Phobos (lune)

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Phobos
Mars I
Image illustrative de l'article Phobos (lune)
Vue de Phobos par la sonde Mars Reconnaissance Orbiter.
Type Satellite naturel de Mars
Caractéristiques orbitales
(Époque J2000.0)
Demi-grand axe 9 377,1 km
Excentricité 0,0151
Période de révolution 0,319 d
(7 h 39 min)
Inclinaison 1,075°
Caractéristiques physiques
Dimensions 26,8 × 22,4 × 18,4 km[1],[2]
Masse 1,072×1016 kg
Masse volumique moyenne 1,85 x103 kg/m³
Gravité à la surface 0,005 m/s2
Albédo moyen 0,07
Température de surface ~ 233 K
Caractéristiques de l'atmosphère
Pression atmosphérique Pas d'atmosphère
Découverte
Découvert par Asaph Hall
Découverte 18 août 1877

Phobos, en nom systématique Mars I, est le plus grand des deux satellites de Mars (l'autre étant Déimos). Des deux, il est le plus proche de la planète. Les noms de ces deux satellites proviennent de Phobos (peur en grec) et Déimos (terreur), les deux jumeaux que le dieu Arès (Mars pour les Romains) eut de la déesse Aphrodite (Vénus pour les Romains).

Caractéristiques physiques[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Photo de la sonde Viking 1 de la surface de Phobos prise en 1977

Phobos est un corps très irrégulier, de dimensions 27×21,6×18,8 km, bien trop peu massif pour être en équilibre hydrostatique et donc pour avoir pris une forme quasi-sphérique ; il s'agit d'ailleurs de l'un des plus petits satellites naturels du Système solaire. Du simple fait de sa forme, la gravité à sa surface varie d'environ 210 % suivant l'endroit où elle est mesurée.

Phobos est un corps sombre qui semble être composé de chondrite carbonée[3], une composition similaire à celle des astéroïdes de type C dans la ceinture d'astéroïdes externe[4]. Cependant, la masse volumique de Phobos est trop faible pour qu'il soit intégralement composé de roche et il possède une porosité significative[5],[6],[7]. Il a été suggéré que Phobos pourrait contenir un réservoir de glace substantiel, mais des observations spectrales ont écarté cette hypothèse[8].

La sonde soviétique Phobos 2 détecta que des gaz s'échappaient de Phobos en quantité faible mais régulière[9]. Malheureusement la sonde tomba en panne avant d'avoir pu déterminer la nature de ce gaz. Des images provenant de Mars Global Surveyor montrent que Phobos est recouvert d'une couche de régolithe d'au moins 100 m d'épaisseur ; on pense qu'il provient d'impacts avec d'autres corps, mais on ignore comment il a pu adhérer à un objet ne possédant quasiment pas de gravité[10].

Au cours de l'été 2008, la sonde Mars Express a permis de préciser quelques caractéristiques de Phobos, dont la masse et la densité[11].

Phobos a possédé un quasi-satellite pendant quelques mois[Quand ?][12],[13].

Caractéristiques géologiques[modifier | modifier le code]

De nombreux cratères sont présents à la surface de Phobos. Le plus grand de ces cratères est nommé « Stickney », du nom de jeune fille de l'épouse d'Asaph Hall. Comme le cratère Herschell sur Mimas, mais à une échelle plus petite, l'impact qui a créé le cratère Stickney a probablement failli faire éclater Phobos[14].

Des sillons s'étendent à la surface de Phobos, mesurant typiquement moins de 30 m de profondeur, 100 à 200 m de largeur et jusqu'à 20 km de long. Initialement, on supposait qu'ils résultaient de l'impact ayant formé le cratère Stickney, mais des analyses de données provenant de Mars Express ont révélé une origine indépendante : il s'agit de dépôts de matériaux déplacés par des impacts provenant de la surface de Mars[15].

La météorite de Kaidun a été présentée comme originaire de Phobos, mais la compositon détaillée de la lune n'étant pas connue, ceci est difficile à vérifier[16].

Les caractéristiques géologiques de Phobos sont nommées d'après les astronomes qui ont étudié le satellite, ainsi que des personnages et des lieux des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift[17]. Plusieurs cratères ont été nommés[18], ainsi qu'une dorsale, Kepler Dorsum, d'après l'astronome Johannes Kepler[19].

