Hypertexte

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Un système hypertexte est un système contenant des nœuds liés entre eux par des hyperliens permettant de passer automatiquement d'un nœud à un autre. Un document hypertexte est donc un document qui contient des hyperliens et des nœuds. Un nœud est une « unité minimale d'information », notion assez floue qui signifie simplement que l'information d'un nœud sera toujours présentée entière. Les liens entre les parties du texte sont gérés par ordinateur et permettent d'accéder à l'information d'une manière associative ou, tout au moins, d'une façon de naviguer personnalisée, de manière non linéaire, au gré de l'utilisateur. La notion d'hypertexte a trouvé sa plus grande réalisation dans le World Wide Web.

Lorsque les nœuds ne sont pas uniquement textuels, mais aussi audiovisuels, on peut parler de système et de documents hypermédias.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Étymologiquement, le préfixe « hyper » suivi de la base « texte » renvoie au dépassement des contraintes de la linéarité du texte écrit.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'Encyclopédie de Diderot, en tant qu'« enchaînement des connaissances » est citée comme ancêtre de l'hypertexte contemporain et de Wikipédia[1].

Le Memex[modifier | modifier le code]

La première description du concept est probablement due à Vannevar Bush. En 1945, dans un article du Atlantic Monthly intitulé « As We May Think », il décrit un bureau électromécanique futuriste appelé Memex pour (MEmory EXtender).

Ce bureau devait contenir des microfilms et les retrouver automatiquement à partir d'un index.

Mais ce qui distinguait Memex d'une bibliothèque automatique était la possibilité de créer un index pour toute paire de microfilms, ce qui revient à créer des hyperliens.

L'idée de cette collection de documents sur microfilm datait en réalité de 1853 et était dans la continuité d'une longue tradition de recherches documentaire en 1939.

C'est en 1912 qu'on a utilisé pour la première fois le microfilm à des fins de stockage de l'information sous forme réduite (Chaumier 1971).

Enfin, les « pistes associatives » qui, selon Bush, étaient plus apparentées à la façon de penser humaine (par regroupement d'idées), se basent sur un principe simple d'indexation.[style à revoir]

Dans l'exemple donné par Bush, les « liens de pertinence » dans sa piste associative sont en réalité des termes d'indexation. Toutefois, le fait de lier des documents en se basant non pas sur leur contenu mais sur leur degré de rapport entre eux, est erroné.

De plus, des jugements de pertinence peuvent parfaitement correspondre à un individu et sembleront non pertinents à un autre. Ce système hypertexte proposé par Bush était certes une idée brillante, mais cette dernière n'a pas abouti, tout comme les autres tentatives du même style imaginées par ce dernier, telles que le Rapid Selector[2] et le Comparator.

Xanadu[modifier | modifier le code]

W. Boyd Rayward (1994) mentionne que le Belge Paul Otlet pouvait avoir eu une « vision du Xanadu » plusieurs années avant tout le monde. Tout comme pour Vannevar Bush, la « technologie habilitante » (enabling technology) n'existait pas encore mais néanmoins, les réalisations d'Otlet sont impressionnantes compte tenu des moyens de l'époque, et son travail constitue « une part importante et négligée de l'histoire des sciences de l'information »[3].

Le terme hypertext fut inventé en 1965 par Ted Nelson : « Let me introduce the word 'hypertext' to mean a body of written or pictorial material interconnected in such a complex way that it could not conveniently be presented or represented on paper »[4].

Ce dernier appelle hypertexte un réseau constitué par un ensemble de documents informatiques (originaux, citations, annotations) liés entre eux, soit tout un système hypertexte. Pour lui, la principale propriété de l'hypertexte est de ne pas être séquentiel (ou linéaire), par opposition à un discours ou aux pages d'un livre. Il s'agit aussi pour lui d'un « concept unifié d’idées et de données interconnectées, et de la façon dont ces idées et ces données peuvent être éditées sur un écran d’ordinateur »[5]. Il décrit sa conception en détail dans son ouvrage Computer Lib/Dream machines.

Il est aussi le créateur du projet Xanadu, système littéraire global qui, selon sa vision, doit servir de dépôt permettant la consultation et l'achat des droits de documents déposés.

C'est aussi le premier système à se préoccuper du droit d'auteur et à prévoir la perception automatique de ces droits.

Douglas C. Engelbart[modifier | modifier le code]

Douglas Engelbart a inventé de nombreux outils reliés de près à la technologie de l'hypertexte telle que nous la connaissons aujourd'hui : l'édition de texte à l'écran, la souris, les liens entre différents ensembles d'information, les fenêtres, l'hypermédia, des concepts de bureautique, etc.

En effet, l'hypertexte est issu de beaucoup d'années de recherche dans plusieurs disciplines.

