Modification corporelle

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Déformation volontaire du crâne chez une Amérindienne et son enfant
Déformation volontaire du crâne chez une Amérindienne et son enfant.
Moulage du visage d'un chef Maori
Moulage du visage d'un chef Maori (v. 1880).
Oreille modifiée, techniques et matériaux contemporains
Oreille modifiée, techniques et matériaux contemporains.
Tatouage d'un membre du gang des Playboys
Tatouage d'un membre du gang des Playboys (États-Unis).

Une modification corporelle désigne une modification du corps, naturelle ou artificielle. Si les phénomènes naturels tels que la croissance, la vieillesse ou la grossesse sont, en soi, des modifications du corps, le terme modification corporelle est en général utilisé pour désigner plus spécifiquement les modifications corporelles artificielles, contrôlées et volontaires, le plus souvent liées à des pratiques culturelles, excluant les mutilations punitives. Ces pratiques remontant au Paléolithique supérieur sont nombreuses et extrêmement variées[n 1]. Traditionnellement associées à des rituels sociaux initiatiques, propitiatoires ou votifs, elles peuvent conduire à des modifications éphémères (comme le henné) ou permanentes (comme le tatouage), inoffensives (comme le perçage des oreilles) ou délabrantes (comme l'excision). Abondamment décrites par les explorateurs et les ethnologues, les modifications corporelles ne sont cependant pas l'apanage exclusif des sociétés traditionnelles ou des peuples premiers. Elles ont toujours été présentes dans les sociétés occidentales, où elles connaissent, depuis la fin du XXe siècle un fort regain d'intérêt et une très large diffusion (piercing, tatouage, culturisme, chirurgie esthétique). Enfin, des créateurs ont fait de la modification corporelle un véritable médium, développant un courant artistique connu sous le nom d'art corporel (en anglais, body art).

Origine et signification[modifier | modifier le code]

« Au cours de son histoire, guidé par ses croyances et servi par une imagination fertile, l'homme en est venu à altérer volontairement son image corporelle de façon permanente, allant même jusqu'à l'automutilation »[1]. La pratique remonterait au Paléolithique supérieur et aurait débuté par des interventions cutanées superficielles. Elle s'est ensuite diversifiée et étendue à toutes les parties du corps, généralement dans le sens d'une exagération de la pratique initiale (du labret au plateau, du point tatoué au tableau vivant, de l'excision du capuchon clitoridien à l'infibulation, etc.). Selon Claude Chippaux, « il existe sous chaque mutilation une intention mystique » qui permet à l'homme d'exprimer, par des rites sacrificiels, « sa croyance en une influence extérieure […] responsable de son destin ». Ces rites, d'abord marqués par des sacrifices humains, auraient évolué vers la mutilation et la motivation mystique du geste aurait été intégrée à des rites de passage à forte valeur sociale, la douleur surmontée du sacrifice marquant l'entrée dans la communauté. Dans tous les cas, l'inventivité des opérateurs et le souhait de se distinguer à l'intérieur du corps social ont favorisé le développement de pratiques à visée esthétiques, confirmant à leur tour l'appartenance au groupe[2].

Types de modifications corporelles[modifier | modifier le code]

La peau : tatouages, scarifications, perçages[modifier | modifier le code]

Tatouages[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tatouage.

Parmi les modifications corporelles, la pratique du tatouage est certainement une des plus anciennes et des plus répandues à la surface du globe. Elle consiste à fixer des pigments colorants dans la profondeur du derme pour y tracer des motifs indélébiles. L'opérateur utilise des pigments naturels[n 2] ou industriels et les applique en pratiquant une série de piqûres[n 3] ou de brûlures. Les motivations peuvent être prophylactiques, thérapeutiques, liées à l'identification d'un groupe humain, esthétiques ou érotiques[3].

Il existe également des variantes plus récentes, telles que le tatouage de la cornée, lequel consiste en une modification de couleur de la sclère.

Enfin, le maquillage permanent constitue également une forme de tatouage sur le contour des yeux, donnant l’illusion de fard à paupières.

Scarifications[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Scarification.

