées en 2005[87]. Elle est formellement arrêtée dans sa cellule de prison le 8 décembre 2011[88].

En avril 2012, un procès est ouvert pour détournement de fonds publics et fraude fiscale. Elle encourt douze années de prison et l'obligation de rembourser 19,5 millions de hryvnias[89]. L'accusée n'est pas présente lors de l'audience préliminaire en raison de son état de santé[90]. L'Union européenne et les États-Unis contestent un procès qui est selon eux organisé pour des raisons politiques[91]. Le procès est suspendu le 28 avril, le juge estimant qu'il est impossible de juger Ioulia Tymochenko en son absence[92]. Sa reprise est plusieurs fois reportée en raison de l'hospitalisation de la prévenue[93],[94],[95].

En raison de l'absence de corps du délit, l'affaire des spéculations financières au sein du groupe Systèmes énergétiques unis d'Ukraine est close le 28 février 2014 par un tribunal de Kiev[96].

Meurtre[modifier | modifier le code]

En juin 2012, le parquet de Kiev annonce que Ioulia Tymochenko va être inculpée pour le meurtre du député Evgueni Chtcherban en 1996, à l'époque où Lazarenko et Timochenko construisaient un système de monopole de l'importation du gaz[97]. Selon le procureur adjoint Renat Kouzmine, la société de la victime était en concurrence avec les Systèmes énergétiques unis d'Ukraine (uk) que dirigeait la prévenue, et il existe suffisamment de preuves pour l'inculper[98],[99].

Détention[modifier | modifier le code]

Eugenia Tymochenko s'exprimant sur la détention de sa mère, qui apparaît derrière elle, au congrès du PPE du 7 décembre 2011.

Placée en détention en 2011, Ioulia Tymochenko apparaît fatiguée et amaigrie lors de son procès. Elle ne peut assister à son procès en appel, de fortes douleurs au dos l'empêchant de se déplacer[81],[82]. Ses conditions d'incarcération à la prison de Lukyanivka sont dénoncées par ses avocats et ses proches, qui accusent les autorités de la « conduire à la mort »[81],[100]. Ses médecins personnels réclament son hospitalisation d'urgence[82].

Le 30 décembre 2011, elle est transférée dans la colonie pénitentiaire pour femmes de Katchanivska, dans l'oblast de Kharkiv[101]. Son avocat considère ce transfert comme « illégal » et dénonce les mauvais traitements qui lui sont infligés[102],[103]. En février 2012, la rapporteure pour le Parlement européen Zuzana Roithová déclare que Ioulia Tymochenko est « privée des droits fondamentaux dont tout le monde devrait bénéficier, même en prison »[104]. Son parti, le mouvement Batkyvchina, dépose une demande de soins extérieurs le 23 mars, qui est acceptée par le procureur général le 2 avril[105]. Elle est hospitalisée de force à Kharkiv le 20 avril[106], et ramenée en prison deux jours plus tard, couverte « d'hématomes et d’ecchymoses » selon son avocat[107]. Elle accuse le président Viktor Ianoukovytch d'avoir ordonné ces violences[108], refuse d'être examinée par les médecins proposés par les autorités[109], et entame une grève de la faim[110].

Les dirigeants européens critiquent les conditions de détention de Ioulia Tymochenko. Le président fédéral d'Allemagne Joachim Gauck annule une visite officielle en Ukraine prévue en mai 2012 « compte tenu des inquiétudes grandissantes au sujet de la santé et du traitement de l'ancienne Première ministre »[109]. La Haute Représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, menace de remettre en cause l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et l'Ukraine si l'ambassadeur de l'Union à Kiev n'est pas autorisé à lui rendre visite[111]. La Commission européenne annonce qu'aucun de ses membres n'assistera au championnat d'Europe de football 2012, qui se déroule en partie en Ukraine[112] ; la commissaire européenne à la Justice Viviane Reding fait part de sa préoccupation quant à la « situation dramatique » de Ioulia Tymochenko[113]. La présence de représentants des gouvernements de l'Allemagne, des Pays-Bas et de la Belgique lors de l'Euro 2012 est également discutée[112]. Le gouvernement de l'Ukraine critique un « boycott politique » qui serait digne de la « guerre froide »[114].

