Mikheil Saakachvili

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Mikheil Saakachvili
მიხეილ სააკაშვილი
Mikheil Saakachvili en mars 2008.
Mikheil Saakachvili en mars 2008.
Fonctions
3e président de Géorgie
(depuis l'indépendance de 1991)

(&&&&&&&&&&&021285 ans, 9 mois et 27 jours)
Élection
Premier ministre Lado Gurgenidze
Grigol Mgaloblichvili
Nikoloz Gilauri
Vano Merabichvili
Bidzina Ivanichvili
Prédécesseur Nino Bourdjanadze (interim)
Successeur Guiorgui Margvelachvili

(3 ans et 10 mois)
Élection
Premier ministre Zurab Zhvania
Zourab Noghaideli
Lado Gurgenidze
Prédécesseur Edouard Chevardnadze
Successeur Nino Bourdjanadze (interim)
Biographie
Nom de naissance Mikheil Nikolozis dze Saakachvili
Date de naissance (46 ans)
Lieu de naissance Tbilissi (RSS de Géorgie)
Nationalité géorgienne
Parti politique Mouvement national uni
Conjoint Sandra E. Roelofs
Enfant(s) Eduard Saakachvili
Nikoloz Saakachvili
Diplômé de Université d'État de Kiev
Université Columbia
Université G. Washington
Profession avocat

Signature

Mikheil Saakachvili Mikheil Saakachvili
Présidents de Géorgie

Mikheil[1] Nikolozis dze Saakachvili (en géorgien : მიხეილ ნიკოლოზის ძე სააკაშვილი[2]), né le à Tbilissi est un homme politique géorgien, président de Géorgie de 2004 à 2007 et de 2008 à 2013.

Saakachvili est élu en janvier 2004 pour succéder au président Edouard Chevardnadze contraint à la démission en novembre 2003 lors de la Révolution des Roses menée par Saakachvili et ses alliés politiques majeurs, Nino Bourdjanadze et Zourab Jvania. Saakachvili démissionne de ses fonctions le 25 novembre 2007, laissant la présidence par intérim à Nino Bourdjanadze, présidente du Parlement. Le , il est réélu au 1er tour avec 53,4 % des voix contre 25,67 % à son principal rival, Levan Gatchetchiladze.

Il est marié à Sandra E. Roelofs, d'origine néerlandaise, dont il a eu deux fils, Edouard et Nikoloz. En plus de sa langue maternelle, le géorgien, il parle également couramment le français, l'anglais, le russe et l'ukrainien. Il maîtrise également l'abkhaze et l'ossète (ces deux langues étant parlées par des minorités en Géorgie). Il vit en exil aux États-Unis depuis 2013.

Débuts et carrière[modifier | modifier le code]

Mikheil Saakachvili est né à Tbilissi, en République socialiste soviétique de Géorgie en Union soviétique, d'une famille de l'intelligentsia géorgienne. Son père, Nikoloz Saakachvili, de son vrai nom Sahakov, dont le père était d'origine arménienne, est un médecin encore en activité à Tbilissi, qui dirige un centre de balnéothérapie local. Sa mère, Giuli Alasania, est historienne et enseigne à l'université d'État de Tbilissi.

En 1984, Mikheil Saakachvili est diplômé de l'école secondaire de Tbilissi n°51. Il poursuit ses études en Ukraine, études menées en langue russe, et obtient son diplôme de l'Institut des relations internationales (droit international) de l'université d'État de Kiev (Ukraine) en 1992. Il travaille brièvement comme chargé de mission pour les droits de l'homme pendant l'intérim du Conseil d'État de Géorgie qui suit la démission du président Zviad Gamsakhourdia, avant de recevoir une bourse du département d'État des États-Unis (via le programme de partenariat de diplômés du FSA d'Edmund Muskie). Les trois années qui suivent dans cette période de transition pour les anciens pays de l'URSS voient donc l'émergence d'un futur dirigeant formé par les États-Unis.

Il reçoit un LL.M. de l'École de Droit de Columbia en 1994, et un diplôme de Doctor of Laws (docteur en droit) de l'École de Droit de l'université George Washington l'année suivante. En 1995, il obtient également un diplôme de l'Institut international des droits de l'homme à Strasbourg.