Carte schématique de la surface de Phobos

Orbite[modifier | modifier le code]

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Les orbites de Phobos et Deimos (à l'échelle), vu de dessus du pôle nord de Mars

Phobos se déplace sur une orbite relativement circulaire (0,0151 d'excentricité) et faiblement inclinée (1,093° par rapport à l'Équateur de Mars). Avec un demi-grand axe de 9 377 km, Phobos orbite à seulement 6 000 km au-dessus du sol martien (le rayon de Mars est d'environ 3 400 km). Il est donc plus proche de la planète que tout autre satellite naturel du Système solaire. Par comparaison, la Lune orbite à 384 000 km de la Terre.

Phobos orbite en dessous de l'orbite synchrone, c'est-à-dire qu'il réalise une révolution autour de Mars en moins de temps qu'il n'en faut pour que Mars ne tourne sur elle-même : sa période orbitale n'est que de 7 h 39 min, tandis que le jour martien est de l'ordre de 24 h 36 min. Pour un observateur martien, Phobos se lève à l'ouest, traverse le ciel rapidement (en 4 h 15 min ou moins) et se couche à l'est, à peu-près deux fois par jour, à 11 h 6 min d'intervalle. Son orbite est si basse qu'il ne peut pas être aperçu depuis les régions polaires (à partir de 70,4° de latitude) et reste à ces endroits en dessous de l'horizon.

La taille apparente de Phobos depuis Mars varie suivant la latitude et la position du satellite dans le ciel. Pour un observateur situé à l'équateur, Phobos possède un diamètre angulaire de 0,14° au lever et de 0,20° au zénith, une augmentation de 45 %. À titre de comparaison, le Soleil a un diamètre apparent de 0,35° dans le ciel martien ; la Lune vue de la Terre mesure environ 0,5°. Un observateur martien situé à des latitudes plus élevées percevrait Phobos plus petit parce qu'il en serait significativement plus éloigné.

Vu de Phobos, Mars apparaîtrait 6 400 fois plus grand et 2 500 fois plus brillant que la pleine Lune vue de la Terre, remplissant un quart d'un hémisphère céleste.

Les phases de Phobos peuvent être perçues depuis Mars ; sa période synodique est seulement 13 secondes plus longue que sa période sidérale.

Transits[modifier | modifier le code]

Phobos transitant devant le Soleil, vu par le rover Opportunity.
Article détaillé : Transit de Phobos depuis Mars.

Pour un observateur martien, Phobos transite régulièrement devant le Soleil. Il n'est pas assez grand pour couvrir le disque solaire dans son intégralité et ne peut donc pas créer d'éclipse totale. Plusieurs de ces transits ont été photographiés par le rover Opportunity. Pendant ces transits, l'ombre — ou plutôt l'anté-ombre — et la pénombre de Phobos est visible à la surface de Mars et a été photographiée par plusieurs sondes spatiales.

Fin[modifier | modifier le code]

L'orbite basse de Phobos signifie qu'il sera un jour détruit : les forces de marée abaissent progressivement son orbite, au rythme actuel de 1,8 m par siècle. On s'attend à ce qu'il soit détruit dans environ 11 millions d'années[20] : il devrait s'écraser à la surface de Mars ou plus probablement se briser et former un anneau planétaire. En prenant compte de sa forme irrégulière et en considérant qu'il s'agit d'un amas de roches (plus spécifiquement un objet de Mohr-Coulomb), il a été calculé que Phobos est stable par rapport aux forces de marées, mais qu'il devrait dépasser la limite de Roche lorsque son rayon orbital descendra en dessous de 7 100 km et sera probablement détruit peu après[21].

Origine[modifier | modifier le code]

Phobos et Deimos ont tous les deux beaucoup de caractéristiques en commun avec les astéroïdes de type C, au niveau du spectre, de l'albédo et de la masse volumique. En conséquence, il a été postulé que les deux satellites pourraient provenir de la ceinture d'astéroïdes et auraient été capturés par Mars. Cependant, les deux lunes sont situées sur des orbites très circulaires très peu inclinées par rapport au plan équatorial de Mars. On attendrait de lunes capturées des orbites excentriques et des inclinaisons aléatoires. D'autre part, les récentes images de Phobos envoyées par la sonde Mars Reconnaissance Orbiter montrent clairement une zone bleue près du bord d'un cratère, sur une surface par ailleurs rouge. Un tel contraste est rare sur un astéroïde. Des astronomes estiment que le bleu correspond à du sol récemment mis à nu, n'ayant pas encore été coloré en rouge ; pour d'autres, il s'agit d'une matière souterraine totalement différente qui surgit à l'extérieur[22].

Histoire[modifier | modifier le code]

Découverte[modifier | modifier le code]

Phobos fut découvert le 18 août 1877 par l'astronome américain Asaph Hall à l'observatoire naval de Washington, vers 09:14 GMT, soit vers 16:06 le 17 août 1877 à l'heure moyenne de Washington[23],[24]. Hall avait également découvert Deimos, l'autre satellite de Mars, quelques jours avant.