Répondant aux mêmes motivations et aussi répandue que le tatouage, mais privilégiée par les populations mélanodermes, la scarification est une création volontaire, à la surface de l’épiderme, de cicatrices qui, selon la technique employée, seront planes, saillantes ou déprimées. Ces différents résultats sont obtenus en incisant la peau ou en excisant des fragments. Les soins post-opératoires, qui déterminent les modalités de cicatrisation, conditionnent l'aspect définitif du motif décoratif cutané[n 4]. La combinaison de ces techniques avec celles du tatouage permet d'obtenir des scarifications tatouées. Si on considère comme des scarifications les incisions représentées sur l'abdomen de la Vénus de Brassempouy, la pratique remonterait, au moins, au Paléolithique supérieur[4]

Perçage[modifier | modifier le code]

Streching de la lèvre
Streching de la lèvre.
Article détaillé : Piercing.

Le perçage (en anglais piercing) est une pratique consistant à percer une partie du corps pour y insérer un objet ou un bijou. Le streching (étirement en français) consiste à poursuivre cette modification en introduisant un bijou de plus en plus volumineux pour provoquer l'élargissement de la cavité. Si le perçage de l'oreille et des ailes du nez restent les plus fréquents, aucune zone du corps n'échappe à cette pratique répandue sur toute la surface du globe, aussi bien dans les sociétés traditionnelles que dans la culture occidentale contemporaine. Traditionnellement bien en vue sur la face (sourcils, joues, lèvres, menton), les perçages sont aujourd'hui également exécutés sur le reste du corps, avec une prédilection pour les zones érogènes (tétons, appareil génital externe).

Marquage au fer (branding)[modifier | modifier le code]

Marquage au fer contemporain
Marquage au fer contemporain à visée esthétique (Royaume-Uni, 2009).

Le marquage au fer consiste à appliquer sur la peau un objet chauffé pour y laisser une marque définitive. Traditionnellement réalisé dans le contexte de l'esclavage, de la torture et de l'emprisonnement, la pratique du marquage au fer peut aujourd'hui revêtir un aspect semi-volontaire, lors de rites d'initiation entourés d'une forte pression du groupe : gangs, environnement carcéral, fraternités. Le marquage au fer fait également partie de certaines pratiques sexuelles de soumission BDSM. Enfin, la pratique peut correspondre à une démarche volontaire et personnelle de modification corporelle à visée esthétique (branding), associée ou non aux tatouages ou aux piercings.

Déformations crâniennes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Déformation volontaire du crâne.

Le modelage précoce du crâne, pratique très ancienne et un temps très répandue[n 6], est distingué par ceux qui l'étudient selon deux techniques : la déformation tabulaire et la déformation circulaire. Dans la première, le crâne est déformé grâce à l'application de planchettes dont l'agencement et l'angulation, variables, conditionnent l'effet obtenu. Dans la seconde, une bande de toile, une corde ou un arceau rigide compriment la boîte crânienne pendant sa croissance pour obtenir l'effet souhaité. Le plus souvent délibérée et prisée pour ses conséquences esthétiques, la déformation crânienne peut également être involontaire et secondaire à des coutumes vestimentaires néonatales, comme les déformations dites « toulousaine » ou « normande », observées en France jusqu'au XIXe siècle. Volontaires, les déformations du crâne ont été utilisées pour exagérer des caractéristiques préexistantes ou distinguer des groupes sociaux, soit dans le sens de la valorisation, en les réservant à une caste considérée comme supérieure, soit, inversement, en les imposant à un groupe social considéré comme inférieur[5]

Mutilations volontaires de la face[modifier | modifier le code]

Lèvres[modifier | modifier le code]

Labret, fiche végétale, plume, plateau, disque labial, botoque, toutes sortes d'objets naturels ou manufacturés, en bois, en pierre, en ivoire ou en métal peuvent être insérés dans des perforations réalisées dans l'épaisseur des lèvres (inférieure ou supérieure) et à leurs commissures. Cette pratique est très ancienne et répandue sur toute la surface du globe[n 7]. Si les labrets ornementaux en forme de baguette occasionnent peu de gêne, les dispositifs circulaires de type « plateau » peuvent avoir, lorsque leur taille est importante, des conséquences invalidantes[n 8], moindres lorsqu'ils sont placés en position commissurale[6]

Oreilles[modifier | modifier le code]

Peu sensible, le pavillon de l'oreille se prête à la modification corporelle, qui n'entraîne, en outre, pas de gêne fonctionnelle. Le lobe peut être percé pour recevoir un bijou[n 9], et l'orifice peut ensuite être agrandi pour y insérer des objets de plus en plus grands (stretching). La conque, rigide, peut quant à elle supporter, sans se déformer, de nombreuses décorations. Purement esthétique, symbolique ou religieux, le perçage du lobe de l'oreille, pratique immémoriale et universelle, constitue aujourd'hui la modification corporelle la plus fréquente au monde[7]