Après son diplôme, alors qu'il travaille à New York dans le cabinet de droit Patterson Belknap Webb & Tyler, Saakachvili est approché début 1995 par Zourab Jvania, un ancien ami de Géorgie qui travaille pour le compte du président Edouard Chevardnadze en vue de recruter de jeunes Géorgiens talentueux. Il se présente aux élections de décembre 1995 aux côtés de Jvania, et les deux hommes sont élus au Parlement de Géorgie, au titre de l'Union des citoyens de Géorgie, le parti de Chevardnadze.

Saakachvili se fait bientôt un nom en tant que président du comité parlementaire chargé de créer un nouveau système électoral, une justice indépendante, et une force de police apolitique. Il y récolte un haut niveau d'approbation du public, les enquêtes d'opinion le plaçant 2e personne la plus populaire de Géorgie, derrière Chevardnadze. Il est nommé « homme de l'année » par un panel de journalistes et de tenants des droits de l'homme en 1997. En janvier 2000, Saakachvili est nommé vice-président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Le 12 octobre 2000, il devient ministre de la Justice dans le gouvernement du président Chevardnadze. Il met en œuvre des réformes majeures des systèmes judiciaire et pénitentiaire géorgiens, à l'époque décrépits, corrompus et hautement politisés. Cela lui vaut l'éloge de beaucoup d'observateurs internationaux et d'activistes des droits de l'homme. Mais mi-2001, il entre en désaccord majeur avec le ministre de l'Économie, Ivane Tchkhartichvili, le ministre de la Sécurité de l'État, Vakhtang Koutateladze, et le chef de la police de Tbilissi, Iosseb Alavidze, les accusant de bénéficier de trafics et de corruption.

Saakachvili démissionne le 5 septembre 2001, annonçant : «  Je considèrerais comme immoral de rester membre du gouvernement Chevardnadze ». Il déclare que la corruption a pénétré les tréfonds du gouvernement géorgien, et que Chevardnadze n'a pas de réelle volonté de traiter le problème. Il avertit que « les développements actuels en Géorgie pourraient transformer le pays en une enclave criminelle d'ici un à deux ans  ».

Mikhail Saakachvili le 25 janvier 2004.

Le Mouvement national uni[modifier | modifier le code]

Ayant démissionné du gouvernement et quitté le parti conduit par Chevardnadze, l'Union des citoyens de Géorgie, Saakachvili fonde le Mouvement national uni (MNU) en octobre 2001, parti politique de centre-gauche semblable aux partis social-démocrates d'Europe, avec une pointe de nationalisme, afin de rassembler une partie des leaders réformistes géorgiens. En juin 2002, il est élu président de l'Assemblée de Tbilissi ( Sakrebulo), à la suite d'un accord entre le MNU et le Parti travailliste géorgien. C'est pour lui une nouvelle tribune pour critiquer le gouvernement.

Les élections législatives du 2 novembre 2003 sont qualifiées de trucage grossier par les observateurs internationaux. Saakachvili proclame qu'il a gagné les élections (une assertion appuyée par des sondages «  sortie des urnes  » indépendants), et adjure les Géorgiens de manifester contre le gouvernement Chevardnadze et de participer à un mouvement de désobéissance civile non-violent contre les autorités. Le MNU de Saakachvili et les Démocrates unis de Bourdjanadze s'unissent pour demander l'éviction de Chevardnadze et l'organisation de nouvelles élections.

Des manifestations politiques massives ont lieu à Tbilissi en novembre, avec près de 100 000 manifestants à l'appel de Saakachvili et d'autres personnalités de l'opposition. L'organisation de jeunes Kmara («  Assez !  »), la contrepartie géorgienne de l'Otpor serbe, ainsi que plusieurs organisations non gouvernementales comme l'Institut de la Liberté de Géorgie, prennent une part active à ces manifestations. Après deux semaines de protestations dans un climat de tension croissante, Chevardnadze se plie à l'inévitable et démissionne de la présidence le 23 novembre, laissant l'intérim à la présidente du Parlement, Nino Bourdjanadze. Bien que les leaders révolutionnaires aient fait de leur mieux pour rester dans les normes constitutionnelles, beaucoup considèrent le changement de gouvernement comme un coup d'État populaire, connu dans les médias géorgiens sous le nom de la Révolution des Roses.

