Viktor Iouchtchenko

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Viktor Iouchtchenko
Віктор Ющенко
Viktor Iouchtchenko, en 2009.
Viktor Iouchtchenko, en 2009.
Fonctions
3e président d'Ukraine
23 janvier 200525 février 2010
(5 ans, 1 mois et 2 jours)
Élection 26 décembre 2004
Premier ministre Ioulia Tymochenko
Iouriï Iekhanourov
Viktor Ianoukovytch
Ioulia Tymochenko
Prédécesseur Leonid Koutchma
Successeur Viktor Ianoukovytch
7e Premier ministre ukrainien
22 décembre 199929 mai 2001
Président Leonid Koutchma
Prédécesseur Valeriy Pustovoitenko
Successeur Anatoliy Kinakh
Gouverneur de la Banque nationale d'Ukraine
26 janvier 199311 janvier 2000
Prédécesseur Vadym Hetman
Successeur Volodymyr Stelmakh
Biographie
Nom de naissance Viktor Andriïovytch Iouchtchenko
Date de naissance 23 février 1954 (60 ans)
Lieu de naissance Khoroujivka, Soumy (RSS d'Ukraine, URSS)
Nationalité ukrainienne
Parti politique Notre Ukraine
Conjoint Svetlana Ivanivna Kolesnyk
(divorcés)
Kateryna Mykhaylivna Chumachenko
(depuis 1998)
Enfant(s) Premier mariage :
Vitalyna Iouchtchenko (1980)
Andriy Iouchtchenko (1987)

Deuxième mariage :
Sophia Iouchtchenko (1999)
Krystyna Iouchtchenko (2000)
Taras Iouchtchenko (2004)
Diplômé de Université nationale d'économie de Ternopil
Profession Comptable
Religion ukrainienne orthodoxe
Résidence Kiev

Signature

Viktor Iouchtchenko
Présidents d'Ukraine

Viktor Iouchtchenko (Віктор Ющенко)Prononciation du titre dans sa version originale Écouter, né le 23 février 1954 à Khoroujivka (Soumy, RSS d'Ukraine), est un homme d'État ukrainien.

Premier ministre de 1999 à 2001 et chef de la coalition politique Notre Ukraine, il est le leader de la révolution orange qui le conduit au pouvoir lors de l'élection présidentielle de 2004, où il bat le Premier ministre sortant Viktor Ianoukovytch.

Troisième président d'Ukraine du 23 janvier 2005 au 25 février 2010, Viktor Iouchtchenko ne parvient pas à résoudre les problèmes économiques et sociaux ; jugé responsable d'une forte vague de déception par le Peuple ukrainien, après un premier mandat présidentiel marqué par une forte rivalité avec Viktor Ianoukovytch et Ioulia Tymochenko, qui furent deux de ses Premiers ministres, Viktor Iouchtchenko est battu dès le premier tour lors du scrutin de 2010.

Son visage est abîmé par une forme extrême d'acné provoquée par une intoxication. Il existe une controverse sur les causes de cette intoxication, plusieurs expertises confortant la thèse d'une tentative d'empoisonnement à la dioxine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Fils d'Andriy Iouchtchenko (1919-1992), soldat de l'Armée rouge puis enseignant, Viktor Andriyovych Iouchtchenko naît dans un village de l'oblast de Soumy (Khoroujivka). Il étudie l'économie à Ternopil et travaille ensuite comme comptable rural dans l'oblast d'Ivano-Frankivsk. En 1976, il est embauché par la filiale de la Banque d'État de l'URSS pour l'oblast de Soumy, et est ensuite promu à Kiev.

Banque nationale d'Ukraine[modifier | modifier le code]

Il devient gouverneur de la nouvelle Banque nationale d'Ukraine le 26 janvier 1993. À ce poste, il joue un rôle important dans la création de la monnaie ukrainienne, la hryvnia, et dans l'établissement d'un système de régulation moderne pour les banques commerciales. Il conserve cette fonction jusqu'à sa nomination à la tête du gouvernement ukrainien.

