Contraception orale

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Pilules contraceptives de type « combinée ». On remarque deux aspects de comprimés, chacun ayant une composition différente.

La contraception orale, moyen contraceptif hormonal féminin, se présente sous la forme de comprimés à prise quotidienne communément appelés « pilules contraceptives », ou plus simplement « pilule ».

Il existe deux types de pilule contraceptive, la pilule combinée, qui contient deux dérivés de l'œstrogène et de la progestérone, et la pilule progestative, qui ne contient que le progestatif.

Au début des années 2000, environ 60 % des femmes françaises âgées de 20 à 44 ans utilisent cette forme de contraception[1]. Cette place prédominante occupée en France par la contraception orale n’a pas d’équivalent à l'étranger, le stérilet étant le premier choix contraceptif au niveau mondial et notamment en Chine[2].

Contrairement aux préservatifs, l'usage de la pilule contraceptive ne protège pas du tout contre les infections sexuellement transmissibles (IST). Par ailleurs, la consommation de tabac est fortement déconseillée en cas de prise de pilule[3],[4].

Historique[modifier | modifier le code]

L'idée de la pilule a été lancée par Margaret Sanger, infirmière, et Katharine McCormick, biologiste. En 1950, elles offrent à l'endocrinologue Gregory Pincus de financer des travaux pour la mise au point d'une hormone synthétique contraceptive. Cette recherche repose sur la conviction de Pincus que l'arrêt de l'ovulation durant la grossesse est lié à l'action de l'hormone progestérone. En mettant au point une hormone synthétique semblable à progestérone, il devient donc possible de bloquer la fécondation.

Une invention américaine[modifier | modifier le code]

Dans l'entre-deux-guerres, la recherche sur les utilisations cliniques et commerciales des hormones (des substances baptisées ainsi par Ernest Starling en 1905) connait un grand développement. La découverte des utilisations thérapeutiques de l'insuline et de la thyroxine pour traiter, respectivement, le diabète et les troubles de la thyroïde, illustre ces développements. Les corticoïdes sont adoptés pour le traitement de la polyarthrite rhumatoïde. Des hormones sexuelles, sous forme d’extraits animaux, sont utilisées à des fins gynécologiques. L'organothérapie hormonale, peu considérée par les scientifiques, est largement répandue. C'est aussi à cette époque que se développe l'usage d'hormones comme anabolisant dans les élevages américains. Les connaissances sur la physiologie de la reproduction s'accroissent aussi, notamment après la découverte de la progestérone en 1934 puis après l'établissement de ses propriétés inhibitrices de l'ovulation à la suite d'expériences animales conduites jusqu'en 1939. D'autres hormones ayant ces mêmes propriétés sont également identifiées : l'estriol en 1930 et l'estrone en 1935. Par ailleurs, les connaissances sur le cycle menstruel sont alors marquées par les travaux de George Washington Corner en 1923[5]. Les recherches sur l'utilisation des hormones sexuelles dans le domaine de la reproduction sont toutefois exclusivement menées en vue de résoudre des problèmes d'infertilité ou de dérèglements menstruels, jamais dans une perspective contraceptive (si ce n'est, et uniquement de manière théorique, dans certains cercles eugénistes très restreints qui promeuvent la stérilisation des personnes jugées inadaptées)[Note 1]. Ludwig Haberlandt réalise bien en 1921 la première expérience de contraception hormonale temporaire par injection ; cependant en butte à l'hostilité générale il se suicide et ses travaux ne sont pas immédiatement repris[6] (Pincus néanmoins a lu les travaux d'Haberlandt[7])[8].