Le 2 février 2004, le MNU et les Démocrates unis fusionnent et forment un groupe politique au Parlement nommé Mouvement national - Démocrates. Les principales priorités politiques du mouvement sont d'accroître le niveau des retraites et de fournir de l'aide sociale aux classes pauvres, la principale source de voix, de combattre la corruption, et d'accroître les revenus de l'État.

Présidence[modifier | modifier le code]

Investiture devant le Parlement de Mikheil Saakachvili à la présidence de la République, en janvier 2004.

Le 4 janvier 2004, Mikheil Saakachvili remporte l'élection présidentielle géorgienne avec plus de 96 % des suffrages exprimés, devenant ainsi le plus jeune président européen. À cette époque, il suscite de grands espoirs. Saakachvili a fait campagne sur la base de l’opposition à la corruption et de l’amélioration des salaires et des retraites. Il a promis d’améliorer les relations internationales. Bien qu’il soit farouchement pro-occidental et qu’il tente de faire entrer la Géorgie dans l’OTAN et l’Union européenne, il parle également de l’importance d’avoir de meilleures relations avec la Russie. Il doit tout de même faire face à quelques problèmes majeurs, notamment à la situation économique difficile de la Géorgie et à la question toujours en suspens du séparatisme des régions de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. L’Abkhazie se considère indépendante de la Géorgie et n'a pas pris part aux élections, tandis que l’Ossétie du Sud milite pour son rattachement avec sa contrepartie, l'Ossétie-du-Nord-Alanie au sein de la Russie.

Saakachvili prête serment comme président à Tbilissi le 25 janvier 2004. Immédiatement après la cérémonie, il signe un décret instituant un nouveau drapeau national. Le 26 janvier, lors d’une cérémonie à l’église « Kashueti » Saint-Georges de Tbilissi, il signe un décret autorisant le rapatriement du corps du 1er président de la République, Zviad Gamsakhourdia, depuis Grozny en Tchétchénie, et donnant le nom de celui-ci à une rue principale de la capitale. Il fait également libérer 32 partisans de Gamsakhourdia, faits prisonniers politiques par le gouvernement Chevardnadze en 1993-1994.

Pendant les premiers mois de sa présidence, Saakachvili doit faire face à une crise politique majeure au sud-ouest de la République autonome d’Adjarie, menée par un leader autoritaire régional, Aslan Abachidze, qui ignore le gouvernement central de Géorgie, et passe pour un politicien pro-russe. La crise menace de dégénérer en conflit armé, mais le gouvernement de Saakachvili réussit à résoudre le conflit de façon pacifique, forçant Abachidze à se démettre de ses fonctions le 6 mai 2004. Son succès en Adjarie encourage le président à intensifier ses efforts pour ramener l’Ossétie du Sud dissidente dans le giron de la Géorgie. Les autorités séparatistes répondent à ces efforts par un réarmement massif dans la région, qui conduit à quelques affrontements armés en août 2004. Il s’ensuit une impasse et, malgré le nouveau plan de paix proposé par le gouvernement géorgien en 2005, le conflit n’a toujours pas trouvé de solution. Fin juillet 2006, le gouvernement de Saakachvili réussit à résoudre une autre crise majeure dans la vallée de Kodori, en Abkhazie, à la frontière, où les forces de police géorgiennes désarment une milice provocatrice menée par un chef de guerre local, Emzar Kvitsiani.

En politique étrangère, Saakachvili maintient des relations étroites avec la classe dirigeante américaine, ainsi qu’avec celle des autres pays de l’OTAN, et il est l’un des dirigeants de l’Alliance du GUAM. La Révolution des Roses menée par Saakachvili est décrite par la Maison-Blanche de George W. Bush comme l’un des mouvements les plus puissants des temps modernes[3], qui inspirera d’autres mouvements de libération[4]. En septembre 2005, Tbilissi est la première capitale des anciens pays de l'URSS à baptiser une de ses rues au nom de George W. Bush.