Le Premier ministre, puis l'opposant de Koutchma[modifier | modifier le code]

En décembre 1999, Iouchtchenko est nommé Premier ministre par le président Leonid Koutchma. Des progrès économiques significatifs interviennent pendant le mandat de Iouchtchenko, mais des critiques estiment que cela a été rendu possible par la prospérité générale et la conjoncture économique, et très peu par son action gouvernementale. Très tôt, les membres de son gouvernement (en particulier le vice-Premier ministre Ioulia Tymochenko) sont impliqués dans des luttes de pouvoir avec les patrons des puissantes entreprises énergétiques du charbon et du gaz naturel. Le conflit aboutit à un vote de défiance du Parlement en 2001, où le groupe du président Koutchma s'allie avec les communistes pour défaire le gouvernement en place. Iouchtchenko est alors démis de ses fonctions de Premier ministre.

En 2002, Iouchtchenko devient chef de la coalition politique Notre Ukraine, qui remporte plusieurs sièges au Parlement lors des élections cette même année. Cependant, faute d'un nombre suffisant de sièges pour obtenir une majorité, ses efforts pour former une coalition échouent.

Iouchtchenko demeure le chef du groupe Notre Ukraine, et à partir de cette période il est en général considéré comme le chef de l'opposition, car les autres partis d'opposition sont moins influents et moins représentés au Parlement.

Iouchtchenko est marié à Kateryna Iouchtchenko-Tchoumatchenko (sa seconde épouse). Née à Chicago, dans une famille d'origine ukrainienne, il s'agit d'une citoyenne américaine. Ancienne fonctionnaire du Département d'État des États-Unis, elle a été accusée par les opposants de Iouchtchenko, apparemment sans preuves, de servir d'agent d'influence du gouvernement américain auprès de son mari, en étant un agent en activité de la CIA.

L'ascension vers la présidence[modifier | modifier le code]

Viktor Iouchtchenko lors des manifestations contre les fraudes électorales, fin novembre 2004.

Après l'abandon de ses fonctions de Premier ministre, Iouchtchenko est devenu un chef politique populaire auprès des Ukrainiens. Entre 2001 et 2004, dans les sondages, sa popularité était bien plus élevée que celle du président de l'époque, Leonid Koutchma.

En 2004, à l'approche du terme du mandat du président sortant Koutchma, Iouchtchenko se déclare candidat « indépendant » au poste de président de la République. Son principal rival est le Premier ministre Viktor Ianoukovytch.

Depuis qu'il a occupé les fonctions de Premier ministre, Iouchtchenko a modernisé sa plate-forme politique, en ajoutant des projets de partenariats sociaux et d'autres idées libérales aux idées traditionnelles de l'intégration européenne, dont, en particulier, la volonté de combattre la corruption.

Les partisans de Iouchtchenko se sont organisés au sein la coalition électorale Syla Narodou (« Pouvoir au peuple »), qui est conduite par Iouchtchenko et par sa nouvelle alliée politique, Ioulia Tymochenko, la coalition « Notre Ukraine » formant la principale force constituante.

La campagne politique de Iouchtchenko est construite sur le dialogue direct avec les électeurs, car le gouvernement empêche la plupart des principales chaînes de télévision d'accorder un temps de parole équitable aux candidats, alors que son rival Ianoukovytch apparaît fréquemment dans les actualités télévisées. La campagne se déroule de manière souvent houleuse et virulente, avec des accusations de coups bas des deux côtés.

Empoisonnement[modifier | modifier le code]

Iouchtchenko tombe gravement malade le 6 septembre 2004 après un dîner avec Gori Tarochenkylo, chef des services secrets ukrainiens. Il est admis à la clinique privée du Rudolfinerhaus de Vienne[1], où il est soigné jusqu'au 19 du même mois. Il se plaint d'avoir été empoisonné, mais l'enquête ouverte le 21 septembre par le parquet ukrainien conclut le 22 octobre à une « fièvre herpétique virale »[2].

À cet instant, le diagnostic est une crise aiguë du pancréas, provoquée par des changements de l'œdème intestinal provenant d'une infection virale sérieuse et de substances chimiques qui ne sont pas normalement présentes dans des produits alimentaires. En d'autres termes, il aurait été empoisonné, ce que Iouchtchenko considère comme le fait d'agents du gouvernement. Mais il s'agit d'un faux document fabriqué par Nikolai Korpan, le médecin personnel de Iouchtchenko. Le vrai rapport établit que la maladie « a été causée par une infection virale grave, mais éventuellement aussi par des substances chimiques qui ne se trouvent normalement pas dans des denrées alimentaires ». Il est soigné, outre par le professeur Korpan, par les professeurs Michael Zimpfer et Lothar Wicke[3].