Nez[modifier | modifier le code]

Comme les lèvres, les ailes du nez ou le lobe charnu prolongeant la cloison nasale peuvent être percés pour être ornés de parures à vocation purement esthétique ou à signification rituelle ou sociale. Il peut s'agir d'éléments naturels (plumes, coquillages, os, dents) ou d'objets manufacturés (disques, anneaux, perles montées, bijoux). Des prédispositions anatomiques particulières, comme les narines largement ouvertes de Papous, ont encouragé la créativité de certains peuples qui ont fait des parures de nez un élément essentiel de leur esthétique. D'autres modifications du nez sont par ailleurs rapportées : écrasement à la naissance (îles Carolines), incision et retournement des ailes (chez les Miranhas du Brésil)[8]

Langue[modifier | modifier le code]

Langue bifide, obtenue par tongue split, chez une jeune femme
Langue bifide, obtenue par tongue split, chez une jeune femme.

Dans les sociétés occidentales contemporaines, la langue peut être l'objet de modifications corporelles, la plus courante étant le perçage et la plus rare le tongue split (en français, langue fendue), une pratique contestée[9]{{,}}[10]visant à séparer la partie antérieure de la langue afin que celle-ci prenne une apparence bifide, caractéristique de celle des serpents[11].

Dents[modifier | modifier le code]

Les incisives et les canines, découvertes par les lèvres entrouvertes, font l'objet d'une grande variété de modifications : avulsion de la dent, taille de la couronne, incrustation, laquage, placage.

Très répandue, la pratique de l'avulsion serait la plus ancienne, et semblerait originellement faire partie de rites de passage parfois associés à la circoncision.

Concernant la taille de la couronne, connue historiquement en Amérique latine et en Asie, et toujours pratiquée en Afrique, elle va de la simple amputation à une variété de profilages (en créneaux, en pointe, en dents de scie, en angle, en marteau, en crochets, etc.) aujourd'hui bien répertoriée. Le choix des dents concernées, inférieures, supérieures, incisives, canines[n 10] ouvre un niveau supplémentaire et infini de variantes. Le résultat souhaité peut être obtenu par percussion, par sciage, par abrasion, cette dernière pouvant venir compléter et affiner l'effet des précédentes.

Très pratiquée dans l'Amérique précolombienne l'incrustation y faisait appel à la turquoise, au jade, à l'hématite, à la pyrite. Taillées en cylindre, les pierres étaient scellées, à la face externe de la dent, dans une alvéole creusée avec un trépan. La pratique est toujours très populaire en Inde où une variété de techniques coexistent.

Le laquage, encore pratiqué en Asie, consiste à teindre la dent. Réalisée dans les règles de l'art, l'opération est irréversible. Elle se fait traditionnellement en deux temps : on applique tout d'abord sur les dents de la gomme-laque, qu'on recouvre ensuite d'une préparation ferro-tannique. D'autres protocoles, faisant appel au bétel ou au bitume sont parfois décrits[12]

Modification du cou, du tronc, des membres[modifier | modifier le code]

Cou[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Femmes girafes.
Femmes Padaung (Birmanie) portant des anneaux de cuivre au cou et aux jambes
Femmes Padaung (Birmanie) portant des anneaux de cuivre au cou et aux jambes.

L'occurrence la plus connue de modification corporelle concernant le cou est celle des « femmes girafes » (ainsi baptisées par Vitold de Golish) de l'ethnie Padaung de Birmanie. La pose des premières pièces du collier et son évolution sont rythmées par les cycles lunaires et la maturité sexuelle de la fillette. Les motivations de cette pratique restent obscures[13]

Sein[modifier | modifier le code]

Ablation - Si les Amazones, qui doivent leur nom au sacrifice de leur sein[n 11]{m|,}}[14] appartiennent à la mythologie grecque, l'ablation d'un ou des deux seins est une réalité historique concernant essentiellement des sociétés de femmes isolées et déterminées à vivre indépendamment des hommes. Une pratique mystique du même ordre a été décrite chez les femmes de la secte des Skoptzy, dont les hommes, quant à eux, se castraient.

