Modification corporelle

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Déformation volontaire du crâne chez une Amérindienne et son enfant.
Moulage du visage d'un chef Maori (v. 1880).
Oreille modifiée, techniques et matériaux contemporains.
Tatouage d'un membre du gang des Playboys (États-Unis).

Une modification corporelle désigne une modification du corps, naturelle ou artificielle. Si les phénomènes naturels tels que la croissance, la vieillesse ou la grossesse sont, en soi, des modifications du corps, le terme modification corporelle est en général utilisé pour désigner plus spécifiquement les modifications corporelles artificielles, contrôlées et volontaires, le plus souvent liées à des pratiques culturelles, excluant les mutilations punitives. Ces pratiques remontant au Paléolithique supérieur sont nombreuses et extrêmement variées. Traditionnellement associées à des rituels sociaux initiatiques, propitiatoires ou votifs, elles peuvent conduire à des modifications éphémères (comme le henné) ou permanentes (comme le tatouage), inoffensives (comme le perçage des oreilles) ou délabrantes (comme l'excision). Abondamment décrites par les explorateurs et les ethnologues, les modifications corporelles ne sont cependant pas l'apanage exclusif des sociétés traditionnelles ou des peuples premiers. Elles ont toujours été présentes dans les sociétés occidentales, où elles connaissent, depuis la fin du XXe siècle un fort regain d'intérêt et une très large diffusion (piercing, tatouage, culturisme, chirurgie esthétique). Enfin, des créateurs ont fait de la modification corporelle un véritable médium, développant un courant artistique connu sous le nom d'art corporel (en anglais, body art).

Types de modifications corporelles[modifier | modifier le code]

La peau : tatouages, scarifications, perçages[modifier | modifier le code]

Tatouages[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tatouage.

Parmi les modifications corporelles, la pratique du tatouage est certainement une des plus anciennes et des plus répandues à la surface du globe. Elle consiste à fixer des pigments colorants dans la profondeur du derme pour y tracer des motifs indélébiles. L'opérateur utilise des pigments naturels[Note 1] ou industriels et les applique en pratiquant une série de piqûres[Note 2] ou de brûlures. Les motivations peuvent être prophylactiques, thérapeutiques, liées à l'identification d'un groupe humain, esthétiques ou érotiques[1].

Il existe également des variantes plus récentes, telles que le tatouage de la cornée, lequel consiste en une modification de couleur de la sclère.

Enfin, le maquillage permanent constitue également une forme de tatouage sur le contour des yeux, donnant l’illusion de fard à paupières.

Scarifications[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Scarification.

Répondant aux mêmes motivations et aussi répandue que le tatouage, mais privilégiée par les populations mélanodermes, la scarification est une création volontaire, à la surface de l’épiderme, de cicatrices qui, selon la technique employée, seront planes, saillantes ou déprimées. Ces différents résultats sont obtenus en incisant la peau ou en excisant des fragments. Les soins post-opératoires, qui déterminent les modalités de cicatrisation, conditionnent l'aspect définitif du motif décoratif cutané[Note 3]. La combinaison de ces techniques avec celles du tatouage permet d'obtenir des scarifications tatouées. Si on considère comme des scarifications les incisions représentées sur l'abdomen de la Vénus de Brassempouy, la pratique remonterait, au moins, au Paléolithique supérieur[1].

Perçage[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Piercing.

Le perçage (en anglais piercing) est une pratique consistant à percer une partie du corps pour y insérer un objet ou un bijou. Le streching (étirement en français) consiste à poursuivre cette modification en introduisant un bijou de plus en plus volumineux pour provoquer l'élargissement de la cavité. Si le perçage de l'oreille et des ailes du nez restent les plus fréquents, aucune zone du corps n'échappe à cette pratique répandue sur toute la surface du globe, aussi bien dans les sociétés traditionnelles que dans la culture occidentale contemporaine. Traditionnellement bien en vue sur la face (sourcils, joues, lèvres, menton), les perçages sont aujourd'hui également exécutés sur le reste du corps, avec une prédilection pour les zones érogènes (tétons, appareil génital externe).

Marquage au fer (branding)[modifier | modifier le code]

Marquage au fer contemporain à visée esthétique (Royaume-Uni, 2009).

Le marquage au fer consiste à appliquer sur la peau un objet chauffé pour y laisser une marque définitive. Traditionnellement réalisé dans le contexte de l'esclavage, de la torture et de l'emprisonnement, la pratique du marquage au fer peut aujourd'hui revêtir un aspect semi-volontaire, lors de rites d'initiation entourés d'une forte pression du groupe : gangs, environnement carcéral, fraternités. Le marquage au fer fait également partie de certaines pratiques sexuelles de soumission BDSM. Enfin, la pratique peut correspondre à une démarche volontaire et personnelle de modification corporelle à visée esthétique (branding), associée ou non aux tatouages ou aux piercings.

Déformations crâniennes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Déformation volontaire du crâne.

Le modelage précoce du crâne, pratique très ancienne et un temps très répandue[Note 4], est distingué par ceux qui l'étudient selon deux techniques : la déformation tabulaire et la déformation circulaire. Dans la première, le crâne est déformé grâce à l'application de planchettes dont l'agencement et l'angulation, variables, conditionnent l'effet obtenu. Dans la seconde, une bande de toile, une corde ou un arceau rigide compriment la boîte crânienne pendant sa croissance pour obtenir l'effet souhaité. Le plus souvent délibérée et prisée pour ses conséquences esthétiques, la déformation crânienne peut également être involontaire et secondaire à des coutumes vestimentaires néonatales, comme les déformations dites « toulousaine » ou « normande », observées en France jusqu'au XIXe siècle. Volontaires, les déformations du crâne ont été utilisées pour exagérer des caractéristiques préexistantes ou distinguer des groupes sociaux, soit dans le sens de la valorisation, en les réservant à une caste considérée comme supérieure, soit, inversement, en les imposant à un groupe social considéré comme inférieur[1].

