Jean-Jacques Lefranc de Pompignan

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Lefranc et Pompignan.

Lefranc de Pompignan

alt=Description de l'image LeFranc de Pompignan.jpg.
Activités Poète
Naissance 10 août 1709
Montauban
Décès 1er novembre 1784
Pompignan
Langue d'écriture Français

Jean-Jacques Lefranc (ou Le Franc), marquis de Pompignan, dit Lefranc de Pompignan, né à Montauban le 10 août 1709 et mort à Pompignan le 1er novembre 1784, est un poète français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-Jacques Lefranc naquit dans une famille de noblesse de robe qui détenait de père en fils depuis le XVIIe siècle la charge de président de la Cour des aides de Montauban. Après des études à Paris au Collège Louis-le-Grand, il fut avocat général près cette cour avant de succéder à son père dans les fonctions de président. Il mena la campagne de diffamation contre l’intendant de Montauban, Lescalopier, accusé d’irrégularités budgétaires et dont il finit par obtenir le déplacement. En 1745, il fut nommé conseiller d’honneur au Parlement de Toulouse. Défenseur des privilèges fiscaux de la noblesse, mais ému en même temps par le poids des impôts que devait payer le peuple, il s’opposa avec véhémence aux réformes de Machault.

Sa première tragédie, Didon (1734) — qu’on dit inspirée de la Didon abandonnée (1724) de Métastase — fut jouée à la Comédie-Française et connut un succès que ne confirmèrent pas les Adieux de Mars (1735) et quelques livrets d’opéra qui suivirent.

Lefranc de Pompignan se fit avant tout connaître comme poète lyrique. Son Ode sur la mort de Jean-Baptiste Rousseau est une œuvre d’une grande noblesse d’inspiration (voir ci-dessous). Très dévôt, il chercha l’inspiration dans les textes sacrés, comme son ami Louis Racine, publiant en 1751 et 1755 les deux volumes de ses Poésies sacrées, inspirées des Psaumes et des Prophètes.

Il composa également des pièces plus légères comme son Voyage en Languedoc et en Provence, mêlé de prose et de vers à la manière de celui de Chapelle et Bachaumont.

Le 6 septembre 1759, il fut élu à l’Académie française. Dans son discours de réception, prononcé le 10 mars 1760, il eut le tort de faire étalage d’une extrême vanité et d’attaquer vivement le parti philosophique — attaque d’autant plus inconsidérée que, dans l’assistance, plusieurs de ses membres avaient voté pour lui. Les Philosophes lui firent subir de violentes représailles, notamment Voltaire, qui en fit sa tête de turc dans une longue bataille de libelles et de pamphlets. Lefranc de Pompignan, couvert de ridicule, n’osa plus reparaître à l’Académie et se retira en 1763 dans ses terres, partageant son temps entre ses châteaux de Pompignan, près de Montauban et de Caïx, qu’il fit reconstruire et où il s’occupa notamment à traduire des classiques grecs comme Eschyle.

Il pourrait être l’auteur d’un traité historique et politique publié anonymement en 1780 : Essai sur la dernière révolution de l’ordre civil en France, qui porte sur la réforme judiciaire réalisée en janvier 1771 sous l’impulsion du chancelier Maupeou[1].

Élu membre de l’Académie de Cortone (it), en Italie, il lui adressa une dissertation en latin sur les Antiquités de la ville de Cahors, où il rend compte de ses recherches archéologiques. Il avait également été élu membre de l’Académie des Jeux floraux de Toulouse en 1740.

Grand bibliophile, il fit acquérir pour sa collection quelque 26 000 volumes dont 1 500 partitions musicales. Vendu par ses héritiers à la bibliothèque du clergé de Toulouse, ce fonds est aujourd’hui conservé à la bibliothèque de Toulouse.

Jean-Jacques Lefranc de Pompignan est le frère de Jean-Georges Lefranc de Pompignan, qui fut archevêque de Vienne et président de l’Assemblée nationale en 1789. La féministe Olympe de Gouges affirmait qu’il était son père naturel[2],[3].

Postérité littéraire de Lefranc de Pompignan[modifier | modifier le code]

La quasi-totalité de l’œuvre de Lefranc de Pompignan est aujourd’hui oubliée. Les Poèmes sacrés renferment quelques beaux mouvements, mais sont généralement ternes ou boursouflés [réf. nécessaire]. On y trouve çà et là quelques passages qui ne manquent pas d’éclat, comme cette strophe de l’Éloge de Clémence Isaure (1741) :

Ainsi quand le Flambeau du Monde
Loin de nous parcourt d’autres Cieux
Et qu’une obscurité profonde
Cache les astres à nos yeux,
Souvent une vapeur légère
Forme une étoile passagère
Dont l’éclat un instant nous luit ;
Mais elle rentre au sein de l’ombre
Et par sa fuite rend plus sombre
Le voile immense de la nuit.

Mais aujourd’hui, Lefranc de Pompignan reste pour l’essentiel l’auteur d’une ode justement célèbre, et surtout l’une des victimes de Voltaire.

