Indice de développement humain

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L'évolution de l'IDH entre 1975 et 2004

L'indice de développement humain (IDH) est un indice statistique composite, créé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en 1990 pour évaluer le niveau de développement humain des pays du monde. L'IDH se fonde sur trois critères majeurs : l'espérance de vie à la naissance, le niveau d'éducation, et le niveau de vie.

Le concept du développement humain est plus large que ce qu'en décrit l'IDH qui n'en est qu'un indicateur, créé par le PNUD pour évaluer ce qui n'était mesuré auparavant qu'avec imprécision. L'indicateur précédemment utilisé, le PIB par habitant, ne donne pas d'information sur le bien-être individuel ou collectif, mais n'évalue que la production économique. Il présente des écarts qui peuvent être très importants avec l'IDH[1]. L'indice a été développé en 1990 par l'économiste indien Amartya Sen et l'économiste pakistanais Mahbub ul Haq[2]. Pour Sen comme pour le PNUD, le développement est plutôt, en dernière analyse, un processus d'élargissement du choix des gens qu'une simple augmentation du revenu national. Notons enfin qu'il existe un indice dérivé de l'IDH, le GDI (Gender-related Development Index (en)), qui prend en compte les disparités liées au genre, soit les différences de situation de vie entre les hommes et les femmes d'un pays considéré.

Le calcul de l'IDH a été modifié en 2011.

Principe[modifier | modifier le code]

L'IDH est un indice composite, sans dimension, compris entre 0 (exécrable) et 1 (excellent). Il est calculé par la moyenne de trois indices quantifiant respectivement[3] :

  • la santé / longévité (mesurées par l'espérance de vie à la naissance), qui permet de mesurer indirectement la satisfaction des besoins matériels essentiels tels que l'accès à une alimentation saine, à l'eau potable, à un logement décent, à une bonne hygiène et aux soins médicaux. En 2002, la Division de la population des Nations Unies a pris en compte dans son estimation les impacts démographiques de l'épidémie du sida pour 53 pays, contre 45 en 2000 ;
  • le savoir ou niveau d'éducation. Il est mesuré par la durée moyenne de scolarisation pour les adultes de plus de 25 ans et la durée attendue de scolarisation pour les enfants d'âge scolaire. Il traduit la satisfaction des besoins immatériels tels que la capacité à participer aux prises de décision sur le lieu de travail ou dans la société ;
  • le niveau de vie (logarithme du revenu brut par habitant en parité de pouvoir d'achat), afin d'englober les éléments de la qualité de vie qui ne sont pas décrits par les deux premiers indices tels que la mobilité ou l'accès à la culture.

La composition et la méthodologie pour établir cet indice sont susceptibles d'être revues tous les ans, et donnent lieu à l'établissement d'une note permettant de comprendre ces variations. Ainsi, le premier indice tenait compte du niveau d'alphabétisation. D'autre part, la composante du niveau de vie était initialement représentée par le PIB par habitant. Cette composante a évolué au fil du temps, pour devenir le revenu brut par habitant en parité de pouvoir d'achat, et était plafonné à 40 000 euros. Ce plafond, dépassé par 13 pays en 2007, a été supprimé.

Le PNUD indique que les données sur l’espérance de vie à la naissance sont fournies par le Département des Affaires économiques et sociales de l’ONU, les années de scolarisation moyennes par Barro et Lee (2010), les années de scolarisation escomptées par l’Institut de statistique de l’UNESCO et le RNB par habitant de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.

L'IDH est toujours publié avec un certain retard, car calculé à partir de chiffres généralement collectés deux ans plus tôt. L'IDH 2004 utilisait ainsi des chiffres de 2002, pour 175 pays membres de l'ONU, plus Hong Kong, la Chine et les territoires palestiniens. C'était la première fois que le Timor oriental et Tonga faisaient l'objet du calcul de l'IDH. Les informations comparables, crédibles ou disponibles sur les 4 composantes de l’IDH manquent pour quelques pays (16 en 2003).