Mutilations volontaires de la face[modifier | modifier le code]

Lèvres[modifier | modifier le code]

Labret, fiche végétale, plume, plateau, disque labial, botoque, toutes sortes d'objets naturels ou manufacturés, en bois, en pierre, en ivoire ou en métal peuvent être insérés dans des perforations réalisées dans l'épaisseur des lèvres (inférieure ou supérieure) et à leurs commissures. Cette pratique est très ancienne et répandue sur toute la surface du globe[Note 5]. Si les labrets ornementaux en forme de baguette occasionnent peu de gêne, les dispositifs circulaires de type « plateau » peuvent avoir, lorsque leur taille est importante, des conséquences invalidantes[Note 6], moindres lorsqu'ils sont placés en position commissurale[1].

Oreilles[modifier | modifier le code]

Peu sensible, le pavillon de l'oreille se prête à la modification corporelle, qui n'entraîne, en outre, pas de gêne fonctionnelle. Le lobe peut être percé pour recevoir un bijou[Note 7], et l'orifice peut ensuite être agrandi pour y insérer des objets de plus en plus grands (stretching). La conque, rigide, peut quant à elle supporter, sans se déformer, de nombreuses décorations. Purement esthétique, symbolique ou religieux, le perçage du lobe de l'oreille, pratique immémoriale et universelle, constitue aujourd'hui la modification corporelle la plus fréquente au monde[1].

Nez[modifier | modifier le code]

Comme les lèvres, les ailes du nez ou le lobe charnu prolongeant la cloison nasale peuvent être percés pour être ornés de parures à vocation purement esthétique ou à signification rituelle ou sociale. Il peut s'agir d'éléments naturels (plumes, coquillages, os, dents) ou d'objets manufacturés (disques, anneaux, perles montées, bijoux). Des prédispositions anatomiques particulières, comme les narines largement ouvertes de Papous, ont encouragé la créativité de certains peuples qui ont fait des parures de nez un élément essentiel de leur esthétique. D'autres modifications du nez sont par ailleurs rapportées : écrasement à la naissance (îles Carolines), incision et retournement des ailes (chez les Miranhas du Brésil)[1].

Langue[modifier | modifier le code]

Langue bifide, obtenue par tongue split, chez une jeune femme.

Dans les sociétés occidentales contemporaines, la langue peut être l'objet de modifications corporelles, la plus courante étant le perçage et la plus rare le tongue split (en français, langue fendue), une pratique contestée[2],[3]visant à séparer la partie antérieure de la langue afin que celle-ci prenne une apparence bifide, caractéristique de celle des serpents[4].

Dents[modifier | modifier le code]

Les incisives et les canines, découvertes par les lèvres entrouvertes, font l'objet d'une grande variété de modifications : avulsion de la dent, taille de la couronne, incrustation, laquage, placage.

Très répandue, la pratique de l'avulsion serait la plus ancienne, et semblerait originellement faire partie de rites de passage parfois associés à la circoncision.

Concernant la taille de la couronne, connue historiquement en Amérique latine et en Asie, et toujours pratiquée en Afrique, elle va de la simple amputation à une variété de profilages (en créneaux, en pointe, en dents de scie, en angle, en marteau, en crochets, etc.) aujourd'hui bien répertoriée. Le choix des dents concernées, inférieures, supérieures, incisives, canines[note 2] ouvre niveau supplémentaire et infini de variantes. Le résultat souhaité peut être obtenu par percussion, par sciage, par abrasion, cette dernière pouvant venir compléter et affiner l'effet des précédentes.

Très pratiquée dans l'Amérique précolombienne l'incrustation y faisait appel à la turquoise, au jade, à l'hématite, à la pyrite. taillées en cylindre, les pierres étaient scellées, à la face externe de la dent, dans une alvéole creusée avec un trépan. La pratique est toujours très populaire en Inde où une variété de techniques coexistent.

Le laquage, encore pratiqué en Asie, consiste à teindre la dent. Réalisée dans les règles de l'art, l'opération est irréversible. Elle se fait traditionnellement en deux temps : on applique tout d'abord sur les dents de la gomme-laque, qu'on recouvre ensuite d'une préparation ferro-tannique. D'autres protocoles, faisant appel au bétel ou au bitume sont parfois décrits[1].

Modification du cou, du tronc, des membres[modifier | modifier le code]

Cou[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Femmes girafes.
Femmes Padaung (Birmanie) portant des anneaux de cuivre au cou et aux jambes.

L'occurrence la plus connue de modification corporelle concernant le cou est celle des « femmes girafes » (ainsi baptisées par Vitold de Golish) de l'ethnie Padaung de Birmanie. La pose des premières pièces du collier et son évolution sont rythmées par les cycles lunaires et la maturité sexuelle de la fillette. Les motivations de cette pratique restent obscures[1]

Sein[modifier | modifier le code]

Ablation - Si les Amazones, qui doivent leur nom au sacrifice de leur sein[Note 8],[5] appartiennent à la mythologie grecque, l'ablation d'un ou des deux seins est une réalité historique concernant essentiellement des sociétés de femmes isolées et déterminées à vivre indépendamment des hommes. Une pratique mystique du même ordre a été décrite chez les femmes de la secte des Skoptzy, dont les hommes, quant à eux, se castraient.

Repassage des seins - Le repassage des seins est une pratique encore répandue dans certains pays[note 3], qui consiste à réaliser un massage de la poitrine à l’aide de préparations médicamenteuses ou d’éléments préalablement chauffés, de manière à limiter la maturité physique des jeunes filles. Souvent associée à la pose de bandages constricteurs et unanimement considérée comme préjudiciable à la santé, la pratique viserait à éviter l'apparition d'une sexualité précoce[6],[7].

