Roger Joseph Boscovich

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Roger Joseph Boscovich, portrait par Robert Edge Pine, 1760

Roger Joseph Boscovich[Note 1], en italien Ruggiero Giuseppe Boscovich, en latin Rogerius Iosephus Boscovicius[Note 2], noms sous lesquels il était connu de son temps et dont il usait lui-même, et reconstitués en croate moderne sous la forme Ruđer Josip Bošković, (18 mai 1711, Raguse - 13 février 1787, Milan), est un prêtre jésuite dalmate qui était mathématicien, physicien, astronome, poète et philosophe. Né en République de Raguse (aujourd'hui Dubrovnik, Croatie) il passe la plus grande partie de sa vie active à Rome (États pontificaux) et meurt « sujet du Roi de France » .

Buste de Roger Joseph Boscovich, Zrinjevac Park, Zagreb, Croatie
Esplanade Roger-Joseph Boscovich, Paris (11e)
Mémorial 6, rue de Seine, à Paris (6e)

Biographie[modifier | modifier le code]

Né le 18 mai 1711 à Raguse qui faisant alors partie de l'Empire ottoman, Roger Joseph Boscovich, est le fils de Nicolas Boscovich, riche marchand ragusain, et de Paola Bettera d'une famille originaire de Bergame. Il doit son prénom de Ruggiero à son oncle et parrain Ruggiero Bettera. Il fait ses premières études au Collège des Jésuites de Raguse (1720-1725). En septembre 1725 il quitte Raguse (Dubrovnik) pour se rendre à Rome et y entrer dans la Compagnie de Jésus. Il commence son noviciat le 31 octobre 1725 à Saint André du Quirinal.

Au cours de ses études de rhétorique et philosophie au Collège romain (1727-1732) il fait preuve de dons exceptionnels pour les mathématiques et la physique. Il redécouvre la démonstration du théorème de Pythagore.

Ses études de théologie terminées au même Collège Romain (1738-1741), il est ordonné prêtre le 28 octobre 1740 et est immédiatement nommé professeur de mathématiques: il le reste jusqu'en 1770. Il est chargé par le pape Benoît XIV de plusieurs missions scientifiques et diplomatiques.

Avec les mathématiciens François Jacquier, et Thomas Leseur, il est consulté par le pape en 1742, pour la réparation du dôme de la Basilique Saint-Pierre de Rome, qui s'était dangereusement lézardé depuis 1741. En définitive, le pape confiera la mission en 1743 au physicien italien Giovanni Poleni, qui remettra son rapport au pape à l'été 1743, pour des consolidations et réparations, qui se dérouleront de 1743 à 1748[1].

Il voyage à travers l'Europe (1757-1762), se met en relation avec les savants d'Angleterre et de France, est admis dans leurs académies et propage en Italie la philosophie d'Isaac Newton.

De 1761 à mai 1762 il est à Constantinople et plus tard (mai-juillet 1762) voyage à travers la Turquie, la Bulgarie, la Valachie, la Moldavie et la Pologne.

En 1762, il construit un nouvel observatoire astronomique au collège jésuite de Brera, à Milan. Il enseigne ensuite les mathématiques à Pavie (1764-1769) et Milan (1770-1773), tout en étant directeur de l'observatoire de Bréra.

Lorsque la Compagnie de Jésus est supprimée en 1773, il est invité à Paris comme directeur des travaux d'optique pour la marine (1773-1786). Il est fait « sujet du Roi de France » en 1773 lorsqu'il est nommé Directeur d'optique de la Marine à Paris.

Il meurt à Milan, pendant qu'il dirigeait, avec Christophe Maire, la mesure d'un degré d'arc de méridien. Il est inhumé dans l'église de Santa Maria Podone (it) à Milan.

Travaux[modifier | modifier le code]

Les apports de Roger Joseph Boscovich à la science concernent :

Un cratère sur la Lune porte son nom.

Écrits[modifier | modifier le code]

Comme la plupart des savants de son époque, il publiait principalement en latin, mais écrivait aussi suivant les lieux et les correspondants, en italien, en français, en allemand, et en croate.

