Famille de Tosny

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La famille de Tosny[1] est un important lignage aristocratique de la Normandie ducale (Xe-XIIe siècles) même si elle ne compta aucun comte ou vicomte. Son premier membre est Raoul Ier de Tosny (mort après 1024).

Le duché de Normandie dans la seconde moitié du XIe siècle avec les principaux châteaux de la famille de Tosny (en noir)

Personnages marquants[modifier | modifier le code]

Venus certainement d'Île-de-France[2], les Tosny se sont installés en Normandie au Xe siècle pour collaborer avec les descendants des Vikings. Ils font partie de cette nouvelle élite qui apparaît autour des ducs Richard Ier et Richard II à la charnière du Xe et du XIe siècle. En 991, Raoul Ier de Tosny est le témoin du premier traité international qu'ait conservé l'histoire normande (accord entre le duc Richard Ier et le roi anglo-saxon Æthelred II). Parmi les premiers Normands, il part combattre en Italie du Sud. Son petit-fils Raoul II fait partie des plus grands barons autour de Guillaume le Conquérant (1035-1087). Il est le porte-étendard des Normands en 1054.

Des récits, plus ou moins légendaires, se sont dessinés autour d'eux : les chroniqueurs rapportent les exploits de Roger Ier, le Mangeur de Maures, en Espagne. Sa femme, Godehildis/Gotelina, est liée à un miracle à Sainte-Foy de Conques. Au début du XIIe siècle, Orderic Vital explique que la famille descendrait de Malahulce, oncle de Rollon[3].

Une famille aristocratique modèle[modifier | modifier le code]

La constitution de sa puissance[modifier | modifier le code]

Comme plusieurs lignages normands (par exemple les Beaumont), l'origine de puissance des Tosny provient de deux sources :

  • la récupération de biens d'Église. Selon Lucien Musset, l'archevêque de Rouen Hugues (942-989) aurait distrait du patrimoine de sa cathédrale quelques terres au profit de son frère Raoul Ier
  • la concession de terres de la part des ducs de Normandie, notamment Richard II.

Plus original, les Tosny ont probablement acquis une partie de leur fortune par des aventures lointaines. Raoul Ier et Roger Ier ont combattu en Apulie et en Espagne dans le premier quart du XIe siècle.

Les aléas de son histoire[modifier | modifier le code]

Raoul II de Tosny participe à la conquête de l'Angleterre en 1066. Le duc le récompense assez chichement de domaines outre-Manche : les deux baronnies de Flamstead (Hertfordshire) et de Wrethamthorpe (Norfolk) en sont les parties les plus notables. Trois autres membres de la famille sont gratifiés : Robert de Stafford, le frère de Raoul, Robert de Belvoir et son fils Béranger, appartenant à une branche collatérale[4]. Globalement les Tosny ne paraissent pas jouer de rôle important en Angleterre. En Normandie, ils sont particulièrement actifs durant les troubles qui suivent la mort de Guillaume le Conquérant (1087) et lors du conflit entre Mathilde et Étienne de Blois (1135-1144). Cependant, le XIIe siècle donne l'impression d'un déclin familial, par rapport à quelques lignages voisins de Normandie orientale : les Beaumont-Meulan, les Montfort, les Harcourt.

En 1204, Roger IV de Tosny par son soutien à Jean sans Terre perd tous ses fiefs continentaux. La famille doit donc se replier en Angleterre où elle mène une carrière de second plan. En 1309, la lignée masculine s'éteint.

La gestion des biens[modifier | modifier le code]

Comme tout baron normand, les Tosny ont des fiefs dispersés dans toute la Normandie et l'Angleterre. En 1077, le mariage entre Raoul II et Isabelle de Montfort permet aux Tosny de diriger la châtellenie de Nogent-le-Roi, jusqu'aux alentours de 1200. Les possessions de la famille dépassent donc la frontière du duché de Normandie[5]. Toutefois, on repère très bien que sur le continent, le cœur de leur patrimoine se situe autour de Conches-en-Ouche. Une partie des fiefs est inféodée à une petite clientèle de vassaux.

La famille donne aux abbayes, notamment à celle qu'elle a fondée (le monastère Saint-Pierre de Castillon vers 1035)[6]. Après 1066, comme le remarque Lucien Musset, les Tosny se montrent surtout libéraux avec leur fiefs anglais alors qu'ils évitent de diminuer leur patrimoine normand.

Les textes apportent peu d'informations sur l'administration des biens. On sait que des prévôts étaient installés dans les principaux centres.

L'honneur de Conches et de Tosny[modifier | modifier le code]

Avec ses deux pôles, Conches-en-Ouche et Tosny (dans la boucle de la Seine immédiatement en amont des Andelys), la baronnie des Tosny a la particularité d'être bicéphale.