Mammoplastie - Le développement, à partir du XXe siècle, des chirurgies plastique et esthétique, a fait la part belle à la mammoplastie, procédure chirurgicale destinée à la reconstruction de la poitrine, mais également à réduire ou à augmenter le volume des seins. Dans le second cas, les chirurgiens ont recours à une variété de techniques, impliquant ou non la pose d'implants mammaires.

Mutilation volontaire des doigts de la main[modifier | modifier le code]

La fréquence des représentations de mains mutilées dans l'art pariétal a suscité des interrogations concernant des pratiques d'amputation volontaire des doigts chez l'homme préhistorique. Leur réalité n'a pu être établie, mais le sacrifice volontaire de phalanges ou de doigts entiers a été abondamment décrit, y compris à l'époque moderne, entre autres chez les Dugum Dani de Nouvelle-Guinée, à Madagascar, chez les Indiens d'Amérique du Nord (Sioux, Assiniboins, Crows), les Bantous Héréros, les Hottentots et les Warramungas d'Australie. La pratique est intégrée au code d'honneur des Yakuzas japonais, où elle porte le nom de yubitsume. Dans tous les cas, l'ampleur de la mutilation et le choix du doigt à amputer dépendent de la tradition, tandis que la motivation apparaît constamment relever du sacrifice votif ou expiatoire[1],[8].

Petit pied de la chinoise[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pieds bandés.
Riches Chinoises aux pieds déformés (Photographie de James Ricalton vers 1900).

Pratiquée pendant un millier d'années et jusqu'au milieu du XXe siècle, la déformation intentionnelle du pied est une pratique qui est restée limitée à la Chine. La première étape, qui consiste à replier et à maintenir la face dorsale du pied en position plantaire sous le gros orteil, conduit à la déformation « vulgaire ». La seconde étape, qui consiste à faire basculer le pied en pliant la voûte plantaire autour d'un objet cylindrique, parachève la première et abouti à la déformation « idéale ». Appliquées sur des fillettes de quatre à huit ans et entretenues par des bandages et des massages incessants, ces manipulations produisaient des pieds ankylosés et difformes, mais minuscules. Les effets de cette modification corporelle n'étaient pas limités à la morphologie du pied ; ils touchaient également la bascule du bassin, la musculature des mollets et des cuisses et affectaient la démarche. Répandue dans toutes les classes sociales de l'Empire chinois et clairement liée à des objectifs érotiques, la coutume a été associée à des accessoires (souliers, sabots) sujets à des phénomènes de mode. Interdite à l'avènement de la République, la pratique a persisté, dans certaines zones reculées, jusqu'au milieu du XXe siècle[1]

Modification de la silhouette[modifier | modifier le code]

Les modifications intentionnelles de la silhouette peuvent passer par des artifices vestimentaires destinés à mettre en valeur poitrine, taille, et bassin (surcots, corsets), par une mise en valeur de la masse musculaire (culturisme), ou par une exagération des masses adipeuses. Cette dernière pratique a été un temps systématisée en Mauritanie où « pour être femme de qualité, il faut être femme de quantité[note 4] ». Le prestige associé à la présence, dans la famille, d'une jeune fille obèse, y a favorisé le développement de véritables « maisons d'engraissement » et d'une corporation de « gaveuses » professionnelles. Ces pratiques, et les silhouettes correspondantes, ont été rapprochées des représentations de certaines Vénus paléolithiques.

Modification des organes sexuels[modifier | modifier le code]

Mutilations génitales féminines[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mutilations génitales féminines.

Ces pratiques ancestrales consistent à ôter, pour des raisons d'ordre coutumier, tout ou partie des organes génitaux externes féminins. L'Organisation mondiale de la santé estime que 100 à 132 millions de filles et de femmes ont subi ce type de mutilations sexuelles, illégales dans la plupart des pays du monde[9]. Ces pratiques sont un élément crucial des cérémonies d'initiation dans certaines communautés, où elles marquent le passage des fillettes à l'âge adulte. Ces sociétés y voient un moyen de contrôler la sexualité féminine, de garantir la virginité des jeunes filles avant leur mariage, et leur chasteté après. L'origine de ces pratiques est relativement méconnue des chercheurs, mais il existe des preuves de leur existence bien avant l'apparition du christianisme et de l'islam, dans des communautés qui les perpétuent aujourd'hui[Note 9].

Les modalités d'intervention varient selon les groupes humains concernés, depuis l'excision dite « sunna » (ablation ou incision du capuchon du clitoris)[10], jusqu'à l'infibulation[Note 10] (excision doublée de l'ablation des grandes lèvres et suivie de la suture bord à bord des deux moignons), en passant par l'excision-clitoridectomie (ablation du clitoris et des petites lèvres) ou l'introcision[Note 11].

D'autres pratiques concernant les organes génitaux féminins ont été décrites, indépendamment ou en association avec les précédentes : perçage ou incision du clitoris et des lèvres ; étirements du clitoris et des lèvres ; cautérisation du clitoris ; curetage de l'orifice vaginal ; scarification du vagin ou usage de substances corrosives pour provoquer des saignements dans le but de le resserrer ou de le rétrécir[1].

Mutilations sexuelles masculines[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Circoncision, Subincision, Castration et Émasculation.

Circoncision — La circoncision est la forme la plus répandue de mutilation sexuelle masculine. Elle consiste en une ablation totale ou partielle du prépuce, laissant ainsi le gland du pénis à découvert. Selon l’Organisation mondiale de la santé, en 2009, 661 millions d’hommes de plus de 15 ans seraient circoncis (30 % de la population masculine mondiale)[11].

En tant que pratique rituelle, la circoncision est connue depuis l'Antiquité. Elle semble originaire d'Égypte[12] et elle a été adoptée par le judaïsme et par l'ensemble du monde musulman. Le rite est également pratiqué chez certains chrétiens orientaux[11]. En tant que pratique hygiénique, la circoncision est très répandue aux États-Unis, aux Philippines, ou en Corée du Sud. Enfin, la circoncision peut être réalisée pour des motifs thérapeutiques (traitement des phimosis et des paraphimosis). Elle est alors appelée « posthectomie »[13].

