Archéologie sous-marine

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Relevé archéologique sous-marin

L'archéologie sous-marine est un domaine de l'archéologie caractérisé par la recherche et l'étude des vestiges se trouvant sous la mer. Elle se distingue de l'archéologie subaquatique, pratiquée dans les eaux intérieures.

Particularités[modifier | modifier le code]

L'archéologie sous-marine a pour but d'inventorier, d'identifier ou d'étudier par la fouille les sites archéologiques sous-marins. Généralement, les fouilles sont précédées d'un sondage pour mesurer l'importance du site et en identifier les données principales.

L'archéologie sous-marine permet de mettre au jour et d'étudier des vestiges fossilisés dans des conditions idéales de préservation.

Sauf en cas de pillage, un navire qui a sombré livre une cargaison intacte. Aucune autre source documentaire ne permet de reconstituer aussi précisément les courants d'échanges de l'Antiquité ou des périodes plus récentes.

Le patrimoine culturel qui se trouve dans les fonds marins est protégé par la Convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique de l'UNESCO. Cette convention vise à aider les états parties à mieux protéger leur patrimoine culturel immergé grâce à un cadre juridique international[1].

Historique[modifier | modifier le code]

La chasse aux trésors[modifier | modifier le code]

Le site d'Atlit Yam

La première phase importante de l'histoire de l'archéologie sous-marine (1930-1943), née au début du XIXe siècle avec l'apparition des scaphandres pieds lourds et des premiers engins sous-marins, est caractérisée par le prélèvement de trésors trouvés dans les épaves afin de nourrir les collections publiques ou privées, notamment sur les côtes italiennes et françaises[2].

Atlit Yam, ancien village englouti au large d'Israël, reste à ce jour le plus ancien site (daté entre 6 900 et 6 300 av JC et découvert par l'archéologue Ehud Galili) connu en archéologique sous-marine[3].

L'épave de Mahdia[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Épave de Mahdia.

L'épave de Mahdia est un site archéologique sous-marin découvert à six kilomètres au large de la ville tunisienne de Mahdia. Il abrite un navire grec échoué là, suite à une tempête au Ier siècle av. J.-C.. Alerté par des pêcheurs d'éponge sur la présence de vestiges, c'est Alfred Merlin, alors à la tête du service des antiquités et arts de la Régence, qui initia les fouilles sous-marines en 1907.

L'archéologie scientifique[modifier | modifier le code]

À l'instar de l'archéologie terrestre, l'archéologie sous-marine a progressivement acquis un caractère plus scientifique, avec la mise en œuvre des techniques du carroyage systématique du terrain ou des relevés et de photos sous-marines.

La seconde phase de l'archéologie sous-marine (1943 - 1995) est liée au développement du scaphandre autonome du commandant Yves le Prieur en 1937, scaphandre perfectionné en 1943 par Jacques-Yves Cousteau et l'ingénieur Émile Gagnan qui le dotent d'un détendeur automatique[4]. Cousteau a vulgarisé la plongée sous-marine et l'accès aux épaves en Méditerranée. Il relate ses fouilles sur la galère de Mahdia en 1948[5] et surtout au Grand-Congloué à partir de 1952, avec l'archéologue Fernand Benoit qui pose pour la France à cette occasion les bases de l'archéologie subaquatique, suivant l'exemple qu'a donné en Italie Nino Lamboglia (it) au début des années 1950[6].

La troisième phase de l'archéologie sous-marine depuis 1995 correspond à l'avènement de la robotique sous-marine[7].

La Convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique adoptée par l'UNESCO en 2001 apporte un instrument juridique pour lutter au niveau international contre l’augmentation des pillages, de la destruction et de l’exploitation commerciale du patrimoine subaquatique.

En France[modifier | modifier le code]

Le DRASSM et le CNRAS[modifier | modifier le code]

Créée par arrêté du 30 septembre 1966 par André Malraux, alors ministre des affaires culturelles, pour exercer sur le littoral français les compétences des Services régionaux de l'archéologie, la Direction des recherches archéologiques sous-marines est devenue le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) le 4 janvier 1996[8]. Ce service national de la Sous-direction de l'archéologie (Direction du patrimoine, ministère de la Culture) a pour vocation de gérer le patrimoine archéologique subaquatique et sous-marin. Il est chargé de la réglementation sur les recherches et découvertes archéologiques sous-marines et de la mise en œuvre de la loi sur les biens culturels maritimes. Ses missions incluent l'expertise, la protection, l'inventaire des biens culturels maritimes, la réalisation de recherches et d'études, la diffusion des connaissances par des publications ou des expositions. Le domaine d'intervention est particulièrement vaste puisqu'il longe plus de 10 000 km de côtes, dont 5 533 pour la métropole qui compte 25 à 25 000 gisements (épaves, sites ennoyés) recensés selon des sources historiques. Il s'étend du rivage jusqu'à 12 milles marins, soit un peu plus de 22 km ; le tout représente une surface de plus de 11 millions de km2, ce qui correspond au deuxième domaine maritime mondial après les États-Unis : sur les 3 millions d'épaves recensées dans le monde selon l'UNESCO, la France en compte 150 à 200 000. Moins d'un millier d'entre elles renfermeraient assez d'objets de valeur pour rentabiliser leur renflouement et selon certains experts 1 million se situeraient dans la Manche[9],[10].

