Viktor Ianoukovytch

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Viktor Ianoukovytch
Віктор Янукович
Viktor Ianoukovytch, en 2011.
Viktor Ianoukovytch, en 2011.
Fonctions
4e président d'Ukraine
25 février 201022 février 2014
(3 ans, 11 mois et 28 jours)
Élection 7 février 2010
Premier ministre Ioulia Tymochenko
Oleksandr Tourtchynov (intérim)
Mykola Azarov
Serhi Arbouzov (intérim)
Prédécesseur Viktor Iouchtchenko
Successeur Oleksandr Tourtchynov (intérim)
Petro Porochenko
13e Premier ministre ukrainien
4 août 200618 décembre 2007
(1 an, 4 mois et 14 jours)
Président Viktor Iouchtchenko
Prédécesseur Iouriï Iekhanourov
Successeur Ioulia Tymochenko
10e Premier ministre ukrainien
28 décembre 20045 janvier 2005
(8 jours)
Président Leonid Koutchma
Prédécesseur Mykola Azarov (intérim)
Lui-même
Successeur Mykola Azarov (intérim)
Ioulia Tymochenko
9e Premier ministre ukrainien
21 novembre 20027 décembre 2004
(2 ans, 0 mois et 16 jours)
Président Leonid Koutchma
Prédécesseur Anatoliï Kinakh
Successeur Mykola Azarov (intérim)
Lui-même
Gouverneur de l'oblast de Donetsk
14 mai 199721 novembre 2002
(5 ans, 6 mois et 7 jours)
Prédécesseur Volodymyr Sherban
Successeur Anatoliy Blyzniuk
Biographie
Date de naissance 9 juillet 1950 (64 ans)
Lieu de naissance Ienakiieve, RSS d'Ukraine (Union soviétique)
Nationalité ukrainienne
Parti politique Parti des régions (1997-2014)
Conjoint Lyudmyla Oleksandrivna
Diplômé de Institut polytechnique de Donetsk
Profession Ingénieur mécanicien
Résidence Palais Maryinsky (Kiev)

Signature

Viktor Ianoukovytch
Premiers ministres ukrainiens
Présidents d'Ukraine

Viktor Fedorovytch Ianoukovytch (en ukrainien : Віктор Федорович Янукович ; en russe : Виктор Фёдорович Янукович Viktor Fiodorovitch Ianoukovitch), né le 9 juillet 1950 à Ienakiieve (oblast de Donetsk), est un homme d'État ukrainien.

Il est Premier ministre de l'Ukraine du 21 novembre 2002 au 7 décembre 2004, puis du 28 décembre 2004 au 5 janvier 2005. Candidat du Parti des régions à l'élection présidentielle de 2004, il doit concéder l'organisation d'un nouveau second tour face à des accusations de fraudes et perd finalement face à Viktor Iouchtchenko, meneur de la Révolution orange.

Les résultats de son parti aux élections législatives de 2006 le conduisent de nouveau au poste de Premier ministre, du 4 août 2006 au 18 décembre 2007. Chef de l'opposition, il remporte l'élection présidentielle de 2010 avec 48,95 % des voix, contre 45,47 % à Ioulia Tymochenko.

Viktor Ianoukovytch est investi président d'Ukraine le 25 février 2010. Son mandat est notamment marqué par une réforme constitutionnelle renforçant les pouvoirs du chef de l'État et par la dégradation de la situation financière de l'Ukraine. Un vaste mouvement de contestation, provoqué par la suspension d'un accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne, conduit à sa destitution, par le Parlement ukrainien, le 22 février 2014.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Né dans la cité ouvrière de Joukovtsy, quartier de Enakievo, il est le fils de Fedor Vladimirovitch Ianoukovitch (1923-1991), mécanicien dans l’usine métallurgique d'Enakievo, et d'Olga Semionovna Ianoukovitch[1] (1925-1952), infirmière[2]. Il perd sa mère à l'âge de deux ans, et après le remariage de son père, il est élevé tantôt chez sa grand-mère[3], tantôt à l’orphelinat[4]. De 1957 à 1965, il est élève à l'école primaire puis au collège minier de Enakievo.