Subincision — La subincision consiste à fendre le canal urétral sur une longueur pouvant, dans les cas extrêmes, aller du gland à la racine de la verge (subincision totale). La pratique est connue principalement en Australie, mais également aux îles Fidji et dans quelques tribus d'Amérique du Sud. En Australie, elle est accompagnée par des rituels mettant en avant le don et le partage du sang. Elle peut être exécutée par étapes, l'incision initiale réalisée, avant le mariage, avec un couteau de pierre ou d'os, pouvant être agrandie au cours de cérémonies ultérieures[1].

Chevillage — Cette pratique consiste à ficher une cheville (de bois, d'os ou d'ivoire) transversalement ou verticalement au travers du gland ou du pénis en transfixant l'urètre au passage. Dans sa version la moins brutale, l'opération est limitée au prépuce. Pratiqué dans l'Antiquité à Rome et en Occident, aujourd'hui en Océanie et en Asie, le chevillage peut avoir pour objectif d'assurer une protection magique, d'empêcher ou d'augmenter le plaisir sexuel, de prévenir la rétraction de la verge (affection connue en Chine sous le nom de souch jeung, shoot young en cantonnais, koro en Asie du sud-est)[1].

Castration et émasculation — Chez l'homme, la castration consiste à supprimer les testicules[Note 12], tandis que l'émasculation consiste à sectionner l'ensemble des organes génitaux au ras du pubis. Dans les deux cas, si le patient survit, les effets secondaires, physiques et psychiques, sont extrêmement marqués, surtout si l'intervention est réalisée avant la puberté. Autrefois pratiquée en Occident en vue d’éviter la mue de jeunes chanteurs (dits castrats), et en Orient, pour alimenter le corps des eunuques, la castration constitue aujourd’hui une mutilation génitale interdite dans la plupart des pays. La pratique peut également avoir des motivations religieuses ou mystiques[Note 13]. La survivance de la castration-émasculation mystique est illustrée par la secte slave des skoptzy, apparue vers 1757 en Europe de l'Est. Fanatique[Note 14] et secrète, longuement combattue par les autorités, repérée en Roumanie après la Première Guerre mondiale, elle réapparait ponctuellement dans l'actualité contemporaine[1].

En Inde, la caste des Hijras regroupe des individus masculins qui ont été émasculés pendant l'enfance ou l'adolescence et des individus intersexués[1].

Chirurgie plastique[modifier | modifier le code]

Contrairement à ce qui précède, les pratiques suivantes n'ont généralement pas pour but d'être visibles en elles-mêmes. Elles ont plutôt pour fonction d'accroître les caractéristiques de certaines parties du corps, ou d'en changer l'apparence.

  • Perlage - Cette modification corporelle consiste en l'introduction de billes sphériques (en titane ou silicone) sous la peau des parties génitales de l'homme.
  • Implant capillaire - Greffe de cheveux en vue de lutter contre l’alopécie.
  • Chirurgie esthétique - Il s'agit d'une des applications de la chirurgie plastique dont le but est d'améliorer l'apparence de l'individu sans que cela ne réponde à des besoins réparateurs. Le lifting et la blépharoplastie en sont deux exemples.

Modifications corporelles temporaires[modifier | modifier le code]

Un exemple de nail art.

Les pratiques proposées ci-dessous sont stricto sensu des modifications corporelles, même si le sens courant du terme ne les inclut pas forcément.

  • Coiffure - Au sens strict du terme, se couper les cheveux est une modification corporelle temporaire.
  • Nail art - Modification de l'aspect de l'ongle à l'aide en général de vernis et peintures, mais parfois également de piercings spécifiques requérant une perforation de l'ongle.
  • Épilation - Ablation temporaire ou définitive des poils. Celle-ci peut être réalisée pour des raisons esthétiques ou d'hygiène.

Body art[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Body art.
  • Implant - Introduction sous-cutanée d'un corps étranger de manière à provoquer artificiellement un effet de relief.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

À travers l’Histoire et au gré des cultures, la modification corporelle a souvent été réalisée, que ce soit pour des raisons religieuses, sociales ou esthétiques. Ces pratiques seraient apparues dès le IVe millénaire av. J.-C., où les tatouages et les piercings furent les premières modifications corporelles. Ainsi, en 1991, la découverte de Ötzi dans les Alpes italo-autrichiennes a prouvé l’utilisation des tatouages au Néolithique en Europe (entre 3 350 et 3 100 av. J.-C.)[14]. À la même période, en Afrique, des labrets en pierre étaient insérés au niveau de la lèvre inférieure ou aux lobes des oreilles. En Égypte, la découverte du corps tatoué et scarifié de la prêtresse Amunet ainsi que de boucles d’oreille en or sur des corps masculins, prouve la présence des modifications corporelles autour de -2000[15]. Les prêtres aztèques se perçaient les joues et les lèvres au cours de rites religieux. Ils se fendaient également la langue et parfois procédaient à la castration. Chez les Mayas, les hommes comme les femmes se perçaient le corps en de nombreux endroits, parmi lesquels le nez, les oreilles, le nombril, la langue et les organes génitaux. En Chine, il était d’usage de bander les pieds des jeunes filles de manière à ce qu’ils restent les plus petits possibles. Cette pratique n’a été condamnée par la loi qu’à partir de 1930. Selon la croyance, les pieds des jeunes filles ayant les os déformés, ressemblaient aux fleurs de lotus symbolisant l’érotisme[16]. En Afrique subsaharienne, les scarifications ont supplanté les tatouages car plus visibles sur les peaux sombres.

En Occident, le percement du lobe de l'oreille (une ou plusieurs fois) dans le but de porter des boucles d'oreille représente incontestablement la modification corporelle la plus réalisée depuis l'Antiquité.

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Acte de scarification réalisé par Lestyn Flye.
Tatouages, piercing nasal et boucles d'oreilles.