Repassage des seins - Le repassage des seins est une pratique encore répandue dans certains pays[n 12], qui consiste à réaliser un massage de la poitrine à l’aide de préparations médicamenteuses ou d’éléments préalablement chauffés, de manière à limiter la maturité physique des jeunes filles. Souvent associée à la pose de bandages constricteurs et unanimement considérée comme préjudiciable à la santé, la pratique viserait à éviter l'apparition d'une sexualité précoce[15]{{,}}[16].

Mammoplastie - Le développement, à partir du XXe siècle, des chirurgies plastique et esthétique, a fait la part belle à la mammoplastie, procédure chirurgicale destinée à la reconstruction de la poitrine, mais également à réduire ou à augmenter le volume des seins. Dans le second cas, les chirurgiens ont recours à une variété de techniques, impliquant ou non la pose d'implants mammaires.

Mutilation volontaire des doigts de la main[modifier | modifier le code]

La fréquence des représentations de mains mutilées dans l'art pariétal a suscité des interrogations concernant des pratiques d'amputation volontaire des doigts chez l'homme préhistorique. Leur réalité n'a pu être établie, mais le sacrifice volontaire de phalanges ou de doigts entiers a été abondamment décrit, y compris à l'époque moderne, entre autres chez les Dugum Dani de Nouvelle-Guinée, à Madagascar, chez les Indiens d'Amérique du Nord (Sioux, Assiniboins, Crows), les Bantous Héréros, les Hottentots et les Warramungas d'Australie. La pratique est intégrée au code d'honneur des Yakuzas japonais, où elle porte le nom de yubitsume. Dans tous les cas, l'ampleur de la mutilation et le choix du doigt à amputer dépendent de la tradition, tandis que la motivation apparaît constamment relever du sacrifice votif ou expiatoire[17]{{,}}[18].

Petit pied de la chinoise[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pieds bandés.
Riches Chinoises aux pieds déformés
Riches Chinoises aux pieds déformés (Photographie de James Ricalton vers 1900).

Pratiquée pendant un millier d'années et jusqu'au milieu du XXe siècle, la déformation intentionnelle du pied est une pratique qui est restée limitée à la Chine. La première étape, qui consiste à replier et à maintenir la face dorsale du pied en position plantaire sous le gros orteil, conduit à la déformation « vulgaire ». La seconde étape, qui consiste à faire basculer le pied en pliant la voûte plantaire autour d'un objet cylindrique, parachève la première et abouti à la déformation « idéale ». Appliquées sur des fillettes de quatre à huit ans et entretenues par des bandages et des massages incessants, ces manipulations produisaient des pieds ankylosés et difformes, mais minuscules. Les effets de cette modification corporelle n'étaient pas limités à la morphologie du pied ; ils touchaient également la bascule du bassin, la musculature des mollets et des cuisses et affectaient la démarche. Répandue dans toutes les classes sociales de l'Empire chinois et clairement liée à des objectifs érotiques, la coutume a été associée à des accessoires (souliers, sabots) sujets à des phénomènes de mode. Interdite à l'avènement de la République, la pratique a persisté, dans certaines zones reculées, jusqu'au milieu du XXe siècle[19]

Modification de la silhouette[modifier | modifier le code]

Les modifications intentionnelles de la silhouette peuvent passer par des artifices vestimentaires destinés à mettre en valeur poitrine, taille, et bassin (surcots, corsets), par une mise en valeur de la masse musculaire (culturisme), ou par une exagération des masses adipeuses. Cette dernière pratique a été un temps systématisée en Mauritanie où « pour être femme de qualité, il faut être femme de quantité »[n 13]. Le prestige associé à la présence, dans la famille, d'une jeune fille obèse, y a favorisé le développement de véritables « maisons d'engraissement » et d'une corporation de « gaveuses » professionnelles. Ces pratiques, et les silhouettes correspondantes, ont été rapprochées des représentations de certaines Vénus paléolithiques.

Modification des organes sexuels[modifier | modifier le code]

Mutilations génitales féminines[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mutilations génitales féminines.

Ces pratiques ancestrales consistent à ôter, pour des raisons d'ordre coutumier, tout ou partie des organes génitaux externes féminins. L'Organisation mondiale de la santé estime que 100 à 132 millions de filles et de femmes ont subi ce type de mutilations sexuelles, illégales dans la plupart des pays du monde[20]. Ces pratiques sont un élément crucial des cérémonies d'initiation dans certaines communautés, où elles marquent le passage des fillettes à l'âge adulte. Ces sociétés y voient un moyen de contrôler la sexualité féminine, de garantir la virginité des jeunes filles avant leur mariage, et leur chasteté après. L'origine de ces pratiques est relativement méconnue des chercheurs, mais il existe des preuves de leur existence bien avant l'apparition du christianisme et de l'islam, dans des communautés qui les perpétuent aujourd'hui[n 14].

