Archéologie sous-marine

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Relevé archéologique sous-marin

L'archéologie sous-marine est un domaine de l'archéologie caractérisé par l'étude des vestiges se trouvant sous la mer. Elle se distingue, en France, de l'archéologie subaquatique, pratiquée dans les eaux douces (fleuves, rivières, lacs).

Particularités[modifier | modifier le code]

Au-delà de la spécificité de son milieu d'intervention - sous les eaux - qui implique une adaptation des méthodes d'investigation et de recherche, elle s'inscrit dans un champs scientifique plus vaste, celui de l'archéologie maritime et littorale, et regroupe plusieurs spécialités telles que l'archéologie du commerce et des échanges, l'archéologie navale, l'archéologie portuaire. Comme l'archéologie terrestre, elle fait appel à de nombreuses spécialités scientifiques connexes comme les sciences paléo-environnementales (géo-archéologie, dendro-chronologie, xylologie, palynologie, malacologie, céramologie, archéométrie, etc.).

L'archéologie sous-marine permet de mettre au jour et d'étudier des vestiges fossilisés dans des conditions souvent idéales de préservation.

Sauf en cas de pillage, un navire qui a sombré livre une cargaison intacte. Aucune autre source documentaire ne permet de reconstituer aussi précisément les courants d'échanges de l'Antiquité ou des périodes plus récentes.

Le patrimoine culturel qui se trouve dans les fonds marins est protégé par la Convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique de l'UNESCO. Cette convention vise à aider les états parties à mieux protéger leur patrimoine culturel immergé grâce à un cadre juridique international[1].

Historique[modifier | modifier le code]

La chasse aux trésors[modifier | modifier le code]

Le site d'Atlit Yam

La première phase importante de l'histoire de l'archéologie sous-marine (1900-1943), née au début du XIXe siècle avec l'apparition des scaphandres pieds lourds et des premiers engins sous-marins, est caractérisée par le prélèvement de trésors trouvés dans les épaves afin de nourrir les collections publiques ou privées, notamment sur les côtes italiennes et françaises[2].

La naissance de l'archéologie sous-marine scientifique[modifier | modifier le code]

À l'instar de l'archéologie terrestre, l'archéologie sous-marine a progressivement acquis un caractère plus scientifique, avec la mise en œuvre d'une méthodologie spécifique de recherche, de mise en œuvre des opérations de prospection, de sondage, de fouilles, de documentation et de publication.

La première phase de développement scientifique de l'archéologie sous-marine (1943 - 1995) est liée au développement du scaphandre autonome du commandant Yves le Prieur en 1937, scaphandre perfectionné en 1943 par Jacques-Yves Cousteau et l'ingénieur Émile Gagnan qui le dotent d'un détendeur automatique[3]. Cousteau a vulgarisé la plongée sous-marine et l'accès aux épaves en Méditerranée. Il relate ses fouilles sur la galère de Mahdia en 1948[4] et surtout au Grand-Congloué à partir de 1952, avec l'archéologue Fernand Benoit qui pose pour la France à cette occasion les bases de l'archéologie subaquatique, suivant l'exemple qu'a donné en Italie Nino Lamboglia (it) au début des années 1950[5].

La troisième phase de l'archéologie sous-marine depuis 1995 correspond au développement de la robotique sous-marine[6].

La Convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique adoptée par l'UNESCO en 2001 apporte un instrument juridique pour lutter au niveau international contre l’augmentation des pillages, de la destruction et de l’exploitation commerciale du patrimoine subaquatique. La France a ratifié la Convention de l'Unesco en février 2013.