En 1982, la parution de l’ouvrage Tatootime dirigé par Ed Hardy marque le véritable début de la démocratisation des modifications corporelles dans l'époque contemporaine. Depuis les années 1980, le nombre de boutiques spécialisées dans ce domaine est en forte augmentation. Si la loi s’est intéressée aux conditions dans lesquelles tatouages et piercings sont effectués, il reste très difficile de pouvoir différencier le bon du mauvais. De nombreuses revues assurent la promotion des tatoueurs : reproductions de leurs créations, interviews, reportage. On y présente fréquemment des stars du cinéma, de la musique ou des mannequins qui ont adopté des modifications corporelles, pour renforcer l’engouement et dans une certaine mesure, le légitimer. Autre effort de justification de l'acte : on s’efforce de trouver des traces des pratiques actuelles dans le passé, pour s’assurer que de telles modifications corporelles ont été réalisées auparavant. Des musées consacrent aujourd’hui une partie de leur salles à la modification corporelle, et notamment le Lyle Turttle’s Tatoo Art Museum à San Francisco ou encore l’Amsterdam Tatoo Museum[17].

Autour des années 2000, les reportages sur les modifications corporelles se multiplient. Autant par la voie écrite que télévisuelle, on détaille de plus en plus les manières de travailler le corps et les excès éventuels de ces pratiques. En France, des émissions proposés à un large public se consacrent notamment à la chirurgie esthétique, aux piercings et au transsexualisme. La plupart du temps, ces reportages présentent un avis subjectif qui ne reflète pas réellement la réalité, selon les militants pour les modifications corporelles. Néanmoins, la multitude des émissions consacrées aux modifications corporelles traduit l’importance du corps et de l’apparence dans la société contemporaine. Les militants pour les modifications corporelles se défendent assez largement de la littérature disponible sur le marché. En effet, la plupart d’entre eux sont d'avis que l’idée d’une modification corporelle éveille assez spontanément des réactions viscérales relevant plus de l’imagination que de la réalité. Selon eux, les recherches menées en laboratoire et les études statistiques entretiennent la peur chimérique d’un futur décadent. Naturellement, les perceurs et tatoueurs sont en général convaincus que les spécialistes ne connaissent pas assez précisément leur travail, voire ne comprennent pas les enjeux de leur art[18].

Aspect juridique[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

En France, le décret no 2008-149 du 19 février 2008 impose désormais des normes sur les conditions d'hygiène et de salubrité relatives uniquement aux pratiques du perçage et du tatouage. En pratique ce décret impose les mêmes règles d'hygiène au tatouage, maquillage permanent et perçage corporel. Le perçage du pavillon de l'oreille (lobe et cartilage) et de l'aile du nez sont soumis à des conditions particulières. Les personnes réalisant ce type de perçage ne sont soumis à aucune formation à l'hygiène. En pratique, cela permet à des bijouteries de proposer ces piercings sans pour autant que celles-ci soient équipées de manière très stricte. Les activités de tatouage et perçage corporel doivent être déclarées en Préfecture. Toute cessation d'activité doit également être signalée en Préfecture. Les tatoueurs et perceurs doivent suivre une formation à l'hygiène. En matière d'hygiène, la loi impose deux mesures majeures: le matériel pénétrant la barrière cutanée ou étant en contact avec la peau ou les muqueuses du client doit être stérilisé et à usage unique ou bien stérilisé avant chaque utilisation s'il s'agit d'un outil. De plus, les locaux comprennent une pièce exclusivement dédiée à l'acte. Au niveau des déchets, ils sont assimilés aux DASRI et sont soumis à la même réglementation, contrôlée par la DDASS. Les tatouages et piercings sur des personnes mineures nécessitent une autorisation écrite du responsable légal. Les professionnels doivent conserver cette preuve trois ans après l'acte. Ils doivent également informer le client, avant l'acte, des dangers qu'il encourt et après l'acte des précautions qu'il doit respecter pour limiter les infections. Cette information doit de plus être affichée de manière visible en boutique et doit être remise de manière écrite au client. Enfin, les professionnels qui ne se plient pas à ce décret s'exposent à des contraventions de 5e classe. Ils peuvent avoir des amendes allant jusqu'à un montant de 1500 euros[19].

Le décret no 2008-210 du 3 mars 2008 impose des règles de fabrication, d'importation et de conditionnement des produits de tatouage et crée un système international de vigilance concernant ces produits[20].

En France, le pistolet perce-oreille jouit d'une législation particulière. Il n'est légalement utilisable que pour les oreilles et les ailes du nez et ne nécessite aucune formation. Aujourd'hui, certaines boutiques pratiquant le piercing des oreilles à grande échelle, comme Claire's par exemple, ne proposent plus que cette méthode pour le perçage du lobule de l'oreille. Si cette méthode est rapide et économique, elle n'en est pas moins intrusive et beaucoup plus agressive que l'aiguille. Les pistolets tolérés par la loi sont censés ne jamais toucher la peau du client, ce qui permet l'utilisation du même pistolet pour plusieurs clients différents. Le piercing (en général une puce d'oreille et son fermoir poussette belge), doivent être stérilisés avant la pose. Le professionnel doit porter des gants et se laver les mains avant l'opération. Il doit respecter un protocole légal pour le perçage et suivre des règles d'hygiène spécifiques[21]. Si le pavillon de l'oreille et l'aile du nez peuvent être percés avec le pistolet perce-oreille, il reste néanmoins légal de les percer avec la méthode de l'aiguille creuse, plébiscitée par les perceurs professionnels.

En Belgique[modifier | modifier le code]

En Belgique, la loi du 6 juillet 2011 prévoit une interdiction de publicité concernant les actes de modification corporelle dont le but serait exclusivement esthétique, et non pas thérapeutique ou reconstructeur. Cela vise toute forme de modification corporelle indifféremment du lieu, le support ou la technique mis en jeu. Il est néanmoins toujours possible de transmettre une information à ce sujet, pourvu qu'elle soit objective, pertinente, vérifiable, discrète et claire. Cette loi est appliquée depuis le 15 août 2011.