Vie privée[modifier | modifier le code]

En novembre 1971[5]Viktor Ianoukovytch se marie à Lyudmyla Oleksandrivna, née en 1949[6]. Il a deux fils : Oleksandr, né le 10 juillet 1973[7] à Donetsk, dentiste puis homme d'affaires, et Viktor, né le 16 juillet 1981 à Ienakiieve[8], étudiant à l'Université nationale du Donetsk, député d'Ukraine depuis 2006 pour le Parti des régions[9].

Études[modifier | modifier le code]

En 1973, il est diplômé par correspondance du collège des mines d'Ienakiieve, puis, en 1980, diplômé par correspondance de l'Institut polytechnique de Donetsk (spécialité « automobiles et industrie automobile »). Il est diplômé de l'Académie ukrainienne du commerce extérieur (droit international) en 2001. Il est docteur en économie et professeur.

Affaires judiciaires[modifier | modifier le code]

Le 15 décembre 1967, il est reconnu coupable de vol conformément à l'article 141 partie 2 du code pénal de la république socialiste soviétique d'Ukraine[10]. Condamné à trois ans de prison, il est envoyé dans un camp pour mineurs[11]. Sa peine est réduite à dix-huit mois en raison de l'amnistie décidée en l'honneur du cinquantième anniversaire de la révolution d'octobre. Libéré au bout de six mois pour bonne conduite, il est impliqué dans une rixe à Ienakiieve le 16 septembre 1969. Inculpé au titre de l'article 102 du code pénal de la république socialiste soviétique d'Ukraine (coups et blessures), il est condamné le 8 juin 1970 à deux ans de prison. Il est relâché en juin 1972. Les sanctions sont annulées en 1973 et effacées en 1978 par la justice soviétique[12]. Une fois devenu homme politique, il qualifiera ses actes d'« erreurs de jeunesse ».

Débuts professionnels[modifier | modifier le code]

En 1969, il entre à l’usine métallurgique d'Ienakiieve comme ouvrier métallurgiste[13]. D'août 1972 à avril 1973, il est électricien et d'avril 1973 à novembre 1976, mécanicien. En 1976, il est nommé directeur des transports de la compagnie minière Ordzhonikidzeugol[14].

En septembre 1987, il devient directeur adjoint de la logistique et du transport de l'association industrielle de l'industrie houillère de Donetsk. En mai 1989 il fait fonction de directeur puis est nommé directeur en juillet 1989 de "Donbastransremont. En 1991 il est élu chef de la direction de "Donbastransremont". De janvier 1994 à septembre 1994, il est directeur général de l'association industrielle du transport de l'industrie houillière "Ukrvuglepromtrans." En septembre 1994, il est nommé directeur général du transport routier de la région de Donetsk.

Débuts en politique[modifier | modifier le code]

De 1964 à 1978, il est membre du Komsomol[15]. De 1980 à 1991, il est membre du Parti communiste[16].

D'août 1996 à septembre 1996, il est vice-gouverneur (vice-président), puis de septembre 1996 à mai 1997[17], premier vice-gouverneur (premier vice-président), et enfin, du 14 mai 1997 au 21 novembre 2002[18], gouverneur (président de l'administration d'Etat) de la province (oblast) de Donetsk, une région minière de l'Est du pays, proche culturellement et géographiquement de la Russie. Pour ce faire, il bénéficie du soutien de Rinat Akhmetov, milliardaire soutenant le Parti des régions.

En mars 1998, il est élu député du conseil provincial du Donetsk et, de mai 1999 à mars 2001, il est président du conseil provincial du Donetsk[19],[20].

Du 21 novembre 2002 au 7 décembre 2004, puis du 28 décembre 2004 au 5 janvier 2005, il est Premier ministre, nommé par le président Leonid Koutchma. Le 19 avril 2003, il est élu président du Parti des régions[21].

Élection présidentielle de 2004[modifier | modifier le code]

Dauphin du président Leonid Koutchma il est désigné, le 4 juillet 2004[22]; candidat du Parti des régions à l'élection présidentielle du 21 novembre 2004 face au candidat de « Notre Ukraine » Viktor Iouchtchenko. Au second tour de la présidentielle, Ianoukovytch est donné vainqueur, mais la contestation des régions de l'Ouest du pays et de la capitale Kiev contre les fraudes électorales prend de l'ampleur. C'est la Révolution orange. Pour sortir de l'impasse politique, le président Koutchma fait organiser un « troisième tour » de la présidentielle le 26 décembre 2004, qui voit la victoire de Iouchtchenko. Ianoukovytch démissionne alors de son poste de Premier ministre le 31 décembre 2004, cette démission est acceptée par le président Koutchma le 5 janvier suivant.

