Astéroïde troyen de Jupiter

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Schéma du Système solaire jusqu'à l'orbite de Jupiter, mettant en évidence les astéroïdes troyens (en vert), en avance ou en retard de la planète sur son orbite. Sont également indiqués les membres de la ceinture d'astéroïdes (en blanc) et ceux de la famille d'Hilda (en brun).

Les astéroïdes troyens de Jupiter, ou simplement astéroïdes troyens quand il n'y a pas d'ambiguïté, sont un groupe d'astéroïdes qui partagent l'orbite de la planète Jupiter autour du Soleil aux alentours des points de Lagrange L4 et L5 de l'orbite de cette planète, c'est-à-dire qu'ils sont situés à 60° en avance ou en retard sur Jupiter.

Les astéroïdes troyens portent ce nom du fait d'une convention qui les nomme d'après les personnages de la guerre de Troie. Par extension, le terme « troyen » est utilisé pour désigner tout autre petit objet qui partage une relation similaire avec deux autres corps plus gros, comme les troyens de la Terre, de Mars, d'Uranus ou de Neptune.

Nomenclature[modifier | modifier le code]

Le premier astéroïde troyen découvert par Max Wolf en 1906 fut nommé Achille, d'après le héros — d'ailleurs grec et non pas troyen — de l' Iliade, le poème épique d'Homère relatant la guerre de Troie. À la suite de Wolf, les astéroïdes découverts aux alentours des points de Lagrange de Jupiter se virent attribuer des noms associés à l' Iliade et le groupe dans son ensemble fut intitulé « troyens ».

Les astéroïdes situés au point L4 portent le nom d'un héros ou d'un concept grec et sont appelés « camp grec » ou « groupe d'Achille » ((588) Achille, (659) Nestor, (911) Agamemnon, (1143) Odysséeetc.). Ceux situés au point L5 portent des noms de héros troyens et sont collectivement nommés « camp troyen » ((884) Priam, (1172) Énée, (1173) Anchiseetc.). Cependant, chacun des groupes possède un transfuge : (624) Hector, nommé d'après le héros troyen Hector, est situé autour du point L4 et inversement (617) Patrocle, bien que portant le nom du héros grec Patrocle, est situé au point L5. Pour compliquer la chose, le camp troyen est parfois nommé « groupe de Patrocle », cet astéroïde étant l'un des plus grands de cet ensemble.

Orbite[modifier | modifier le code]

Les astéroïdes troyens possédant une désignation définitive, et dont on connait donc suffisamment les éléments orbitaux, possèdent un demi-grand axe compris entre 5,051 (pour (63176) 2000 YN59) et 5,358 ua (pour (22049) 1999 XW257)[1]. Quelques troyens ne possédant qu'une désignation provisoire sont situés en dehors de ces bornes, allant jusqu'à 4,712 ua pour 2003 FH7 et 5,667 ua pour 2002 AO148, mais 97 % de ceux-ci restent compris dans les bornes sus-citées[1]. Par comparaison, le demi-grand axe de Jupiter vaut 5,203 ua.

L'inclinaison des troyens sur l'écliptique varie cependant entre 0,1° ((65211) 2002 EK1) et 55,4° ((83983) 2002 GE39), avec une grande dispersion des valeurs[1]. L'excentricité de 95 % des troyens est inférieure à 0,16 ; le plus excentrique des troyens numérotés, (5144) Achate, atteint 0,273[1]. Leur période orbitale est en revanche égale à celle de Jupiter, 11,9 a, un exemple de résonance orbitale 1:1.

Observés dans un système de coordonnées où Jupiter apparaît fixe, tous les astéroïdes troyens semblent orbiter autour de l'un ou l'autre des deux points de Lagrange L4 et L5. Les astéroïdes troyens forment donc deux nuages allongés et incurvés autour de ces deux points.