Aspect social en Occident[modifier | modifier le code]

Scarification
Adolescent présentant plusieurs piercings au visage

Conformisme et anticonformisme[modifier | modifier le code]

La signification d’une modification corporelle va au-delà de la simple trace qu’elle laisse sur le corps. Par exemple, la même modification du corps n’aura pas le même sens si elle a été faite volontairement ou bien subie. D’autre part, celle-ci est la plupart du temps visible, et peut participer à un ordre social. Ainsi, d’une culture à une autre, une modification corporelle peut susciter le rejet ou bien une acceptation sociale[18].

D’autre part, la modification peut être réalisée en vue d’un rapprochement vers les critères de beauté en vigueur[22] (chirurgie esthétique essentiellement), ou bien au contraire, comme une marque indélébile punitive (marquage des délinquants). Aujourd’hui, il est socialement admis de modifier son corps. En particulier, la volonté de résister aux modifications liées au temps et les produits développés à cette fin (coloration pour cheveux, crème rajeunissante, etc), témoignent d’un engouement massif pour ces pratiques. La chirurgie réparatrice telle que les greffes de peau pour les grands brûlés est également une pratique très répandue. Les anthropologues la considèrent parfois comme une volonté de conformité de l’apparence, mais la peau reste cependant un organe nécessaire à la vie. Il est probable que dans ce cas, la survie prévale sur une quelconque recherche esthétique. Dans une autre cadre, de nombreuses jeunes filles se font percer les oreilles sans considérer que cela soit réellement une modification corporelle, mais plutôt parce que cela les rapproche de leurs image de la beauté féminine. Ainsi, certaines modifications corporelles répondent à un besoin d’uniformité de l’apparence combiné à une volonté d’améliorer son corps[18].

Néanmoins, la plupart des tatoueurs et des perceurs se dégagent volontiers de cette tendance, considérant que leur métier est un art et qu’ils permettent au corps d’acquérir son originalité. Ces modifications, volontaires sans être utiles ou réparatrices, et parfois en désaccord avec les critères de la beauté, sont la source de nombreuses remises en question. La scarification, le marquage au fer (branding), l'automutilation (cutting), les implants, le tatouage sont autant de pratiques controversées car le rôle est volontairement inutile. Ces pratiques que les perceurs et tatoueurs revendiquent comme tribale sans toutefois avoir réellement de sources, sont utilisées pour détruire l’homogénéisation de l’apparence en Occident. Ainsi, ces primitifs modernes combinent de manière expérimentale des techniques anciennes avec des technologies nouvelles. La plupart des médecins refusant de réaliser ce type d’opération, d’autres s’en sont chargés et se définissent eux-mêmes comme des spécialistes du corps sans pour avoir autant de formation en anatomie. L’un des aspect gênant de ces pratiques est qu’elles n’ont réellement aucune utilité. Traditionnellement, la modification corporelle est réalisée lors d’une grande étape de l’individu au sein de la tribu - par exemple, la scarification ou l’infibulation pour marquer le passage à l’âge adulte. Cependant, la même modification corporelle en Occident perd toute sa signification pour devenir un simple objet de curiosité. Les perceurs, sans parler d’une utilité de leur art, revendiquent la possibilité d’originalité qu’il offre. Chaque assemblage de piercings, de tatouages et de scarifications, transforme le corps en une sculpture unique, en dehors des normes sociales. Dans ce cadre, les tatoueurs et perceurs considèrent donc que leur art est à visée esthétique, au même titre que la chirurgie réparatrice. D’autres, comme Fakir Musafar, considèrent qu’agencer les différentes modifications corporelles est un jeu, qu’il nomme lui-même le «body play». Ce dernier se compare aux musiciens de jazz, capables de réinventer à l’infini les standards du jazz, lorsque lui réinvente le corps[18].

L’adolescent[modifier | modifier le code]

Le corps, et en particulier sa partie la plus visible, la peau, sont des vecteurs de communication pour l’adolescent. Les modifications réalisées sur la peau, qu’elles soient volontaires (tatouage, piercings) ou involontaires (plaies, cicatrices) peuvent souvent être reliées à une recherche d’expression. En effet, l’adolescence étant une période de changements corporels intenses que l’individu a souvent tendance à fuir, la modification corporelle peut être envisagée comme un moyen de communication efficace, ou du moins plus rapide que la verbalisation[23].

L’automutilation revêt parmi les adolescents un caractère particulier. En effet, celle-ci peut manifester à la fois une extériorisation des tensions qu’il accumule, ou bien une aggravation d’un caractère déjà présent dans l’enfance. Bien que l’automutilation soit de plus en plus répandue parmi les jeunes, elle est souvent méconnue et trop souvent sous-estimée. Acte impulsif, il est souvent réalisé dans le but d’un soulagement lorsque l’adolescent est en prise avec une émotion trop forte pour être contenue. Le film Thirteen de Catherine Hardwicke donne une illustration de ce phénomène. Les formes de l’automutilation sont variées, mais prennent le plus souvent la forme d’entailles ou de brûlures de cigarette sur les bras ou de coups. Celles-ci accompagnent en général des personnalités perturbées ou en difficulté face à des problèmes de drogue, d’alcool, de difficulté sexuelle ou - encore le plus fréquent - de troubles du comportement alimentaire. Ces automutilations sont un indicateur d’une lutte contre l’angoisse et d’un besoin maladif de contrôler son corps. Il semblerait que les automutilations tendent à se faire plus rares lorsque l’adolescent passe à l’âge adulte[23].