Politique économique[modifier | modifier le code]

Saakachvili est un fervent défenseur du libéralisme économique et il est persuadé qu'un désengagement de l'État en matière économique est une bonne idée pour son pays. Sous son administration, l’économie géorgienne franchit une nouvelle étape et augmente l'encaissement des impôts, qui va de pair avec une réduction des taux d'imposition[5]. De plus, la Géorgie s’implique progressivement dans le marché international et, en 2007, la Banque de Géorgie a émis pour 200 M$ d'obligations à cinq ans de 100 % de la valeur faciale, avec un coupon de 9 %, après que les prix ont été initialement fixés à 9,5 % et que les investisseurs ont fait croitre leurs ordres d'achat jusqu’à 600 M$[6].

Bien que le succès des réformes initiées par le président Saakachvili soit mitigé, la réduction de la corruption est quant à elle drastique. En février 2012, un rapport publié par la Banque mondiale considère que la politique de lutte contre la corruption menée par Mikheïl Saakachvili est un modèle à suivre pour d'autres pays[7]. La Géorgie est également classée 18e pour la « facilité pour faire des affaires », alors que la plupart des pays voisins apparaissent au-delà de la 100e place[8][réf. insuffisante].

Relations internationales[modifier | modifier le code]

Mikhail Saakachvili avec George W. Bush, le 10 mai 2005.

Le président Saakachvili oriente sa politique internationale sur deux axes consistant pour le premier à nuire aux intérêts russes et pour le second à servir les intérêts des États-Unis. Il est à l’initiative du doublement des troupes en Irak, faisant de la Géorgie l’un des plus grands contributeurs à la coalition militaire en Irak, et a laissé ses troupes au Kosovo et en Afghanistan afin de renforcer la sécurité globale[9].

Saakachvili fait grimper le budget de la défense à 10% du PIB, ce qui représente un milliard d'euros, pour un petit pays de moins de 4,5 millions d'habitants.

Le gouvernement Saakachvili entretient de solides relations diplomatiques avec les autres États caucasiens et les autres pays d’Europe de l'Est, comme l’Azerbaïdjan, l’Arménie, l’Ukraine, la Lettonie, la Lituanie, l’Estonie, la Roumanie et la Pologne. En 2004, Saakachvili fait une visite en Israël pour participer à l’inauguration du centre de recherche sur les problèmes énergétiques modernes. Le Dr Brenda Schaffer, directrice du centre, dépeint de manière enthousiaste Saakachvili, comme n'étant rien de moins que « le Nelson Mandela du XXIe siècle[10] », ce qui est caractéristique de l'atmosphère de l'époque à son égard. En août de la même année, Saakachvili, docteur honoris causa de l’Université d’Haïfa, fait un nouveau voyage en Israël pour participer à l’inauguration de la semaine officielle de l’amitié Géorgiens-Juifs, tenue sous les auspices du Président géorgien, et à laquelle les dirigeants juifs sont invités d’honneur[10].

Mais le fait majeur de l'époque Saakachvili, ce sont les bonnes relations que la Géorgie entretient avec les États-Unis, ce qui mécontente le Kremlin. Le journal russe  La Pravda publie un article désobligeant au sujet de la Géorgie intitulé « Une autre Géorgie sur la carte des États-Unis »[11].

Saakachvili pense que la priorité à long terme du pays est de progresser vers l'adhésion à la Communauté européenne, qu'il considère comme une simple étape vers l'adhésion à l'OTAN et surtout au fond comme une rupture à l'égard de son voisin russe. Au cours d’une rencontre avec Javier Solana, il déclare que, comparée aux nouveaux et anciens États européens, la Géorgie est européenne depuis l'Antiquité.

Critiques[modifier | modifier le code]

Le monopole du pouvoir par Saakachvili depuis son arrivée au poste en 2004 a suscité quelques inquiétudes. Cependant, les droits de l'homme en Géorgie ont progressé dans beaucoup de domaines, depuis l’époque du gouvernement Chevardnadze, laissant néanmoins des zones d'ombre[12],[13],[14].