La conduite des recherches et surtout le développement d'application était toutefois limitée par le coût très élevé de substances alors extraites d'animaux. En 1939, Russel Marker, professeur en chimie organique aux États-Unis, réussit à fabriquer de la progestérone à partir de salsepareille, puis plus tard à partir d'igname. Il démissionne de l'Université d'État de Pennsylvanie en 1944 pour fonder, à Mexico, sa société, Syntex (en), qui dépose un brevet en 1951 sur l'hémisynthèse de la noréthistérone[9]. À la même époque, le 31 août 1953, la compagnie G.D. Searle (en) dépose elle aussi une demande de brevet portant sur une substance très voisine, synthétisée un an plus tôt par Frank Colton : la norethynodrel. Le brevet est délivré à Searle en novembre 1955 et à Syntex en mai 1956[8] ; ni Syntex ni Searle n'ont cependant alors l'idée d'utiliser ces substances à des fins contraceptives. L' hémisynthèse de ces Progestatifs s'avérera déterminante car la progestérone elle-même est très peu active par voie orale.

Si la Grande Dépression avait créé aux États-Unis un climat propice à une inflexion des opinions et des politiques concernant le contrôle des naissances (la planification familiale américain naît à cette époque), la forte natalité des pays pauvres inspire après-guerre des réflexions sur l'opportunité de mesures de contrôle des naissances dans ces pays qui accèdent ou vont accéder à l’indépendance. La Fondation Rockefeller est par exemple une de ces institutions sensible à ce thème. Le Maccarthysme cependant créait une atmosphère culturelle et politique défavorable aux recherches sur la sexualité en général (ainsi la presse généraliste se montra hostile à la publication du rapport Kinsey), et le contrôle des naissances en particulier. Le cadre législatif est alors très contraignant : la loi Comstock, adoptée en 1873, condamne toute publication au sujet du contrôle des naissances (dans le Massachusetts, État où se développera la recherche de Pincus et de Rock, cette loi est spécialement rigoureuse)[8].

Le Dr Pincus, spécialiste alors internationalement reconnu pour ses travaux sur les hormones, ne commence à s’intéresser à leur utilisation contraceptive qu'après une conversation avec Margaret Sanger en 1951. Des considérations plus générales sur la surpopulation mondiale, un thème alors très prégnant, sont aussi, d'après ses propres dires, un motif à ses recherches. Entre 1951 et 1952, Pincus obtient une aide conséquente de l'organisme de planification familiale américain Planned Parenthood (l'équivalent de 43 000 dollars de 2001) afin d'évaluer la faisabilité du projet : en dépit de ces résultats favorables, Planned Parenthood ne reconduit pas son soutien financier. C'est en juin 1953 que Katherine MacCormick s'engage à verser 10 000 dollars par an au projet de pilule contraceptive du Dr Pincus ; de ce moment, l'engagement de Katherine MacCormick -qui ne sera pas uniquement d'ordre financier- sera important, continu, flexible et déterminant : la contribution financière de MacCormick aura été au total de deux millions de dollars de l'époque (soit 12 millions, valeur 2001)[8]. En vue du développement d'une pilule contraceptive, Pincus sollicite les laboratoires Searle avec lesquels il est déjà en contact d'affaire[Note 2] : peu convaincu par ce projet, pour lequel ils ne débloquent aucun fonds, ceux-ci fournissent toutefois la matière première, les hormones. C'est la riche héritière et militante féministe Katherine MacCormick qui finance entièrement le projet de Pincus (aucun fonds ne vient de quelque organisme gouvernemental que ce soit)[10].

Le Dr Pincus expérimente l'effet d'un grand nombre de substances sur les animaux : parmi les deux cent substances examinées, il en distingue trois, des stéroïdes extraits des ignames mexicains. Avec le Dr. Min Chueh Chang, il conçoit une pilule contraceptive, une pilule combinée, à base d'un estrogène de synthèse et d'une progestérone de synthèse, le norethynodrel.

Avec l'aide du gynécologue John Rock[11], fervent catholique, spécialiste de l'infertilité, qui militait activement pour la légalisation du contrôle des naissances et ce tant au grand jour que de façon dissimulée[réf. nécessaire], Pincus conduit d'abord, avec une grande discrétion, quelques essais cliniques en 1954 et en 1955 au Free Hospital de Boston.