La scarification est de manière générale plus prisée par les jeunes filles que par les garçons. Cette pratique n’est pas à relier directement avec le mouvement gothique bien qu’elle s’en rapproche par de nombreux aspects. On note également que la plupart des filles qui pratiquent la scarification ont des tendances suicidaires qui s’accompagnent d’anorexie. La présence de scarifications peut également témoigner d’un recherche de purification, en particulier lorsque les jeunes filles ont subi par le passé des violences sexuelles[23].

Si les sociétés occidentales ont tendances à rapprocher certaines catégories de modifications corporelles avec des attitudes particulières, il s’agit d’un rapprochement peu pertinent selon Caroline Sahuc. En effet, les associations «tatouage-délinquance» ou «piercing-déviance sociale» sont peu représentatives des adolescents pour qui, la plupart du temps, la modification corporelle est avant tout un moyen d’expression[23].

Aspect religieux[modifier | modifier le code]

Christianisme et judaïsme[modifier | modifier le code]

En Occident, les interprétations de la Bible ne sont, a priori, pas favorable aux modifications corporelles. En effet, s'il est question de boucles d'oreille dans la Bible[24], ces dernières n'en prennent pas moins un sens démoniaque pour les premiers chrétiens[25]. La pensée chrétienne accordant que «Dieu est parfait, il nous a fait à son image», cette dernière n'est pas compatible avec le perçage des oreilles. En effet, si Dieu est parfait, il n'est pas acceptable de chercher à embellir son corps. L'Église a donc pendant longtemps associé les boucles d'oreille à l'Enfer. Cela est visible sur des représentations religieuses relativement anciennes, pour lesquels le Mal est souvent symbolisé par des créatures démoniaques aux corps modifiés affublés de perforations corporelles[26]. Une des explications possibles quant à l'apparition massive de modifications corporelles à partir des années 1980 est d'ailleurs le recul de la religion chrétienne et la montée de l'athéisme en Occident.

Cependant, il n'est fait nulle part mention dans la Bible d'une interdiction concernant les modifications corporelles (Faux. Lévitique 19). La question du chrétien n'est donc pas "Est-ce que la Bible m'interdit de porter atteinte à mon corps", mais plutôt "Est il bon pour moi de modifier mon corps". Au sujet des bijoux féminins, Saint Paul insiste particulièrement sur la décence et la discrétion des tenues que doivent porter les femmes selon lui[Note 15]. Pour les chrétiens, le choix de modifier légèrement leur apparence est finalement assez peu relié à la religion[27]. En effet, d'après Samuel, "L'Eternel ne considère pas ce que l'homme considère ; l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Eternel regarde au cœur"[28].

Islam[modifier | modifier le code]

Le droit musulman classique interdit les modifications corporelles. Par un raisonnement analogue à celui des chrétiens, l'Homme ne dispose pas du droit de modification des êtres conçus par Allah. Ainsi, Sibt ibn al-Jawzi (d. 1021) interdit notamment de percer les oreilles des jeunes filles. Dès lors, celui qui perce l'oreille d'un autre devient punissable : tout éventuel contrat incluant une modification corporelle (hors circoncision) est illicite. Cependant, Ad-Mardawi fait état d'opinions contradictoires à ce sujet, les unes considérant l'acte comme blâmable, les autres comme interdit[29].

Cas particulier: la circoncision[modifier | modifier le code]