Selon l'état des fiefs de 1172, l'honneur[7] comptait 50 ou 51 fiefs de chevaliers. Les terres se trouvent essentiellement en Haute-Normandie, plus exactement entre Risle et Iton. La vaste forêt de Conches en forme le centre. Il faut ajouter des domaines dispersés en vallée d'Eure (Fontaine-sous-Jouy, Cailly-sur-Eure, Planches, Acquigny), en vallée de la Seine (Tosny, Villers-sur-le-Roule, Bernières-sur-Seine), en Vexin Normand (Vesly, Guerny, Villers-en-Vexin, Hacqueville, Heuqueville, Val de Pîtres), en Pays de Caux et Talou autour de Blainville-Crevon, de Mortemer-sur-Eaulne, de Dieppe et de Yerville[8]. Beaucoup de ces terres sont inféodées à des vassaux, notamment les Clères.

Orderic Vital mentionne les quatre principaux châteaux de la baronnie en 1119 : Conches-en-Ouche, Tosny, Portes, Acquigny.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Hugues de Calvacamp
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├─> Hugues, archevêque de Rouen (942-989)
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└─> Raoul (I) († 1024/1025)
    │
    ├─>...
    │  │
    │  ?
    │  └─> Robert († 1088), lord de Belvoir
    │      │
    │      │
    │      ├─> Béranger
    │      │
    │      │
    │      └─> Alice († après 1129)
    │          × Roger Bigot
    │
    └─> Roger (I), ou Roger d'Espagne († vers 1040)
        × Godehildis/Gotelina
        │
        ├─> Herbert († vers 1040)
        │
        ├─> Helinant († vers 1040)
        │
        ├─> Raoul (II) de Conches et de Tosny († 1102)
        │   × Isabelle de Montfort
        │   │   
        │   ├─> Raoul (III) de Tosny, dit le jeune († 1126)
        │   │   × Adelise, fille de Waltheof de Northumbrie
        │   │   │
        │   │   ├─> Roger (III) († vers 1157/1162)
        │   │   │   × Ida de Hainaut
        │   │   │   │
        │   │   │   └─> Raoul (IV) († 1162)
        │   │   │       × Marguerite de Leicester
        │   │   │       │
        │   │   │       └─> Roger (IV) († 1208/1209) 
        │   │   │           × Constance de Beaumont        
        │   │   │
        │   │   ├─> Goldchilde × Robert de Neubourg, seigneur de Neubourg
        │   │   └─> Hugues († vers 1140)
        │   │
        │   │
        │   ├─> Roger (II) († 1090/1091)
        │   │
        │   └─> Godehilde († 1097)
        │       × (1) Robert Ier, comte de Meulan (douteux)
        │       × (2) Baudouin de Boulogne, roi de Jérusalem
        │
        ├─> Robert de Stafford († 1088)
        │    │
        │    └─> Nicolas de Stafford († vers 1138)
        │        │
        │        └─> Robert (II) de Stafford († vers 1177-1185)
        │            │
        │            └─> Robert (III) de Stafford († vers 1193/1194)
        │  
        │
        ├─> Herbert († vers 1040)
        │
        ├─> Helinant († vers 1040)
        │
        ├─> Béranger l'Espagnol      
        │
        ├─> Adelise
        │   × Guillaume Fils Osbern  
        │
        └─> Berthe († vers 1040)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. en anglais : Toeny, Tonei, Toni, Tony.
  2. comme la famille Giroie
  3. Le chroniqueur normand se fait sûrement l'écho de rumeurs contemporaines. Ce Malahulce est inconnu des historiens. Les Tosny étaient certainement d'origine française mais il semble qu'il était à l'époque plus prestigieux de se donner une ascendance scandinave et une parenté avec la famille ducale.
  4. D'après le Domesday Book en 1086. Cette branche collatérale tomba en quenouille dans la première moitié du XIIe siècle. Katherine Keats-Rohan, « Belvoir : the heirs of Robert and Beranger de Tosny » Prosopon Newsletter, July, 1998.
  5. A. Rhein, la Seigneurie de Montfort-en-Iveline depuis son origine jusqu'à son union avec le duché de Bretagne, Versailles, Aubert, 1910, p. 32-33
  6. connu plus tard sous le nom de Saint-Pierre de Conches
  7. = nom technique des grands baronnies normandes au XIIe siècle
  8. Lucien Musset, « Aux origines d'une classe dirigeante : les Tosny, grands barons normands du Xe au XIIe siècle », Sonderdruck aus Francia Forschungen zur westeuropäischen Geschichte, Munich, 1978, p. 68

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lucien Musset, « Aux origines d'une classe dirigeante : les Tosny, grands barons normands du Xe au XIIe siècle », Sonderdruck aus Francia Forschungen zur westeuropäischen Geschichte, Munich, 1978, p. 45-80