Dans l'édition du 8 décembre du Times, le docteur Nikolai Korpan affirme que le candidat de l'opposition ukrainienne a été l'objet d'une tentative d'empoisonnement destinée à le tuer[4]. Mais il dément par la suite ces propos et dit lors d'un entretien téléphonique à l'Agence de presse autrichienne (APA) que « jusqu'à aujourd'hui, les soupçons d'empoisonnement n'ont été ni confirmés ni exclus »[5].

À la suite de la maladie, son visage est sévèrement abîmé[6].

Après avoir vu le visage de Viktor Iouchtchenko, le toxicologue allemand Bram Brouwer prend contact avec le docteur Michael Zimpfer, directeur de la clinique Rudolfinerhaus, pour se faire fournir des échantillons de sang de Viktor Iouchtchenko, en vue d'effectuer des tests à l'université libre d'Amsterdam sur la présence ou non de dioxine, les symptômes ressemblant fortement à de la chloracné. Les conclusions de ses tests sont que le sang contient une « haute concentration de dioxine, principalement administrée oralement ». Cela avait déjà été envisagé par le toxicologue britannique John Henry du St Mary's Hospital de Londres, pour qui l'aspect du visage de Viktor Iouchtchenko était caractéristique d'une intoxication à la dioxine.

L'intoxication à la dioxine (de type Seveso) est également la conclusion d'un rapport daté du 11 décembre 2004 des médecins viennois Nikolai Korpan (cryochirurgien) et Michael Zimfper (médecin-chef et président de la clinique privée du Rudolfinerhaus), qui jusque-là pensaient que ce n'était pas le cas. L'organisme de Iouchtchenko présentait des concentrations de dioxine 1 000 fois supérieures à la norme, ce qui en fait le deuxième plus important taux de cette molécule enregistré chez un humain.

Le parquet général ukrainien rouvre alors son enquête[7]. En date du 28 février 2005, la piste des services secrets russes est envisagée[8]. Gleb Pavlovsky, le conseiller de Vladimir Poutine, est suspecté, à la suite d'écoutes téléphoniques, mais il dément toute implication dans l'affaire.

Cependant, Iouri Ostapenko, chef du centre d'information en toxicologie auprès du ministère russe de la Santé, explique, sur les antennes d'Écho de Moscou, que « la dioxine n'est pas un poison à effet immédiat, l'empoisonnement se développe pendant des années, des dizaines d'années, et donc il est impossible qu'une dose reçue un jour cause l'empoisonnement le lendemain »[9].

Le professeur Lothar Wicke est menacé deux fois par téléphone : on lui conseille de ne pas remettre en doute l'hypothèse de l'empoisonnement[10],[11].

En date du 2 juin 2006, une nouvelle expertise confirme l'empoisonnement à la dioxine de Viktor Iouchtchenko[12].

Fin 2006, un quatrième laboratoire, représenté par le Français Pascal Kintz, expert judiciaire en toxicologie médicale, a lui aussi travaillé sur cette question. Pour ce faire, il a analysé les cheveux de Viktor Iouchtchenko. Par la spectrographie de masse, il a pu déterminer une cartographie chimique chronologique de la dioxine de Seveso.

Il s'est alors avéré que les segments de cheveux correspondant aux dates antérieures à l'exposition ne contenaient pas de dioxine. A contrario, les segments correspondant à l'exposition montrent une richesse en dioxine. Cela démontre une consommation subite de dioxine[13].

Selon Éric Denécé, du Centre français de recherche sur le renseignement, cette présence subite peut avoir plusieurs causes. Il pourrait s'agir d'un accident lié à un traitement de chirurgie esthétique utilisant le botox ou à un autre type de traitement médical, et, pour accroître sa popularité, Viktor Iouchtchenko aurait alors tiré parti de ce drame en invoquant un empoisonnement. Une autre hypothèse voudrait que ce soit un empoisonnement délibéré qui aurait échoué. Éric Denécé juge cette hypothèse peu probable, compte tenu du professionnalisme de la branche action des services secrets russes. Enfin, certains pensent que la défiguration de Iouchtchenko serait un message destiné à l'intimider. Cette dernière hypothèse est également mise en question, car un empoisonnement est difficile à maîtriser tant il est lié aux particularités de la santé d'un individu[13].