On remarque que de manière générale, les principales religions s'opposent de manière assez marquée aux modifications corporelles. Cependant, ces dernières imposent la circoncision (judaïsme et islam). La notion de modification corporelle prend un sens différent selon qu'elle est tolérée ou non par la religion, et cela dépend principalement de la période depuis laquelle on pratique cette modification corporelle. Par exemple, la circoncision mais aussi le perçage du lobe des oreilles des femmes sont des pratiques suffisamment anciennes pour êtres tacitement tolérées par la plupart des religions. En revanche, des pratiques plus récentes, telles que le tatouage ou le piercing sont vues d'un œil beaucoup plus critique.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le plus utilisé étant le noir de fumée.
  2. Les outils et les techniques sont extrêmement variés. À noter la technique du fil enduit de colorant et tiré sous la peau à l'aide d'une aiguille, utilisée par les Esquimaux.
  3. À noter l'utilisation de pansements contenant des produits favorisant la prolifération cutanée au cours de la cicatrisation, et permettant ainsi d'obtenir des « perles de chair » en relief.
  4. Le continent américain étant la zone géographique ou les déformations crâniennes furent le plus pratiquées, et celle où elles prirent les formes les plus élaborées et les plus variées.
  5. Des ornements en pierre utilisés comme labrets datant du Néolithique ont été retrouvés au Tchad. L'usage traditionnel est particulièrement répandu en Afrique et sur le continent américain. Sa présence en Australie fait l'objet de débats.
  6. Distension des ourlets labiaux, déchaussement des dents, salivation, modification de l'expression orale.
  7. Manufacturé (anneau, bouton, chaîne, boucle, pendentif, botoque, etc.) ou naturel (tronçon de bambou, chapelets de graines, dents, os).
  8. En grec ancien Ἀμαζόνες, Amazónes ou Ἀμαζονίδες, Amazonídes). L'étymologie populaire décompose le mot en un ἀ-, a- « privatif », et μαζός, mazós, « sein » en ionien : « celles qui n'ont pas de sein ». La légende dit qu'elles avaient coutume de se couper le sein droit afin de pouvoir tirer à l'arc.
  9. Strabon, né en - 63, mentionne dans sa Géographie, les Égyptiens « qui excisent les filles », et les Juifs qui suivent la même règle. L'excision est décrite en Malaisie, au Pakistan et dans certaines tribus australiennes. Sur le continent américain, elle est représentée sur les poteries des Mochicas et des anthropologues en ont été témoins chez les Shipibos d'Amazonie. Lire Claude Chippaux, p. 556.
  10. Encore appelée « circoncision pharaonique ».
  11. Mutilation pratiquée par les aborigènes Pitta-Patta d'Australie, ainsi que chez les Indiens Conibos, au Pérou.
  12. À noter la demi-mesure que constitue l'hémicastration (écrasement d'un des deux testicules), rare, mais décrite en Micronésie, en Éthiopie, dans l'est africain et chez les Hottentots.
  13. Dès le premier canon du premier Concile de Nicée (325), l'Église « exclut du sacerdoce ceux qui se sont volontairement châtrés sous prétexte de chasteté ». Lire Chippaux, p. 582.
  14. À force de prosélytisme, elle parvint à étendre son influence jusqu'en Turquie et au Liban. Chez les skoptzy, la mutilation n'intervenait qu'après avoir procréé un ou deux enfants. Le disciple avait le choix entre la castration (« petit sceau ») ou l'émasculation (« sceau impérial »). Les femmes de la secte procédaient à leurs propres mutilations sexuelles. Lire Chippaux, p. 585-586.
  15. Timothée (2:9-10), « Je veux que les femmes agissent de même, en s'habillant décemment, avec discrétion et simplicité. Qu'elles ne se parent pas d'une coiffure recherchée, d'or, de perles ou de toilettes somptueuses, mais plutôt d'œuvres bonnes, comme il convient à des femmes qui déclarent vivre pour Dieu », Collectif, La Bible du Semeur, Éditions EXCELSIS,‎ 2003 (ISBN 978-2914144643)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les marques indiquent son statut de veuve. Leur importance est proportionnelle au chagrin du deuil.
  2. Rarement prémolaires.
  3. Notamment au Cameroun, où près d'un quart des femmes l'auraient subi.
  4. Simone Clapier-Valladon, citée par Chippaux, p. 540.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Claude Chippaux, Des mutilations, déformations, tatouages rituels et intentionnels chez l'homme, in Histoire de Mœurs, Folio Histoire, vol. I.1, p. 483-593 — ISBN 2-07-042232-1.
  2. (en)Major John P. Jurden, Spit and Polish : a Critique of Military Off-Duty' Personal Appearance Standards, Military Law ReviewVol. 184, Été 2005.
  3. (en) Range, Stacey, House bills would ban tongue splitting, control piercing, Lansing State Journal, 3 juin 2002, Lansing (Michigan).
  4. (en) First Report of Nonpsychotic Self-Cannibalism (Autophagy), Tongue Splitting, and Scar Patterns (Scarification) as an Extreme Form of Cultural Body Modification in a Western Civilization, American Journal of Forensic Medicine & Pathology, Septembre 1999 - Volume 20 - N° 3 - p. 281-285.
  5. (en) Leonhard Schmitz, Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, Little, Brown and Company,‎ 1867, p. 137–138
  6. Jean-David Mihamlé, Croisade contre le repassage des seins au Cameroun, BBC Afrique, 28 juin 2006.
  7. Cameroun : une campagne contre le repassage des seins, afrik.com, 6 juin 2006.
  8. (en) John Kirkup, A History of Limb Amputation, Springer Verlag, London, 2007, p.35-37. ISBN 1-84628-443-0.}}
  9. DfES, Research Website
  10. [PDF] Traditional practices affecting the health of women and children, OMS, p. 62
  11. a et b (en)Male circumcision Global trends and determinants of prevalence, safety and acceptability[PDF], Document de l’OMS, publié en 2009.
  12. http://www.interbible.org/interBible/decouverte/comprendre/2008/clb_080926.html Interbible : l'origine de la circoncision.
  13. Association Française d'Urologie — Posthectomie.
  14. Hominidés.com, http://www.hominides.com/html/ancetres/otzi.php
  15. Bernard Defrenet, De l'évolution des marques cutanées aux syndromes conversionnels Quatrième Groupe — Organisation psychanalytique de langue française.
  16. Kate Scowen, Le mal de vivre chez les adolescents, Les éditions de la courte échelle,‎ 2008 (ISBN 978-2890219540, lire en ligne), p. 127-128
  17. David Le Breton, Signes d'identité : Tatouages, piercing et autres marques corporelles, Métaillé, coll. « Traversées »,‎ 2002 (ISBN 978-2864244264).
  18. a, b, c et d Philippe Liotard, « Corps en kit », Quasimodo,‎ 2003 (lire en ligne)
  19. Legifrance.gouv.fr, «le service public de la diffusion du droit.», Texte légal du décret no 2008-149 du 19 février 2008
  20. Legifrance.gouv.fr, «le service public de la diffusion du droit.», Texte légal de du décret no 2008-149 du 19 février 2008
  21. http://www.sante.gouv.fr, Mise en œuvre du perçage corporel du pavillon de l'oreille et de l'aile du nez par la technique du pistolet perce-oreille
  22. Philippe Perrot, Le Travail des apparences. Ou les transformations du corps féminin, XVIIIème-XIXème siècle,‎ 1984
  23. a, b, c et d Comprendre son enfant 11-17 ans, Jeunes Éditions, coll. « Éclairages »,‎ 2006 (lire en ligne), « Les atteintes au corps: les modifications corporelles et automutilations », p. 119-122
  24. Louis Segond, La Sainte Bible, Société biblique française, coll. « Collectif » (ISBN 978-2853001298), Exode, 32:1–4
  25. Knibb, Éthiopique d'Énoch, t. 2, Oxford Clarendon,‎ 1982, p. 79-86
  26. Alain Gras, Yannick Yotte, Sociologie-ethnologie: Auteurs et textes fondateurs, Publications de la Sorbonne, coll. « Homme et Société »,‎ 2000 (ISBN 978-2859443986)
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  28. Louis Segond, La Sainte Bible, Société biblique française, coll. « Collectif » (ISBN 978-2853001298), 1 Samuel 16:7
  29. Sami Aldeeb Abu-Sahlieh, Circoncision masculine, circoncision féminine. Débat religieux, médical, social et juridique, L'Harmattan, coll. « Sexualité Humaine » (ISBN 2-7475-0445-X), p. 145

Articles connexes[modifier | modifier le code]