Saakachvili a parfois utilisé un langage agressif, comme Amnesty International l'a rapporté. Ainsi lors d’une conférence de presse le 12 janvier 2004 (ou 2008), Saakachvili a conseillé au Ministre de la Justice : «  … d'utiliser la force pour juguler toute tentative d'émeute dans les prisons, d’ouvrir le feu, de tirer pour tuer et d'abattre tout criminel tentant de provoquer du désordre. Nous n’épargnerons pas nos balles contre ces personnes ». Lors de son discours d’intronisation, Saakachvili a déclaré qu’il était « temps pour le gouvernement d’avoir peur du peuple »

En 2004, une nouvelle loi sur les médias déclenche une controverse, 14 dirigeants de la société civile géorgienne et experts géorgiens écrivent une lettre ouverte au président, publiée dans plusieurs journaux nationaux, affirmant que « l’intolérance envers les gens ayant des opinions dissidentes est en train de s'installer dans la politique géorgienne et dans d’autres sphères de la vie sociale ».

Le 27 mars 2006, le gouvernement annonce qu’il a empêché un soulèvement des prisons à l’échelle nationale, tramé par des caïds. L’intervention policière se termine par la mort de 7 détenus et au moins 17 blessés. Bien que l’opposition parlementaire ait émis des doutes sur la version officielle et réclamé une enquête indépendante, la majorité réussit à bloquer ces initiatives[15].

Le déroulement du procès pour meurtre de Sandro Girgvliani a également fait tiquer dans le pays et à l’étranger. Plusieurs hauts fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur étaient soupçonnés d’avoir joué un rôle actif dans le meurtre, mais malgré une série de démissions et de licenciements, seuls quatre sous-fifres directement impliqués dans l’affaire ont été poursuivis. De plus, l’homme d’affaires géorgien Badri Patarkatsichvili a affirmé que des pressions ont été exercées sur ses intérêts financiers quand la chaîne « Imedi Television » a diffusé plusieurs accusations contre certains officiels. Le 25 octobre 2007, l’ancien ministre de la Défense, Irakli Okrouachvili, accuse le président, son ancien allié, d’avoir planifié le meurtre de Patarkatsichvili[16],[17],[18]. Il a cependant avoué un peu plus tard avoir affirmé cela pour en tirer des bénéfices politiques, et à la demande de Badri Patarkatsichvili.

L'ONG BHHRG[19] a fréquemment dénoncé le nouveau gouvernement pour avoir amorcé immédiatement après son arrivée au pouvoir une chasse aux sorcières envers les personnalités de l’ère Chevardnadze. Nombre d'anciens ministres, administrateurs locaux et hommes d’affaires associés à l’ancien régime ont été arrêtés pour abus de pouvoir. Des organisations occidentales se sont inquiétées de la retransmission en direct de ces arrestations et des apparitions occasionnelles du président Saakachvili à la télévision pour dénoncer les suspects, avant même que la justice n'ait commencé son travail.

Le 30 juin 2005, la police anti-émeutes et des forces militaires spéciales, armées de mitraillettes, dispersent violemment des centaines de manifestants qui bloquent une rue principale de Tbilissi. L’affaire commence en protestation contre l’arrestation de deux sportifs bien connus accusés de chantage, et dégénère rapidement en manifestation contre les autorités centrales. 25 personnes sont arrêtées, dont cinq membres de partis de l’opposition[20]. En novembre 2007, une nouvelle série de manifestations force Saakachvili à anticiper l’élection présidentielle au 5 janvier 2008[21].

En février 2013, une pétition a recueilli plus d'un million de signatures en faveur de sa démission[22].

Malgré ces critiques, de nombreux commentateurs européens et américains ont continué de louer le gouvernement Saakachvili pour ses mesures hardies dans la lutte contre la corruption, ce qui a provoqué une augmentation du nombre d’enquêtes et de procès, réduisant de ce fait les abus et les mauvais traitements dans les procédures de détention préventive. Le statut de la liberté religieuse, selon les standards américains, s’est également amélioré grâce aux enquêtes et procès menés contre ceux qui harcelaient les tenants de religions venues de l'étranger non-traditionnelles[12],[23], comme les Témoins de Jéhovah, les Adventistes, les Mormons, etc.