Premier ministre[modifier | modifier le code]

Lors des élections législatives du 26 mars 2006, le Parti des régions de Ianoukovytch obtient 33 % des suffrages et obtient ainsi le premier groupe parlementaire à la Verkhovna Rada.

Ianoukovytch souhaite des liens plus forts avec la Russie et que l'Ukraine intègre l'Union européenne (en accord sur ce point avec le président Viktor Iouchtchenko). Néanmoins, Ianoukovytch s'oppose à la candidature de l'Ukraine à l'OTAN. Ianoukovytch défend les intérêts des consortiums d'extraction minière des oblast de Louhansk et de Donetsk.

Le 4 août 2006, après quatre mois et demi de tentatives infructueuses pour former une coalition avec le parti pro-occidental de Ioulia Tymochenko, le président Iouchtchenko se résigne à nommer Ianoukovytch au poste de Premier ministre d'un gouvernement de coalition. L'accord signé avec le président Iouchtchenko stipule que l'Ukraine poursuivra ses négociations d'adhésion à l'OTAN et son rapprochement avec l'Union européenne. Cet accord permet d'éviter la dissolution du Parlement et la tenue de nouvelles élections législatives.

Chef de l'opposition[modifier | modifier le code]

Le 3 avril 2007, le président Viktor Iouchtchenko dissout à nouveau le Parlement et la coalition vole en éclats. Les élections législatives anticipées ont lieu le 30 septembre 2007 et conduisent à la démission de Viktor Ianoukovytch le 18 décembre, Ioulia Tymochenko étant confirmée au poste de Premier ministre par le Parlement.

Élection présidentielle de 2010[modifier | modifier le code]

Résultats obtenus au second tour par Viktor Ianoukovytch dans chaque oblast.

Ianoukovytch redevient alors le chef de l'opposition ; depuis 2007 il profite des conflits entre le président et le Premier ministre. Le 17 janvier 2010, lors du premier tour de l'élection présidentielle, il arrive en tête avec 35,32 % des voix, devançant Ioulia Tymochenko (25,05 %) et Viktor Iouchtchenko (5,45 %). Il refuse de participer au débat télévisé contre sa rivale, qui le qualifie de « candidat de la mafia et de la criminalité[23] ».

Le second tour de l'élection a lieu le 7 février. Marqué par un taux de participation important (69,15%), il est remporté par Viktor Ianoukovytch qui réunit 48,95 % des voix, contre 45,47 % pour Ioulia Tymochenko, dont les proches dénoncent « des fraudes massives ». Le résultat est pourtant jugé « transparent et honnête » par les observateurs de l'OSCE [24].

Président d'Ukraine[modifier | modifier le code]

Viktor Ianoukovytch et le président russe Dmitri Medvedev, le 21 avril 2010, lors de la signature des accords de Kharkov.

Viktor Ianoukovytch prête serment le 25 février 2010, devant les membres du Parlement ukrainien, le Conseil suprême[25]. Il dénonce « des dettes colossales, la pauvreté, une économie qui s'effondre, la corruption »[26] et souhaite des relations fortes avec l'Union européenne et la Russie. Il effectue sa première visite officielle à l'étranger à Bruxelles le 1er mars 2010, où il s'entretient avec le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy[27]. Viktor Ianoukovytch se rend en Russie le 5 mars.

Il annonce le soir de son investiture son intention de remplacer Ioulia Tymochenko au poste de Premier ministre. Celle-ci refuse, et défie les partisans du nouveau président en soumettant un vote de confiance au Parlement. Le 3 mars 2010, son gouvernement tombe après le vote d'une motion de censure. Huit jours plus tard, Mykola Azarov, un proche de Ianoukovytch, est investi par le Parlement.