  • De maculis solaribus (« Les taches solaires »), 1736 ;
  • De novo telescopii usu ad objecta coelestia determinanda (« L’emploi du télescope en astronomie »), Rome, 1739 ;
  • De circulis oscillatoribus (« L’oscillation des cercles »), 1740 ;
  • De annuis stellarum fixarum aberrationibus (« Les aberrations annuelles des étoiles fixes »), Rome, 1742 ;
  • De Cometis (« Les Comètes »), Rome, 1746 ;
  • De Viribus vivis (« Sur les Forces vives »), Rome, 1747 ;
  • De Lumine ("La lumière", examen critique des connaissances de l’époque), Rome, 1748 ;
  • De materiae divisibilitate et de principiis corporum dissertatio (« La divisibilité de la matière »), 1748 ;
  • De determinanda orbita planetae (« La détermination de l’orbite d'une planète »), Rome, 1749 ;
  • Elementarum universae matheseos (« Éléments de mathématiques universelles »), Rome, 1754 ;
  • De continuitatis lege et ejus consectariis pertinentibus ad prima materiae elementa eorumque vires (« La loi de continuité et ses conséquences sur les éléments de matière et leurs forces »), 1754 ;
  • De lege virium in natura existentium (« Les forces existant dans la nature »), 1755 ;
  • De litteraria expeditione per Pontificam ditionem ad dimentiendos meridiani gradus et corrigendam mappam geographicam, iussu et auspiciis Benedicti XIV (« Compte rendu de l'expédition faite sur édit papal pour mesurer le degré de méridien et corriger la carte géographique, sur ordre et sous les auspices de Benoît XIV »), 1755;
  • Philosophiae naturalis theoria redacta ad unicam legem virium in naturã existentium ("Théorie de la philosophie naturelle pour une unification des forces de la nature"), Vienne, 1758, et Venise, 3° édition, 1763 ; théorie de la nature dans laquelle il explique tous les phénomènes par le fait que la matière est composée de points simples, indivisibles, contigus et sans extension (ce qui les distingue des atomes) soumis à une force attractive ou répulsives selon le cas, essayant de concilier ainsi Leibniz et Newton. Il y présente une théorie physique des points force :
    • La matière est impénétrable. Deux corps ne peuvent occuper les mêmes positions au même moment (ce qui évoque presque Pauli).
    • La matière est dispersée dans un vide et y flotte.
    • Par conséquent, « les forces mutuelles entre deux points doivent être considérées comme répulsives à certaines distances et attractives à d'autres distances ». À de très courtes distances, la force doit être répulsive, et cette force répulsive doit diminuer à mesure que la distance augmente. À de plus grandes distances, certainement moins d'un millième de pouce, la force devient finalement attractive, variant à l'inverse du carré de la distance comme l'indique la loi de Newton alternativement attractive et répulsive.
    • Les points ne sont jamais au repos absolu.
  • De Solis ac lunae defectibus ("Les éclipses du soleil et de la lune"), Londres, 1760, Rome, 1767. Poème latin.
  • Giornale di un viaggio da Constantinopoli in Polonia, 1762 ("Journal d'un voyage de Constantinople en Pologne", Paris, 1772) ;
  • Rogerii Josephi Boscovich opera pertinentia ad opticam at Astronomiam maxima ex parte nova et omnia huiusque inmedita, in quinque tomos distributa, ("Œuvres relatives à l’optique et à l’astronomie"), Rome, 1784 ; Bassano, 5 volumes in-4, 1785 [2];
  • De recentibus compertis pertinentibus ad perficiendam dioptricam ("Calculs récents pour perfectionner l'optique"), 1767 ;
  • De orbitis cometarum determinandis ope trium observationum parum a se invicem remotarum ("Détermination des orbites des comètes par trois observations peu éloignées les unes des autres"), Paris, 1774 ;
  • Dissertatio de maris estu ("Dissertation sur les marées").

Une liste exhaustive des travaux imprimés de Boscovich a été dressée sous la direction d'Edoardo Proverbio : (it) Catalogo delle opere a stampa di Ruggiero Giuseppe Boscovich (1711–1787), Rome, 2007, 157 p..