Caractéristiques physiques[modifier | modifier le code]

La taille des astéroïdes troyens varie considérablement. Le plus grand, (624) Hector, est un objet allongé de 370 km de long sur 170 km de large. (624) Hector possède un satellite, S/2006 (624) 1, de 15 km de diamètre. (617) Patrocle est un astéroïde binaire, composé de deux corps de taille similaire ; le plus petit est nommé Ménœtios.

Selon une étude menée par l'équipe de Franck Marchis de l'observatoire Keck de Hawaii et publiée en 2006, la masse volumique de l'astéroïde binaire (617) Patrocle est inférieure à celle de la glace d'eau, suggérant que cette paire, et peut-être tous les troyens, ressemble plus aux comètes ou aux objets de la ceinture de Kuiper qu'aux astéroïdes de la ceinture principale[2],[3].

Nombre[modifier | modifier le code]

En 2007, les astéroïdes troyens formaient le deuxième groupe d'astéroïdes connus le plus important, après ceux de la ceinture d'astéroïdes[4].

Au 12 mars 2008, on connaissait 2 337 troyens de Jupiter, dont 1 234 possédaient une désignation définitive[1]. Le point de Lagrange L4 (le camp grec) en regroupait 1 260, dont 694 numérotés. Le point de Lagrange L5 (le camp troyen) en comptait 1 067, dont 540 numérotés.

Le nombre de troyens connus augmente régulièrement, indiquant que la zone pourrait en contenir d'autres invisibles avec les instruments actuels : en octobre 1999, 170 possédaient un numéro ; en juillet 2004, ce nombre avait grimpé à 877.

Historique[modifier | modifier le code]

On pense actuellement qu'Edward Barnard effectua la première observation d'un astéroïde troyen en 1904, mais l'importance de cette observation passa inaperçue. On supposa qu'il s'agissait de Phœbé, la lune de Saturne alors récemment découverte et située à deux minutes d'arc, ou même d'une étoile. L'identité du point de lumière observé par Barnard ne fut pas réalisée avant que ne fût calculée l'orbite du troyen (12126) 1999 RM11, un objet (re)découvert en 1999.

En février 1906, l'astronome allemand Max Wolf découvrit un astéroïde au point de Lagrange L4 du système Soleil-Jupiter et le nomma (588) Achille, d'après Achille, un des héros de L'Iliade. L'étrangeté de son orbite fut remarquée après quelques mois et rapidement d'autres astéroïdes furent découverts près des deux points de Lagrange.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e (en) « List Of Jupiter Trojans », Minor Planet Center,‎ 10 décembre 2007 (consulté le 10 décembre 2007).
  2. (en) Marchis, F.; Berthier, J.; Hestroffer, D.; Descamps, P.; Merline, W. J., « (617) Patroclus », Circulaire de l’UAI, no 8666,‎ 2 février 2006 (résumé, lire en ligne).
  3. (en) Marchis, Franck; Hestroffer, Daniel; Descamps, Pascal; Berthier, Jérôme; Bouchez, Antonin H.; Campbell, Randall D.; Chin, Jason C. Y.; van Dam, Marcos A.; Hartman, Scott K.; Johansson, Erik M.; Lafon, Robert E.; Le Mignant, David; de Pater, Imke; Stomski, Paul J.; Summers, Doug M.; Vachier, Frédéric; Wizinovich, Peter L.; Wong, Michael H., « A low density of 0.8gcm-3 for the Trojan binary asteroid 617 Patroclus », Nature, vol. 439, no 7076,‎ février 2006, p. 565-567 (DOI 10.1038/nature04350, résumé).
  4. Au 10 décembre 2007, la base de données du Minor Planet Center recensait 164 612 astéroïdes numérotés ; parmi ceux-ci, 162 769 possédaient un demi-grand axe compris entre 1,7 et 4,5 UA correspondant à des limites larges de la ceinture d'astéroïdes, 1 225 étaient des troyens, les 618 restants appartenant à d'autres groupes.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]