Lors du congrès pour la Fédération internationale pour la planification familiale en 1955, Pincus présente, sans grand succès, une brève communication décrivant pour la première fois au monde l'inhibition de l'ovulation chez la femme sous l'effet de forte doses orales de progestérone.

Des essais sur une plus grande échelle s'avèrent nécessaires afin d'en prouver l'efficacité et l'innocuité : pour échapper tant à l'hostilité générale concernant les recherches sur la contraception, qu'aux restrictions d'ordre strictement légales, Pincus choisit de mener cette étude clinique à Porto Rico – à Rio Piedras - où la contraception n'est pas illégale. Un essai clinique est également réalisé à Haïti. C'est essentiellement sur la base de l'essai de Puerto Rico, mené sur 123 femmes, que la Food and Drug Administration (FDA) délivre une première autorisation de mise sur le marché pour l'Enovid 10 mg[Note 3] le 10 juin 1957. Cette autorisation ne vaut alors que dans l'indication de troubles menstruels et de fausse couche ; l'Enovid est toutefois dès ce moment utilisée officieusement par de nombreuses femmes à des fins contraceptives. L'autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l'utilisation à des fins contraceptives annoncée le 9 mai 1960, sera délivrée le 23 juin 1960. Le lancement commercial a lieu le 18 août. En fait, Searle ne commercialisa pas l'Enovid 10mg pour l'indication contraceptive ; c'est l'Enovid 5 mg approuvée par la FDA le 9 mars 1961[12] qui sera la première pilule ayant officiellement une telle indication. C'est très vite un succès commercial pour Searle qui est alors seule sur le marché : pour la commercialisation Syntex (en) dépendait de Parke-Davis (en) qui, craignant la désapprobation du public du fait de l'opposition de l’Église catholique n'a pas osé lancer de produit concurrent. Renégociant un accord avec la division Ortho des laboratoires Johnson, Syntex lance sa propre pilule en 1962 : l'Ortho-Novum[13]. L'autorisation de mise sur le marché ne met pas fin aux essais cliniques : ceux-ci seront multipliés afin d'optimiser le dosage des hormones pour en limiter tant le coût que les effets secondaires (ces préoccupations étaient restées en arrière-plan lors du lancement de la pilule) ; cet effort arrivera à son terme seulement dans les années 1980. En 1963, un nouveau produit, l'Ovulen, moins dosé, reçoit son AMM. La troisième génération, conçue dans les années 1990, contient 1/10e en progestérone 1/3 en estrogène de celles contenu dans les pilules de première génération[10].

Pour les femmes mariées, la pilule ne devient définitivement légale dans l'intégralité des cinquante États qu'après une décision de la Cour Suprême en 1965[14]. L'accès des femmes non mariées à la pilule ne sera définitivement acquise dans l'intégralité des états qu'après une décision de la Cour Suprême de 1972.

En 1982, l'interdiction de toute publicité pour les contraceptifs est supprimée.

Adoptée dans le monde développé[modifier | modifier le code]

  • L'Australie est le premier pays à commercialiser la pilule après les États-Unis : (laboratoire Schering[Note 4]), le 1er janvier 1961.
  • L'Allemagne fédérale est le premier pays d’Europe à la commercialiser (Schering / Anovlar) le 1er juin 1961.
  • En Grande-Bretagne : sous le nom de marque Enavid, l'Enovid 10mg y est disponible dès 1967 mais hors indication contraceptive. Le Conovid ( Enovid 5 mg) y est introduit par Searle dès 1960 mais ne connaît pas une large diffusion avant le résultat, favorable, des essais cliniques initiés par le Planning familial britannique, en juin 1961. En 1962, l'Anovlar (laboratoires Schering) et le Conovid-E de Searle s'y ajouteront. En 1964 le British Drug House lance la première pilule de fabrication anglaise, le Volidan.
  • En République démocratique allemande, l'Ovosiston de VEB Jenapharm est introduit en 1965.
  • En France, c'est en 1967 que la loi Neuwirth dépénalise la contraception.
  • Au Canada, la contraception est dépénalisée en 1969.
  • Le Japon l'autorise en juin 1999.