Controverse sur sa nationalité[modifier | modifier le code]

À l'époque de Boscovich, la ville de Raguse était une République indépendante, et si elle avait dû se reconnaître des suzerains successifs (l'empereur de Byzance, la République de Venise, le roi de Hongrie…) voire payer tribut, notamment au sultan ottoman, elle ne faisait partie d'aucun État serbe ou croate. Le nom de "Bošković" est par contre un nom de famille beaucoup plus répandu chez les serbes que chez les croates.

Le concept moderne de nationalité basé sur l'appartenance linguistique, religieuse et culturelle a été développé essentiellement au XIXe siècle. Pour cette raison, l'attribution d'une nationalité définie à des personnalités des siècles précédents vivant dans des régions de forte mixité ethnique est souvent disputée. En conséquence, l'héritage de Roger Joseph Boscovich est revendiqué par plusieurs états, la Croatie, l'Italie, et la Serbie[2]. Ces revendications se basant la plupart du temps sur des citations sélectives de certaines de ses œuvres, elles sont en apparence contradictoires, le présentant comme vrai Croate ou vrai Italien selon le choix des citations. Enfin, la nationalité du père de Roger Joseph Boscovich est, elle aussi, disputée. Il apparaît comme Croate[Note 3],[3], Dalmate[Note 4], Italienne [4], Serbe[5], ou Slave Orthodoxe[Note 5].

Finalement, la plupart des dictionnaires présentent Roger Joseph Boscovich comme Croate ou Italien.

Opinions[modifier | modifier le code]

Werner Heisenberg disait de lui :

« Parmi les savants du XVIIIe siècle, Roger Joseph Boscovich prend une place éminente en tant que théologien, philosophe, mathématicien et astronome. Sa Theoria philosophiae naturalis énonce des hypothèses qui ont trouvé leur confirmation au cours des cinquante dernières années. »

Pour Gustav Fechner :

« Si je ne m’abuse, Roger Boscovich, excellent mathématicien et physicien, devrait être considéré comme le père de l’atomistique moderne. »

Pour Friedrich Nietzsche :

« La méthode savante de R. Boscovich représente une synthèse entre une intuition de nature empirique et expérimentale et une argumentation logique appropriée. »

Memorial[modifier | modifier le code]

Une esplanade à Paris dans le 11e arrondissement porte son nom, ainsi qu'une plaque sur un immeuble au 6 rue de Seine à Paris (6e), où il vécut de 1775 à 1777.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il écrivait lui-même « Boscovich ». Il est utile pour les recherches de savoir son nom non seulement en français, mais aussi en italien : Ruggiero / Ruggero Giuseppe Boscovich, et en latin : Rogerius Josephus Boscovicius, car il a écrit dans ces trois langues.
  2. Gerardus Heerkens, Notabilium libri II, Groningae, 1765, p. 61 : "Dalmata erat Boscovicius, Ragusâ oriundus".
  3. Mileti, Nick J. (2004) "Closet Italians", Xlibris Corporation, p.90
  4. Vitae Italorum, of Angelo Fabronio, (Academiae Pisanae curatore (Pisa, 1789), XIV)
  5. L L Whyte ((ed.), Ruđer Josip Bošković (Fordham Press, Londres, 1961))

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en)[PDF]Hermann Schlimme - Construction Knowledge in Comparison: Architects, Mathematicians and Natural Philosophers Discuss the Damage to St. Peter’s Dome in 1743, sur le site arct.cam.ac.uk, consulté le 21 octobre 2014
  2. (en) Roger Joseph Boscovich 1711-1787 Studies in His Life and Work on the 250th Anniversary of His Birth
  3. (en) Encyclopaedia Britannica [1]
  4. Ruggiero Giuseppe Boscovich
  5. Slobodan Šćepanović, О поријеклу породице и коријенима предака Руђера Бошковића, Историјски записи 3/1995, Podgorica 1995, pg. 150

Sources[modifier | modifier le code]

  • L.L. Whyte (ed): R.J. Boscovich, Studies of his life and work, London, 1961.
  • (en) Robin Harris, Dubrovnik, A History, SAQI Books, Londres, 2006. ISBN 978-086356959-3

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notices[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]