Ioulia Tymochenko est transférée sans contrainte dans un hôpital de Kharkiv le 9 mai 2012, où elle doit être soignée par le médecin allemand qu'elle a choisi[115]. Elle interrompt sa grève de la faim, après que le gouvernement ukrainien a annulé le sommet de l'Europe centrale à Yalta, boycotté par la plupart des participants[116]. Le 12 mai, 2000 opposants au président Viktor Ianoukovytch réunis en congrès demandent sa libération[117]. Une manifestation de soutien rassemble environ 5 000 personnes lors des célébrations du Jour de l'indépendance (uk) le 24 août[118].

La Cour européenne des droits de l'homme condamne l'Ukraine, le 30 avril 2013, pour l'arrestation et la détention de Ioulia Tymochenko. Elle considère que la justice ukrainienne a violé plusieurs articles de la Convention européenne des droits de l'homme (droit à la liberté et à la sûreté, droit d'obtenir à bref délai une décision sur la légalité de sa détention, droit à réparation pour une détention illégale, limitation de l'usage des restrictions aux droits). Pour la CEDH, sa détention provisoire était « arbitraire et illégale » et son incarcération décidée « pour d'autres motifs » que l'établissement de la vérité[119]. La fille de Ioulia Tymochenko considère cette décision comme « un premier pas vers la pleine réhabilitation » de sa mère.

Libération[modifier | modifier le code]

Ioulia Tymochenko, affaiblie par deux ans et demi d'emprisonnement, prononce un discours devant les contestataires de la place de l'Indépendance le 22 février 2014.

Le 22 février 2014, à la suite des événements insurrectionnels intervenus en Ukraine, après un premier texte voté la veille – mais qui aurait dû être ratifié par le président Viktor Ianoukovytch – visant à permettre sa libération[120],[121], le Parlement ukrainien vote une résolution pour sa libération « immédiate »[122]. Elle est libérée le même jour[123],[124]. Devant plus de 50 000 personnes réunies sur la place de l'Indépendance, en fauteuil roulant du fait de ses problèmes de santé, elle prononce un discours dans lequel elle rend hommage aux « héros de l'Ukraine » ayant permis le renversement du pouvoir[125].

Quelques heures après sa libération, elle refuse de retrouver les fonctions de Premier ministre[126]. Souffrant de nombreuses hernies discales, elle se rend en Allemagne, à l'invitation de la chancelière Angela Merkel, pour se faire soigner[127].

Réhabilitation juridique[modifier | modifier le code]

Le 28 février 2014, la Cour de justice de Kharkiv ferme les poursuites pénales contre Ioulia Timochenko (Unified Energy Systems de l'Ukraine), le procureur ayant retiré les accusations portées à son encontre [128].

Le 14 avril 2014, la Cour suprême de l'Ukraine au cours d'une réunion conjointe a voté à 42 juges sur 48 de clore l'affaire pénale « de gaz » contre Ioulia Timochenko en l'absence de crime et a même décidé de poursuivre les juges qui l'ont condamnée[129].

Le 24 juin 2014, la Cour suprême ukrainienne réhabilite Ioulia Timochenko[130].

Élection présidentielle de 2014[modifier | modifier le code]

Elle annonce le 26 mars 2014 qu'elle est candidate à la présidentielle, qui doit se dérouler le 25 mai 2014[131]. Elle est battue au premier tour par Petro Porochenko, qui l'emporte avec 54,70 % des voix ; elle se classe deuxième avec 12,82 %.

Distinctions[modifier | modifier le code]

En 1998, l'Église orthodoxe ukrainienne lui remet la récompense de l'ordre de Sainte Varvara pour services exceptionnels rendus au pays.

Pendant le forum économique international de Krynica Morska, en Pologne, Ioulia Tymochenko a été retenue pour le titre honorifique de Personnalité de l'année d'Europe centrale-Orientale, étant la seule femme de la liste. Exactement quatre ans après, en septembre 2005, les experts européens reconnaîtront l'action de Ioulia Tymochenko en tant que Premier ministre de l'Ukraine, en lui attribuant ce titre.

En 2005, elle a reçu une autre récompense internationale, le Price of Foundation, pour ses « qualités exceptionnelles de chef, les accomplissements économiques et la politique d'anti-corruption de son Cabinet et pour sa lutte contre les atteintes à la démocratie surgissant dans le monde moderne ».

