Guenizah du Caire

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30° 00′ 21″ N 31° 13′ 52″ E / 30.0057944, 31.2310222

Une lettre autographe d'Avraham, le fils de Moïse Maïmonide, l'un des nombreux documents conservés dans la Gueniza

La Gueniza du Caire (hébreu : גניזת קהיר Guenizat Qahir) est un dépôt d'environ 200 000[1] manuscrits juifs datant de 870 à 1880, dont l'étude systématique a été entreprise à la fin du XIXe siècle par le professeur Solomon Schechter dans la gueniza de la Synagogue Ben Ezra du Caire, en Égypte : en 1897, alors qu'une partie des manuscrits sont déjà dispersés dans diverses bibliothèques du monde (Saint-Pétersbourg, Paris, Londres, Oxford, New York), les 140 000 derniers fragments sont transférés par Schechter à l'université de Cambridge.

Ces textes sont écrits en hébreu, arabe et araméen sur des supports variés (vélin, papier, tissu ou papyrus). Les thèmes abordés sont très divers (traductions de la Bible, copies de la Torah, grammaires hébraïques, commentaires de la Bible, etc.)[2]. Certains textes apportent également de nombreuses informations sur Moïse Maïmonide.

Découverte et emplacement[modifier | modifier le code]

L'importance de la gueniza du Caire a été reconnue pour la première fois par Jacob Saphir, un voyageur et chercheur juif (1822-1886), mais c'est surtout vers la fin de ce siècle que le travail de Solomon Schechter a attiré l'attention des érudits et du public sur les trésors qu'elle contenait.

Ces documents ont maintenant été archivés dans plusieurs bibliothèques en Amérique et en Europe. La collection Taylor-Schechter de l'Université de Cambridge comprend 140 000 manuscrits; 40 000 autres se trouvent au Jewish Theological Seminary of America. La Bibliothèque de la John Rylands University à Manchester contient elle aussi une collection de plus de 11 000 fragments, en cours de numérisation pour être téléchargés vers une archive en ligne.

Contenu et importance[modifier | modifier le code]

Solomon Schechter étudiant des documents de la Guenizah vers 1895

Ces documents ont été écrits à partir de 870 EC environ, les derniers allant jusqu'à 1880. La pratique normale pour les guenizas était d'en enlever de temps à autre le contenu et de l'enterrer dans un cimetière. Bon nombre de ces documents ont été écrits en langue arabe mais en utilisant l'alphabet hébraïque. Comme les Juifs considéraient l'hébreu comme la langue de Dieu et l'écriture hébraïque comme celle de Dieu lui-même, il n'était pas possible de détruire les textes, même longtemps après qu'ils ne servaient plus à rien. Les Juifs qui ont écrit les documents trouvés dans la gueniza connaissaient bien la culture et la langue de la société de leur temps, ces documents ont une valeur inestimable pour établir comment on parlait et comprenait l'arabe à cette époque. Ils prouvent aussi que les Juifs qui les ont créés étaient pleinement intégrés dans la société de leur temps : ils pratiquaient les mêmes métiers que leurs voisins musulmans et chrétiens, y compris l'agriculture ; ils achetaient des propriétés à leurs contemporains, leur en vendaient ou leur en louaient.

On ne saurait exagérer l'importance d'un tel matériel quand il s'agit de reconstituer l'histoire sociale et économique pour la période située entre 950 et 1250. Un spécialiste du judaïsme, Shelomo Dov Goitein, a consacré sa vie à créer pour cette période de temps un index qui rassemble environ 35 000 individus. On y trouve environ 350 « personnalités » parmi lesquelles Maimonide et son fils Abraham, et 200 « familles parmi les mieux connues » ; il y est fait mention de 450 professions et de 450 sortes de biens. Il a identifié des objets en provenance d'Égypte, de Palestine, du Liban, de Syrie (mais pas de Damas ni d'Alep), de Tunisie, de Sicile et même issus du commerce avec l'Inde. Les villes mentionnées vont, d'est en ouest, de Samarkand (Ouzbékistan actuel, en Asie centrale) à Séville (Espagne actuelle) et Sijilmassa (Maroc actuel) ; du nord au sud de Constantinople (aujourd'hui Istanbul, en Turquie) à Aden (Yémen actuel) ; l'Europe n'est pas seulement représentée par les ports méditerranéens de Narbonne, Marseille, Gênes et Venise, car même Kiev et Rouen sont quelquefois mentionnés.