Les calculs[modifier | modifier le code]

Formules[modifier | modifier le code]

Initialement basé sur une moyenne arithmétique, l'IDH se base aujourd'hui sur une moyenne géométrique. L'objectif est d'éviter qu'un très mauvais score sur l'une des composantes de l'indice puisse être intégralement compensé par un bon résultat sur une autre des composantes. Par ailleurs, le calcul du niveau de vie est désormais calculé à partir d'un logarithme naturel, le PIB par habitant a été remplacé par le revenu national brut par habitant[4] ajusté en parité de pouvoir d'achat, et déplafonné. L'ensemble des formules est publié sur le site du PNUD.

Formule de 2011[modifier | modifier le code]

Depuis 2011, la formule suivante est utilisée[5] :

\text{IDH}=\sqrt[3]{I_{Vie} \times I_{\text{É}ducation} \times I_{Revenu}}

IVie, IÉducation et IRevenu sont respectivement les indices de longévité, niveau d'éducation et niveau de vie.

1re étape : création des indices dimensionnels[modifier | modifier le code]
Définition des valeurs maximales et minimales des sous-indices
Indice Mesure Valeur minimale Valeur maximale observée
Longévité Espérance de vie à la naissance 20 ans
83,4 ans
Éducation Durée moyenne de

scolarisation

0 an
13,1 ans
Durée attendue de

scolarisation

0 an
18 ans
Niveau de vie Revenu national brut par

habitant (en PPA en $)

100
107 721

Une fois que les valeurs minimales et maximales sont définies, les sous-indices se calculent de la manière suivante.

{\text{Indice  dimensionnel}} = \frac{\text{valeur réelle - valeur minimale}}{\text{valeur maximale - valeur minimale}} (1)

Pour l’éducation, nous utilisons l’équation 1 pour chacune des deux composantes, puis nous calculons la moyenne géométrique des indices résultants, et finalement nous appliquons de nouveau l’équation 1 à la moyenne géométrique des indices, en utilisant 0 comme valeur minimale et, comme valeur maximale, la valeur la plus élevée des moyennes géométriques des indices obtenus pour la période considérée. Cette méthode revient à appliquer directement l’équation 1 à la moyenne géométrique des deux composantes.

Chaque indice dimensionnel servant d’indicateur des capacités dans la dimension correspondante, la fonction permettant de convertir le revenu en capacités est susceptible d’avoir une forme concave (Anand et Sen 2000). Dans le cas du revenu, nous utilisons donc le logarithme népérien des valeurs minimales et maximales utilisées.

2e étape : cumul des sous-indices pour obtenir l’indice de développement humain[modifier | modifier le code]
IDH=\sqrt[3]{I_{Vie} \times I_{\text{É}ducation} \times I_{Revenu}}

Formule de 2005[modifier | modifier le code]

Entre 2005 et 2010, la formule suivante était utilisée :

\mathrm{IDH} = \frac{A+D+E}{3},

A, D et E étaient respectivement les indices de longévité, niveau d'éducation et niveau de vie.

Le calcul de chaque indice est donné dans le tableau ci-dessous :

Calcul des indices composant l'indice de développement humain (jusqu'en 2011)
Indice Mesure Valeur minimale Valeur maximale Formule
Longévité Espérance de vie à la naissance (EV) 25 ans
85 ans
A = \frac{\mathrm{EV}-25}{60}
Éducation Taux d'alphabétisation (TA) 0 %
100 %
D = \frac{2\mathrm{TA} + \mathrm{TBS}}{3}
Taux brut de scolarisation (TBS) 0 % 100 %
Niveau de vie Logarithme décimal du PIB par habitant
en parité de pouvoir d'achat
100 USD
40 000 USD
E = \frac{\log_{10}\mathrm{PIB}-2}{2\mathrm{,}60206}\,

Exemples[modifier | modifier le code]

Exemple établi sur la formule de 2011[5][modifier | modifier le code]

Viêt Nam

Définition des valeurs maximales et minimales des sous-indices
Indice Valeur
Espérance de vie à la naissance (années) 75,2
Durée moyenne de scolarisation 5,5
Durée attendue de scolarisation 10,4
Revenu national brut par habitant (en PPA en $) 2805

Note : les valeurs sont arrondies.