Au classement 2005 de Forbes, Ioulia Tymochenko est la troisième femme la plus puissante de la planète[132]. En 2008, elle est classée 17e, puis 47e en 2009, toujours selon le magazine Forbes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mais la lettre ukrainienne « и » correspond à la lettre russe « ы », et non pas à la lettre russe « и » (ukrainien « і »). Par ailleurs, on prononce bien Tymochenko, et non pas Tymotchenko comme on l'entend très souvent sur les ondes françaises.
  2. a et b Portrait de I. Tymochenko, Courrier international, 9 décembre 2004 (trad. du Moskovski Komsomolets).
  3. Ukrainian Prosecutor General’s Office opens case vs. judges who sentenced Tymoshenko
  4. Orthographe officielle à l'époque de l'URSS
  5. a et b Dmitro Tchobit - Ioulia Tymochenko
  6. Popov et Milstein, op. cité
  7. Schumann, op. cité, p. 89
  8. У Юлії Тимошенко однокласники списували контрольні з математики : Спочатку вона була на батьковому прізвищі Григян. Школу закінчила під прізвищем матері — Телегіна.
  9. Тимошенко - україно-латишка, але любить євреїв, Українська правда, 2 septembre 2005
  10. Schumann, op. cité, p. 91
  11. Schumann, op. cité, p. 91
  12. Lorsque plus tard la SEUU est fondée, il sert encore d'homme de paille, avant finalement d'être écarté et d'émigrer en Israël
  13. (en) Annual Survey of Eastern Europe and the Former Soviet Union 1997: The Challenge of Integration, by Institute for East-West Studies, M.E. Sharpe, (ISBN 978-0-7656-0359-3), p. 172
  14. Schumann, op. cité, p. 96
  15. « Ioulia Timochenko, l'oligarque repentie » Le Figaro, 16 janvier 2010.
  16. Schumann, op. cité, p. 100
  17. Schumann, op. cité, p. 183
  18. Schumann, op. cité, p. 103
  19. Schumann, op. cité, p. 103
  20. Schumann, op. cité, p. 105
  21. (en) Annual Survey of Eastern Europe and the Former Soviet Union 1997: The Challenge of Integration, by Institute for East-West Studies, M.E. Sharpe, ISBN 978-0-7656-0359-3, p. 173
  22. Schumann, op. cité, p. 98
  23. Marie Jégo, « Ioulia Timochenko, la "marianne à la tresse" », Le Monde.fr,‎ 2011-10-11 (lire en ligne)
  24. (en) Annual Survey of Eastern Europe and the Former Soviet Union 1997: The Challenge of Integration, by Institute for East-West Studies, M.E. Sharpe (ISBN 978-0-7656-0359-3), p. 174.
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  68. « Timochenko appelle à renverser le régime ukrainien » » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-30, Euronews, 29 septembre 2012.
  69. [vidéo]« La fille de Ioulia Timochenko était à Genève cette semaine pour faire entendre la voix de sa mère devant la Commission des droits de l’homme », 19:30 le journal, Genève, Radio télévision suisse,‎ 28 octobre 2012 (résumé). C’est depuis sa cellule que l’ancienne Premier ministre a lancé un appel ce dimanche pour exhorter les Ukrainiens à voter en masse pour chasser Viktor Ianoukovytch du pouvoir.
  70. « Législatives en Ukraine : Ioulia Timochenko commence une grève de la faim », Le Monde, 28 octobre 2012.
  71. « Ukraine : Timochenko met un terme à sa grève de la faim », Le Monde, 15 novembre 2012.
  72. « L'ex-Premier ministre ukrainienne Ioulia Timochenko assignée à résidence », Le Point, 15 décembre 2010.
  73. « Ukraine : l'ex-première ministre Timochenko assignée à résidence », Le Monde, 15 décembre 2010.
  74. « Violente empoignade au Parlement ukrainien », Le Figaro, 17 décembre 2010.
  75. « Ukraine : ouverture du procès de l'ex-premier ministre Ioulia Timochenko », Le Monde, 24 juin 2011.
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  77. « En Ukraine, Ioulia Timochenko placée en détention provisoire », Radio France internationale, 5 août 2011.
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Dmitri Popov et Ilia Milstein, L'Avenir de l'Ukraine après la Révolution orange, 2006, Munich
  • (de) Dmitri Popov, Ilia Milstein, Julia Timoschenko. Die autorisierte Biografie, Redline Verlag, München, 2012, ISBN 978-3-86881-362-3
  • Frank Schumann, La Princesse du gaz. Espions, amours et corruption: enquête sur Ioulia Tionchenko, ex-Premier ministre d'Ukraine, Paris, éd. du Moment, 2013, traduit de l'allemand par Véronique Grosjean

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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