Les modalités d'intervention varient selon les groupes humains concernés[21], depuis l'excision dite « sunna » (ablation ou incision du capuchon du clitoris), jusqu'à l'infibulation[n 15] (excision doublée de l'ablation des grandes lèvres et suivie de la suture bord à bord des deux moignons), en passant par l'excision-clitoridectomie (ablation du clitoris et des petites lèvres) ou l'introcision[n 16].

D'autres pratiques concernant les organes génitaux féminins ont été décrites, indépendamment ou en association avec les précédentes : perçage ou incision du clitoris et des lèvres ; étirements du clitoris et des lèvres ; cautérisation du clitoris ; curetage de l'orifice vaginal ; scarification du vagin ou usage de substances corrosives pour provoquer des saignements dans le but de le resserrer ou de le rétrécir[22]

Alors que les mutilations génitales féminines pratiquées par les cultures traditionnelles sont généralement condamnées dans les sociétés occidentales, ces dernières voient se développer, depuis la fin du XXe siècle, des pratiques de mutilation génitale volontaires à visées esthétiques et érotiques, en particulier différentes formes de piercing génital féminin.

Mutilations sexuelles masculines[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Circoncision, Subincision, Castration et Émasculation.

Circoncision — La circoncision est la forme la plus répandue de mutilation sexuelle masculine. Elle consiste en une ablation totale ou partielle du prépuce, laissant ainsi le gland du pénis à découvert. Selon l’Organisation mondiale de la santé, en 2009, 661 millions d’hommes de plus de 15 ans seraient circoncis (30 % de la population masculine mondiale)[23].

En tant que pratique rituelle, la circoncision est connue depuis l'Antiquité. Elle semble originaire d'Égypte[24] et elle a été adoptée par le judaïsme et par l'ensemble du monde musulman. Le rite est également pratiqué chez certains chrétiens orientaux<ref<OMS, 2009.</ref>. En tant que pratique hygiénique, la circoncision est très répandue aux États-Unis, aux Philippines, ou en Corée du Sud. Enfin, la circoncision peut être réalisée pour des motifs thérapeutiques (traitement des phimosis et des paraphimosis). Elle est alors appelée « posthectomie »[25].

Subincision — La subincision consiste à fendre le canal urétral sur une longueur pouvant, dans les cas extrêmes, aller du gland à la racine de la verge (subincision totale). La pratique est connue principalement en Australie, mais également aux îles Fidji et dans quelques tribus d'Amérique du Sud. En Australie, elle est accompagnée par des rituels mettant en avant le don et le partage du sang. Elle peut être exécutée par étapes, l'incision initiale réalisée, avant le mariage, avec un couteau de pierre ou d'os, pouvant être agrandie au cours de cérémonies ultérieures[26]

Chevillage — Cette pratique consiste à ficher une cheville (de bois, d'os ou d'ivoire) transversalement ou verticalement au travers du gland ou du pénis en transfixant l'urètre au passage. Dans sa version la moins brutale, l'opération est limitée au prépuce. Pratiqué dans l'Antiquité à Rome et en Occident, aujourd'hui en Océanie et en Asie, le chevillage peut avoir pour objectif d'assurer une protection magique, d'empêcher ou d'augmenter le plaisir sexuel, de prévenir la rétraction de la verge (affection connue en Chine sous le nom de souch jeung, shoot young en cantonnais, koro en Asie du Sud-Est)[27]

Castration et émasculation — Chez l'homme, la castration consiste à supprimer les testicules[n 17], tandis que l'émasculation consiste à sectionner l'ensemble des organes génitaux au ras du pubis. Dans les deux cas, si le patient survit, les effets secondaires, physiques et psychiques, sont extrêmement marqués, surtout si l'intervention est réalisée avant la puberté. Autrefois pratiquée en Occident en vue d’éviter la mue de jeunes chanteurs (dits castrats), et en Orient, pour alimenter le corps des eunuques, la castration constitue aujourd’hui une mutilation génitale interdite dans la plupart des pays. La pratique peut également avoir des motivations religieuses ou mystiques[n 18]. La survivance de la castration-émasculation mystique est illustrée par la secte slave des skoptzy, apparue vers 1757 en Europe de l'Est. Fanatique[n 19] et secrète, longuement combattue par les autorités, repérée en Roumanie après la Première Guerre mondiale, elle est réappararue ponctuellement dans l'actualité contemporaine[28]

En Inde, la caste des Hijras regroupe des individus masculins qui ont été émasculés pendant l'enfance ou l'adolescence et des individus intersexués[29]

Comme pour les mutilations génitales féminines, les pratiques de mutilation génitale volontaires à visées esthétiques et érotiques masculines font l'objet, dans les sociétés occidentales, d'un regain d'intérêt depuis la fin du XXe siècle[n 20].

