Pierre Semard

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Pierre Semard
Bragny-sur-Saône - stèle de Pierre Semard
Bragny-sur-Saône - stèle de Pierre Semard
Fonctions
Secrétaire général du Parti communiste français
1er juillet 19248 avril 1929
Prédécesseur Louis Sellier
Successeur Maurice Thorez
Biographie
Date de naissance 15 février 1887
Date de décès 7 mars 1942

Pierre Semard, né le 15 février 1887 à Bragny-sur-Saône (Saône-et-Loire) et mort fusillé par les Allemands le 7 mars 1942 à la prison d'Évreux (Eure), est un syndicaliste, secrétaire général de la Fédération des cheminots et dirigeant du PCF, dont il fut secrétaire général de 1924 à 1929.

Enfance et Jeunesse[modifier | modifier le code]

Fils d'un cantonnier des chemins de fer, et d'une garde-barrière du réseau PLM, Pierre Semard passe son enfance dans la campagne bourguignonne. Il commence à travailler en 1898, après avoir passé son certificat d'études, chez un notaire d'abord, puis chez de nombreux autres employeurs. En 1904, il se rend à Paris et exerce divers petits métiers : apprenti charcutier, vendeur de journaux, débardeur aux halles. En 1906, il retourne en Bourgogne, dans l'Yonne où il gagne sa vie comme charcutier et comme cuisinier. Il se rend ensuite à Lyon puis à Valence où il se fixe finalement en s'engageant pour trois ans dans l'armée. Il est promu au grade de brigadier. Bon danseur, il s'insère facilement dans la société locale. Il trouve également du temps pour lire et arrondit sa solde en gagnant des courses cyclistes. Il épouse en décembre 1910 une jeune valentinoise avant de revenir à la vie civile.

Il passe alors un examen pour entrer aux chemins de fer comme facteur aux écritures. En 1912, il entre au secrétariat du chef de gare de Valence. C'est là qu'il devient militant syndical.

Militant syndical[modifier | modifier le code]

À la déclaration de guerre, en 1914, étant père de trois enfants, il est mobilisé sur place. Son engagement syndical lui vaut d'être muté du secrétariat du chef de gare au service des trains. En 1917, il représente la section de Valence au premier congrès de l'union des syndicats du PLM qui se tient à Avignon. D'après Serge Wolikow, les fonctions qu'il avait exercées au secrétariat du chef de gare auraient freiné son accession aux responsabilités syndicales. Toujours mobilisé fin 1918, il est envoyé en Belgique.

Sa femme atteinte par la grippe espagnole meurt le 3 mars 1919. Le 13 août, Pierre Semard devient secrétaire général d'une Ligue de défense et d'action contre les mercantis et les spéculateurs nouvellement créée et qui regroupe des commerçants et artisans avec des ouvriers. Il reste avant tout le dirigeant des cheminots de la Drôme et déploie une activité militante de plus en plus intense en faveur des idées du syndicalisme révolutionnaire s'inspirant de la Révolution française et de la jeune Révolution russe.

Ce n'est qu'à partir de 1920 que Pierre Semard commence à jouer un rôle national. Il est l'un des rares dirigeants du syndicat de l'union PLM à exprimer des doutes sur les nationalisations comme mot d'ordre mobilisateur. Révoqué du PLM pour fait de grève, il épouse en secondes noces une ancienne employée du PLM également révoquée. Il devient alors gérant de la coopérative des cheminots pour subvenir aux besoins de sa famille.

Bien vite cependant, l'activité syndicale l'accapare et l'amène à Paris l'année suivante. Il se situe dans le camp des minoritaires, révolutionnaires, contre les réformistes. Au printemps 1921, les minoritaires dominent le syndicat du Réseau PLM, et Pierre Semard, secrétaire à la propagande du syndicat, dénonçant les menaces d'exclusion brandies par la direction de la CGT, déclare « si les minoritaires d'aujourd'hui deviennent les majoritaires de demain, ils n'excluront pas leurs camarades minoritaires ». En juin 1921, Pierre Semard est élu secrétaire général de la Fédération des cheminots, qui est dans une période particulièrement mouvementée puisque les syndicats qui avaient refusé de reconnaître le nouveau changement de majorité en faveur des révolutionnaires ont quitté la Fédération.