  • longévité
{\text{Indice d’espérance de vie}} = \frac{75,2 - 20}{83,4 - 20} = 0,870
  • niveau d'éducation
{\text{Indice de la durée moyenne de scolarisation}} = \frac{5,5 - 0}{13,1 - 0} = 0,478
{\text{Indice de la durée attendue de scolarisation}} = \frac{10,4 - 0}{18 - 0} = 0,576

Le niveau d'éducation vaut donc :

{\text{Indice de l’éducation}} = \frac{\sqrt{0,478 \times 0,576} - 0}{0,978 - 0} = 0,503
  • niveau de vie
{\text{Indice de revenu}} = \frac{\text{ln(2 805) - ln(100)}}{\text{ln(107 721) – ln(100)}} = 0,478

L'IDH vaut donc :

IDH=\sqrt[3]{0,870 \times 0,503 \times 0,478 } = 0,594

Exemple basé sur la formule de 2005[modifier | modifier le code]

En Côte d'Ivoire, l'espérance de vie à la naissance est EV = 41,2 ans, les taux d'alphabétisation et scolarisation TA = 49,7 % et TBS = 42 % et le produit intérieur brut par habitant PIB = 1 520 dollars en parités de pouvoir d'achat. Les indices composant l'IDH sont :

  • longévité
A\,=\,\frac{\mathrm{EV}-25}{60}
\,=\,\frac{41\mathrm{,}2-25}{\mathrm{60}}\,=\,0\mathrm{,}27
  • niveau d'éducation
D\,=\,\frac{2\mathrm{TA} + \mathrm{TBS}}{3}
\,=\,\frac{2 \times 49\mathrm{,}7/100 + 42/100}{3}\,=\,0\mathrm{,}4713
  • niveau de vie
E\,=\,\frac{\log_{10}\mathrm{PIB}-2}{2\mathrm{,}60206}
\,=\,\frac{\log_{10} 1520-2}{2\mathrm{,}60206}\,=\,0\mathrm{,}4542

L'IDH vaut donc

\mathrm{IDH}\,=\,\frac{A+D+E}{3}
\,=\,\frac{0\mathrm{,}27 + 0\mathrm{,}4713 + 0\mathrm{,}4542}{3}\,=\,0\mathrm{,}3985

Résultats[modifier | modifier le code]

Analyse statistique[modifier | modifier le code]

Nombre de pays selon l'IDH
Indicateurs statistiques
Indicateur Valeur Commentaire
Moyenne mondiale (2007) 0,753[6]
Médiane 0,741 La moitié des pays ont un IDH supérieur à 0,741, l'autre moitié un IDH inférieur
1er décile 0,421 Les 17 pays les moins développés ont un IDH inférieur ou égal à 0,421
9e décile 0,925 Les 17 pays les plus développés ont un IDH supérieur ou égal à 0,925

C'est une distribution globalement bimodale, les deux modes étant autour de 0,75 et 0,45.

En 2010, la moyenne mondiale est de 0,624[3].

Classements[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des pays par IDH.
Carte du monde selon IDH (Classement de 2011)

Le PNUD établit à chaque rapport du développement humain un classement des pays suivant l'IDH (voir l'article Liste des pays par IDH pour le classement actuel). Les classements et chiffres de l'IDH de précédents rapports ne peuvent pas être comparés entre eux ou avec les chiffres actuels[7]. En effet, l'indice repose sur des données d'organismes nationaux ou internationaux qui sont souvent révisées. Ainsi, pour permettre de suivre l'évolution de l'IDH dans les pays, le PNUD recalcule ses chiffres passés à chaque rapport (valeurs présentées dans l'article Variations de l'IDH depuis 1975) et « invalide » alors les précédents.