Chirurgie plastique[modifier | modifier le code]

Les effets de la chirurgie plastique n'ont généralement pas pour but d'être visibles en eux-mêmes. Ils ont plutôt pour fonction d'accroître les caractéristiques de certaines parties du corps, ou d'en changer l'apparence pour se rapprocher d'une norme esthétique variable selon les cultures.

Modifications corporelles temporaires[modifier | modifier le code]

Un exemple de nail art
Un exemple de nail art.

Les pratiques proposées ci-dessous sont stricto sensu des modifications corporelles, même si le sens courant du terme ne les inclut pas forcément.

  • Coiffure - Au sens strict du terme, se couper les cheveux est une modification corporelle temporaire.
  • Nail art - Modification de l'aspect de l'ongle à l'aide en général de vernis et peintures, mais parfois également de piercings spécifiques requérant une perforation de l'ongle.
  • Épilation - Ablation temporaire ou définitive des poils. Celle-ci peut être réalisée pour des raisons esthétiques ou d'hygiène.

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Scarification
Acte de scarification réalisé par Lestyn Flye.
Tatouages, piercing nasal et boucles d'oreilles
Tatouages, piercing nasal et boucles d'oreilles.
Scarification
Scarification.
Adolescent présentant plusieurs piercings au visage
Adolescent présentant plusieurs piercings au visage.

La parution, de 1982 à 1993, du périodique Tatootime dirigé par Don Ed Hardy marque le début d'une véritable renaissance des modifications corporelles dans les sociétés occidentales à l'époque contemporaine[30].

Depuis les années 1980, le nombre de boutiques spécialisées dans ce domaine est en forte augmentation. De nombreuses revues assurent la promotion des tatoueurs : reproductions de leurs créations, interviews, reportage. On y présente fréquemment des mannequins, des sportifs, des stars du cinéma ou de la scène musicale qui ont adopté des modifications corporelles, pour renforcer l’engouement et dans une certaine mesure, le légitimer. Autre effort de justification de l'acte : on s’efforce de trouver des traces des pratiques actuelles dans le passé, pour s’assurer que de telles modifications corporelles ont été réalisées auparavant. Des musées consacrent aujourd’hui une partie de leur salles à la modification corporelle, et notamment le Lyle Tuttle’s Tattoo Art Museum[31] à San Francisco[32].

Autour des années 2000, les reportages sur les modifications corporelles se multiplient. Autant par la voie écrite que télévisuelle, on détaille de plus en plus les manières de travailler le corps et les excès éventuels de ces pratiques. En France, des émissions proposés à un large public se consacrent notamment à la chirurgie esthétique, aux piercings et au transsexualisme.

Aspect social en Occident[modifier | modifier le code]

Conformisme et anticonformisme[modifier | modifier le code]

La signification d’une modification corporelle va au-delà de la trace qu’elle laisse sur le corps. La même modification du corps n’aura pas le même sens si elle a été faite volontairement ou si elle est subie. La plupart du temps visible, elle peut participer à un ordre social. D’une culture à une autre, une modification corporelle peut signer l'intégration au groupe ou, au contraire, susciter le rejet[33].

La modification corporelle peut être réalisée en vue d’un rapprochement vers les critères de beauté en vigueur[34] (chirurgie esthétique essentiellement), ou, au contraire, comme une marque punitive (marquage des délinquants). Aujourd’hui, il est socialement admis de modifier son corps. La volonté de masquer les modifications liées au vieillissement et les produits développés à cette fin (coloration pour cheveux, crème rajeunissante, etc.), témoignent d’un engouement massif pour ces pratiques. De nombreuses jeunes filles se font percer les oreilles sans considérer que cela soit réellement une modification corporelle, mais plutôt une mise en conformité avec leur image de la beauté féminine[35].

