Louis de Jaucourt

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Louis de Jaucourt (Chevalier de Jaucourt)

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Activités Médecin, philosophe, écrivain et encyclopédiste (homme de lettres)
Naissance 27 septembre 1704
Paris
Décès 3 février 1779 (à 74 ans)
Compiègne
Mouvement Lumières

Le chevalier Louis de Jaucourt, né à Paris le 27 septembre 1704 et mort à Compiègne le 3 février 1779, est un philosophe, écrivain et encyclopédiste français[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Louis de Jaucourt, homme d'une immense culture, disciple de Montesquieu, est, tout comme Buffon par exemple, l’un des auteurs scientifiques de l’Encyclopédie dirigée par Diderot et d’Alembert. Il a rédigé près de la moitié des articles des derniers tomes, ou près de 17000 pour un total de 68000, au point d’être surnommé l’« esclave de l’Encyclopédie ». Jaucourt est notamment l’auteur de l’article « esclavage » et « traite des nègres » (demandant son abolition) en 1755, ou encore d’articles engagés tels que « guerre », « inquisition », « monarchie », « patrie », « peuple » ou « presse »…

Bien qu'officiellement convertie au catholicisme, sa famille, de vieille noblesse bourguignonne et protestante, est en butte à la suspicion des autorités. C'est pourquoi, lorsque ses parents cherchent à exploiter leurs réseaux familiaux huguenots à l'étranger pour offrir à leur fils une formation universitaire satisfaisante, ce dernier est-il obligé d'utiliser un nom d'emprunt pour étudier à l'Université de Genève la théologie protestante[2]. Il se consacre ensuite aux mathématiques et à la physique à l'Université de Cambridge, puis à la médecine à l'Université de Leyde[2], où il fait la connaissance de Tronchin et de Boerhaave et obtient un doctorat en médecine, sans toutefois avoir l’intention de pratiquer cet art. Il revient en France en 1736.

Le 8 janvier 1756, Louis de Jaucourt devient membre de la Royal Society de Londres. Ayant décidé de consigner l’enseignement médical qu’il a acquis dans un grand dictionnaire encyclopédique qui lui demande vingt ans de travail, son Lexicon medicum universalis, il désire, une fois l’ouvrage fini, le faire imprimer à Amsterdam pour échapper à la censure. Malheureusement le manuscrit, dont il n’existait aucune copie, disparaît dans le naufrage du vaisseau qui l’amenait à l’imprimeur hollandais.

C’est alors que Diderot lui propose de contribuer à l’Encyclopédie qu’il vient de commencer. Il accepte et fournit un grand nombre d’articles, mais les adversaires des Lumières réussissent à faire interdire en 1757 la publication, quand elle en est au septième volume (jusqu’à l’article Gythium). Alors que les autres collaborateurs renoncent, Jaucourt n’en continue pas moins son travail grâce à des secrétaires qu’il paye de sa poche, allant jusqu’à rédiger quatre articles par jour. Il a écrit principalement sur les sciences, en particulier la médecine et la biologie, abordant le sujet dans une perspective résolument mécaniste en contraste avec l’autre grand contributeur en ce domaine, Menuret de Chambaud, qui tient pour le vitalisme. Quand, après huit ans d’interdiction, les livraisons reprennent, Jaucourt a accumulé assez de matière pour que les dix derniers volumes puissent paraître la même année, en 1765. Une contribution sur deux émanait de sa plume. Il est également l'un des quatre contributeurs aux articles d'astronomie, avec d'Alembert, Jean-Baptiste Le Roy, et Jean Henri Samuel de Formey, contribuant à répandre la théorie de l'héliocentrisme dans la société de l'époque[3].