Pierre Semard joue alors un rôle de première importance dans la fondation de la CGTU. Il intervient dans La Vie Ouvrière pour affirmer des conceptions syndicalistes révolutionnaires antibureaucratiques et dénoncer la centralisation bureaucratique. Il réclame la restauration de l'ancien rôle des bourses. En décembre 1921, il signe la motion Mayoux hostile au contrôle du parti sur l'activité syndicale.

Lors du Ier congrès de la CGTU, à Saint-Étienne, en juin 1922, il prend la parole comme membre de la tendance Monmousseau, défendant une position centriste : il plaide pour l'adhésion à une Internationale révolutionnaire, jugeant que la CGTU ne peut pas rester isolée dans le monde, mais il refuse fermement la liaison avec le parti communiste et propose que la CGTU entre dans l'ISR pour y défendre son point de vue.

Dirigeant communiste[modifier | modifier le code]

En novembre 1922, il rencontre Lénine à Moscou en compagnie de Gaston Monmousseau. Lénine fait des concessions[réf. souhaitée] à ses interlocuteurs, si bien que de retour en France, Semard justifie l'adhésion de la CGTU à l'ISR. Il s'engage alors aux côtés du parti communiste dans l'action commune engagée contre l'occupation de la Ruhr. C'est pour cette raison qu'en 1923 il est arrêté et incarcéré quelques mois à la Santé. Pendant son emprisonnement, il écrit de nombreux articles dans La Vie Ouvrière où il plaide notamment pour un syndicalisme de masse ouvert n'affirmant aucune doctrine.

Malgré ces prises de position, éloignées de celles de l'Internationale communiste (IC), il devient en juillet 1924 le secrétaire général du PC français (SFIC) après être entré au Comité Central quelques mois avant.

Semard avait adhéré à la SFIO, dès 1916, mais n'avait pas joué de rôle politique dans la Fédération de la Drôme. En 1921, il était dans la majorité du Congrès de Tours et avait donc adhéré au jeune parti communiste. À la fin de l'année 1923, membre de la commission syndicale du parti alors dirigée par Pierre Monatte, il se distingue des dirigeants comme Suzanne Girault ou Albert Treint dont les outrances caporalistes sont mal perçues à Moscou. Mais il ne se solidarise pas non plus des dirigeants historiques, Boris Souvarine, Alfred Rosmer, Pierre Monatte, exclus en 1924.

En fait, Suzanne Girault et Albert Treint vont continuer à diriger le parti jusqu'à la fin de 1925 et Pierre Semard s'occupera surtout des questions syndicales. Il met sur pied des réunions régulières entre les directions du parti communiste et de la CGTU, réalisant en douceur ce qu'il condamnait, en principe. En fait, Pierre Semard est particulièrement représentatif des ouvriers révolutionnaires, qui avaient pu, comme Benoît Frachon, baigner dans l'anarcho-syndicalisme, mais qui, par idéal révolutionnaire, vont privilégier tout au long des années vingt et trente, la fidélité à la révolution russe et à l'URSS, « patrie des travailleurs ».

À la fin de l'année 1925, alors qu'en URSS, l'étoile de Zinoviev déclinait, en France, le parti communiste, en accord avec Manouilsky, remet en cause la ligne sectaire incarnée par Girault et Treint et Semard arrive véritablement au premier plan pour appliquer la nouvelle politique de front unique avec les socialistes. C'est la première alliance antifasciste. Ce fut l'orientation du congrès de Lille, en 1926. C'est à cette époque que Semard, en opposition avec Doriot, Monmousseau et Treint, parvient à imposer le jeune Maurice Thorez comme secrétaire à l'organisation. Malgré les critiques de Boukharine qui reprochait au parti français de ne pas avoir su éviter le retour de Poincaré, Semard reçut le soutien de la plupart des dirigeants de l'Internationale communiste. Au sein des instances de l'IC, Semard répond aux critiques de Boukharine, tente d'expliquer les réalités de la vie politique française et exprime publiquement son irritation devant ce qu'il appelait les « censeurs » du PCF qui lui faisaient la leçon.

