Lysias

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Lysias - Λυσίας

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Lysias par Jean Dedieu (jardins de Versailles)

Activités orateur attique
Naissance 458 ou 440
Décès vers 380
Langue d'écriture grec ancien
Genres discours

Œuvres principales

  • Contre Ératosthène
  • Oraison funèbre[1],[2].

Lysias (en grec ancien Λυσίας) est un orateur né en 458 ou en 440, mort vers 380, est l'un des dix orateurs attiques retenus par le Canon alexandrin.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Athènes la deuxième année de la quatre-vingtième olympiade selon le Pseudo-Plutarque[3], c.-à-d. en 458, ou en 440[4], Lysias est un métèque. Son père, qui s'appelle Céphale, est un marchand d'armes syracusain appelé à Athènes par Périclès pour y fonder une importante fabrique d'armes, laquelle employa plus de 120 esclaves assurant une coquette fortune à la famille[5]. Lysias par la suite devint isotèle, c'est-à-dire étranger privilégié.

Il est élevé avec les fils de la haute société athénienne puis à quinze ans part à Thourioi rejoindre la colonie nouvellement fondée en Grande-Grèce, où il étudie la rhétorique. Cependant l'échec en 412 de l'expédition athénienne en Sicile l'encourage à rentrer à Athènes.

Il y exerce le métier de rhéteur et exploite avec son frère Polémarque la fabrique familiale de boucliers. Ils acquièrent ainsi une fortune qui leur attire des ennuis sous la dictature des Trente Tyrans, les oligarques étant en manque d'argent. Tous deux sont arrêtés (404) comme suspects : Lysias réussit à s'échapper à Mégare mais son frère est condamné à boire la cigüe. Il rend de grands services aux démocrates de Phylè en leur fournissant de l'argent (2000 drachmes), des boucliers (200), et environ 300 mercenaires (qu'il enrôle à ses frais), participant ainsi au rétablissement de la démocratie[6].

Pour le récompenser de ses services, une fois la démocratie restaurée, Thrasybule propose de lui accorder le droit de cité. La mesure est votée au peuple, mais la procédure normale n'ayant pas été respectée (le décret est porté devant l'assemblée sans passer par le Conseil), le décret est rapporté. Lysias restera isotèle.

En 403, il intente un procès au meurtrier de son frère, Ératosthène, l'un des Trente Tyrans. Cette affaire met en relief son talent d'orateur, et dès lors il se fait logographe. L'essentiel des discours conservés semblent postérieurs à cette date[7].

Style[modifier | modifier le code]

Lysias fait preuve de tact littéraire, d'humour ; il porte attention aux personnages ; il est célèbre pour son talent à dissimuler son art. Il était évidemment souhaitable qu'un discours rédigé pour un client siée à l'âge de celui-ci, à sa situation et aux circonstances. Lysias fut le premier à rendre réellement artistique cette adaptation. Sa langue est élaborée de façon à couler aisément, au contraire de celle de son prédécesseur Antiphon qui recherchait l'emphase et la majesté, de celle, également, de son élève Isée, plus attentif à rendre visible son art et plus logique dans sa manière de présenter l'argumentation[8],[9], et, plus tard, de la rhétorique énergique de Démosthène.

Dans les termes de la critique antique, il devint le modèle du style tenue (ἰσχνὸς χαρακτήρ, ἰσχνὴ/λιτὴ/ἀφελὴς λέξις en grec, genus tenue ou subtile en latin). Les critiques grecs puis romains distinguaient trois styles de composition rhétorique : le grand (ou élaboré), le clair ou le simple, et le moyen, le deuxième était le plus proche de la langue parlée dans la vie de tous les jours. La rhétorique grecque commença dans le style élevé ; Lysias fut ensuite un formidable exemple de style clair ; Démosthène enfin porta leur compromis à un état proche de la perfection.

Le vocabulaire de Lysias est relativement simple, et fut considéré comme un modèle de pureté dans l'expression pour le courant de l'atticisme. La plupart des figures rhétoriques sont utilisées avec parcimonie, celles du parallélisme ou du chiasme exceptées. Le goût de l'époque, pas encore complètement émancipé de l'influence de la rhétorique sicilienne, imposait sans doute un usage immodéré de l'antithèse. Lysias, par sa vitalité, excelle dans les descriptions ; il a aussi l'art de dépeindre les plaideurs par petits traits. La structure de ses phrases varie en grande partie selon la dignité du sujet. Il maîtrise les styles périodique (κατεστραμμένη λέξις) aussi bien que non-périodique ou continu (εἰρομένη, διαλελυμένη λέξις). Sa présentation du sujet est toujours simple. Le discours se compose habituellement de 4 parties : introduction (προοίμιον), narration des faits (διήγησις), preuves, argumentaire (πίστεις), qui peut être externe, comme des témoins, ou interne, dérivé des faits eux-mêmes, et enfin conclusion (ἐπίλογος).

C'est dans l'introduction et la narration que Lysias s'illustre le mieux. Dans son plus grand discours, Contre Ératosthène (en), ainsi que dans l'Olympiacus, il fait preuve de feu et de pathos ; mais ces derniers ne sont pas des qualités caractéristiques de son oeuvre. D'après Cicéron[10], Démosthène se distinguait par sa puissance (vis), Eschine par sa résonance (sonitus), Hypéride par sa précision (acumen), Isocrate par sa douceur (suavitas) ; la caractéristique qu'il attache à Lysias est sa subtilitas, raffinement attique qu'accompagne souvent, comme il l'explique dans son Brutus[11], une vigueur admirable (lacerti). Lysias n'enrichit pas seulement le style oratoire : sa prose, qui montrait comment la simplicité pouvait s'unir à l'élégance, eut une grande influence sur tous les prosateurs grecs ultérieurs. Par son usage artistique de la langue familière, il pourrait pour peu être appelé l'Euripide de la prose attique.

Lysias a suscité l'intérêt des lecteurs modernes, parce qu'il décrit dans un style pittoresque des scènes de la vie quotidienne athénienne. Lysias, par son talent oratoire, à également inspiré son nom à l'association étudiante organisant des concours d'éloquence et de plaidoirie fondée par Erwan Le Douce-Bercot, Gautier Gisserot et Patrice Spinosi en 1992. Cette association est présente dans de nombreuses université de droit.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Le discours Contre Ératosthène (l'un des Trente, responsable de la mort de son frère), est le seul qu'il ait prononcé lui-même. Les autres ont été écrits pour des clients, à charge pour eux ensuite de le prononcer, à l'occasion de procès de plus ou moins grande importance : dans l'un d'eux, par exemple (Pour l'invalide), un vieillard plaide pour que l'État lui maintienne sa petite pension d'indigent. Favorinus disait de Lysias et de Platon : « Modifiez, ou supprimez une expression dans le discours de Platon ; si adroitement que vous fassiez ce changement, vous altérerez l'élégance : faites la même épreuve sur Lysias, vous altérerez la pensée » (« Si ex Platonis, inquit, oratione uerbum aliquod demas mutesue, atque id commodatissime facias, de elegantia tamen detraxeris : si ex Lysiae, de sententia. »[12].

D'après Denys d'Halicarnasse, Lysias a composé 233 discours dont il ne reste aujourd'hui que trente-cinq[note 1]  :

  1. Sur le meurtre d'Ératosthène, considéré comme l'un de ses chefs-d'œuvre[13]
  2. Oraison funèbre
  3. Contre Simon (en)
  4. Au sujet d'une accusation pour blessure
  5. Pour Callias
  6. Contre Andocide
  7. Accusation contre des co-associés
  8. Contre Theomnestos, I
  9. Contre Theomnestos, II
  10. Contre Ératosthène (en), considéré comme son discours le plus important[14]
  11. Sur l'olivier sacré
  12. Pour le soldat
  13. Contre Agoratos
  14. Contre Alcibiade, I
  15. Contre Alcibiade, II
  16. Pour Mantithéos, où le portrait du plaideur est l'un des plus vivants de l'auteur[15]
  17. Affaire de confiscation
  18. Sur la confiscation des biens du frère de Nicias
  19. Sur les biens d'Aristophane
  20. Pour Polystratos
  21. Défense d'un anonyme
  22. Contre les marchands de blé
  23. Contre Pancléon
  24. Pour l'invalide, plein de verve, un petit chef-d'œuvre dans son genre[16]
  25. Pour un citoyen accusé de menées contre la démocratie
  26. Au sujet de l'examen d'Évandros
  27. Contre Épicratès
  28. Contre Ergoclès
  29. Contre Philocratès
  30. Contre Nicomachos
  31. Contre Philon
  32. Contre Diogeiton
  33. Discours olympique
  34. Contre le décret de Phormisios
  35. Sur l'amour

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'ordre est celui adopté par la collection Budé.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Une mention d’Axiochos (46) est considérée comme fausse, et plusieurs auteurs anciens évoquent Axiochos : c’est le titre de deux dialogues faussement attribués à Platon et à Eschine de Sphettos
  2. Steven D. Smith, Greek Identity and the Athenian Past in Chariton : The Romance of Empire, 2007. p.  226
  3. « Pseudo-Plutarque, « Vie de Lysias » dans la Vie des dix orateurs » (consulté le 20 mai 2012).
  4. Saïd, Trédé et Le Boulluec 2010, p. 246.
  5. P.Arnaud, Les sources de l'histoire ancienne, Belin, 1995, p.104
  6. J.Lecant (dir.), Dictionnaire de l'Antiquité, PUF, 2005, p.1303-1304
  7. Saïd, Trédé et Le Boulluec 2010, p. 249.
  8. « Denys d'Halicarnasse, Isée, 61 » (consulté le 19 juin 2012).
  9. Richard Claverhouse Jebb 1893, p. 290 et suiv.
  10. De Orat. iii. 7, 28
  11. Brutus, 16, 64.
  12. Aulu-Gelle, Nuits Attiques, II, V.
  13. Lysias 1999, p. 29.
  14. Lysias 1999, p. 155.
  15. Lysias 1989, p. 6.
  16. Lysias 1989, p. 102-103.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Consulter la liste des éditions des œuvres de cet auteur liste des éditions

  • Lysias (trad. Louis Gernet & Marcel Bizos), Discours : I-XV, vol. 1, Paris, Les Belles Lettres,‎ 1999
  • Lysias (trad. Louis Gernet & Marcel Bizos), Discours : XVI-XXXV, vol. 2, Paris, Les Belles Lettres,‎ 1989

Sources antiques[modifier | modifier le code]

  • (grc) Denys d'Halicarnasse, « Lysias », dans Orateurs antiques (lire en ligne)
  • (grc) Denys d'Halicarnasse, « Isée », dans Orateurs antiques (lire en ligne)
  • (grc) Lysias, Contre Ératosthène (lire en ligne)
  • (grc) Pseudo-Plutarque, « Vie de Lysias », dans Vie des dix orateurs (lire en ligne)

Monographies[modifier | modifier le code]

  • (en) Edwin Carawan, The Attic Orators, Oxford, Oxford University Press, coll. « Oxford Readings in Classical Studies »,‎ 2007, 480 p. (ISBN 978-0199279937)
  • (en) Richard Claverhouse Jebb, Attic Orators : From Antiphon to Isaeus, vol. 1,‎ 1893 (lire en ligne), p. 141-311
  • Suzanne Saïd, Monique Trédé et Alain Le Boulluec, Histoire de la littérature grecque, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige »,‎ 2010 (ISBN 9782130582540)

Études sur Lysias[modifier | modifier le code]

  • Jules Girard, « L'atticisme dans Lysias », dans Études sur l'éloquence attique, Librairie Hachette,‎ 1884 (lire en ligne), p. 1-83
  • (en) S. C. Todd, A Commentary on Lysias, Speeches 1-11, Oxford, Oxford University Press,‎ 2007 (ISBN 978-0198149095)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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