Signe de rapprochement avec la Russie, le 21 avril 2010, le président ukrainien signe avec son homologue russe, Dmitri Medvedev, un traité portant d'une part sur le prolongement pour 25 ans du bail de la flotte russe de la mer Noire à Sébastopol en Crimée, et d'autre part sur la diminution du prix du gaz russe livré à l'Ukraine de 30 %[28]. L'opposition proteste violemment contre cet accord lors du vote au Parlement[29]. Le même mois, Viktor Ianoukovytch, contrairement à son prédécesseur Viktor Iouchtchenko, déclare ne pas considérer Holodomor, la famine provoquée dans les années 1930 et qui a fait des millions de victimes ukrainiennes, comme un génocide[30].

Manifestation contre Viktor Ianoukovytch, en 2011 (Paris, Parvis des droits de l'homme).

Le 1er octobre 2010, la Cour constitutionnelle valide la réforme qui revient sur les changements constitutionnels introduits en 2004 : les pouvoirs du président de la République sont ainsi renforcés (possibilité de limogeage sans justification d'un membre du gouvernement ou d'un dirigeant de chaîne de télévision, de faire fi des décisions du gouvernement, etc.) et les prérogatives du Parlement amoindries[31]. Pour l'analyste Victor Tchoumak, « Ianoukovytch ne s'est pas contenté de rétablir le modèle qui existait à l'époque de Koutchma. Il l'a nettement renforcé. Désormais, le président façonne lui-même la verticale de l'exécutif dans son ensemble, et ce système est devenu beaucoup plus facile à contrôler après la “réforme administrative” […] qui a quasiment divisé par deux le nombre de ministères et d'administrations »[32]

Réputé autoritaire et intolérant avec les médias, Viktor Ianoukovytch doit faire face aux critiques de journalistes ukrainiens qui dénoncent régulièrement la censure qu'il exercerait sur eux[33]. Après une année d'exercice du pouvoir, l'ONG américaine Freedom House a rayé l'Ukraine de la liste des pays libres, tandis qu'en Occident, des voix dénoncent un recul des processus démocratiques et des atteintes à la liberté d'expression[34]. L'Ukraine est désormais décrite comme un pays partiellement libre[35],[36].

Sur fond d'accusation de corruption par la justice ukrainienne, l'ancien ministre de l'Économie du gouvernement Tymochenko, Bogdan Danilichine, obtient l'asile politique en République tchèque, tandis que Ioulia Tymochenko est elle-même assignée à résidence[37],[38]. Au total, quinze anciens membres du gouvernement Tymochenko font l'objet de poursuites judiciaires depuis l'arrivée au pouvoir de Ianoukovytch[39]. À partir d'octobre 2011, à la suite de la condamnation de Tymochenko à sept ans de prison ferme, les relations entre l'Ukraine et les pays occidentaux se dégradent, ces derniers voyant un motif politique dans cette condamnation[39].

Dans ce contexte de tension entre l'Ukraine et l'Union européenne, Bruxelles a depuis 2011 subordonné la signature d'un accord de libre-échange à plusieurs conditions : la fin des poursuites judiciaires contre les opposants de Ianoukovytch, le respect de l'État de droit et l'indépendance de la justice. En avril 2013, l'ancien ministre de l'Intérieur Iouri Loutsenko est le premier homme politique d'envergure finalement libéré, la détention de Tymochenko restant toutefois le sujet le plus sensible[40].

Protestations populaires et destitution[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Euromaïdan.

En novembre 2013, le président Viktor Ianoukovytch décide finalement de refuser l'accord avec l'Union européenne et de « relance[r] un dialogue actif avec Moscou »[41].

Ce refus entraîne d'importantes manifestations pro-européennes à Kiev rassemblant des centaines de milliers de personnes, l'occupation du Maïdan Nézalejnosti et de la mairie, avec comme mot d'ordre la démission du président Ianoukovytch[42]. La légitimité de Viktor Ianoukovytch est d'autant plus remise en cause après la mort de 75 manifestants tués par balle le jeudi 20 février 2014[43].

Le 22 février 2014, alors que des rumeurs évoquent sa démission, le président déclare, lors d'une dernière allocution télévisée, qu'il refuse de démissionner et évoque un « coup d'État » en faisant un parallèle avec l'arrivée des nazis en Allemagne[44]. Quelques heures plus tard, le Parlement vote sa destitution s'appuyant sur la Constitution qui permet au Parlement de destituer le président élu si ce dernier n'est pas en capacité d'assurer sa fonction ou s'il abandonne de facto ses fonctions. Le Parlement justifie également cette décision en accusant Viktor Ianoukovytch de violation massive des droits de l'homme[45]. Le Parlement fixe également au 25 mai 2014 la prochaine élection présidentielle par 328 voix sur 450. Oleksandr Tourtchynov assure l'intérim et Ioulia Tymochenko, emprisonnée depuis deux ans et demi, recouvre la liberté[46],[47].