Les noms des satellites, originellement épelés Phobus et Deimus, furent suggérés par Henry Madan (1838-1901), professeur au collège d'Eton, d'après le livre XV de l'Iliade, lorsqu'Arès appelle ses deux fils, Phobos et Déimos[25].

Phobos « creux »[modifier | modifier le code]

Dans les années 1950 et 1960, l'orbite inhabituelle de Phobos et sa faible densité ont conduit à spéculer qu'il pourrait s'agir d'un objet artificiel creux.

Vers 1958, l'astrophysicien russe Iosef Shklovski, étudiant l'accélération du mouvement orbital de Phobos, suggéra que le satellite était formé d'une mince couche de métal[26]. Shklovsky basa ses analyses sur des estimations de la densité de la haute atmosphère martienne et en déduisit que pour prendre en compte un léger freinage, Phobos devait être très léger ; un calcul conduisit à le modéliser par une sphère d'acier creuse de 16 km de diamètre et de moins de 6 cm d'épaisseur[27].

En février 1960, dans une lettre au journal Astronautics[28], Fred Singer, conseiller scientifique du président des États-Unis Eisenhower, soutint la théorie de Shklovsky, allant jusqu'à affirmer que « le but [de Phobos] est probablement de balayer les rayonnements dans l'atmosphère martienne, afin que les Martiens puissent exploiter les alentours de leur planète ».

Par la suite, l'existence de l'accélération ayant conduit à ces assertions fut mise en doute[29], et le problème avait disparu en 1969[30]. Les études antérieures surestimaient la perte d'altitude de Phobos en utilisant des valeurs de 5 cm/an qui furent par la suite révisées à 1,8 cm/an. Les perturbations de l'accélération du satellite sont désormais attribuées à des effets de marée qui n'étaient pas pris en compte alors. La masse volumique de Phobos est actuellement évaluée à 1 900 kg/m³, ce qui ne correspond pas à une coquille creuse. En outre, les images obtenues par les sondes spatiales depuis les années 1970 indiquent clairement que Phobos est un objet d'origine naturelle, amplement cratérisé à l’instar de la plupart des lunes du Système solaire.

Cependant, à la suite de l'analyse des données recueillies en 2008 par la sonde MEX de l'Agence Spatiale Européenne, il semblerait que Phobos présenterait une importante porosité, de l'ordre de 25 à 35 %[31].

Exploration[modifier | modifier le code]

Phobos a été photographié à de nombreuses reprises par des sondes spatiales dont l'objectif principal était l'exploration de Mars. La première était Mariner 9 en 1971, suivie par Viking 1 en 1977, Mars Global Surveyor en 1998 et 2003 et Mars Express en 2004. Les deux seules sondes dédiées à Phobos furent les sondes soviétiques Phobos 1 et Phobos 2 en 1988 ; la première fut perdue sur le trajet entre la Terre et Mars et la seconde retourna quelques images et données avant de tomber en panne.

En mars 2010, Mars express est passé à 67 kilomètres de Phobos[32].

L'agence spatiale fédérale russe et le CNES ont lancé une mission[33] vers Phobos le 9 novembre 2011. Baptisée Phobos-Grunt, elle devait rapporter des échantillons du satellite au printemps 2013, mais n'a jamais réussi à quitter l'orbite terrestre.

EADS Astrium projette également une mission similaire[34].

En août 2013, le rover Curiosity en mission d'exploration à la surface de Mars photographie l'eclipse de Déimos par Phobos.

Références culturelles[modifier | modifier le code]