Dans une telle masse d’écrits, on ne pouvait éviter que tout ne fût pas égal, mais on lit sous la plume de Philipp Blom (« Der Ritter ohne Gesicht », Frankfurter Allgemeine Zeitung, 14 octobre 2004, p. 48) : « Alors que certaines définitions sont plutôt mal rédigées, on trouve sous le nom de Jaucourt des contributions dont l’éloquence ne le cède en rien aux plus grands noms de son époque, comme les droits des citoyens, les persécutions religieuses ou la liberté de religion. »

En public, Diderot faisait l’éloge de Jaucourt mais, en privé, il ne se gênait pas pour le traiter de pédant et ce jugement méprisant a fini par s’imposer, au point qu’on cite rarement Jaucourt parmi les auteurs de l’Encyclopédie, bien que, sans lui, jamais l’ouvrage n’eût été achevé. L’importance de sa contribution à l’Encyclopédie transparait pourtant clairement dans l’éloge dithyrambique que fait de lui Diderot dans son Avertissement du tome 8 en 1765 :

« Si nous avons poussé le cri de joie du matelot, lorsqu’il aperçoit la terre, après une nuit obscure qui l’a tenu égaré entre le ciel et les eaux, c’est à M. le Chevalier de Jaucourt que nous le devons. Que n’a-t-il pas fait pour nous, surtout dans ces derniers temps ? Avec quelle constance ne s’est-il pas refusé à des sollicitations tendres et puissantes qui cherchaient à nous l’enlever ? Jamais le sacrifice du repos, de l’intérêt et de la santé ne s’est fait plus entier et plus absolu. Les recherches les plus pénibles et les plus ingrates ne l’ont point rebuté. Il s’en est occupé sans relâche, satisfait de lui-même, s’il pouvait en épargner aux autres le dégoût. Mais c’est à chaque feuille de cet ouvrage à suppléer ce qui manque à notre éloge ; il n’en est aucune qui n’atteste et la variété de ses connaissances et l’étendue de ses secours. »

Ainsi que les différentes allusions présentes dans sa correspondance[4] :

« Ne craignez pas qu'il s'ennuie de moudre des articles : Dieu le fit pour cela. »

En plus de nombreux articles touchant à la médecine et à la science dans l’Encyclopédie et de son Lexicon medicum universalis en 6 volumes disparu, il est également l’auteur d’une Vie de Leibniz[5], ainsi que d’un grand nombre de mémoires adressés à diverses académies ou sociétés savantes.

Il était membre de l’Académie de Berlin, de Stockholm et de Bordeaux.

La rue Jaucourt dans le 12e arrondissement de Paris porte son nom en hommage depuis 1885.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ses articles de l’Encyclopédie sont souvent signés des initiales D. J. pour De Jaucourt.
  2. a et b Albane Cogné, Stéphane Blond, Gilles Montègre, Les circulations internationales en Europe, 1680-1780, Atlande, 2011, p. 316
  3. Colette Le Lay, sous la direction de Jacques Gapaillard, Les articles d’astronomie dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, Mémoire de D.E.A. d’Histoire des Sciences et des Techniques, Faculté des Sciences et des Techniques de Nantes Centre François Viète, 1997, lire en ligne
  4. Lettre de Diderot à Sophie Volland du 25 novembre 1760.
  5. publiée avec le pseudonyme de L. de Neufville, Histoire de la vie, et des Ouvrages de Mr. Leibnitz, Amsterdam, 1734.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Philip Blom, Enlightening the World: Encyclopédie, The Book That Changed the Course of History, London, Palgrave Macmillan, 2005.
  • Luigi Delia, "Crime et châtiment dans l'Encyclopédie. Les enjeux de l'interprétation de Montesquieu par Jaucourt", in Dix-huitième siècle, n. 41, 2009, p. 469-486.
  • E. Haag, La France protestante, t. 6, Paris : Joël Cherbuliez, 1856, p. 53
  • Jean Haechler, L’Encyclopédie de Diderot et de Jaucourt : essai biographique sur le chevalier Louis de Jaucourt, Paris : Champion, 1995 (ISBN 2852034859)