Parallèlement, les manifestants et la presse ont pu entrer dans la Mejyhiria, sa résidence située dans la banlieue de Kiev : celle-ci dévoile le patrimoine considérable de Viktor Ianoukovytch et le train de vie qu'il y menait[48].

La fuite et la traque[modifier | modifier le code]

Viktor Inaoukovitch quitte Kiev, la capitale ukrainienne, dans la nuit du 21 au 22 février 2014, probablement en hélicoptère. Il se serait rendu dans la ville de Kharkiv, à l'est de l'Ukraine, où avait lieu un congrès du Parti des régions, sa propre formation politique. Ce rendez-vous était officiellement inscrit dans l'agenda du président. Là-bas, il aurait passé la nuit dans sa résidence présidentielle avant de rejoindre, toujours via son hélicoptère, sa ville natale et son fief politique de Donetsk. Des gardes-frontières indiquent l'avoir aperçu le 22 février à l'aéroport de cette ville. Il aurait tenté de fuir l'Ukraine à bord d'un avion privé pour se rendre en Russie. Les gardes-frontières ont constaté que l'avion privé n'était pas en règle et ont refusé de le laisser décoller, malgré les tentatives de corruption d'hommes armés assurant la protection du président déchu. Les gardes-frontières précisent également que quelques minutes plus tard, Viktor Ianoukovitch est sorti de l'avion pour se réfugier dans une voiture blindée qui a rapidement quitté l'aéroport. Il serait retourné ensuite brièvement à Donetsk avant de partir en voiture, très tard le soir et sans protection officielle, en direction de la Crimée. Il aurait atteint sa destination le dimanche 23 février 2014 où il aurait délaissé les résidences officielles pour des sanatoriums plus discrets. Inquiet pour sa sécurité suite aux mesures prises à son encontre par le Parlement ukrainien, Viktor Inaoukovitch aurait tenté de gagner l'aéroport de Sébastopol (sud de l'Ukraine) où est stationnée une base navale russe, toujours en Crimée. Il aurait été vu dans cette région pour la dernière fois le dimanche 23 février 2014 à 23h50. Il ne serait finalement pas arrivé à Sébastopol, mais se serait arrêté dans une résidence privée où une partie de ses services de sécurité aurait préféré le laisser continuer seul. Ensuite, on perd totalement la trace de Viktor Ianoukovitch[49].

Viktor Ianoukovitch refait entendre sa voix le 27 février dans une déclaration adressée au peuple ukrainien et transmise aux agences russes. Il souligne qu'il demeure toujours le président légitime de l'Ukraine et demande dans le même temps à la Russie de garantir sa sécurité. Sa requête aurait été immédiatement acceptée par la Fédération de Russie où il se serait de toute façon déjà réfugié[50]. Mais ce n'est que le vendredi 28 février 2014 que Viktor Ianoukovitch réapparaît en public. Il donne alors une conférence de presse devant des journalistes russes dans la ville russe de Rostov-sur-le-Don, proche de la frontière ukrainienne. Il explique qu'il a choisi de tenir cette conférence à Rostov-sur-le-Don car il a pu trouver refuge chez un de ses amis vivant dans cette localité. Il indique qu'il considère qu'il n'a pas été renversé, réfute sa destitution qu'il juge illégale, et précise qu'il a finalement été contraint de quitter l'Ukraine contre son gré craignant pour sa vie et la sécurité de sa famille. Il réfute également avoir abandonné ses fonctions en quittant Kiev dans la mesure où il devait se rendre à Kharkiv pour rencontrer des membres du Parti des régions qu'il soutient, comme le stipulait son agenda officiel. Il affirme ne pas avoir donné l'ordre à la police ukrainienne de tirer sur la foule le 21 février 2014 : "Je n’ai jamais donné l’ordre à la police de tirer sur la foule. Elle a toujours été désarmée jusqu’à ce qu’on lui tire dessus"[51]. Il souligne que le pouvoir a été pris illégalement à Kiev par "des jeunes nationalistes et profascistes"[52]. Le 4 mars 2014, quelques jours après cette conférence, Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie, indique dans sa première déclaration publique depuis la destitution du Président ukrainien, que Viktor Ianoukovitch n'a pas d'avenir politique et qu'il lui a signifié personnellement[53]. Malgré son isolement politique, les déclarations russes sur son absence d'avenir politique et la reconnaissance de sa destitution par la communauté internationale[54], Viktor Ianoukovytch, dans une nouvelle conférence de presse tenue à Rostov-sur-le-Don le mardi 11 mars 2014, continue de marteler qu'il est toujours le seul président légitime de l'Ukraine et le seul chef des armées et qu'il envisage de revenir dans les meilleurs délais à Kiev, dès que la situation lui permettra. Il qualifie la situation ukrainienne et sa destitution comme une parenthèse dans son mandat[55].