La découverte des risques de thrombus et les solutions apportées[modifier | modifier le code]

Dès le début les autorités se sont inquiétées des effets d'une utilisation de la pilule sur le long terme, au sujet de laquelle elles n'avaient pas de données. Pour se prémunir contre ces éventuels risques, la durée d'utilisation de la pilule fut d'abord limitée à deux ans. Cette limite ne put être maintenue devant la forte demande sociale. Le premier cas, britannique, de décès des suites d'une embolie pulmonaire relié à l'absorption de la pilule (Enovid 10mg), est rapporté dans le Lancet en novembre 1961 ; dans les mois qui suivent deux cas semblables sont rapportés aux États-Unis. Le scandale de la Thalidomide qui éclate alors détourne d'abord l'attention de ce problème. De multiples études épidémiologiques sont néanmoins entreprises, compliquées notamment par la multiplication de spécialités aux formules changeantes. Ce sont des chercheurs britanniques qui établissent la preuve des risques de thrombose, soudaines et parfois mortelles, en 1967. Cette publication déclenche des débats nourris en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Au Royaume-Uni, les autorités recommandent aux médecins de renoncer à prescrire la pilule la plus dosée. Aux États-Unis, les livres respectivement de Morton Mintz ("The pill: an alarming report") et de Barbara Seaman[15]("The Doctors’ Case Against the Pill") stimulent le débat public qui porte non seulement sur les effets secondaires, sur le défaut d'information des femmes mais aussi sur les conditions d'autorisation de mise sur le marché des contraceptifs. En 1970, sous la conduite du sénateur Gaylord Nelson, s'ensuivent des auditions au Sénat. Des féministes reprochent à ces auditions, conduites uniquement par des hommes, de ne pas accepter le témoignage de femmes. La FDA n'y délivrera d'ailleurs aucune information sur les conditions d’homologation des contraceptifs, contribuant ainsi à l'adoption des seules thèses développées par Mintz. Au niveau réglementaire ces auditions auront pour résultat d'imposer aux laboratoires l'insertion de notices spécifiant expressément les risques relatifs aux caillots sanguins[16].

Le cas de la France[modifier | modifier le code]

La loi du 31 juillet 1920 « réprimant la provocation à l'avortement et la propagande anti-conceptionnelle » a toujours cours en France quand s'amorcent les changements scientifiques et que se profilent les modifications des usages sociaux dans les années 1950 (en 1946, le Code de la Famille comprend une liste de contraceptifs interdits). À l'initiative du Littré[17], un groupe de médecins libre-penseurs, un premier projet de loi visant à abroger la loi de 1920 est déposé, sans aboutir, le 23 février 1956 au bureau de l'Assemblée Nationale par les députés Pierre Ferrand, D'astier de la Vigerie et Dreyfus-Schmidt ; de-même une proposition de loi déposée le 16 mars, puis une autre identique le 25 mai échoueront également. C'est en 1956 que le docteur Weill-Hallé - avec le Dr Pierre Simon et Evelyne Sullerot- dépose les statuts de l'association « Maternité Heureuse »,dont sortira le Mouvement français pour le planning familial[18].

En France, l'utilisation des estroprogestatifs, dont la délivrance est encadrée notamment par le décret du 5 février 1946, commence à se développer dès le début des années 1960 (la pilule Enovid y sera distribuée dès 1963, l'Anovlar de Schering en 1964, certes seulement dans l'indication du traitement de la stérilité ou de dysménorrhée). Certaines de ces spécialités pharmaceutiques sont en réalité prescrites à des fins contraceptives, ce qui suscite d'ailleurs l’inquiétude des pharmaciens placés en infraction avec la loi de 1920. De multiples réflexions s'engagent. Le débat public fait ses premiers pas dans les médias. Le 8 avril 1960 est créée par décret la Commission d'étude des problèmes de la famille qui dans son rapport rendu public en 1961 conseille de modifier la législation : ses avis ne seront pas suivis. Début 1962 le Conseil de l'Ordre des médecins déclare que « le médecin n'a aucun rôle à jouer dans l'application des moyens anticonceptionnels » (une position que contesteront toutefois quelques professeurs de médecine).