La plupart des tatoueurs et des perceurs ne se reconnaissent pas dans ces motivations et considèrent que leur métier est un art permettant au corps d’acquérir son originalité. Ces modifications, volontaires sans être utiles ou réparatrices, et parfois en désaccord avec les critères de la beauté, sont la source de nombreux questionnements, y compris juridiques. La scarification, le marquage au fer (branding), l'automutilation (cutting), les implants, le tatouage sont autant de pratiques controversées en raison de leur caractère délibérément inutile. Revendiquées comme tribales, elles seraient une réaction à l’homogénéisation de l’apparence en Occident. Ainsi, les primitifs modernes (en) combinent de manière expérimentale des techniques anciennes avec des technologies nouvelles. La plupart des médecins refusant de réaliser ce type d’opération, d’autres, se définissant comme spécialistes du corps [n 21], s'en chargent. Dans les sociétés traditionnelles, les modifications corporelles scandent les étapes que parcourt l’individu au sein du groupe. En Occident, ma pratique perd cette signification, pour devenir démarche individuelle et objet de curiosité. Chaque assemblage de piercings, de tatouages et de scarifications transforme le corps en une sculpture unique, en dehors des normes sociales. Pour les praticiens du genre, comme Fakir Musafar, l'agencement de différentes modifications corporelles est un jeu (le «body play»), comparable à celui des musiciens de jazz, capables de réinventer à l’infini les « standards »[36].

Modification corporelle et automutilation chez l'adolescent[modifier | modifier le code]

Le corps, et en particulier sa partie la plus visible, la peau, sont des vecteurs de communication pour l’adolescent. Les modifications réalisées sur la peau, qu’elles soient volontaires (tatouage, piercings) ou involontaires (plaies, cicatrices) peuvent être liées à une recherche d’expression. L’adolescence étant une période de changements corporels intenses que l’individu a tendance à fuir, la modification corporelle peut être un moyen de communication efficace, plus rapide que la verbalisation[37].

L’automutilation revêt chez l'adolescent un caractère particulier. Elle peut en effet manifester une extériorisation des tensions qu’il accumule, ou révéler un déséquilibre préexistant. Bien que l’automutilation soit de plus en plus répandue parmi les jeunes, elle est souvent méconnue et sous-estimée. Cet acte impulsif est souvent réalisé dans le but d’obtenir un soulagement face à une émotion trop forte[n 22]. Les formes d’automutilation sont variées (entailles, brûlures de cigarette, coups) et se rencontrent souvent chez des personnalités perturbées, en association à des problèmes sexuels, alimentaires, de drogue ou d’alcool. Indicateurs d’une lutte contre l’angoisse et d’un besoin maladif de contrôler son corps, il semble que ces automutilations se fassent plus rares après le passage à l’âge adulteSahuc, 2006, p. 119-122..

En matière d'automutilation juvénile, la scarification est plus prisée par les jeunes filles que par les garçons. Cette pratique est souvent associée à des tendances suicidaires et à l’anorexie. La scarification peut également témoigner d’une recherche de purification, en particulier dans un contexte de violences sexuellesSahuc, 2006, p. 119-122..

Selon Caroline Sahuc, les associations « tatouage-délinquance » ou « piercing-déviance sociale » ne sont pas pertinentes chez l'adolescent pour qui, la plupart du temps, la modification corporelle est avant tout un moyen d’expressionSahuc, 2006, p. 119-122..

Modifications corporelles et religion[modifier | modifier le code]

Alors que la plupart des religions proches des cultures traditionnelles intègrent les modifications corporelles admises par le groupe sans les questionner, le christianisme, le judaïsme et l'islam, ont tenté de les réguler dans dans le cadre de leur lutte contre les pratiques païennes antérieures à leur apparition.

Pour les trois monothéismes, l'homme, créé par Dieu, ne s'appartient pas et il n'est pas libre de modifier son apparence corporelle[n 23]. L'islam et le judaïsme font une exception notable pour la pratique de la circoncision[n 24], et les trois religions ont, de tout temps, dû faire des concessions sur les modifications corporelles mineures, notamment le port des boucles d'oreilles, pourtant associé, chez les premiers chrétiens, au Mal et au démon[38]{{,}}[39]{{,}}[40].

Body art[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Art corporel.