Limites[modifier | modifier le code]

L'IDH a le défaut de tous les agrégats : il suppose que ses composantes sont commensurables. C'est-à-dire que, par exemple, une augmentation de l'espérance de vie serait substituable à une augmentation de la production marchande. « Tous les choix de pondérations utilisées pour construire cet indicateur (et les autres similaires) reflètent des jugements de valeur qui ont des implications sujettes à controverses : par exemple, ajouter le logarithme du PIB par tête au niveau de l'espérance de vie donne implicitement 20 fois plus de valeur à une année supplémentaire d'espérance de vie aux États-Unis qu'en Inde.

Plus fondamentalement, étant fondées sur des moyennes nationales, ces mesures ignorent la corrélation significative entre les différents aspects de la qualité de vie parmi les gens, et ne disent rien sur la distribution des conditions individuelles dans chaque pays. En conséquence, l'indice combiné ne changerait pas si les performances moyennes dans chaque domaine restaient les mêmes alors que la corrélation des conditions individuelles entre domaines déclinait[8]. »

Pour pallier ce problème, le PNUD a mis en place dès 2006 des séries permettant de différencier l'IDH au sein d'un pays par tranches de population : les premiers IDH désagrégés ont concerné 13 pays en voie de développement, aux côtés des États-Unis et de la Finlande[9].

D'autre part, le mode de calcul des indices élémentaires est assez discuté. Ainsi, le choix du log du RNB par habitant a pour effet de minorer considérablement les écarts de richesse. Toutefois, pour le PNUD l'utilisation de log permet d'atténuer l'impact de ce revenu, qui selon lui a moins d'impact au fur et à mesure qu'il progresse[10].

Enfin, par rapport à la vision initiale d'Amartya Sen, qui définit le développement comme processus d'expansion des libertés, l'absence de prise en compte des libertés publiques dans l'IDH est un défaut sérieux, d'autant que des indices de libertés publiques construits par des centres de recherche existent.

Utilisation[modifier | modifier le code]

En France, la Région Nord-Pas-de-Calais a, en 2012, décidé de l'adopter comme l'un de ses indicateurs d'évaluation de la soutenabilité du développement et l'Association des régions de France pourrait encourager les autres régions à faire de même[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. How HDI Relates to GDP, site de l'ONU
  2. (en) « About HDRO », sur undp.org, United Nations Development Program (consulté le 30/10/2006)
  3. a et b (fr) Rapport sur le développement humain 2010 - Rapports sur le développement humain (RDH) – Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) [PDF]
  4. Le RNB, contrairement au PIB, prend en compte les flux internationaux, pour ne conserver que les richesses conservées au sein du pays
  5. a et b (fr) [1] Notes techniques du calcul de l'IDH (Rapport sur le développement humain 2011, voir p. 186)
  6. (fr) Palmarès - Indicateur de développement humain (IDH) - PopulationData.net
  7. (fr) « Notes du rapport 2007/2008 - voir archive » [PDF]
  8. (en) Commission on the Measurement of Economic Performance and Social Progress (CMEPSP) - Draft Summary - Commission Stiglitz, 2 juin 2009, page 60 alinéa 123 lignes 6 à 16 [PDF]
  9. La méthodologie est disponible sur le site du PNUD
  10. "L’IDH utilise le logarithme de revenu pour refléter l’importance décroissante du revenu au fur et à mesure de l’augmentation du RNB"
  11. La Gazette des communes des Départements des Régions, no 10/2116, 5 mars 2012, p. 38 - 39, DOC00288298 la Région Nord-Pas-de-Calais est la première à décliner, au niveau de son territoire, les indicateurs de développement humain, fait salué et repris par l'Association des régions de France (ARF). Myriam Cau, vice-présidente du Conseil régional chargée du développement durable, de la démocratie participative et de l'évaluation a présidé un groupe de travail au sein de l'ARF sur les indicateurs de développement durable, afin de "mutualiser les expériences pour doter les vingt-deux régions de baromètres communs.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]