Fin 1964, pour la première fois en France, les facultés de médecine de Tours et de Lyon inscrivent à leur programme un cours de contraception.

Le 27 octobre 1965, avant l'élection présidentielle de décembre, le ministre de la santé Raymond Marcellin, nomme une commission chargée d'étudier les effets éventuels d'absorption de produits anticonceptionnels ; c'est la « commission pilule » qui rend ses conclusions le 21 mars 1966 : la « commission des sages » ne voit aucune contrindication médicale à l'usage de la pilule (la commission est muette sur le diaphragme et le stérilet) ; elle souligne toutefois les interrogations médicales sur un possible effet cancérigène et appelle en conséquence à plus de recherches.

Aboutissement d'un projet de loi adopté en conseil des ministres le 9 juin 1967, la loi Neuwirth légalise l'usage de la pilule en décembre, après de longs débats et suivant des dispositions en retrait par rapport à celles qui avaient été proposées. Elle interdit toute publicité pour la pilule en dehors des revues médicales, et freine son adoption par les mineures en exigeant une autorisation parentale (la majorité est alors acquise à 21 ans). Son application effective tarda : les premières AMM ne seront délivrées qu'en 1973 (pour le Stediril, déjà présent sur le marché depuis 1968 mais sans cette indication). Sous couvert d’indications thérapeutiques, la pilule est pourtant déjà utilisée à la fin de l’année 1969 par près de 600 000 femmes. La loi n'institue pas un droit des femmes à la contraception ; elle se limite à légaliser et à encadrer la contraception en maintenant la liberté de prescription des médecins.

La loi no 73-639 du 11 juillet 1973 institue le Conseil supérieur de l'information sexuelle de la régulation des naissances et de l'éducation familiale (CSIS). Les premiers centres d'information et de planification familiale sont agréés à la fin de 1973.

La loi no 74-1026 du 4 décembre 1974 amende la loi Neuwirth (suppression du contrôle en pharmacie,accès libre des mineures munies d'une prescription médicale, anonymat des consultations dans les CPP, remboursement par la sécurité sociale ).

En novembre 1981 Yvette Roudy, ministre des droits de la femme, lance la première campagne télévisuelle sur la contraception.

La loi no 91-73 du 18 janvier 1991 autorise, sous certaines conditions, la publicité pour les préservatifs et certains autres contraceptifs. En 1999, la publicité pour les contraceptifs est rendue légale.

La loi du 4 juillet 2001 permet aux médecins libéraux de prescrire des contraceptifs aux mineures sans autorisation parentale.

La position des religions[modifier | modifier le code]

Les religions chrétiennes[modifier | modifier le code]

En 1930, des évêques anglicans réunis à Lambeth admettent l'usage de contraceptifs dans le cadre du mariage. L'année suivante, Pie XI par l'encyclique Casti Connubii s'y oppose. Le 29 octobre 1951, dans son allocution aux sages-femmes, Pie XII déclare la méthode Ogino-Knauss licite.

Le 6 décembre 1964, le Conseil national de l' Église réformée de France déclare légitime les méthodes contraceptives.

Le Concile Vatican II ne prend aucune décision au sujet de la contraception. Alors que plusieurs voix s'étaient fait entendre à différents niveaux de l’Église catholique afin d'autoriser la pilule, le pape Paul VI publie, le 25 juillet 1968, l’encyclique Humanae Vitae dans laquelle il condamne la contraception. Sur ce point, la Doctrine de l'Église catholique sur la sexualité n'a pas changé depuis.