Durant le premier semestre 1927, Semard continue de défendre le principe d'un équilibre qui devrait exister entre l'organisation internationale et sa section française. Il s'oppose également aux critiques de l'ISR qui préconisait une fusion partielle entre la CGT et la CGTU, alors que les dirigeants de la CGTU préféraient se limiter à des contacts et des négociations entre les deux confédérations.

Les relations avec l'IC restent par conséquent tendues, et lorsqu'une commission française est mise en place par le secrétariat de l'IC, Semard mandate Thorez pour qu'il expose les positions du parti français. Il recherche également l'appui de Staline et conduit la délégation du PCF au VIIIe plénum de l'IC, fin mai 1927.

De retour à Paris, Semard est de nouveau arrêté, pour la cinquième fois, pour des actions contre la Guerre du Rif que la France mène au Maroc. Il est emprisonné à la Santé jusqu'en janvier 1928. Thorez lui confirme que l'IC est en désaccord avec les positions du parti français et réclame une rupture électorale avec les socialistes. Semard n'accepte pas de pratiquer une tactique électorale, selon lui gauchiste, qui risque d'isoler le PCF et de lui faire perdre les bénéfices résultant depuis un an, de sa politique de front unique. C'est en ce sens que début novembre 1927, il adresse au Comité Central, une lettre, cosignée avec ses camarades détenus à la Santé. Il fait partie, sans le savoir, de l'évasion rocambolesque de Léon Daudet de cette prison. en effet, les Camelots du roi ayant réussi a détourner les lignes téléphoniques, persuadèrent le directeur de la prison que le gouvernement souhaitait la libération discrète de Léon Daudet et Pierre Semard dans un souci d'apaisement.

Il reprend ses fonctions de secrétaire général en janvier 1928 et se retrouve attaqué au sein de l'IC, notamment par Palmiro Togliatti qui l'accuse d'avoir dissimulé au Bureau politique les divergences à l'égard des prescriptions de l'IC. Lors du VIe congrès de l'IC, en août 1928, Semard intervient en séance plénière pour demander qu'on n'assimile pas social-démocratie et fascisme. Il accepte cependant d'être au sein du parti français le porte-parole de la ligne de l'IC à laquelle il s'est opposé.

L'affaiblissement du rôle de Semard est alors concrétisé par la décision de supprimer le poste de secrétaire général, en septembre 1928. Il est alors chargé de la région parisienne. Sa rétrogradation ne fut jamais justifiée officiellement par des raisons politiques.

C'est alors que la presse socialiste et celle du PUP fait état de policiers au sein du parti communiste et mettent en cause Pierre Semard qui doit vivre une période difficile, obligé de se défendre de ces rumeurs ; découragé et fatigué il réclame d'être, au moins temporairement, relevé de toutes ses fonctions.

Retour au syndicalisme[modifier | modifier le code]

De 1932 à 1939, on s'interroge sur la nature des responsabilités de Semard au sein du parti français, mais surtout au sein de l'Internationale. Il réside quelque temps à Moscou en tant que membre du secrétariat international du PCF, et il s'y occupe des questions paysannes.

À l'automne 1933, Semard renoue avec le syndicalisme : le bureau confédéral décide, en accord avec l'ISR, de l'affecter à la Fédération des cheminots qui l'élit secrétaire général le 26 juin 1934. Lors du congrès de fusion entre la CGT et la CGTU, le 24 novembre 1935, il est élu au secrétariat de la fédération réunifiée comme secrétaire général aux côtés de Jarrigion qui représente les ex-confédérés.

En juin 1936, il fait partie de la délégation syndicale qui rencontre Léon Blum et les ministres concernés. Le gouvernement promet d'intervenir auprès des compagnies pour l'octroi de 21 jours de congé, les 40 heures, les conventions collectives et la réintégration des révoqués de 1920. En contrepartie, la direction fédérale s'engage à éviter une occupation des chemins de fer.