L'art corporel (Body art en anglais) est une forme d'expression artistique apparue dans la seconde moitié du XXe siècle et utilisant, entre autres, le vocabulaire de la modification corporelle, avec pour support le corps humain. Toutes les techniques sont mobilisées, ou combinées, pour produire ce type d'œuvre, qui peut ensuite être présentée par l'intermédiaire de différents médiums (photographie, vidéo, performance, spectacle vivant).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Aucune partie du corps n'est épargnée, sauf l'œil et l'anus, selon Armando Favazza (p.|82). La pratique du blanchiment anal et le détournement du tatouage cornéal thérapeutique semblent aujourd'hui repousser ces dernières limites.
  2. Le plus utilisé étant le noir de fumée.
  3. Les outils et les techniques sont extrêmement variés. À noter la technique du fil enduit de colorant et tiré sous la peau à l'aide d'une aiguille, utilisée par les Esquimaux.
  4. À noter l'utilisation de pansements contenant des produits favorisant la prolifération cutanée au cours de la cicatrisation, et permettant ainsi d'obtenir des « perles de chair » en relief.
  5. Les marques indiquent son statut de veuve. Leur importance est proportionnelle au chagrin du deuil.
  6. Le continent américain étant la zone géographique ou les déformations crâniennes furent le plus pratiquées, et celle où elles prirent les formes les plus élaborées et les plus variées.
  7. Des ornements en pierre utilisés comme labrets datant du Néolithique ont été retrouvés au Tchad. L'usage traditionnel est particulièrement répandu en Afrique et sur le continent américain. Sa présence en Australie fait l'objet de débats.
  8. Distension des ourlets labiaux, déchaussement des dents, salivation, modification de l'expression orale.
  9. Manufacturé (anneau, bouton, chaîne, boucle, pendentif, botoque, etc.) ou naturel (tronçon de bambou, chapelets de graines, dents, os).
  10. Rarement prémolaires.
  11. En grec ancien Ἀμαζόνες, Amazónes ou Ἀμαζονίδες, Amazonídes). L'étymologie populaire décompose le mot en un ἀ-, a- « privatif », et μαζός, mazós, « sein » en ionien : « celles qui n'ont pas de sein ». La légende dit qu'elles avaient coutume de se couper le sein droit afin de pouvoir tirer à l'arc.
  12. Notamment au Cameroun, où près d'un quart des femmes l'auraient subi.
  13. Simone Clapier-Valladon, citée par Chippaux, p. 540.
  14. Strabon, né en - 63, mentionne dans sa Géographie, les Égyptiens « qui excisent les filles », et les Juifs qui suivent la même règle. L'excision est décrite en Malaisie, au Pakistan et dans certaines tribus australiennes. Sur le continent américain, elle est représentée sur les poteries des Mochicas et des anthropologues en ont été témoins chez les Shipibos d'Amazonie. Lire Claude Chippaux, p. 556.
  15. Encore appelée « circoncision pharaonique ».
  16. Mutilation pratiquée par les aborigènes Pitta-Patta d'Australie, ainsi que chez les Indiens Conibos, au Pérou.
  17. À noter la demi-mesure que constitue l'hémicastration (écrasement d'un des deux testicules), rare, mais décrite en Micronésie, en Éthiopie, dans l'est africain et chez les Hottentots.
  18. Dès le premier canon du premier Concile de Nicée (325), l'Église « exclut du sacerdoce ceux qui se sont volontairement châtrés sous prétexte de chasteté ». Lire Chippaux, p. 582.
  19. À force de prosélytisme, elle parvint à étendre son influence jusqu'en Turquie et au Liban. Chez les skoptzy, la mutilation n'intervenait qu'après avoir procréé un ou deux enfants. Le disciple avait le choix entre la castration (« petit sceau ») ou l'émasculation (« sceau impérial »). Les femmes de la secte procédaient à leurs propres mutilations sexuelles. Lire Chippaux, p. 585-586.
  20. Parmi les modifications corporelles autorisées par les progrès de la chirurgie, on peut citer le perlage, qui consiste à introduire de billes sphériques, en titane ou silicone, sous la peau des parties génitales de l'homme
  21. Sans pour autant avoir de formation en médecine ou en anatomie.
  22. Le film Thirteen de Catherine Hardwicke illustre ce phénomène.
  23. Pour les Hébreux, l'homme doit retourner à la terre comme il y est venu.
  24. Probablement antérieure à leur avénement et réintégrée, en position prééminente, à leurs rituels.

Références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages utilisés pour la rédaction de cet article[modifier | modifier le code]

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À consulter[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]