Les autres religions[modifier | modifier le code]

Positionnement des institutions internationales[modifier | modifier le code]

En septembre 1959 au premier Congrès international de prophylaxie criminelle à l'UNESCO une communication présente les méthodes contraceptives comme une prévention à l'avortement; elle aura beaucoup d'écho dans la presse. En mai 1968 est inscrit dans la Déclaration des droits de l'Homme des Nations >Unies : "les couples ont le droit fondamental de décider librement et en toute responsabilité du nombre d'enfants qu'ils veulent avoir et du moment de leur naissance".

Mode de production[modifier | modifier le code]

La production des pilules contraceptives dépend d'abord étroitement de la récolte de plantes sauvages mexicaines. Les laboratoires pharmaceutiques des pays développés établissent des filiales au Mexique pour contrôler cet approvisionnement dont le gouvernement mexicain cherchera à s'assurer l'exclusivité avec la création en 1975 de la société publique Proquivemex. La mise au point en 1974 par les laboratoires pharmaceutiques Mitsubishi d'une nouvelle méthode de synthèse de la norethistérone par le traitement microbiologique du cholestérol - une synthèse intégrale et non plus une hémisynthèse- finira par détacher la production des pilules contraceptives de la racine d'igname sauvage[19].

Composition et mode d'action[modifier | modifier le code]

Mode d'action[modifier | modifier le code]

L'action de la pilule contraceptive consiste à interférer avec le cycle menstruel naturel de la femme ; les hormones synthétiques apportées par la prise de la pilule empêchent l'ovulation.

Cette méthode de contraception agit sur trois plans[20] :

  • diminution de la sécrétion des hormones produites par l'hypophyse (FSH et LH), et donc pas de maturation de follicule au niveau de l'ovaire, ce qui a pour conséquence d'inhiber l'ovulation ;
  • modification de la glaire cervicale qui devient moins perméable aux spermatozoïdes ;
  • modification de l'endomètre qui ne permet plus la nidation.

On peut considérer qu'elle provoque une « mise en veille » des ovaires. La pilule combinée (œstroprogestative) peut d'ailleurs être prescrite en traitement des kystes fonctionnels de l'ovaire.

Composition[modifier | modifier le code]

Les contraceptifs oraux ont une variété de formulations et peuvent être monophasiques (tous les comprimés ont la même composition), biphasiques (deux compositions différentes des comprimés d'une même plaquette), triphasiques (trois compositions différentes) ou séquentielles (plus de 3 compositions)[21]. Certaines plaquettes durent 28 jours (un comprimé par jour) et s'enchainent (avec parfois quelques comprimés inactifs), d'autres durent 21 jours et nécessitent 7 jours de pause entre chaque plaquette. La distinction majeure s'effectue entre les contraceptifs oraux combinés (COC), contenant à la fois de l’œstrogène et de la progestérone, et les pilules progestatives ne contenant que de la progestérone (toutes monophasiques). On distingue ensuite 4 générations de pilules, au fur-et-à mesure de leur date de création et en fonction de leur composition[22].

Pilules de 1re génération[modifier | modifier le code]

Ces pilules contiennent la noréthistérone comme progestatif[22].

Pilules de 2e génération[modifier | modifier le code]

Mono-, bi- ou triphasiques[21], elles sont apparues dans les années 1970 et 1980 en France. Elles sont composées de norgestrel ou, plus souvent, de lévonorgestrel[22].

Pilules de 3e génération[modifier | modifier le code]

Monophasiques ou triphasiques[21], elles ont été commercialisées dans les années 1990 afin de limiter certains effets secondaires[22] (gonflement des seins, nausées, migraines, acné...). Elles comportent un des trois nouveaux progestatifs :

Pilules de 4e génération[modifier | modifier le code]

Cette génération la plus récente, monophasique (21 ou 28 comprimés tous identiques)[21], comporte la drospirénone comme progestatif. Il s'agit, entre autres, de Jasmine, Yaz, Jasminelle, Rimendia ou encore Convuline (Bayer santé)[22].