L'élection présidentielle de 2004[modifier | modifier le code]

Le premier tour de l'élection présidentielle a lieu le 31 octobre 2004 : Iouchtchenko arrive en tête avec 39,87 % des suffrages, contre 39,32 % à Ianoukovytch. Comme aucun candidat n'a atteint les 50 % de votants nécessaires pour une victoire au premier tour, un second tour a lieu le 21 novembre 2004.

Les observateurs internationaux venus surveiller les élections rapportent de nombreuses irrégularités (remplacement d'urnes, destruction de bulletins, passage à tabac d'électeurs, corruption d'électeurs, etc.) à travers le pays. D'après les sondages de sortie des urnes, Iouchtchenko aurait remporté les élections dans les provinces du centre et de l'ouest du pays.

Les soupçons de fraude électorale, combinés avec le fait que les sondages de sortie des urnes enregistrent un résultat (une marge de 11 % d'avance pour Iouchtchenko) radicalement différent du décompte officiel des suffrages (6 % d'avance pour Ianoukovytch), provoquent le refus de Iouchtchenko et de ses partisans d'accepter les résultats. Ils organisent des rassemblements à travers le pays, en particulier une manifestation de masse sur la place de l'Indépendance à Kiev, et déclenchent une grève générale.

Plusieurs municipalités, dont celles de Kiev et de Lviv, annoncent qu'elles n'accepteront pas l'autorité d'une présidence de Ianoukovytch. Une protestation massive a lieu le 23 novembre 2004 devant le siège de la Verkhovna Rada.

Pendant le rassemblement, les dizaines de milliers de partisans de Iouchtchenko sortis dans les rues malgré le froid et la neige arborent des drapeaux orange, la couleur de la coalition de Iouchtchenko, et acclament son nom. À l'intérieur de la Verkhovna Rada, le chef de l'opposition prête serment symboliquement devant les défenseurs du Parlement. Ce mouvement, resté pacifique et ordonné, a été qualifié par les médias internationaux de révolution orange.

À la suite de la manifestation et des différentes preuves d'irrégularité dans l'organisation du second tour, la Cour suprême ukrainienne décide de l'invalider et d'organiser un nouveau tour de scrutin. Celui-ci a lieu le 26 décembre, sous la surveillance de plus de 12 000 observateurs internationaux (dont un important « contingent » de l'OSCE).

Après le décompte des voix, la Commission centrale des élections ukrainienne désigne comme vainqueur Victor Iouchtchenko, avec 51,99 % des voix, qui devance ainsi Viktor Ianoukovytch (44,2 % des suffrages).

Déclarant avoir découvert des irrégularités, l'équipe de Viktor Ianoukovytch engage plusieurs procédures visant à invalider le résultat, mais la Cour suprême ukrainienne rejette finalement toutes les demandes et, le 20 janvier 2005, déclare Victor Iouchtchenko vainqueur de l'élection présidentielle.

Ce dernier prête serment le 23 janvier, en présence de plusieurs représentants de gouvernements étrangers, avant de célébrer son investiture avec ses sympathisants sur la place de l'Indépendance à Kiev.

Président de l'Ukraine (2005-2010)[modifier | modifier le code]

Viktor Iouchtchenko prête serment sur la Constitution de l'Ukraine, devenant le troisième président du pays, le 23 janvier 2005, devant la Rada, à Kiev.

Le plus difficile pour le nouveau président de la République est de former un gouvernement d'union nationale, de combattre l'importante corruption qui mine le pays, et de se rapprocher de l'Union européenne sans dégrader ses relations avec la Russie. D'ailleurs, c'est en Russie que le nouveau président effectue sa première visite officielle, le 24 janvier 2005, de manière à montrer que, malgré les différends, l'Ukraine reste tout de même proche de la Russie.

Le 4 février, Ioulia Tymochenko, élue par 373 députés — pour une majorité requise de 226 députés —, devient le nouveau Premier ministre. Elle est remplacée par Iouriï Iekhanourov le 8 septembre 2005 (nomination ratifiée par 289 voix le 22 septembre).