Au nom de la CGT, Semard se prononce en faveur de la nationalisation. Lorsque la SNCF est créée, il est un des quatre administrateurs issus de la représentation syndicale. Malgré ses multiples responsabilités il se rend souvent sur la frontière espagnole pour s'occuper de l'acheminement de l'aide matérielle à la République espagnole. (Voir Gaston Cusin)

Il souhaite explicitement que la force syndicale puisse éviter d'en venir à la grève générale des chemins de fer dont il rappelle les risques qu'elle comportait. À ceux qui critiquent la participation des secrétaires fédéraux aux instances de la SNCF, Semard oppose la nécessité d'une représentation du personnel agissant sur mandat de l'organisation syndicale.

Au lendemain de la grève du 30 novembre 1938, il est révoqué du conseil d'administration pour avoir signé des tracts qui appelaient à la grève. Le conseil de discipline le rétrograde au rang d'employé aux écritures.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

À la suite du Pacte germano-soviétique, l'unité du Bureau fédéral de la CGT vole en éclats et les ex-confédérés (CGT) décident, le 25 septembre[Quand ?], d'exclure Semard et ses camarades des fonctions dirigeantes. Arrêté à Loches le 20 novembre 1939, Pierre Semard est, une fois encore, incarcéré à la Santé par le juge d'instruction militaire sous l'inculpation de détournement de fonds et d'infraction au décret du 26 septembre 1939 concernant la dissolution du PC. En dépit du témoignage favorable lors de son procès de Marcel Bloch[1], ingénieur en chef du matériel et des ateliers à la SNCF, il est condamné à trois ans de prison. Le 20 mai[Quand ?], il est évacué et incarcéré à Bourges. Il met à profit son emprisonnement pour écrire et entretenir une correspondance abondante avec sa femme et ses enfants, notamment sa fille Yvette. Il reste très attentif aux problèmes de sa famille. Sa femme est arrêtée en août 1941, puis sa fille Yvette, au début de 1942.

Au début 1942, Semard est transféré de Bourges au camp d'internement de Gaillon où il se retrouve avec les détenus de droit commun. Le 6 mars, on l'envoie à la prison d'Évreux. Il est fusillé comme otage le lendemain à la demande des autorités allemandes.

Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Pour le Front unique des transports, 1923
  • La Guerre du Rif, 1925.
  • Histoire de la Fédération des cheminots, 1934.
  • Transports en commun bon marché, 1936.
  • « Entretien avec Lénine à l'occasion du IIe congrès du profintern », (retraduit du russe), Lénine tel qu'il fut, souvenirs de contemporains, t. 2, Moscou, 1959.

Hommages[modifier | modifier le code]

Une rue Pierre Semard existe dans le 9e arrondissement de Paris, ainsi qu'à Nancy (Meurthe-et-Moselle), Saint-Étienne (Loire), Nîmes (Gard), Valence (Drôme), Évreux (Eure), Roanne (Loire), Granville (Manche), Paray-le-Monial (Saône-et-Loire), Oullins (Rhône), Somain (Nord), Saint-Maur-des-Fossés, Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn), Escaudoeuvres (Nord), Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), Trappes (Yvelines), Migennes (Yonne)...

Des avenues à son nom existent à Avignon (Vaucluse), Bourges (Cher), Vierzon (Cher), Grasse (Alpes-Maritimes ), Châlons-en-Champagne (Marne), Merlines (Corrèze), Le Mans (Sarthe) ainsi qu'à Abidjan-Plateau (République de Côte d'Ivoire).

Des places ou esplanades existent à Chartres (Eure-et-Loir), à Nantes (Loire-Atlantique), à Rezé (Loire-Atlantique), Béziers (Hérault), Saint-Cyr-l'École (Yvelines) et Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne).

Une stèle est également inaugurée en mars 2012 à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire).

Sources[modifier | modifier le code]

  • Article de Serge Wokilow in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, Éditions ouvrières
  • Philippe Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste, Tome IV, Fayard, 1984

Notes et références[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative de la gare de Loches
  1. Pierre Abraham (pseudonyme de Pierre Bloch, frère de Marcel Bloch), Les trois Frères, page 96, Les éditeurs français réunis, 1971

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]