Le Centre national de recherches archéologiques subaquatiques (CNRAS) a été créé par arrêté du 23 janvier 1980 pour intervenir en matière d'archéologie dans le domaine immergé intérieur (milieu où l’exploration ne peut être menée à bien que par recours à la plongée) ou dans le domaine humide.

Le milieu dans lequel les interventions archéologiques du DRASSM et du CNRAS se déroulent - domaine maritime, eaux intérieures - induit une technicité spécifique. La plongée en particulier présente des impératifs primordiaux liés à la sécurité des personnes. Le regroupement de ces deux services relevant de la Sous-direction de l’archéologie sous une direction unique a contribué à optimiser les ressources humaines et matérielles à l’œuvre.

Les autres acteurs[modifier | modifier le code]

Différentes associations se consacrent à la recherche et la mise en valeur des biens culturels maritimes:

C’est le cas de la Société d’Études en Archéologie Subaquatique –S.E.A.S.- une O.N.G. à but non lucratif active depuis 15 ans et déclarée d’Intérêt Général. SEAS développe conjointement avec son Centre d’Études en Archéologie Nautique – C.E.A.N. un programme d'activités archéologiques dont les deux volets sont

1) la formation aux techniques et aux méthodes de l’archéologie nautique (un cursus de la Nautical Archaeology Society – N.A.S. officiellement reconnue par l’UNESCO pour lequel SEAS a été agréé) (Site WEB : www.archeo-seas.org)

2) la recherche, développée à travers deux programmes  : Le premier baptisé « De Mediterrania Maritimae » concerne l’étude d’épaves de la période de la Renaissance en Méditerranée. Deux projets d’étude sont actuellement menés  : la fouille de l’épave de la Mortella III (Saint-Florent, XVIe siècles), l’étude de l’épave du Rocciu I (Iles-Rousse, XVIe siècle). Le second, « De Hispania Maritimae », concerne l’étude de la navigation espagnole à l’époque coloniale dont un des volets est l’étude de la navigation dans l’espace maritime de la Mer du Sud représenté par la fouille archéologique de l’épave de la Punta Lobería dans l’Ile de Robinson Crusoe au Chili.

Actif depuis plus de 30 ans le Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN) a réalisé des fouilles importantes : Lomellina un navire génois coulé en 1516 en rade de Villefranche, Slava Rossii un vaisseau russe coulé sur l'île du Levant en 1780, Magenta coulé en 1875 en rade de Toulon, sous couvert d'une association créée à cet effet, fouille de l'Alabama coulé devant Cherbourg en 1864, dernièrement fouille de l'Utile, un navire de la compagnie des Indes coulé en 1761 et de l'installation à terre des naufragés sur l'île de Tromelin (Océan Indien). Cette association est non seulement active dans les DOM-TOM : Antilles (inventaire du patrimoine sous-marin de la Martinique), Polynésie française (fouille de l'épave du Francisco Alvarez, un voilier chilien coulé à Mangareva (Iles Gambier) en 1867 et fouille du site polynésien de la passe de Tupaparau à Moorea, mais aussi à l'étranger (Sénégal, Trinidad-et-Tobago, Égypte, Algérie, Malte, Chili)(site www;archeonavale.org)

Anne et Jean-Pierre Joncheray contribuent à l'enrichissement des connaissances par les nombreuses fouilles qu'ils ont réalisées depuis plus de 30 ans, notamment sur les sites du Dramont à Saint-Raphaël et sur les très rares épaves médiévales de Cannes et d'Agay.

Revue spécialisée[modifier | modifier le code]

Pour les francophones, la collection Archaeonautica (14 numéros, 106 contributions, 1977-1998) a été créée en 1977 par le CNRS et le Ministère de la Culture (par Bernard Liou). C'est le CNRS Édition qui la publie, avec un secrétariat de rédaction assuré par le Centre Camille Jullian. La période couverte va de la Préhistoire à l’époque moderne, incluant l'archéologie maritime et navale, ainsi que l'histoire maritime et économique[11]. Créés en 1972 par Jean-Pierre JONCHERAY, les "Cahiers d'archéologie subaquatique" sont la seule revue maritime qui édite des articles exhaustifs, relatifs à l'archéologie, antique, médiévale, et postmédiévale.

Fouilles sous-marines[modifier | modifier le code]

L'épave de Mahdia[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Épave de Mahdia.

L'épave de Mahdia est un site archéologique sous-marin découvert à six kilomètres au large de la ville tunisienne de Mahdia. Il abrite un navire grec échoué là, suite à une tempête au Ier siècle av. J.-C.