Effets secondaires[modifier | modifier le code]

Comme tous les médicaments, la pilule présente des effets secondaires[23]. Ceux répertoriés dans la littérature médicale sont très nombreux.

Ceux rencontrés en pratique quotidienne sont plus rares et souvent moins graves.

L'ingestion accidentelle d'une pilule contraceptive chez l'enfant est généralement sans complications et sans risque sur le développement futur de celui-ci.

Effets secondaires positifs[modifier | modifier le code]

Les effets secondaires négatifs doivent être comparés avec les avantages que révèlent une étude de 2010 : le suivi de 28 806 femmes utilisatrices de pilule contraceptive sur une période allant jusqu'à 39 ans, comparé à 17 306 femmes qui n'avaient jamais pris de contraceptif oral montre un taux de décès moindre de 12 %, toutes causes confondues, chez les utilisatrices (sauf pour les morts violentes ou accidentelles, sans que ceci soit explicable)[24].

Les pilules améliorent parfois certains troubles comme une maladie d’inflammation pelvienne, une dysménorrhée, un syndrome prémenstruel, de l'acné, des symptômes d'endométriose, un syndrome ovarien polykystique, et diminue le risque d'anémie. L'utilisation d'un contraceptif oral diminue aussi le risque de cancer des ovaires[Note 5][réf. nécessaire].

Effets secondaires négatifs bénins[modifier | modifier le code]

  • Modification du comportement sexuel. La pilule a un effet soit positif, soit négatif, soit nul sur la libido féminine[25],[26].
  • Les nausées et tensions mammaires, plus rares avec les dosages utilisés aujourd'hui, s'estompent souvent après quelques cycles de prises. Un mauvais dosage peut provoquer des migraines.
  • La prise de poids. Elle peut être maîtrisée par des efforts d'équilibre alimentaire et d'activité sportive concédés dans les trois premiers mois de la prise[réf. nécessaire].
  • Les petits saignements qui surviennent entre les règles imposent un petit bilan à la recherche d'une cause organique avant de changer de produit, ou de s'en accommoder.
  • À l'inverse, les règles peuvent ne pas survenir dans la semaine d'arrêt de la pilule. Cela inquiète rarement le médecin, mais beaucoup plus souvent la patiente.
  • Une petite recommandation aux porteuses de lentilles oculaires, il survient parfois des intolérances sous pilule, comme au cours de la grossesse[réf. souhaitée].

Effets secondaires graves[modifier | modifier le code]

  • Les contraceptifs oraux combinés augmentent légèrement le risque de cancer du sein pour une utilisation à court terme (après dix ans, l'incidence redevient conforme à la moyenne), mais aussi du col utérin et du foie, avec une incidence qui augmente avec la durée de la prise des contraceptifs. En revanche, ces contraceptifs semblent avoir un léger effet protecteur pour d'autres cancers, puisqu'ils diminuent le risque de cancer de l'endomètre et de l’ovaire[27].
  • Les contraceptifs oraux combinés augmentent les risques de thrombose veineuse[3]. D'après une étude danoise, ce risque reste très faible[28], mais augmente dans des proportions considérablement plus élevées en cas de consommation cumulée de tabac[3]. Si le risque d’accident de la circulation veineuse est de 0,5 à 1 femme pour 10 000 femmes non utilisatrices de pilules, il passe à 2 femmes pour 10 000 utilisatrices de COC à base de lévonorgestrel (pilule de 2e génération) et est de 3 à 4 femmes pour 10 000 utilisatrices de COC à base de désogestrel ou de gestodène (3e génération) ou à base de drospirénone. Une plainte contre une pilule de 3e génération est déposée en France en 2012 à la suite d'un AVC (accident vasculaire cérébral)[28]. Pour les pilules de 4e génération, les plaintes seraient de 15 000 aux États-Unis[29] ; des recours collectifs ont été lancés en 2010 au Canada, et des plaintes déposées par des particuliers ou des associations en Belgique, en Suisse, en Australie et en Allemagne[30].
  • La prise de pilule peut augmenter le taux de cholestérol, lequel ne dépasse 3 g/L que dans de très rares cas[4].