Parallèlement, Viktor Inaoukovytch doit faire face aux multiples accusations des nouvelles autorités ukrainiennes qui le recherchent activement pour "meurtres de masse", "abus de pouvoir et meurtres", "crimes graves" et corruptions multiples, entre autres. En effet, le lundi 24 février 2014 soit deux jours après sa destitution par le Parlement ukrainien, un mandat d'arrêt est lancé contre lui par la justice ukrainienne pour « meurtres de masse »[56]. Le lendemain, le mardi 25 février 2014, le Parlement ukrainien, la Rada, a voté à une large majorité le renvoi de Viktor Ianoukovytch devant la Cour pénale internationale (CPI) pour « crimes graves ». Les autorités ukrainiennes ont justifié cette décision par la mort d'une centaine de manifestants face à la police à Kiev. Réagissant à ce vote du Parlement ukrainien, la CPI a toutefois fait savoir qu'elle attendait une requête officielle du pays afin de pouvoir formellement enquêter sur les causes directes de ces morts de civils et déterminer les responsables. Si l'Ukraine a bien signé le traité instituant la CPI en janvier 2000, elle ne l'a jamais ratifié. Ce fait ne devrait toutefois pas l'empêcher de saisir formellement la CPI si elle le souhaite[57]. Enfin, le mercredi 5 mars 2014, les autorités ukrainiennes demandent officiellement à Interpol de délivrer une notice rouge à l'encontre de Viktor Ianoukovytch pour « abus de pouvoir et meurtre »[58]. Le bureau des affaires légales de l'organisation internationale de police étudie actuellement la demande pour vérifier sa compatibilité avec ses missions et ses règles[59]. Si elle est délivrée, la notice rouge, diffusée dans les 190 pays membres d'Interpol, permettra de localiser, faire arrêter et extrader Viktor Ianoukovytch sur la base d'un mandat d'arrêt ou d'une décision judiciaire de l'Ukraine à des fins de jugement dans son pays ou, comme l'a voté le Parlement ukrainien, devant la CPI si cette dernière juge la requête légitime et comme faisant partie de ses prérogatives.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://landofancestors.com/famous/politician/159-viktor-yanukovych.html
  2. http://www.vesti.ru/doc.html?id=298619
  3. http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/02/21/viktor-ianoukovitch-chef-de-clan-et-president-honni_4371064_3214.html
  4. http://www.clcr.fr/wp-content/uploads/2013/09/UkraineFR.pdf
  5. http://www.omnilexica.com/?q=lyudmyla+oleksandrivna+yanukovych
  6. http://gazeta.sebastopol.ua/2002/49/ministr.shtml
  7. http://euromaidan2013.wordpress.com/2013/12/13/viktor-yanukovych/
  8. http://www.omnilexica.com/?q=viktor+yanukovych
  9. http://www.uznayvse.ru/znamenitosti/виктор-янукович.html
  10. https://www.kyivpost.com/content/ukraine/from-prison-to-president-59338.html
  11. http://www.realt5000.com.ua/news/utf/fr/1222408/
  12. http://tempsreel.nouvelobs.com/ukraine-la-revolte/20140222.OBS7358/ianoukovitch-une-presidence-de-bas-fonds.html
  13. http://www.journaleuropa.info/Salle-de-redac/Importatoire/Les-debuts-surprenants-de-V.-Ianoukovitch
  14. http://repo.knmu.edu.ua/bitstream/123456789/648/1/HISTORY%20OF%20UKRAINE.Textbook.%20Robak%20Arzumanova%20Semenenko.doc
  15. http://dozor.kharkov.ua/file/yanukovich/
  16. http://bp.ubr.ua/profile/nukovich-viktor-fedorovich
  17. http://archive.premier.gov.ru/eng/visits/world/10905/info/10917/
