Élie Fréron

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Élie Fréron.

Élie Catherine Fréron, né à Quimper le 20 janvier 1718 et mort à Montrouge le 10 mars 1776, est un journaliste, critique littéraire et polémiste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d’un orfèvre originaire d’Agen – le berceau des Fréron est à Clairac depuis le XVIe siècle –, Daniel Fréron, établi à Quimper en 1693, et de sa femme Marie-Anne Campion née à Pont-l'Abbé, parente éloignée de Malherbe, Fréron fit de médiocres études au collège de Quimper puis chez les Jésuites au collège Louis-le-Grand, où il entra comme novice en 1737 et resta jusqu’en 1739.

L’abbé Desfontaines le fit participer à la rédaction de ses Observations sur les écrits modernes. À la mort de Desfontaines, en 1745, Fréron créa son propre journal, les Lettres de la comtesse de ***. Ce recueil ayant été supprimé en 1749, il fut remplacé par les Lettres sur quelques écrits du temps qui parut jusqu’en 1754, avec toutefois une interruption en 1751 lorsque Fréron séjourna brièvement en prison à Vincennes pour n’avoir pas réglé une somme de mille écus dont il était redevable. Il en sortit grâce à une mesure de clémence du Garde des Sceaux.

En 1754, Fréron fonda l'Année littéraire, qui fut l’œuvre de sa vie et qu’il dirigea jusqu’à sa mort en 1776. Il y critiquait vivement la littérature de son temps en la rapportant aux modèles du XVIIe siècle et combattait les philosophes des Lumières au nom de la religion et de la monarchie. Le périodique eut, d’abord, beaucoup de succès et Fréron gagna très bien sa vie. Il habitait une superbe maison rue de Seine, ornée de magnifiques lambris dorés, et faisait très bonne chère, recevant à sa table le duc de Choiseul, le duc d’Orléans ou le roi Stanislas.

Il s’attaqua principalement à Voltaire qu’il avait déjà décrit dans les Lettres sur quelques écrits du temps « sublime dans quelques-uns de ses écrits, rampant dans toutes ses actions ». La critique fut ensuite reprise à chaque numéro de l’Année littéraire, souvent mordante mais toujours exprimée avec sang-froid et sur un ton de courtoisie. L'une de ses dernières attaques consista en une édition du Commentaire sur La Henriade (Paris, 1775) que La Beaumelle n’avait pu mener à son terme avant de mourir en 1773.

Voltaire, qui supportait très mal les attaques, riposta avec une extrême violence. Il fit contre Fréron une virulente satire, Le Pauvre diable (1758), ainsi qu'une pièce de théâtre, Le Café ou l'Écossaise (1760), où Fréron est représenté par le personnage de « Wasp[1] », espion et délateur, coquin envieux et vil, toujours prêt à calomnier à prix d’argent dans son journal l’Âne littéraire. Fréron assista aux deux premières représentations : si sa femme s’évanouit devant la vigueur de l’attaque, lui-même ne perdit pas son sang-froid et fit de la pièce un compte-rendu ironique et correct. Voltaire lui décocha aussi de nombreuses épigrammes, en prose ou en vers, dont celle-ci qui est restée célèbre :

L’autre jour au fond d’un vallon,
Un serpent piqua Jean Fréron ;
Que croyez-vous qu’il arriva ?
Ce fut le serpent qui creva[2].

Mais Voltaire et le parti philosophique usèrent également contre Fréron de leurs puissants relais au Gouvernement et dans la haute administration, notamment le directeur de la Librairie, Lamoignon-Malesherbes. Fréron, ayant perdu plusieurs de ses protecteurs, restait protégé par la reine Marie Leszczyńska et par son père le roi Stanislas, quoique ce dernier fût ami des Philosophes. Malgré cela, l’Année littéraire subit de nombreuses suspensions et Fréron quelques jours d’emprisonnement à la Bastille et au For-l'Évêque. Le journal périclita. En 1766, Fréron s’était remarié avec une cousine, Annette (dite Annetic) Royou, qui s’efforça de mettre de l’ordre dans ses affaires. Mais en définitive, le Garde des Sceaux, Hue de Miromesnil, ordonna en 1776 la suppression de l’Année littéraire. Fréron en subit une telle contrariété qu’il mourut peu après. Ses ennemis ont toutefois incriminé une attaque de goutte, résultat de durables excès de table et de boisson.

Fréron avait épousé, en 1751, une jeune orpheline quimpéroise, Thérèse Guyomar. Ils eurent un fils, Louis-Marie Stanislas Fréron qui joua un rôle sous la Révolution française : surnommé le « Missionnaire de la Terreur », il fut notamment l’instigateur de la terrible répression de Toulon fin 1793.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le nom de « Wasp » était censé désigner, par analogie avec « frelon », Fréron lui-même, mais celui-ci, avec un sérieux pince-sans-rire, joue les lexicologues dans l’article de compte-rendu de la pièce, pour expliquer qu’en anglais, « Wasp » signifie… « guêpe ».
  2. Fréron n'était d’ailleurs pas en reste. On cite parfois (mais ce mot est aussi attribué à Piron) l'anecdote suivante, soulignant la vivacité langagière de Fréron. Voltaire s'étant aperçu qu'il était invité à la même soirée que Fréron, voulut se décommander ; l'apprenant, Fréron promit de se tenir et de ne prononcer que trois mots. Le pusillanime Voltaire, rasséréné, répondit alors à l'invitation où il engloutit une énorme portion d'huîtres en concluant : « Madame, vos huîtres sont si bonnes que j'en mangerai autant que Samson tua de Philistins ». Mal lui en prit, car Fréron, qui n'avait pas desserré les dents jusqu'alors, ajouta : « Avec même mâchoire », ce qui mit les rieurs de son côté.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Balcou, Fréron contre les philosophes, Genève, Droz, 1975.
  • Jean Balcou, Le Dossier Fréron. Correspondances et documents, Genève, Droz, 1975.
  • Jean Balcou, Sophie Barthélemy et André Cariou (dir.), Fréron, polémiste et critique d’art, Collection Interférences, 2001 (ISBN 2-86847-528-0).
  • Charles Monselet, Fréron ou l’illustre critique, Paris, R. Pincebourde, 1864.
  • Julien Trévédy, Fréron et sa famille d’après des documents authentiques & inédits rectifiant toutes les biographies, Saint-Brieuc, L. & R. Prud’homme, 1889.