Le matériel retrouvé comprend un grand nombre de livres, la plupart sous forme de fragments ; le nombre de leurs feuilles est estimé à 250 000, et elles comprennent des parties d'écrits religieux juifs et des fragments du Coran. Particulièrement intéressants pour les biblistes sont plusieurs manuscrits incomplets du Siracide en hébreu[3], que l'on ne connaissait qu'en grec jusqu'alors[4]. D'un intérêt particulier également fut la découverte d'un fragment dit Écrit de Damas (ou Document sadocite), pour son lien avec le Manuel de Discipline (1QS) retrouvé à Qumrân[5], édité en 1910 par Schechter[6]. Plusieurs fragments des Hexaples d'Origène furent découverts (Rois[7], Proverbes, Psaumes)[8].

Les documents bibliques n'ont montré que de rares variantes, et sont surtout remarquables pour leur vocalisation : en effet, ils indiquent qu'au fil du temps les textes ont été de plus en plus vocalisés selon le système de Tibériade[9]. Paul E. Kahle tira sa théorie des textes multiples principalement de la geniza du Caire[10].

Le matériel non-littéraire, qui comprend des documents judiciaires, des écrits juridiques et la correspondance de la communauté juive locale (par ex. la Lettre des Anciens parmi les Karaïtes d'Ascalon), sont un peu moins nombreux, mais impressionnant tout de même : Goitein a estimé qu'il y avait « environ 10 000 documents d'une certaine longueur, dont 7000 sont des unités indépendantes assez importantes pour être considérées comme les documents de valeur historique. Seule une moitié d'entre eux a été conservée plus ou moins complètement. »

Le nombre de documents qui s'est ajouté à la gueniza a varié au fil des années en fonction des heurs et malheurs que connaissaient les Juifs. Par exemple, le nombre de documents ajoutés a été le plus bas en 1266 et il s'est accru vers 1500 quand la communauté locale a été renforcée par des Juifs expulsés d'Espagne (Décret de l'Alhambra). Ce sont en particulier eux qui ont apporté au Caire plusieurs documents qui jettent un nouvel éclairage sur l'histoire des Khazars et de la Rus' de Kiev, à savoir la Correspondance khazare (entre Hasdaï ben Shatprut, vizir juif du calife de Cordoue Abd al-Rahman III, et Joseph, souverain des Khazars), la Lettre Schechter et la Lettre de Kiev. La gueniza a continué à être utilisée jusqu'au moment où elle a été vidée par les chercheurs occidentaux éblouis de ce qu'ils y trouvaient.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. P. Guillemette et M. Brisebois, Introduction aux méthodes historico-critiques, Fides, 1987, p. 99 ; E. Würthwein, The Text of the Old Testament, Wm. B. Eerdmans Publishing Co., Grand Rapids, Michigan, 19952, p. 33 ; voir The Cairo Genizah sur The Friedberg Jewish Manuscripts Society
  2. Paul E. Kahl, The Cairo Geniza, Basil Blackwell, New York, 1959, p. 12
  3. S. Schechter et C. Taylor, The Wisdom of Ben Sira, portion of the Book Ecclesiasticus from Hebrew manuscripts in the Cairo Genizah, Cambridge University Press, 1899
  4. E. Würthwein, The Text of the Old Testament, Wm. B. Eerdmans Publishing Co., Grand Rapids, Michigan, 19952, p. 34
  5. E. Würthwein, The Text of the Old Testament, Wm. B. Eerdmans Publishing Co., Grand Rapids, Michigan, 19952, p. 35
  6. S. Schechter, Documents of Jewish sectaries. Volume I : Fragments of a Zadokite Work, Cambridge University Press, 1910.
  7. F. C. Burkitt, Fragments of the Books of Kings according to the translation of Aquila, Cambridge University Press, 1897
  8. M. Harl, G. Dorival et O. Munnich, La Bible grecque des Septante, du judaïsme hellénistique au christianisme ancien, Cerf, 1988, p. 144
  9. P. D. Wegner, Textual Criticism of the Bible, InterVarsity Press, 2006, p. 156
  10. E. Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, Fortress Press, 19922, p. 185

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]