Cette technologie qui nous semble relativement récente n'est pas arrivée spontanément, et les recherches d'Engelbart dans ce domaine depuis plus de 30 ans en font un des piliers de l'hypertexte[6].

Le premier système hypertexte fonctionnel était le NLS (oNLine System)[7] conçu par Douglas Engelbart durant les années 1960 (à ne pas confondre avec le NLS de National Language Support, devenu sur le tard i18n).

HyperCard[modifier | modifier le code]

L'application HyperCard, développée en 1987 par Bill Atkinson pour Apple, fut l'un des premiers systèmes hypertextes à devenir populaire.

Elle était incorporée dans chaque Mac OS de l'époque.

Mais cette première réalisation montait difficilement en charge. Une application est composée de cartes correspondant à une page-écran. Ces cartes sont créées à l'aide d'outils de traitement de texte et de dessin. Les liens entre les cartes sont réalisés au moyen de boutons. C'est un logiciel intégré qui permet trois fonctions : se balader dans des piles de cartes, éditer ces cartes, et enfin, programmer des liens plus complexes au moyen d'un langage appelé HyperTalk.

Autres précurseurs[modifier | modifier le code]

Usages de l'hypertexte[modifier | modifier le code]

World Wide Web[modifier | modifier le code]

Le World Wide Web, conçu par Tim Berners-Lee en 1989, est aujourd'hui le système hypertexte le plus vaste et le plus utilisé : il compte des milliards de documents répartis dans le monde entier, lesquels sont consultés par des millions de personnes à travers le réseau Internet. Dans le Web, le concept de document est généralisé, on parle de ressource. Une ressource peut non seulement être un document textuel, audiovisuel ou interactif, mais également une boîte à courrier électronique ou un forum de discussion Usenet. Les hyperliens du Web sont contenus dans des documents hypertextes généralement écrits en langage HTML (HyperText Markup Language), présentés sous la forme de pages Web. Les liens vers les ressources les plus diverses peuvent être établis grâce à une notation standardisée, les URL (Uniform Resource Locators).

Le World Wide Web utilise des concepts hypertextes simples et très faciles à mettre en œuvre : les hyperliens sont unidirectionnels, ils se « cassent » lorsque la ressource liée est déplacée ou supprimée, il n'y a pas d'aperçu de la ressource liée, les droits d'auteur ne sont pas gérés, il n'y a pas de système d'annotation ni de gestion de versions.

Hypertexte et lecture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Lecture numérique.

L’hypertexte marque une rupture dans le processus de lecture au sens où le lecteur n’est plus tenu de lire l’intégralité du document hypertextuel (et ne le fait pas en général) tandis que la lecture d’un livre se fait généralement du début à la fin. Christian Vandendorpe, dans son essai Du Papyrus à l’hypertexte[8], parle d’ailleurs d’une « dynamique de lecture […] caractérisée par un sentiment d’urgence, de discontinuité et de choix à effectuer constamment ». Certains spécialistes comme Eric Trudel[9] n’y voient cependant pas une rupture mais plutôt un prolongement, une simple mutation des processus de lecture.

Bibliothèque numérique[modifier | modifier le code]

L'hypertexte de nos jours permet la création de futures cyber-bibliothèques. D'ailleurs le School of Information and Library Studies de l'Université du Michigan[10] a ouvert la première bibliothèque publique de l'Internet en mars 1995 avec des employés répartis à travers le monde.

Hypertexte et journalisme[modifier | modifier le code]

Prémices[modifier | modifier le code]

La presse en ligne voit le jour au milieu des années 1990. Les premières versions de ces sites utilisent l’hypertexte et expliquent aux utilisateurs, de manière très détaillée, de quoi il s’agit. Par exemple, on a pu lire sur le site de The New York Times, en 1996, « Ci-après se trouvent des liens vers les sites web externes mentionnés dans l'article. Ces sites ne font pas partie du New York Times sur le web, et le Times n'a aucun contrôle sur leur contenu ou leur disponibilité. Quand vous aurez fini de visiter n'importe lequel de ces sites, vous pourrez revenir à cette page en cliquant sur le bouton ou l'icône 'en arrière' de votre navigateur, jusqu'à ce que cette page réapparaisse »[11].

État actuel[modifier | modifier le code]

Dans le journalisme d’aujourd’hui, selon Alexandra Saemmer, enseignante-chercheur à l’université Paris-8 et membre de Hypertexte[12], groupe de recherche sur les écritures hypertextuelles, l’hypertexte peut être divisé en trois grands groupes. L’hypertexte informationnel sert à informer et non à justifier ou à un convaincre le lecteur. L’hypertexte argumentatif permet de justifier, de défendre une idée. Enfin, l’hypertexte sous forme de figure de manipulation ne représente pas un lien logique entre deux articles, il cherche à déjouer ou à séduire le lecteur.