Néanmoins, après la réélection de Mikheil Saakachvili, plusieurs ONG dénoncent de très fortes pressions sur des membres de l'opposition exercées par le pouvoir en vue de barrer la route à l'opposition dans l'ensemble du pays, à l'exception de la capitale Tbilissi. Ce fut notamment le cas avant les élections de mai 2010[24].

Tentative d’assassinat[modifier | modifier le code]

Le 10 mai 2005, pendant que le président des États-Unis George W. Bush prononce un discours dans le parc de la Liberté de Tbilissi, Vladimir Arutinian lance une grenade à main vers les présidents Saakachvili et Bush. Celle-ci atterrit dans la foule à une vingtaine de mètres du podium après avoir heurté une jeune femme et n’explose pas. Arutinian est arrêté en juillet de la même année ; avant sa capture, il a cependant réussi à tuer un agent de police. Il est condamné à la réclusion à perpétuité pour tentative d’assassinat à l’encontre des présidents Saakachvili et Bush et pour le meurtre du policier[25].

La crise de 2007[modifier | modifier le code]

Plus tard en 2007, la Géorgie endure la pire crise depuis la Révolution des Roses. Une série de manifestations anti-gouvernementales est déclenchée en octobre par les accusations de meurtre et de corruption portées contre le président et ses alliés par Irakli Okrouachvili, autrefois associé de Saakachvili et ancien membre de son gouvernement. Le point culminant de ces manifestations a lieu au début de novembre 2007, et implique plusieurs groupes de l’opposition, ainsi que l’influent magnat des médias Badri Patarkatsichvili. La décision du gouvernement de faire appel aux forces de l’ordre contre les manifestants restants, malgré une retombée de l'agitation, provoque des échauffourées dans les rues de Tbilissi le 7 novembre. La déclaration de l’état d’urgence par le président (du 7 au 16 novembre) et la censure imposée à quelques mass médias donnent lieu à de violentes critiques contre le gouvernement Saakachvili tant dans le pays qu'à l’étranger.

Le 8 novembre 2007, le président Saakachvili annonce comme solution de compromis qu’il avancera l’élection présidentielle géorgienne au 5 janvier 2008. Il propose également d’organiser en parallèle un référendum concernant la date des élections législatives – au printemps, comme exigé par les partis de l’opposition, ou bien fin 2008. Plusieurs concessions concernant le code électoral sont également accordées à l’opposition[21].

Le 23 novembre, le MNU, parti dirigeant, nomme officiellement Saakachvili candidat aux prochaines élections. Conformément à la Constitution de Géorgie, Saakachvili démissionne le 25 novembre pour lancer sa campagne électorale pour la présidentielle anticipée[26].

Élection présidentielle de 2008[modifier | modifier le code]

Le 5 janvier 2008, l’élection présidentielle géorgienne a lieu[27]. Les premiers sondages organisés par un groupe d’organisations non gouvernementales et de médias donnent Mikheil Saakachvili vainqueur avec plus de la moitié des voix (52,5 %), lui assurant une victoire complète et le dispensant d’un second tour[28]. Des résultats plus tardifs issus de sondages de « sortie des urnes »[29] montrent que Saakachvili a gagné par 53,5 % des suffrages, tandis que MSN UK annonce qu’il a rassemblé 53,8 % des voix. Les sondages de différentes sources sont unanimes pour annoncer la victoire de Saakachvili. Cependant l’opposition géorgienne critique ces résultats, déclarant qu’ils sont faux et orientés en faveur de l’ancien président. La commission centrale des élections annonce le samedi que Saakachvili a remporté 52,8 % des voix, près de deux fois le score de son opposant, un producteur de vin de 43 ans, Levan Gatchetchiladze, qui rassemble 27 % des suffrages[30]. Selon la déclaration du 8 janvier 2007 de la commission centrale des élections de Géorgie, qui prend en compte presque tous les bureaux de votes, Saakachvili est proclamé avoir remporté 53,4 % des voix[31] et Gatchetchiladze avoir remporté 25,67 % des voix[31].