À partir du 4 août 2006, Viktor Iouchtchenko cohabite avec son ancien rival Viktor Ianoukovytch, qui accepte le poste de Premier ministre après la victoire de son camp lors d'élections législatives anticipées, provoquées par les tensions persistantes au sein de la majorité issue de la révolution orange dues au renvoi de Ioulia Tymochenko.

Le 3 avril 2007, le président Iouchtchenko décide de dissoudre le Parlement et d'organiser de nouveau des élections législatives anticipées, fixées au 27 mai 2007[14].

Cette décision est contestée devant la Cour constitutionnelle par Ianoukovytch, jugeant que le président ne peut dissoudre le Parlement sans motif valable. Le 25 avril, Iouchtchenko annonce à la télévision qu'il reporte les élections au 24 juin 2007[15].

Il démet ensuite deux juges de la Cour constitutionnelle de leurs fonctions ; Ianoukovytch réagit en critiquant là encore une décision contraire à la Constitution[16].

Une cohabitation difficile avec Ioulia Tymochenko[modifier | modifier le code]

Viktor Iouchtchenko et Ioulia Tymochenko, lors du Sommet du PPE à Lisbonne (Portugal), en octobre 2007.

Les élections législatives de 2007 donnent la victoire au Parti des régions de Ianoukovytch, mais les « forces pro-occidentales » de Notre Ukraine et du Bloc Ioulia Tymochenko s'allient pour former un gouvernement de coalition. Tymochenko redevient Premier ministre au terme de procédures parlementaires laborieuses, les deux groupes ne disposant que d'un siège de plus que la majorité absolue à la Verkhovna Rada. Les relations tendues qu'entretiennent le président et son Premier ministre sont le point de départ de la crise parlementaire de septembre 2008.

Les services de la présidence vont alors accuser Ioulia Tymochenko d'avoir trahi l'intérêt national pour servir ses ambitions personnelles[17]. Le 2 septembre, après des semaines de tensions exacerbées par des divergences concernant l'attitude à adopter face au conflit russo-géorgien, la coalition entre le Bloc Tymochenko et Notre Ukraine, le parti présidentiel, vole en éclats à l'occasion d'une réforme constitutionnelle visant à réduire les pouvoirs du chef de l'État au profit de ceux du gouvernement[18]. Les députés de Notre Ukraine sont alors pratiquement les seuls à s'opposer à la promulgation de la loi, massivement approuvée par l'opposition et par le Bloc Tymochenko[18].

Accusée par le secrétaire général adjoint de Viktor Iouchtchenko de vouloir s'assurer le soutien de la Russie pour la prochaine élection présidentielle[17], Ioulia Tymochenko s'emploie à mettre en œuvre tous les moyens juridiques à sa disposition pour empêcher une nouvelle dissolution de la Rada, préférant chercher à former une nouvelle coalition. Cette crise aboutit début décembre 2008, après des mois de procédures juridiques et de négociations, à la formation d'une nouvelle coalition plus large, incluant les 20 députés du Bloc de Volodymyr Lytvyn, redevenu président de la Rada, et maintenant Mme Tymochenko à la tête du gouvernement[19]. Bien que M. Lytvyn ait promis que la législature irait jusqu'à son terme, en 2012, l'organisation d'élections législatives anticipées n'est pas exclue[20].

L'élection présidentielle de 2010[modifier | modifier le code]

Briguant un second mandat à l'élection présidentielle de 2010, le président Iouchtchenko, tenu pour responsable d'une forte vague de déception et de désillusion au sein de l'opinion publique, est éliminé dès le premier tour avec un score de 5,45 % des voix[21]. Cette élimination sévère est la conséquence d'une politique jugée décevante par le peuple ukrainien, qui ne voyait désormais en Iouchtchenko que le héros de la Révolution orange de 2004 ; par ailleurs, le mandat du président sortant a été entaché par une rivalité sans fin avec son Premier ministre, Ioulia Tymochenko.

Affirmant son souhait de rester actif en politique malgré sa défaite[21], il refuse de donner une consigne de vote en vue du second tour, le 7 février, qui voit s'affronter Viktor Ianoukovytch et Ioulia Tymochenko, les accusant tous deux de vouloir organiser un rapprochement avec la Russie. Moscou avait d'ailleurs annoncé sa préférence pour Ioulia Tymochenko par rapport à M. Iouchtchenko[22], mais sans la soutenir toutefois.