La pilule progestative présente un moindre risque cardio-vasculaire pour les utilisatrices.

Facteurs d'inefficacité[modifier | modifier le code]

Taux d'échec[modifier | modifier le code]

Oubli de la pilule[modifier | modifier le code]

Pilule minidosée

Le facteur majeur dans les cas d'inefficacité contraceptive est l'oubli. Selon une étude américaine[31], les facteurs principaux d'oubli sont :

  • éloignement du domicile : 13 %
  • oubli pur et simple : 13 %
  • absence de nouvelle plaquette disponible : 10,5 %
  • en retard : 10 %
  • en voyage : 9,5 %
  • préoccupations professionnelles : 8 %
  • préoccupations scolaires : 4,3 %
  • effets secondaires : 3,7 %

Ce problème peut être évité en remplaçant la pilule par un implant contraceptif sous-cutané par exemple.

Interactions avec d'autres médicaments[modifier | modifier le code]

Certains médicaments peuvent interagir avec la pilule et éventuellement contrecarrer son effet ; il s'agit notamment d'antiépileptiques (phénobarbital -Alepsal, Aparoxal, Gardénal, Kaneuron-, phénytoïne -Di-Hydan, Dilantin-, primidone -Mysoline-, carbamazépine -Tégrétol-, topiramate -Epitomax-, vigabatrine -Sabril-), de quelques antibiotiques(rifampicine), de certains antiviraux (ritonavir, nelfinavir, efavirenz, névirafine), d'anti-ulcéreux (lansoprazole -Lanzor, Ogast-) ou de psychostimulants (modafinil -Modiodal-). Le Millepertuis (Hypericum perforatum )[32] et probablement le Gattilier sont également à éviter lors de la prise d'un contraceptif oral. Consulter son médecin est bien évidemment conseillé.

Effets secondaires sur l'environnement[modifier | modifier le code]

Des études ont été menées sur l'impact de la pilule sur la féminisation des poissons[33],[34]. Une fois rejetées par l'organisme féminin, les hormones contenues dans les pilules contraceptives se retrouvent ensuite dans l'environnement. Ces hormones font partie des perturbateurs endocriniens, des composés chimiques susceptibles de perturber gravement la différentiation sexuelle chez les animaux (dont les poissons, plus exposés de par leur milieu)[35],[36].

Pilule à usage vétérinaire[modifier | modifier le code]

Des pilules contraceptives sont développées pour les chattes et les chiennes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La mise à l'écart en 1939 par les autorités britanniques du Diéthylstilbestrol, une substance aux puissants effets œstrogéniques, illustre la force des impératifs moraux de l'époque.
  2. Le laboratoire Searle (en) finançait différents projets sur l'utilisation médicale des hormones menés au sein de la Worcester Foundation for Biomedical Research que Pincus avait lui-même fondée. Par ailleurs, Searle recourait à Pincus comme consultant.
  3. Composé de norethynodrel-mestranol
  4. Les laboratoires Schering avaient contracté un accord de licence avec Syntex en 1956 sur la Norethisterone.
  5. Traduit de l'article anglais

Références[modifier | modifier le code]

  1. « 60 % des Françaises prennent la pilule » L'Humanité, 24 juillet 2002
  2. « Les avantages et les désavantages des moyens de contraception. », sur medicms.be (consulté le 5 janvier 2013).
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sophie Chauveau, « Les espoirs déçus de la loi Neuwirth », CLIO, Histoire, femmes et sociétés, 2003 [lire en ligne]
  • Henri Joyeux, La pilule contraceptive : Dangers, alternatives, Éditions du Rocher, 2013
  • Henri Léridon, La Seconde révolution contraceptive:la régulation des naissances en France de 1950 à 1985, INED, 1987
  • Agnès Walch, « La pilule contraceptive », Historia,‎ novembre 2011, p. 60 (ISSN 0750-0475)