Le SS Republic[modifier | modifier le code]

Le SS Republic est un bateau américain à vapeur, avec deux roues à aube, qui a sombré en 1865 à la suite d'une tempête, dans l'océan Atlantique, au large de la Géorgie. Sur les 92 passagers, 25 sont morts noyés. D'abord appelé SS Tennessee, le navire a servi pendant la guerre de Sécession, puis a été rendu à des services civils. En 1865, il relie New York à La Nouvelle-Orléans avec une cargaison de pièces d'or estimée à 400 000 $ de l'époque.

Grâce à l'engin téléguidé Zeus embarqué sur le navire de recherche Odyssey, le SS Republic a été identifié à 160 km au sud-est de Savannah. Des pièces d'or de 10 et 20 $ ont été remontées à la surface ; une seule de ces pièces en bon état peut valoir jusqu’à 450 000 $ aujourd'hui. Plus de 50 000 pièces de 50 cents en argent ont été retrouvées, dont certaines étaient frappées à La Nouvelle-Orléans (une telle pièce vaut 100 000 $ aujourd'hui).

L'Épave du Titanic[modifier | modifier le code]

L'épave du Titanic, paquebot de la White Star Line, repose par près de 3 821 mètres de fond dans l'Atlantique Nord à quelques kilomètres de l'endroit où il a sombré le 15 avril 1912 à 2 h 20 du matin. Objet de fantasmes depuis la catastrophe, l'épave est recherchée pendant de nombreuses années. Des projets plus ou moins sérieux sont échafaudés pour tenter de renflouer le navire, mais n'aboutissent pas. Les premières recherches sérieuses débutent à la fin des années 1970 à l'instigation du milliardaire Jack Grimm, mais l'épave reste introuvable. Elle est finalement découverte le 1er septembre 1985 par Robert Duane Ballard dans le cadre d'une mission secrète pour la marine américaine. De nombreuses expéditions s'ensuivent de 1986 à 2010.

L'épave repose en deux parties séparées par un vaste champ de débris. Si la partie avant est relativement bien conservée, la partie arrière est pour sa part disloquée. Au cours des expéditions, nombre d'objets du navire sont remontés à la surface et restaurés. Ces remontées, que certains qualifient de pillages, créent de vives polémiques. Cependant, ces pièces ne peuvent théoriquement être cédées qu'à des musées, à l'exception des morceaux de charbon, vendus comme souvenirs. L'épave est également explorée par le réalisateur James Cameron dans le cadre du tournage de son film Titanic. En 2003, le cinéaste produit un documentaire sur celle-ci, Les Fantômes du Titanic.

Le navire se désagrège progressivement, rongé par les micro-organismes qui peuplent les fonds marins. Les plongées ont également un impact sur son état. Les scientifiques pensent donc qu'elle aura disparu entre 2025 et 2050.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. UNESCO, Protection du patrimoine culturel subaquatique [1]
  2. Archéologie sous-marine sur les côtes de France, Musées du Château des ducs de Bretagne,‎ 1985, p. 33
  3. Yanick Villedieu, 10 000 ans sous les mers, émission Les Années lumière, 10 mars 2013
  4. Christian Buchet, Sous la mer, Presses Paris Sorbonne,‎ 2001, p. 318
  5. Carnet de plongée, film coréalisé avec Marcel Ichac.
  6. Jacques Alex Pierre Stevens, Encyclopédie Prisma du monde sous-marin, Éd. Prisma,‎ 1957, p. 140
  7. Christian Buchet, op. cité, p. 317
  8. Journal officiel du 11 janvier 1996.
  9. Michel L'Hour, De l'Archéonaute à l'André Malraux : portraits intimes et histoires secrètes de l'archéologie des mondes engloutis, Actes Sud / Groupement de recherches archéologiques subaquatiques,‎ 2012, 288 p. (ISBN 2330002114)
  10. Fabrice Node-Langlois, « Les écumeurs d'épaves », sur liberation.fr,‎ 20 juin 1995
  11. collection Archaeonautica, accessible en ligne pour 106 contributions (de 1977 à 1998)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bass, G.F., 1966, Archaeology under water.
  • Bass, G.F., 1972, A history of seafaring based on the Underwater Archaeology, Londres.
  • Benoit, F., 1961, Fouilles sous-marines : l'épave du Grand Congloué à Marseille, supplément à Gallia 14.
  • Blodt, J.-Y., 1999, Underwater archaeology.
  • collectif, 2003, Le patrimoine culturel subaquatique, Histoires sous l’eau, Icomos nouvelles, vol. 12, no 1, avril 2003.
  • Frost, H., 1963, Under the Mediterranean: Marine Antiquities.
  • Gianfrotta, P.A., Pomey, P., 1981, Archeologia subacquea, storia, tecniche, scoperte e relitti.
  • Joncheray, A. et J.-P., 2006, L'archéologie sous marine, FFESSM.
  • Joncheray, A. et J.-P., 2003, Cahiers d'archéologie subaquatique, I à XX.
  • Maniscalco, F., 1999, Mare Nostrum. Fondamenti di archeologia subacquea.
  • Maniscalco, F. (éd.), 2004, Protection, conservation and valorization of underwater cultural patrimony.
  • Saujot, C. 2007, Le droit français de l'archéologie, éd. Cujas.
  • Trockmorton, P., 1977, Marine Archaeology.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :