Histoire de la bibliothèque nationale de France

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La bibliothèque nationale de France (BnF), héritière lointaine de la librairie de Charles V, a connu une histoire riche et parfois mouvementée. Appelée librairie puis bibliothèque du roi sous l'Ancien Régime, elle devient bibliothèque de la Nation en 1790, avant de devenir, au fil des changements de régime, bibliothèque impériale puis royale puis nationale en 1848, à nouveau impériale et définitivement nationale en 1871. Son histoire, marquée par les évolutions techniques aussi bien que par les décisions politiques et les circonstances extérieures, peut se diviser en trois grandes périodes, dont la dernière, nettement plus courte, se traduit par de très importants changements.

La bibliothèque du roi sous l'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

La bibliothèque nationale de France tire son origine, d'après la tradition[1], de la librairie du roi, constituée au Louvre par Charles V qui suscite des traductions, nomme Gilles Mallet comme garde et fait réaliser un inventaire[2]. Toutefois, cette bibliothèque composée de près de 900 références sera dispersée après la mort du roi Charles VI.

C'est à partir de Louis XI qu'une nouvelle bibliothèque est constituée et (plus important pour la continuité de l'établissement) se transmet de roi en roi, d'abord à Charles VIII, qui y fait entrer les premiers ouvrages imprimés, puis à Louis XII. Cette bibliothèque est installée à Amboise, puis à Blois. Elle s'enrichit entre autres des collections de Louis de Bruges et de Charles {{|Ier}} d'Orléans et est considérée en son temps comme la première d'Europe[3].

Comme François Ier installe sa propre bibliothèque à Fontainebleau, il existe un temps deux bibliothèques royales, mais celle de Blois est déménagée à Fontainebleau dès 1544[4]. C'est aussi ce roi qui, en 1537, instaure le dépôt légal qui ne permet en réalité d'enrichir la bibliothèque que bien plus tard. Guillaume Budé, nommé maître de la Librairie, fut chargé de la bibliothèque royale de Fontainebleau.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir
Le collège de Clermont, actuel Lycée Louis-le-Grand

Sous Henri II, près de 800 manuscrits sont reliés et répertoriés. Sous Charles IX, la bibliothèque de Fontainebleau, issue de la fusion avec celle de Blois, est rapatriée à Paris dans le Quartier latin : elle acquiert alors son indépendance géographique quant aux résidences des souverains. Pendant les Guerres de religion, une partie du fonds est pillée. Puis, Henri IV l'installe au collège de Clermont (1594) et enfin au couvent des Cordeliers (1603) et y transfère les 780 volumes de la bibliothèque de Catherine de Médicis[4]. Sous Louis XIII, Nicolas Rigault laisse un inventaire prometteur, faisant état de 4712 références.

La bibliothèque se développe réellement sous Louis XIV sous l'impulsion de Colbert, époque qui voit de nombreuses nouveautés : installation par Pierre de Carcavi rue Vivienne, non loin de l'actuel site Richelieu[5], intégration de plusieurs collections d'origine privée (celles de Jacques Dupuy, Gaston d'Orléans et du comte de Brienne, ainsi que le fonds d'estampes de Michel de Marolles), ouverture à la gravure et à la musique imprimée, création du classement de Nicolas Clément (utilisé jusqu'en 1996) et qui inventorie un fonds de 10542 références (1692), et enfin, ouverture au public (1692).

Le XVIIIe siècle est important pour la bibliothèque avec la réalisation de catalogues systématiques. C'est à cette époque qu'elle s'installe rue Richelieu dans l'ancien palais de Mazarin, à l'actuel emplacement du site. Cette nouvelle implantation facilite, à partir de 1720, la fréquentation du public et la bibliothèque reçoit les visites assidues de plusieurs des philosophes des Lumières. À la faveur du déménagement, l'organisation interne est améliorée avec la constitution de cinq départements : département des manuscrits, département des imprimés, département des titres et généalogies (plus tard intégré aux manuscrits), département des planches gravées et recueils d'estampes, département des médailles et pierres gravées.

Les enrichissements se poursuivent, tant par un meilleur contrôle du dépôt légal, que par l'intégration de nouvelles collections particulières : bibliothèque de Colbert, collection Baluze, collection musicale de Sébastien de Brossard, mais aussi quantités de manuscrits orientaux.

Le projet d'Étienne-Louis Boullée (1785)

Sous Louis XVI, devant l'afflux de documents et le manque de place pour accueillir le public, des projets de nouvelles constructions sont avancés, le plus abouti étant celui d'Étienne-Louis Boullée en 1785. L'une des acquisitions les importantes reste celle d'une partie de la bibliothèque du duc de la Vallière (1784).

De la Révolution aux grandes évolutions de la bibliothèque[modifier | modifier le code]

La Révolution française cause peu de tort aux collections préexistantes, le vandalisme ayant été très limité à la bibliothèque du Roi. Une partie de l'équipe en place, accusée de trop favoriser le régime déchu, est remerciée, mais ces limogeages n'entraînent pas trop de conséquences néfastes. La bibliothèque souffre un peu de la suppression du dépôt légal en 1790, en une époque où le nombre de livres, de brochures et de journaux augmente fortement ; mais dès 1794 cette obligation est rétablie. La Révolution est plutôt une période d'enrichissements par l'intégration de fonds de provenances diverses :

  • de Paris : la bibliothèque a récupéré une bonne partie de ce qui se trouvait dans les dépôts littéraires de la capitale, intégrant ainsi les collections de nombreuses communautés religieuses (abbaye Saint-Victor) et une partie de celles de l'université (plus de 800 000 pièces en tout) ;
  • de la province : si les fonds des dépôts littéraires provinciaux ont été la plupart du temps dévolus aux écoles centrales avant d'être attribuées aux communes, la Bibliothèque de la Nation se réservait les pièces les plus remarquables, qui devaient illustrer les richesses de la France. C'est ainsi que des pièces venues des quatre coins de la France (Chartres, Amiens, Soissons) se sont retrouvés à la BN ;
  • de l'étranger : au fur et à mesure des conquêtes révolutionnaires, les troupes françaises s'emparent de collections jugées utiles ou prestigieuses. Une partie en a été rendue aux pays concernés en 1814, mais la Bibliothèque en a gardé d'importants fonds.

Un projet de transfert au Louvre, proposé en 1802 en liaison avec l'arrêté Chaptal, reste lettre morte. Le rôle de Joseph Van Praet, conservateur des imprimés pendant 42 ans au début du XIXe siècle, est important : il manifeste un grand intérêt pour la conservation. C'est à lui que l'on doit la Réserve des livres rares, qui bénéficiera d'un traitement particulier. En 1828, Edmé François Jomard obtient la création d'un département des Cartes et plans, installé dans l'hôtel Tubeuf. L'administration de la bibliothèque connaît plusieurs changements dans la première moitié du XIXe siècle, en raison d'hésitations entre un administrateur unique et un directoire de conservateurs. En 1848, le gouvernement tranche en faveur de l'administrateur unique, toutefois, l'établissement connaît encore des difficultés d'organisation qui incitent Napoléon III à nommer une commission de réforme présidée par Mérimée. Les travaux de la commission confirment l'intérêt de l'administrateur unique, dont le pouvoir est néanmoins compensé par l'existence d'un comité consultatif de conservateurs. La nouvelle organisation est entérinée dans le décret du 14 juillet 1858.

Plan de la Bibliothèque nationale vers 1880

L'architecte Louis Visconti, attaché à la Bibliothèque dans la première moitié du XIXe siècle se contente de modifications peu importantes tout en présentant plusieurs projets plus ambitieux dont aucun n'est retenu. En revanche, la Bibliothèque peut accueillir un public plus nombreux dans les bâtiments construits rue Richelieu par Henri Labrouste en 1868. À l'époque, deux salles sont ouvertes, l'une pour les chercheurs, l'autre pour la consultation par un public plus large, préfigurant ainsi la distinction Haut-de-Jardin / Rez-de-Jardin. La fin du siècle est marquée par les débuts d'un important programme : la publication du Catalogue général des Imprimés, lancée par Léopold Delisle et qui prendra près d'un siècle (dernier volume : 1981).

Plusieurs changements interviennent dans l'Entre-deux-guerres : ouverture de la Salle Ovale destinée à la consultation des périodiques les plus récents, construction d'un bâtiment annexe à Versailles pour combattre l'encombrement des magasins, développement des expositions. En 1926, la loi de finances du 29 avril fait de la bibliothèque nationale un établissement public doté d'un conseil d'administration. La même année, en septembre, est créé la Réunion des bibliothèques nationales regroupant la BN et des bibliothèques jusqu'alors indépendantes. La Réunion des bibliothèques nationales connaît plusieurs changements dans sa composition aux cours des années qui suivent : la bibliothèque-musée de l'Opéra et la bibliothèque du Conservatoire s'y adjoignent. Certaines des bibliothèques qui ont fait partie de la Réunion se trouvent, lors de sa dissolution en 1977, rattachées à la Bibliothèque nationale (pour le Conservatoire, seul le fonds ancien déménage finalement à la BN). Pendant la Seconde Guerre mondiale, la BN traverse une période d'austérité, avec le transfert provisoire d'une partie des collections en zone libre, le recours à un personnel temporaire (les chômeurs intellectuels) et la diminution des entrées en raison de la pénurie de papier. La situation difficile n'empêche pas la création de deux départements en 1942 : un département de la Musique est instauré, notamment pour tenir compte de l'intégration d'autres bibliothèques musicales, le département des Entrées est également créé pour recevoir le dépôt légal : il préfigure le département du dépôt légal. La même année, la Société de géographie dépose la plupart de ses collections, ce qui représente un fort enrichissement pour le département des Cartes et plans. Après la guerre, les principaux chantiers sont consacrés à la coopération avec les autres bibliothèques françaises (catalogue collectif des périodiques) et la conservation, avec le développement du microfilmage. Le manque de place chronique rend nécessaire différentes extensions : construction d'une deuxième annexe à Versailles et d'un bâtiment rue Louvois pour la Musique et les collections d'enregistrements (1964), acquisition de l'îlot Vivienne (1975). En 1976, de nouveaux départements sont créés : Arts du spectacle, Publications officielles, Phonothèque nationale. À la fin des années 1960, les premiers essais d'automatisation (informatisation) commencent, en particulier pour les périodiques et le dépôt légal. Ces expériences conduisent à la création de la base BN Opale (devenu Opale Plus puis BnF-Catalogue général) en 1987. En 1981, la tutelle passe de l'Éducation nationale au ministère de la Culture. En 1987, Francis Beck rédige un rapport destiné à engager des réformes de la bibliothèque[6].

Vers la Bibliothèque nationale de France[modifier | modifier le code]

Le 14 juillet 1988, François Mitterrand annonce la construction et l'aménagement de l'une ou de la plus grande et la plus moderne bibliothèque du monde...(qui) devra couvrir tous les champs de la connaissance, être à la disposition de tous, utiliser les technologies les plus modernes de transmission de données, pouvoir être consultée à distance et entrer en relation avec d'autres bibliothèques européennes.

Le Président de la République commande alors un rapport à Patrice Cahart et à Michel Melot. Ce rapport Cahart Melot (voir bibliographie) propose différents sites, y compris en province (Nancy, Lyon, Marseille) et en banlieue (Saint-Denis et Saint-Quentin-en-Yvelines), mais les sites parisiens semblent avoir la préférence, avec Dupleix et celui qui sera finalement choisi, dans le nouveau quartier de Tolbiac (XIIIe arrondissement de Paris), au cœur de la ZAC Rive-Gauche, alors le principal secteur de renouvellement urbain de la capitale. Les deux auteurs du rapport préconisent également de séparer les fonds d'imprimés selon une césure chronologique, seuls les ouvrages postérieurs à la date de la césure devant rejoindre le nouveau site. Cette proposition a entraîné des discussions parfois animées entre partisans de la césure en 1960, partisans de la césure en 1945 (préconisée par P. Cahart et M. Melot) et opposants à toute coupure.

Dans la lignée de la déclaration présidentielle, le rapport insiste aussi sur la nécessité d'intégrer l'outil informatique, qu'il s'agisse des catalogues ou de la numérisation de documents. Parmi les autres sujets abordés dans le rapport figurent une meilleure gestion du dépôt légal, la nécessité de redéployer les collections laissées dans l'ancien site, et la coopération avec d'autres bibliothèques françaises.

Début 1989 se crée l'association pour la Bibliothèque de France, présidée par le journaliste et écrivain Dominique Jamet. Au mois d'octobre, cette association est transformée en établissement public sous le nom d'Établissement public de la Bibliothèque de France (EPBF). Outre la gestion de la construction, l'EPBF est chargé de constituer les collections de libre accès du futur bâtiment. Les sélections ne sont pas seulement effectuées par des bibliothécaires, l'EPBF ayant engagé d'autres professionnels (enseignants notamment) et fait appel à des conseillers, notamment des chercheurs. Entre temps, en juillet 1989, le projet architectural de Dominique Perrault, est retenu. Ce projet est notamment caractérisé par quatre grandes tours angulaires qui correspondent symboliquement à quatre livres ouverts. Chaque tour porte un nom :

  • Tour des temps
  • Tour des lois
  • Tour des nombres
  • Tour des lettres

Les travaux, dont la maîtrise d'œuvre est confiée au groupe Bouygues, commencent en 1991 et durent jusqu'en 1995 dans des conditions difficiles. Au début de 1994, devant l'avancement des travaux, la BN et l'EPBF fusionnent pour devenir la Bibliothèque nationale de France. En 1995, François Mitterrand inaugure le nouveau bâtiment pas encore ouvert au public. C'est le président Jacques Chirac qui préside, le 20 décembre 1996, l'ouverture au public du nouveau site, auquel il donne le nom de son prédécesseur ; seul le Haut-de-Jardin est alors ouvert. C'est seulement après le déménagement de la majeure partie des collections de la rue Richelieu que le Rez-de-Jardin ouvre à son tour le 25 octobre 1998.

L'ouverture totale du nouveau site permet de lancer de nouvelles opérations sur les autres sites que sont Richelieu et l'Arsenal.

Archives[modifier | modifier le code]

La BnF conserve les archives qu'elle a produites. Pour la période antérieure à la Révolution, celles-ci sont conservées aux département des Manuscrits. Celles qui sont postérieures à cette date le sont sur le site Tolbiac (la demande se fait en salle T). En dehors, des archives concernant l'établissement sont conservées aux Archives nationales.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Amandry, [Origines de la] "Bibliothèque nationale de France" in Dictionnaire encyclopédique du Livre, Paris, Cercle de la Librairie, 2002, vol. 1, pp. 301-302 (ISBN 978-2-765408416[à vérifier : isbn invalide])
  2. B. Blasselle, J. Melet-Sanson, La Bibliothèque nationale de France : mémoire de l'avenir, p. 15.
  3. Léopold Delisle, Le cabinet des manuscrits de la bibliothèque impériale, tome 1, 1869
  4. a et b B. Blasselle, J. Melet-Sanson, La Bibliothèque nationale de France : mémoire de l'avenir, p. 25.
  5. B. Blasselle, J. Melet-Sanson, La Bibliothèque nationale de France : mémoire de l'avenir, p. 28-29.
  6. François Stasse, La Véritable Histoire de la Grande bibliothèque, 2002, p. 20-21.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

L'histoire de l'établissement jusqu'en 1988[modifier | modifier le code]

  • Voir les différents chapitres de l'Histoire des bibliothèques françaises publiée par les Éditions du Cercle de la librairies en 4 vol.
  • Simone Balayé, La Bibliothèque nationale des origines à 1800, Droz, coll. « Histoire des idées et critique littéraire », Genève, 1988.
  • Emmanuel Le Roy Ladurie, Histoire de la Bibliothèque nationale, conférence du 13 avril 1995 au Collège de France, Éd. Le Livre qui parle, 2009 (1 CD audio)

La création de la BnF[modifier | modifier le code]

Dans l'ordre chronologique

  • Patrice Cahart, Michel Melot, Propositions pour une grande bibliothèque : rapport au Premier ministre, La Documentation française, Paris, 1989, 167 p. (ISBN 2-11-002226-4) ;
    Le rapport fondateur.
  • Bibliothèque de France, Bibliothèque ouverte : Actes du colloque du 11 septembre 1989, Éditions Imec, Paris, 1990 (ISBN 2-908295-03-2)
  • Jean Gattégno, La Bibliothèque de France à mi-parcours : de la TGB à la BN bis ?, Éditions du Cercle de la Librairie, Paris, 1992, 259 p. (ISBN 2-7654-0512-3) ;
  • Jean-Marc Mandosio, L'Effondrement de la Très Grande Bibliothèque Nationale de France : ses causes, ses conséquences, Éd. de l'Encyclopédie des nuisances, Paris, 1999, 129 p. (ISBN 2-910386-10-4) ;
  • Jean-Marc Mandosio, Après l'effondrement : notes sur l'utopie néotechnologique, Éd. de l'Encyclopédie des nuisances, Paris, 2000, 219 p. (ISBN 2-910386-13-9) ;
    Ces deux ouvrages, au ton ironique, présentent une vision critique de la BnF.
  • Sénat, Philippe Nachbar et Philippe Richert (rédacteurs), Rapport d'information à la suite d'une mission d'information chargée d'étudier le fonctionnement de la Bibliothèque nationale de France, Sénat, Paris, 2000, 93 p. (ISBN 2-11-102379-5) ;
    Connu aussi sous le titre La Bibliothèque nationale de France : un chantier inachevé.
  • François Stasse, La Véritable Histoire de la grande bibliothèque, Seuil, coll. « L'Épreuve des faits », Paris, 2002, 205 p. (ISBN 2-02-051761-2).
    Le témoignage de l'ancien directeur général de la BnF, conçu comme une réponse à diverses critiques.