  • Dans son roman « Voyage à Laputa » (1727), l'écrivain Jonathan Swift indique, cent cinquante ans avant la découverte de Asaph Hall, l'existence des deux satellites de Mars et il donne même leur période de rotation et leur distance par rapport à la planète.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://webservices.esa.int/blog/post/7/1387
  2. « Mars: Moons: Phobos », NASA Solar System Exploration,‎ September 30, 2003 (consulté le August 18, 2008)
  3. John S. Lewis, Physics and Chemistry of the Solar System, Elsevier Academic Press,‎ 2004 (ISBN 0-12-446744-X)
  4. « Mars: Moons: Phobos », NASA (consulté le 2 juillet 2007)
  5. « Porosity of Small Bodies and a Reassesment of Ida's Density » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-29
  6. « Close Inspection for Phobos », ESA,‎ 3 août 2006 (consulté le 2 juillet 2007)
  7. (en) Busch, Michael W.; Ostro, Steven J.; Benner, Lance A. M.; Giorgini, Jon D.; Magri, Christopher; Howell, Ellen S.; Nolan, Michael C.; Hine, Alice A.; Campbell, Donald B.; Shapiro, Irwin I.; Chandler, John F., « Arecibo Radar Observations of Phobos and Deimos », Icarus, vol. 186, no 2,‎ 02/2007, p. 581-584 (lien DOI?, résumé)
  8. (en) A. S. Rivkin, R. H. Brown, D. E. Trilling, J. F. Bell et J. H. Plassmann, « Near-Infrared Spectrophotometry of Phobos and Deimos », Icarus, vol. 156, no 1,‎ 03/2002, p. 64 (liens DOI? et Bibcode?).
  9. M.R. Showalter, D. P. Hamilton et P. D. Nicholson, « A deep search for Martian dust rings and inner moons using the Hubble Space Telescope », Planetary and Space Science, vol. 54,‎ 2006, p. 844–854 (lire en ligne [PDF])
  10. « Forgotten Moons: Phobos and Deimos Eat Mars' Dust », space.com,‎ 13 mars 2001 (consulté le 2 juillet 2007)
  11. « ESA closes in on the origin of Mars’ larger moon », ESA (consulté le 20 octobre 2008)
  12. Http://www.federalspace.ru/Doc1Show.asp?DocID=16
  13. ftp://ftp.imcce.fr/pub/iauwg/report8790.txt "1.4 Other observations"
  14. [1]
  15. J. B. Murray et al., « New Evidence on the Origin of Phobos’ Parallel Grooves from HRSC Mars Express » [PDF],‎ mars 2006 (consulté le 2 juillet 2007)
  16. A. Ivanov et M. Zolensky, « The Kaidun Meteorite: Where Did It Come From? » [PDF],‎ 2003 (consulté le 2 juillet 2007)
  17. « Categories for Naming Features on Planets and Satellites » (consulté le 29 mars 2013)
  18. « Phobos Nomenclature: Crater, craters » (consulté le 29 mars 2013)
  19. « Phobos Nomenclature: Dorsum, dorsa » (consulté le 29 mars 2013)
  20. B. K. Sharma, « Theoretical Formulation of the Phobos, moon of Mars, rate of altitudinal loss », arXiv,‎ 2008-05-10 (consulté le 2009-08-28)
  21. K. A. Holsapple, « Equilibrium Configurations of Solid Cohesionless Bodies », Icarus, vol. 154, no 2,‎ 12/2001, p. 432–448 (liens DOI? et Bibcode?).
  22. Press Release Images - NASA
  23. (en) Divers, « Notes: The Satellites of Mars », The Observatory, vol. 1,‎ 1877, p. 181-185 (résumé, lire en ligne)
  24. (en) Hall, Asaph, « Observations of the Satellites of Mars », Astronomische Nachrichten, vol. 91, no 2161,‎ 17/10/1877, p. 11/12-13/14 (résumé, lire en ligne)
  25. (en) Hall, Asaph, « Names of the Satellites of Mars », Astronomische Nachrichten, vol. 92, no 2187,‎ 14/03/1878, p. 47-48 (résumé, lire en ligne)
  26. I. S. Shklovsky, The Universe, Life, and Mind, Académie des Sciences de l'URSS,‎ 1962
  27. (en) —, « News and Comments: Phobos, Nature of Acceleration », Irish Astronomical Journal, vol. 6,‎ 09/1964, p. 281-283 (résumé)
  28. S. F. Singer, « Mars May have Orbiting Space Base, says White House Advisor », Astronautics,‎ février 1960.
  29. (en) « News and Comments: Phobos, Nature of Acceleration », Irish Astronomical Journal, vol. 6,‎ 03/1963, p. 40 (lien Bibcode?)
  30. (en) Singer, S. F., « On the Origin of the Martian Satellites Phobos and Deimos », Moon and Planets, A Session of the Seventh International Space Science Symposium held 10-18 May, 1966 in Vienna, vol. {{{4}}},‎ 1967, {{{5}}} (résumé)
  31. http://webservices.esa.int/blog/post/7/1085
  32. « Phobos flyby season starts again », ESA,‎ février 2010 (consulté le 17 février 2010)
  33. CNRS, « Une sonde russe emporte 6 expériences françaises vers Phobos, une lune de Mars », CNRS,‎ 7 novembre 2011 (consulté le 8 novembre 2011)
  34. J. Amos, « Martian moon 'could be key test' », BBC News,‎ 9 février 2007 (consulté le 2 juillet 2007)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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