En France[modifier | modifier le code]

Le DRASSM[modifier | modifier le code]

Créée par arrêté du 30 septembre 1966 par André Malraux, alors ministre des affaires culturelles, pour exercer sur l'ensemble des littoraux français les compétences des Services régionaux de l'archéologie, la Direction des Recherches Archéologiques Sous-Marines (DRASM). En 1996[7], ce service devient le Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines (DRASSM) en intégrant le CNRAS (Centre national de recherches archéologiques subaquatiques) alors chargé de l'archéologie dans les eaux douces. Ce service à compétence nationale de la Direction Générale des Patrimoines (ministère de la Culture et de la Communication) a pour mission d'inventorier, d'étudier et de protéger le patrimoine archéologique subaquatique et sous-marin. Il est chargé du suivi scientifique des recherches et découvertes archéologiques sous-marines et de la mise en œuvre de la loi sur les biens culturels maritimes. Ses missions incluent l'expertise, la protection, l'inventaire des biens culturels maritimes, la réalisation de recherches et d'études, la diffusion des connaissances par des publications ou des expositions. Le domaine d'intervention est particulièrement vaste puisqu'il longe plus de 10 000 km de côtes, dont 5 533 pour la métropole qui compte 25 à 25 000 gisements (épaves, sites ennoyés) recensés selon des sources historiques. Il s'étend à l'ensemble des eaux sous-juridiction française, du rivage à la Zone Economique Exclusive ; le tout représentant une superficie de plus de 11 millions de km2, ce qui correspond au deuxième domaine maritime mondial après les États-Unis : sur les 3 millions d'épaves recensées dans le monde selon l'UNESCO, la France en compte 150 à 200 000.

Le Drassm, pour assurer sa mission d'inventaire, d'expertise et de recherche, dispose de moyens opérationnels. De 1967 à 2005, le navire support des opérations du Drassm a été l'Archéonaute, bâtiment de 30 mètres de long dédié à l'archéologie sous-marine. Depuis 2012, son successeur est un navire de 36 m de long baptisé André Malraux en l'honneur du fondateur du Drassm.

Les autres acteurs de l'archéologie sous-marine française[modifier | modifier le code]

Les acteurs institutionnels

L'archéologie des sites sous-marins, qui s’inscrit dans le champs scientifique, plus large, de l'archéologie maritime et littorale, est une spécialité exercée par quelques unités de recherche du CNRS et de l'Université. Le Centre Camille Jullian (Aix-Marseille Université, CNRS) et le Centre d'Etude Alexandrine (unité du CNRS, basée à Alexandrie) sont les deux principales institutions françaises de recherche disposant d'équipes opérationnelles, spécialisées en archéologie navale, en archéologie portuaire et en archéologie du commerce et des échanges maritimes en Méditerranée. Le centre C. Jullian est un acteur historique du développement de l'archéologie sous-marine en France avec la réalisation de fouilles sous-marines dès les années 1970 (ex. de l'épave de la Madrague de Giens). Le Centre d'Etudes Alexandrines, créé en 1990, a notamment mis en œuvre durant de longues années les fouilles du site du Phare d'Alexandrie.

Pour être à même de prendre en charge les opérations d'archéologie préventive en contexte immergé, l'Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (Inrap) s'est doté depuis 2011 d'une "cellule subaquatique".

Les organismes privés

Différentes associations se consacrent à la recherche et la mise en valeur des biens culturels maritimes:

C’est le cas de la Société d’Études en Archéologie Subaquatique –S.E.A.S.- une O.N.G. à but non lucratif active depuis 15 ans et déclarée d’Intérêt Général. SEAS développe conjointement avec son Centre d’Études en Archéologie Nautique – C.E.A.N. un programme d'activités archéologiques dont les deux volets sont

1) la formation aux techniques et aux méthodes de l’archéologie nautique (un cursus de la Nautical Archaeology Society – N.A.S. officiellement reconnue par l’UNESCO pour lequel SEAS a été agréé) (Site WEB : www.archeo-seas.org)

2) la recherche, développée à travers deux programmes  : Le premier baptisé « De Mediterrania Maritimae » concerne l’étude d’épaves de la période de la Renaissance en Méditerranée. Deux projets d’étude sont actuellement menés  : la fouille de l’épave de la Mortella III (Saint-Florent, XVIe siècles), l’étude de l’épave du Rocciu I (Iles-Rousse, XVIe siècle). Le second, « De Hispania Maritimae », concerne l’étude de la navigation espagnole à l’époque coloniale dont un des volets est l’étude de la navigation dans l’espace maritime de la Mer du Sud représenté par la fouille archéologique de l’épave de la Punta Lobería dans l’Ile de Robinson Crusoe au Chili.

Actif depuis plus de 30 ans le Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN) a réalisé des fouilles importantes : Lomellina un navire génois coulé en 1516 en rade de Villefranche, Slava Rossii un vaisseau russe coulé sur l'île du Levant en 1780, Magenta coulé en 1875 en rade de Toulon, sous couvert d'une association créée à cet effet, fouille de l'Alabama coulé devant Cherbourg en 1864, dernièrement fouille de l'Utile, un navire de la compagnie des Indes coulé en 1761 et de l'installation à terre des naufragés sur l'île de Tromelin (Océan Indien). Cette association est non seulement active dans les DOM-TOM : Antilles (inventaire du patrimoine sous-marin de la Martinique), Polynésie française (fouille de l'épave du Francisco Alvarez, un voilier chilien coulé à Mangareva (Iles Gambier) en 1867 et fouille du site polynésien de la passe de Tupaparau à Moorea, mais aussi à l'étranger (Sénégal, Trinidad-et-Tobago, Égypte, Algérie, Malte, Chili)(site www;archeonavale.org)

Anne et Jean-Pierre Joncheray contribuent à l'enrichissement des connaissances par les nombreuses fouilles qu'ils ont réalisées depuis plus de 30 ans, notamment sur les sites du Dramont à Saint-Raphaël et sur les très rares épaves médiévales de Cannes et d'Agay.

Revue spécialisée[modifier | modifier le code]

Pour les francophones, la collection Archaeonautica a été créée en 1977 par le CNRS et le Ministère de la Culture (par Bernard Liou). C'est le CNRS Édition qui la publie, avec un comité de rédaction assuré par le Centre Camille Jullian. La période couverte va de la Préhistoire à l’époque moderne, incluant l'archéologie maritime et navale, ainsi que l'histoire maritime et économique[8]. Créés en 1972 par Jean-Pierre JONCHERAY, les Cahiers d'archéologie subaquatique éditent des articles exhaustifs, relatifs à l'archéologie, antique, médiévale, et postmédiévale.

Fouilles sous-marines[modifier | modifier le code]

Techniques et procédés[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. UNESCO, Protection du patrimoine culturel subaquatique [1]
  2. Archéologie sous-marine sur les côtes de France, Musées du Château des ducs de Bretagne,‎ 1985, p. 33
  3. Christian Buchet, Sous la mer, Presses Paris Sorbonne,‎ 2001, p. 318
  4. Carnet de plongée, film coréalisé avec Marcel Ichac.
  5. Jacques Alex Pierre Stevens, Encyclopédie Prisma du monde sous-marin, Éd. Prisma,‎ 1957, p. 140
  6. Christian Buchet, op. cité, p. 317
  7. Journal officiel du 11 janvier 1996.
  8. collection Archaeonautica, accessible en ligne pour 106 contributions (de 1977 à 1998)
  9. Principes de fonctionnement et usages : lance Galeazzi et lance à eau

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bass, G.F., 1966, Archaeology under water.
  • Bass, G.F., 1972, A history of seafaring based on the Underwater Archaeology, Londres.
  • Benoit, F., 1961, Fouilles sous-marines : l'épave du Grand Congloué à Marseille, supplément à Gallia 14.
  • Blodt, J.-Y., 1999, Underwater archaeology.
  • collectif, 2003, Le patrimoine culturel subaquatique, Histoires sous l’eau, Icomos nouvelles, vol. 12, no 1, avril 2003.
  • Frost, H., 1963, Under the Mediterranean: Marine Antiquities.
  • Gianfrotta, P.A., Pomey, P., 1981, Archeologia subacquea, storia, tecniche, scoperte e relitti.
  • Joncheray, A. et J.-P., 2006, L'archéologie sous marine, FFESSM.
  • Joncheray, A. et J.-P., 2003, Cahiers d'archéologie subaquatique, I à XX.
  • Maniscalco, F., 1999, Mare Nostrum. Fondamenti di archeologia subacquea.
  • Maniscalco, F. (éd.), 2004, Protection, conservation and valorization of underwater cultural patrimony.
  • Saujot, C. 2007, Le droit français de l'archéologie, éd. Cujas.
  • Trockmorton, P., 1977, Marine Archaeology.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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