Guerre d'Ossétie du Sud[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre d'Ossétie du Sud de 2008.

L'Ossétie du Sud est une province géorgienne s'étendant sur les contreforts du Caucase (et se prolongeant, côté russe, par l'Ossétie du Nord). Si la question des frontières russo-géorgienne était de peu d'importance lorsque ces pays faisaient partie de l'URSS, elle a fait un brusque retour depuis la dislocation de l'Union soviétique. Encouragées et poussé par Moscou, de nombreuses revendications nationalistes ou indépendantistes de diverses ethnies de la région provoquent de fortes tensions, en particulier entre Ossètes et Géorgiens. Des forces de maintien de la paix russes (avec mandat de l'ONU) étaient notamment présentes en Ossétie du Sud depuis un précédent conflit, entre janvier 1991 et mi-1992.

Après plusieurs jours d'accrochages frontaliers entre la milice des séparatistes sud-ossètes, soutenue et formée par la Russie, et l'armée géorgienne, les hostilités commencent dans la nuit du 7 au 8 août 2008 . La Russie poursuit le plan militaire de guerre contre la Géorgie dont la planification avait été ordonnée depuis 2006 par le président russe Poutine[32][33][34] et défait les forces géorgiennes. Le 16 août, un cessez-le-feu est signé, qui met fin aux affrontements. Le 26 août, le président russe, Dmitri Medvedev reconnaît par décret l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud comme États indépendants. La Géorgie dénonce une annexion.

Bilan politique[modifier | modifier le code]

Il quitte le pouvoir en novembre 2013 au terme de deux mandats, où il a vu sa cote de popularité chuter.

Il porte à son crédit une image visionnaire et modernisatrice pour la Géorgie, où il a notamment mis en place de nouvelles infrastructures, développé l'économie et lutté contre la bureaucratie, la corruption et la criminalité organisée, ce qui a eu toutefois pour effet de créer une surpopulation carcérale. Cependant, il a installé un clan pro-américain au pouvoir, créant une autre forme de corruption et de coteries[35]. L'usure du pouvoir, la répression sévère d'une manifestation en 2007, et surtout la guerre désastreuse de 2008 isolent le pouvoir, tandis que la diplomatie américaine et celle de certains pays occidentaux se lassent de ses imprudences diplomatiques. D'autre part la pression fiscale sur les chefs d'entreprise finissent de donner des arguments à l'opposition, permettant à Bidzina Ivanichvili de remporter les élections législatives de 2012 et de mettre en place une cohabitation politique. L'attitude du nouveau gouvernement se révèle être brutale à l'égard du clan Saakachvili, dont plusieurs membres sont accusés de corruption et de prises illégales d'intérêt. Certains hauts dignitaires de l'ancien gouvernement sont poursuivis par la justice, comme les anciens ministres de l'Intérieur Vano Merabichvili et de la Défense Bacho Akhalaïa), ce qui est dénoncé par les tenants de l'ancien régime comme une « chasse aux sorcières ». Saakachvili lui-même est invité par certains de ses proches à quitter la Géorgie et à s'expatrier aux États-Unis pour y échapper[36].

L'élection présidentielle de 2013 est remportée par Guiorgui Margvelachvili, candidat du Rêve géorgien (parti d'Ivanichvili) par 62 %, battant le candidat David Bakradze du MNU (parti de Saakachvili) qui en obtient 22 %[37].