  18. http://www.kmu.gov.ua/control/en/publish/article?art_id=85175689&cat_id=1290720
  19. http://www.aif.ru/dossier/1416
  20. http://www.worldaffairsjournal.org/blog/alexander-j-motyl/tips-speaking-ukrainian
  21. http://www.kyivpost.com/content/politics/yanukovych-suspends-his-membership-in-party-of-reg-60929.html
  22. http://ukrfaces.blogspot.fr/2008/10/viktor-yanukovych-official-biography.html
  23. « En Ukraine, la chasse aux électeurs de Serguei Tigipko est ouverte », Euronews, 21 janvier 2010.
  24. « Ukraine : l'OSCE reconnaît la bonne tenue de l'élection », lemonde.fr, 8 février 2010. Consulté le 24.01.2012.
  25. « Ianoukovitch investi à la présidence de l'Ukraine », RIA Novosti, 25 février 2010.
  26. « Viktor Ianoukovitch a prêté serment comme président de l'Ukraine », L'Express, 25 février 2010.
  27. « Le président ukrainien réserve sa première visite à Bruxelles », L'Express, 1er mars 2010.
  28. « L'Ukraine autorise la flotte russe à rester en Crimée », Le Nouvel Observateur, 27 avril 2010.
  29. « Scènes de chaos au Parlement ukrainien », Le Figaro, 27 avril 2010.
  30. AP, « La famine des années 1930 en Ukraine n'est pas un génocide, selon Viktor Yanoukovitch », Le Nouvel Observateur, 27 avril 2010.
  31. « Viktor Ianoukovitch enterre la révolution orange », Courrier international, 4 octobre 2010.
  32. « Une déception nommée Ianoukovitch », Courrier international, 7 février 2011.
  33. « Ukraine: les médias crient à la censure », Le Figaro, 4 juin 2010.
  34. Ukraine rayée de la liste des pays libres : "tragédie" selon Timochenko RIA Novosti, 13 janvier 2011.
  35. Les libertés ont encore décliné dans le monde en 2010 AFP, 14 janvier 2011.
  36. Dix petites leçons de démocratie Courrier international, 29 décembre 2010.
  37. « Ioulia Timochenko harcelée par le pouvoir », Libération, 2 février 2011.
  38. Prague octroie l'asile politique à un ex-ministre ukrainien RIA Novosti, 14 janvier 2011.
  39. a et b « Le procès stalinien de Ioulia Timochenko », Le Point, 8 décembre 2011, no 2047, pp. 66-70.
  40. Arielle Thédrel, « Iouri Loutsenko, icône de l'opposition ukrainienne », in Le Figaro, encart « Culture », vendredi 4 octobre 2013, page 42.
  41. Arielle Thédrel, « L'Ukraine tourne le dos à l'Union européenne », in Le Figaro, vendredi 22 novembre 2013, page 6.
  42. Au moins 100 000 manifestants à Kiev pour réclamer la démission de Ianoukovitch, Le Monde, 1er décembre 2013.
  43. http://actualite.portail.free.fr/monde/21-02-2014/ukraine-des-premieres-manifestations-au-compromis-fragile/
  44. http://www.rfi.fr/europe/2min/20140222-ukraine-ianoukovitch-annonce-demissionnera-pas-timochenko/
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  48. « La résidence façon parc d’attractions du président ukrainien », Le Monde, 22 février 2014.
  49. « Recherché par la police, Ianoukovitch reste introuvable », lefigaro.fr, 25 février 2014.
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  56. « Recherché par la police, Ianoukovitch reste introuvable », lefigaro.fr, 24 février 2014.
  57. « Ukraine : le Parlement veut traîner Ianoukovitch devant la justice internationale », lemonde.fr, 25 février 2014.
  58. http://www.interpol.int/fr/Centre-des-médias/Nouvelles/2014/N2014-037
  59. « Ianoukovitch: Kiev veut une "notice rouge" », lefigaro.fr, 7 mars 2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]