Eugen Fried

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Eugen Fried, né le 13 mars 1900 et mort à Bruxelles le 17 août 1943 (à 43 ans), fut le représentant de la IIIe Internationale auprès du Parti communiste français. À la suite de Pierre Daix[1], nombre d'historiens dont Stéphane Courtois le considèrent comme « le véritable patron du Parti communiste français de 1930 à 1939 »[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de commerçants juifs de Slovaquie, il commence des études de chimie à l'université de Budapest. Il s'initie à l'action révolutionnaire en 1919, lors de la République des conseils de Budapest qui voit la prise du pouvoir par les communistes de Béla Kun. Il est alors expulsé en Tchécoslovaquie. Polyglotte, cet « agent léniniste » est chargé par Moscou de faire le ménage parmi les transfuges tchèques de la social-démocratie dont le « réformisme » « ralentit la marche de l'Histoire ». Il devient rapidement un membre clef du bureau politique du parti communiste tchécoslovaque.

En 1929, il participe au renversement des anciens dirigeants sociaux-démocrates au profit d'hommes plus fidèles à l'URSS. Mais, Fried étant d'origine hongroise et de confession juive, le poste de secrétaire général du parti lui est définitivement refusé. Il rentre à Moscou en 1930 et rejoint l'appareil central du Komintern. Après quelques missions en Ukraine, en Suisse et en Hongrie, Dmitri Manouïlski l'envoie en France pour « staliniser » le Parti communiste français, alors en pleine crise.

PCF[modifier | modifier le code]

Fried arrive clandestinement à Paris en 1931 et a tout pouvoir sur les dirigeants du Parti français. Dès l'été 1931, celui qu'on appelle « camarade Clément » monte une affaire de « fractionnisme » contre les deux principaux responsables du PCF, Henri Barbé et Pierre Celor, qu'il fait exclure du bureau politique. Il installe alors son équipe, composée de Maurice Thorez, Jacques Duclos, Benoît Frachon, André Marty et Maurice Tréand. Cette nouvelle direction va personnaliser le communisme français pendant plus de trois décennies. Pour le poste de secrétaire général, il préfère Thorez — qu'il intronise en 1934 — plutôt que Doriot, dont l'obéissance envers le Komintern laisse à désirer.

En 1934, il se met en ménage avec Aurore Membeuf, la première femme de Maurice Thorez, ce dernier s'étant mis en couple avec Jeannette Vermeersch. Il est la véritable éminence grise de Maurice Thorez, transmettant les ordres venus du Kremlin. Pour les autres, il crée une « commission des cadres », chargée de recenser, sélectionner, promouvoir et surveiller les principaux responsables. Cette police du parti leur inculque une discipline militaire. Chaque responsable, jusqu'au chef de cellule, doit remplir un questionnaire biographique en répondant à 74 questions touchant à sa formation, à ses lectures, mais aussi à sa famille et à sa vie intime[3].

Selon Pierre Daix, c'est lui qui invente le mot d'ordre de Front populaire dont l'application de la tactique contribuera grandement à l'expansion du PCF.

Komintern[modifier | modifier le code]

Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939, Fried est amené à diriger, depuis Bruxelles, la direction clandestine du Komintern pour toute l'Europe de l'Ouest[4], où il assurera entre autres le contrôle du PCF clandestin. L'antenne du PCF à Bruxelles est alors dirigée par Jacques Duclos, les liens avec le Kremlin sont, entre autres, assurés par un émetteur/récepteur en ondes courtes. Duclos est alors l'un des « sommets » du triangle de direction. Les deux autres sont Maurice Thorez réfugié à Moscou dès la signature du pacte germano-soviétique et Charles Tillon resté en France d'où il organisera la résistance communiste et les Francs-tireurs et partisans à partir de l'invasion de l'URSS par l'Allemagne nazie (22 juin 1941).

Assassinat[modifier | modifier le code]

Eugen Fried est assassiné en 1943 par la Gestapo allemande qui ne savait pas à qui elle avait tendu une souricière lors de sa série d'arrestations dans les milieux communistes. Les historiens Claude Coussement et José Gotovitch ont travaillé sur des documents de la police allemande qui les ont conduits à l'homme qui a permis aux Allemands de tendre une souricière dans la maison bruxelloise qui servait aux liaisons de Fried. Cet homme, un Néerlandais retrouvé par Claude Coussement, ignorait l'importance de cette adresse jusqu'à son entrevue avec Coussement.

La mort de Fried a par la suite été l'objet d'une controverse à la suite de la publication des affirmations de Lise London l'attribuant à l'action des services spéciaux soviétiques. Cette thèse a été infirmée par les historiens Annie Kriegel et Stéphane Courtois, auteurs de l'ouvrage de référence sur la question.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Annie Kriegel et Stéphane Courtois, Eugen Fried, le grand secret du PCF, Seuil, Paris, 1997
  • Michel Dreyfus, « Eugen Fried », in Komintern, l'histoire et les hommes : dictionnaire biographique de l'Internationale communiste en France, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse et à Moscou : (1919-1943), sous la dir. de José Gotovitch et Mikhaïl Narinski, Paris, 2001, pp. 292-295
  • Cahiers marxistes, n° 110 (janv. 1983), « Qui a tué Eugène Fried, dit Clément ? »[5] ; José Gotovitch, Claude Coussement. Bruxelles

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Daix, Les Hérétiques du P.C.F., Robert Laffont, Paris, 1980.
  2. La Nouvelle Revue d'Histoire, Entretien avec Stéphane Courtois, num. 52, p. 13, janvier 2011.
  3. Stéphane Courtois, Le Bolchévisme à la française, Fayard 2010, p. 373.
  4. La Nouvelle Revue d'Histoire, entretien avec Stéphane Courtois, num. 52, p. 14, janvier 2011.
  5. Voir sur ulb.ac.be.

Article connexe[modifier | modifier le code]