Avant l'arrivée au pouvoir de son successeur, il vide les fonds présidentiels (environ trois millions de dollars) et les emporte avec lui à Bruxelles[38]. Exilé à New York, il continue toutefois de s'intéresser à la politique en parcourant les anciennes Républiques soviétiques, où il tient des discours sur la démocratie. Il soutient notamment les manifestations pro-européennes de 2013 en Ukraine[39].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Suivant les sources, la forme de son prénom varie du russe « Mikhaïl » au surnom « Micha », un hypocorisme pour Mikheil.
  2. La transcription de son nom en français est parfois dérivée de la transcription anglo-saxonne, « Saakashvili », ou bien de la transcription du russe Михаил Николозович Саакашвили, « Mikhaïl Nikolozovitch Saakachvili » (voire de la translittération du géorgien, « Mixeil Saak’ašvili »).
  3. (en) Visite du Président Saakachvili à la Maison Blanche
  4. (en) Discours de Bush à Tbilissi
  5. (en) Rencontre du président Saakachvili avec les hommes d'affaires géorgiens
  6. (en) Financial Times : Douce Géorgie !
  7. « Saakachvili félicité pour la lutte contre la corruption », Courrier international, 10 février 2012.
  8. (en) World Bank Statistics
  9. (en) La Géorgie double ses troupes en Irak
  10. a et b (en) Le président de Géorgie rencontre les dirigeants juifs
  11. (en) Une autre Géorgie sur la carte des États-Unis
  12. a et b (en) overview of Georgia, 2005 The Human Rights Watch
  13. Département d'État des États-Unis (en) Country Reports on Human Rights Practices - 2004 Département d'État des États-Unis
  14. « (en) Country report: Georgia (2005) » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-30 Freedom House ; voir aussi en:Freedom in the World 2006
  15. (en) PROTESTS, ACCUSATIONS, AND RIOTS SHAKE GEORGIA
  16. (en) Praise, Scorn For Accusations Against Georgia President
  17. (en) Georgia's Ex-Minister Assails President - Forbes, Associated Press
  18. (en) Okruashvili Ups Ante on Former Allies - The Georgian Times
  19. British Helsinki Human Rights Group, une organisation non gouvernementale qui surveille de très près les droits de l’homme dans les 57 États membres de l’OSCE. Voir article en:BHHRG
  20. (en) Georgia: Opposition Lawmakers Protest Violence Against Demonstrators
  21. a et b (en) Saakashvili Calls Snap Presidential Polls, Referendum. Civil Georgia. 2007-11-08.
  22. http://french.ruvr.ru/2013_02_09/Georgie-les-signatures-en-faveur-de-la-demission-de-Saakachvili/
  23. (en) International Religious Freedom Report 2005: Georgia, département d'État des États-Unis
  24. (fr) Les autorités locales filmées en train de forcer des membres de l’opposition à renoncer à leur candidature | Observateurs de France24 France 24
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  26. (en) Saakashvili Steps Down to Run for Re-Election. Civil Georgia. 2007-11-25.
  27. Elles ont lieu partout dans le pays, à l’exception du village de montagne de Shatili, où le bureau de vote ne peut être ouvert à cause d’importantes chutes de neige
  28. « (en) Résultats des premiers sondages » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-30
  29. « (en) Résultats sur archevnebi.ge » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-30
  30. (en) Reuters, Saakashvili wins Georgian presidential election
  31. a et b (ka) Résultats des élections
  32. http://www.liberation.fr/monde/2012/08/15/quatre-ans-apres-la-guerre-russo-georgienne_839915
  33. http://georgiaonline.ge/news/a1/politics/1344480823.php
  34. http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5g64tYJAi4rcZdKIFp1UyhtVqbA6g?docId=CNG.e0ad6bedb364f8da87ac32b665fb0008.a41&hl=en
  35. Salomé Zourabichvili, La tragédie géorgienne 2003-2008 : de la Révolution des roses à la guerre, Grasset, Paris, 2009, ISBN 978-2246753919
  36. Arielle Thedrel et Régis Genté, « Saakachvili encouragé à s'expatrier aux États-Unis », in lefigaro.fr, 27 octobre 2013.
  37. « Géorgie : le protégé du Premier ministre remporte la présidentielle saluée par l'OSCE », in ladepeche.fr, 27 octobre 2013.
  38. « Jean-Vincent Placé », faitsetdocuments.com, no 366, p. 8, 15 au 30 novembre 2013.
  39. Isabelle Lasserre, « Mikhaïl Saakachvili, révolutionnaire “professionnel” », in Le Figaro, encart « Culture », vendredi 27 décembre 2013, page 28.

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