L’auteur de l'Ode sur la mort de Jean-Baptiste Rousseau[modifier | modifier le code]

Le chef-d’œuvre de Lefranc de Pompignan est l'Ode sur la mort de Jean-Baptiste Rousseau, dont plusieurs strophes sont justement célèbres. Le début, a dit La Harpe, est « beau comme l’antique, beau comme Horace et Pindare ». L’image du lion pleurant qui conclut la première strophe suscita une très grande admiration au XIXe siècle et les deux derniers vers ont longtemps été extrêmement connus :

Quand le premier chantre du monde
Expira sur les bords glacés
Où l’Èbre effrayé, dans son onde,
Reçut ses membres dispersés,
Le Thrace, errant sur les montagnes,
Remplit les bois et les campagnes
Du cri perçant de ses douleurs ;
Les champs de l’air en retentirent,
Et dans les antres qui gémirent
Le lion répandit des pleurs.
La France a perdu son Orphée !
Muses, dans ces moments de deuil,
Élevez le pompeux trophée
Que vous demande son cercueil :
Laissez par de nouveaux prodiges,
D’éclatants et dignes vestiges
D’un jour marqué par vos regrets.
Ainsi le tombeau de Virgile
Est couvert du laurier fertile
Qui par vos soins ne meurt jamais. […]

La neuvième strophe est également inspirée et fut longtemps parmi les vers les plus célèbres de la langue française ; l’allitération en «r» des deux derniers vers est digne du célèbre exemple tiré de l'Andromaque de Racine (« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? ») :

Le Nil a vu, sur ses rivages,
De noirs habitants des déserts
Insulter par leurs cris sauvages
L’astre éclatant de l’univers.
Cris impuissants ! fureurs bizarres !
Tandis que ces monstres barbares
Poussaient d’insolentes clameurs,
Le dieu, poursuivant sa carrière,
Versait des torrents de lumière
Sur ses obscurs blasphémateurs.

Cette ode est l’un des grands poèmes du XVIIIe siècle, à telle enseigne que Sainte-Beuve a pu dire avec malice que la meilleure ode de Jean-Baptiste Rousseau est celle de Lefranc de Pompignan sur sa mort. Au moment de sa publication, elle passa complètement inaperçue et ne fut signalée à la postérité que par La Harpe dans son Cours de littérature, quelque vingt ans plus tard (c’est lui qui, au cinquième vers, a substitué la formule « cris impuissants » à celle de « crime impuissant », qui figure dans l’original).

Une victime de Voltaire[modifier | modifier le code]

Malheureusement pour sa mémoire, le nom de Lefranc de Pompignan a surtout été conservé jusqu’à nos jours par les sarcasmes de Voltaire. Après son discours malheureux de réception à l’Académie française, Voltaire produisit une série de pamphlets plus ou moins spirituels, mais tous extrêmement durs, deux satires en vers - La Vanité et Le Pauvre diable - et de nombreuses épigrammes. Certains de ces traits sont restés justement célèbres :

César n’a point d’asile où son ombre repose,
Et l’ami Pompignan pense être quelque chose. (« La Vanité »)

Il se moqua des Cantiques sacrés en s’exclamant :

Sacrés ils sont car personne n’y touche !

ou encore :

Savez-vous pourquoi Jérémie
A tant pleuré durant sa vie ?
C'est qu'en prophète il prédisait
Qu'un jour Lefranc le traduirait.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Barbier, suivi par le catalogue de la Bibliothèque nationale de France, attribue ce traité à Jean de Dieu d'Olivier, qui l’aurait donc composé à l’âge de 27 ans. Néanmoins, un document conservé à la Bibliothèque de la Société de Port-Royal dans le fonds de l’avocat janséniste Louis Adrien Le Paige attribue l’ouvrage à Lefranc de Pompignan, qui l’aurait conçu et écrit pour soutenir la ligne théorique de Le Paige contre la réforme de Maupeou.
  2. Carmen Boustani et Edmond Jouve, Des femmes et de l'écriture : le bassin méditerranéen, Paris, Karthala,‎ 2006, 245 p. (ISBN 9782845867468), p. 175-176
  3. Sophie Mousset, Olympe de Gouges et les droits de la femme, Paris, Félin, 2003, (ISBN 978-2-86645-495-1), p. 41.

Œuvres de Lefranc de Pompignan[modifier | modifier le code]

  • Didon (1734), tragédie créée à la Comédie-Française le 21 juin 1734
  • Les Adieux de Mars (1735), comédie en vers libres créée sur le théâtre des Comédiens italiens ordinaires du roi le 30 juin 1735
  • Le Triomphe de l’harmonie (1737), ballet héroïque créé à l’Académie royale de musique le 9 mai 1737
  • La Prière universelle, traduite de l’anglais de M. Pope (1740)
  • Voyage de Languedoc et de Provence (1745)
  • De Antiquitatibus Cadurcorum ad Academiam Cortonensem epistola (1746)
  • Amphion (1748), acte de ballet créé à l’Académie royale de musique le 26 décembre 1748
  • Léandre et Héro (1759), tragédie lyrique créée à l’Académie royale de musique le 21 avril 1750
  • Poésies sacrées (1751 et 1754)
  • Dissertation sur les biens nobles (1758)
  • Réponses aux ″quand″, aux ″si″, et aux ″pourquoi″ (1760)
  • Éloge historique de Mgr le duc de Bourgogne (1761)
  • Tragédies d’Eschyle (1770)
  • Discours philosophiques tirés des livres saints, avec des odes chrétiennes et philosophiques (1771)
  • Mélange de traductions de différents ouvrages grecs, latins et anglois sur des matières de politique, de littérature et d’histoire (1779)
  • Œuvres, édition de 1784

Références[modifier | modifier le code]

  • Theodore Edward Daniel Braun, Un ennemi de Voltaire, Le Franc de Pompignan, Paris, Minard, 1972.
  • Guillaume Robichez, J.-J. Lefranc de Pompignan, un humaniste chrétien au siècle des Lumières, Paris, SEDES, 1987.
  • Lumières voilées, textes de Le Franc de Pompignan présentés par T.E.D. Braun et G. Robichez, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 2007.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]