Le mandat présidentiel de Viktor Iouchtchenko s'achève le 25 février 2010, au moment où Viktor Ianoukovytch prête serment au Parlement.

Après la présidence[modifier | modifier le code]

Viktor Ioutchenko vit dans le quartier de Koncha-Zaspa, à Kiev, la capitale, où il dispose d'une villa de fonction et d'un bureau en tant qu'ancien président de la République. En février 2011, Viktor Iouchtchenko affirme travailler à l'écriture d'un ouvrage portant sur la Révolution orange et sa victoire à la présidence de la République en 2005.

Le 17 août 2011, plus d'un an après avoir quitté le pouvoir, l'ancien président Iouchtchenko est entendu au tribunal de Kiev, en qualité de témoin, au procès de son ancien Premier ministre Ioulia Tymochenko, accusée d'abus de pouvoir et de corruption. Durant son audition, l'ancien président de la République affirme que Ioulia Tymochenko aurait, en 2009, passé avec le président du gouvernement russe Vladimir Poutine « un accord politique » concernant le gaz dont « les répercussions, extrêmement dommageables, se feront encore sentir dans neuf ans »[23]. Ioulia Tymochenko refuse de contre-interroger Viktor Iouchtchenko, ne souhaitant « pas que ce procès soit celui de la Révolution orange » et n'ayant « aucune envie de donner un tel plaisir » au président, Viktor Ianoukovytch.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Site officiel de la clinique Rudolfinerhaus.
  2. « L'opposant ukrainien Iouchtchenko a bien été empoisonné », dépêche de l'Agence France-Presse du 12 décembre 2004.
  3. « Malade ou empoisonné ? L'enquête », La Libre, 6 décembre 2004.
  4. (en) « Who Poisoned Yushchenko? », article du quotidien The Sunday Times.
  5. « Les soupçons d'empoisonnement de V. Iouchtchenko ne sont “ni confirmés ni exclus” », Le Monde, 8 décembre 2004
  6. (en) Biographie de Viktor Iouchtchenko, sur le site de la BBC (voir notamment les photos avant et après).
  7. « Ukraine : victime d'un empoisonnement, Victor Iouchtchenko demande une enquête sérieuse », Le Monde, 11 décembre 2004
  8. « La piste russe envisagée dans l'empoisonnement de M. Iouchtchenko », Le Monde, 28 février 2005
  9. « Iouchtchenko empoisonné à la dioxine », RFI, 12 décembre 2004
  10. « Malade ou empoisonné ? L'enquête », La Libre, 6 décembre 2004
  11. « La ténébreuse hospitalisation viennoise de Iouchtchenko », Le Figaro
  12. « Une expertise confirme l'empoisonnement prémédité de Viktor Youchtchenko à la dioxine », RIA Novosti, 6 juin 2006
  13. a et b « Dossier Scheffer : Meurtres à petite dose », France 5, 27 octobre 2006
  14. (en) « Decree Dissolving Ukraine Parliament In Effect », Radio Free Europe, 3 avril 2007.
  15. « En Ukraine, les élections législatives anticipées repoussées au 24 juin », Le Monde
  16. (en) Ukrainian President Sacks Another Constitutional Court Judge, Radio Free Europe/Radio Liberty, 1er mai 2007
  17. a et b « Crise au sommet en Ukraine, menace d'élections anticipées », Le Point, 3 septembre 2008
  18. a et b « Nouvelle crise politique en Ukraine », Le Journal du dimanche, 3 septembre 2008
  19. (en) « Tymoshenko Bloc, OU-PSD, and Lytvyn Bloc Sign Rada Coalition Agreement », Ukrainian News Agency, 16 décembre 2008
  20. (en) « President Calls On VR To Focus on Overcoming Economic Crisis », UNIAN, 11 décembre 2008
  21. a et b « Iouchtchenko reste en politique », 7 sur 7, 20 janvier 2010
  22. « L'Europe doit aider l'Ukraine a payer ses factures », Les Échos, 2 novembre 2009
  23. « L'ex-président Iouchtchenko témoigne à Kiev contre Timochenko », lexpress.fr, 17 août 2011.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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