Ovadia le Prosélyte

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Ovadia le prosélyte (hébreu : עובדיה הגר Ovadia HaGuer), né Jean fils de Dreux, est un chroniqueur et musicologue du début du XIIe siècle (Oppido Lucano, c. 1070 - Tyr ?, c. 1150). Il est actuellement connu pour être l’auteur du plus ancien manuscrit de musique hébraïque connu à ce jour.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Jean fils de Dreux naît à Oppido Lucano[1] dans une vieille famille normande vers 1070. Son frère jumeau, Roger, est destiné à la chevalerie tandis que Jean devient prêtre catholique.

Quelque peu familiarisé avec le judaïsme par son étude de la Bible hébraïque, il décide d'en observer les coutumes. Les raisons de son choix ne sont pas connues avec certitude : il pourrait avoir été inspiré par l'attitude des Juifs face aux persécutions qu'ils ont subies durant la première croisade, dont il a été le témoin oculaire, et par la conversion de l'archevêque Andreas de Bari, qui a dû se réfugier à Constantinople de ce fait[2]. Jean se rend à Constantinople, où il approfondit ses connaissances, rédigeant en outre des écrits polémiques contre le christianisme. Arrivé à Alep en passant par Bagdad, il y est formellement converti par un rabbin, en 1102[3]. Comme de nombreux prosélytes juifs, il prend le nom d'Ovadia (Abdias), du fait de la tradition selon laquelle le prophète Abdias lui-même serait un Édomite converti au judaïsme[4].

Il gagne ensuite le Caire en passant par Baniyas, l'antique Césarée de Philippe, au pied du mont Hermon et Tyr. Il est généralement bien accueilli, voire entretenu, malgré les difficultés que connaissent ces communautés[2].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Abdias est l'auteur d'une chronique autobiographique rédigée après 1122, dont plusieurs fragments ont été conservés dans la Gueniza du Caire[5]. Il y décrit notamment les conditions de vie des communautés juives dans lesquelles il a séjourné, ainsi que les persécutions qu'ils subissent, et apporte un éclairage personnel sur les Croisades.

C'est en comparant sa signature avec celle du plus ancien manuscrit connu de musique hébraïque, comportant la mise en musique de trois poèmes, et acquis par le Jewish Theological Seminary of America[5], que Norman Golb découvre, en 1965, qu'Ovadia en est l'auteur[1]. Ainsi, la parenté du chant grégorien avec le chant juif médiéval serait due à l'introduction de ce système par un chrétien converti afin d'embellir la poésie liturgique juive, et non à un emprunt du christianisme au judaïsme[3],[6].

C'est à cette découverte, et aux travaux ultérieurs de Norman Golb, qu'Ovadia le prosélyte doit sa célébrité actuelle ; une rue d'Oppido porte son nom[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Medieval Music Unmasked, in The University of Chicago magazine vol. 96 (août 2004) n°6, consulté le 28/10/2009
  2. a et b Eliezer Segal, Obadiah the Proselyte, Jewish Free Press, 1992, consulté le 28/10/2009
  3. a et b Norman Golb, Obadiah the Proselyte: Scribe of a Unique Twelfth-Century Hebrew Manuscript Containing Lombardic Neumes, in The Journal of Religion, vol. 45 n°2 (Avr., 1965), p. 155
  4. Cf. T.B. Sanhédrin 39b
  5. a et b Il s'agit des fragments de la collection Taylor-Schechter (T-S) K5.41 ; T-S Misc. 35,31 ; T-S 10K21 & T-S 8271, conservés à l'université de Cambridge ou au JTSA
  6. Voir Norman Golb, The Music of Obadiah the Proselyte and his Conversion, in Journal of Jewish Studies, 18, 1-4 (1967) pp. 43-63 ; Golb expose les diverses théories, avant de proposer la sienne.

Sources[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Shlomo Dov Goitein: « Obadyah, a Norman Proselyte (A propos the Discovery of a New Fragment of His 'Scroll') ». In: Journal of Jewish Studies 4 (1953), 74-84.
  • (en) Norman Golb: « The Music of Obadiah the Proselyte and his Conversion ». In: Journal of Jewish Studies 18 (1967), 43-63.
  • (en) Joshua Prawer: « The Autobiography of Obadyah the Norman, a Convert to Judaism at the Time of the First Crusade ». In: I. Twersky (Hg.): Studies in Medieval Jewish History and Literature. Cambridge/Mass. 1979, 110-134.
  • (it) Antonio de Rosa; Mauro Perani (Hg.): Giovanni-Ovadiah da Oppido, proselito, viaggiatore e musicista dell’età normanna. Atti del convegno internazionale, Oppido Lucano, 28-30 mars 2004. Florence: Giuntina 2005 (Associazione italiana per lo studio del giudaismo. Testi e studi 16)
  • (de) Alexander Scheiber: « Der Lebenslauf des Johannes-Obadja aus Oppido ». In: Antiche Civiltà Lucane. Galatina 1975, 227-248 (réédité in Geniza Studies. Collectanea XVII. Hildesheim 1981, 453-476.)