L’hypertexte a de nombreux rôles dans le journalisme. Il permet, par exemple, au lecteur de se renseigner sur le contexte d’un article. À travers cet outil, le journaliste peut citer ses sources pour se justifier ou pour, au contraire, prendre de la distance avec ce qu’il écrit. L’auteur peut également y voir un moyen d’inciter le lecteur à lire un autre document en rapport avec son article ; il s’agit alors d’ « usages anticipés » (Davallon et Jeanneret, 2004[13]). En effet, en mettant en avant un autre article, une vidéo, etc. grâce à un lien hypertexte, l’auteur montre qu’il a déjà consulté ce lien, il incite, prévoit et donc anticipe le fait que le lecteur va pouvoir également le consulter.

Journalisme collaboratif[modifier | modifier le code]

Le journalisme collaboratif[14] constitue une nouvelle branche du journalisme en ligne. Il modifie la relation journaliste - lecteur puisque le lecteur devient lui-même journaliste. OhmyNews, présidé par Yeon-ho Oh, est un exemple de ce genre de journalisme. Le slogan de cette société est d’ailleurs “Chaque citoyen est un journaliste”, les articles figurant sur le site étant rédigés par des journalistes et des citoyens, en collaboration.

Littérature hypertextuelle[modifier | modifier le code]

Hypertexte textuel[modifier | modifier le code]

La définition du terme « hypertexte » souvent donnée dans le dictionnaire se réfère davantage aux idées sur la transtextualité développées par Gérard Genette. Il s’agit dans ce cas d’un « texte littéraire dérivé par rapport à un autre qui lui est antérieur et lui sert de modèle ou de source, d'où des phénomènes de réécriture possibles comme le pastiche ou la parodie »[15].

L’hypertexte a suscité l’intérêt des artistes et des écrivains qui y ont vu un moyen pour libérer la littérature des contraintes imposées par le support papier. Des nouveaux genres littéraires ont alors vu le jour, tel l’hypertexte de fiction[16] et la poésie hypertextuelle.

Hypertexte de fiction[modifier | modifier le code]

L’hypertexte de fiction a pris son essor aux États-Unis où il s’est développé peu à peu, jusqu’à faire la « une » de la revue des livres d’un numéro du New York Times en 1993[17]. Le premier hypertexte de fiction américain « Afternoon a Story »[18] de Michael Joyce publié en 1987 comprend 539 nœuds et 950 liens. Sa création a nécessité l’invention du logiciel « Storyspace »[19] de création hypertextuelle, conçu par Marc Bernstein qui a ensuite créé Eastgate Systems, devenu l’éditeur des hypertextes et hypermédias littéraires aux États-Unis.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopédisme et savoir. Du papier au numérique. Institut national de recherche pédagogique, Cellule de veille scientifique et technologique, avril 2006.
  2. (en) Rapid Selector, sur le site deadmedia.org
  3. Vision of Xanadu, sur le site people.lis.illinois.edu
  4. NELSON, T. H. (1965) « A File Structure for the Complex, the Changing, and the Indeterminate », dans : Association for Computing Machinery: Proceedings of the 20th National Conference, Cleveland (Ohio), ACM Press, p. 84-100.
  5. Du texte à l'hypertexte, Jean Clément, sur le site hypermedia.univ-paris8.fr
  6. (en) Prix décernés à Douglas Engelbart, sur le site dougengelbart.org
  7. Description de l'oNLine System de Douglas Engelbart, sur le site history-computer.com
  8. [PDF] Du Papyrus à l'hypertexte - Christian Vandendorpe, sur le site vandendorpe.org
  9. (en) Eric Trudel, sur le site bard.edu
  10. School of Information, University of Michigan
  11. [PDF] Liens Hypertextes et Journalisme : Une Archéologie des Discours Méta-journalistiques, sur le site juliettedm.files.wordpress.com
  12. Groupe de recherche Hypertexte, sur le site revuebleuorange.org
  13. Usages anticipés, sur le site persee.fr
  14. Journalisme collaboratif, sur le site ecosphere.wordpress.com
  15. Définition du dictionnaire, sur le site memoireonline.com
  16. Hypertexte de fiction, sur le site hypermedia.univ-paris8.fr
  17. (en) Robert Coover, « Hyperfiction: novels for the Computer », The New York Times, 29 août 1993
  18. (en) Afternoon, a Story du narratif au poétique dans l'œuvre hypertextuelle, Jean Clément, sur le site hypermedia.univ-paris8.fr
  19. Site officiel de Eastgate Systems

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]