Alfred Sauvy

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Alfred Sauvy

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Alfred Sauvy, directeur de l'INED, par Erling Mandelmann (1983).

Biographie
Naissance 31 octobre 1898
Villeneuve-de-la-Raho (Pyrénées-Orientales)
Décès 30 octobre 1990 (à 91 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de France Français
Thématique
Formation École polytechnique (1920)
Titres Directeur de l'INED
Approche statistiques, économétrie
Travaux théorie du déversement

Alfred Sauvy, né à Villeneuve-de-la-Raho (Pyrénées-Orientales) le 31 octobre 1898 et mort à Paris le 30 octobre 1990, est un économiste, démographe et sociologue français.

Inlassable dénonciateur des phénomènes de dénatalité et de vieillissement, il est aussi connu pour sa théorie du déversement et la création de l'expression « Tiers Monde ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Alfred Sauvy naît dans une famille de propriétaires terriens originaire de l'Hérault et établie en Roussillon depuis le milieu du XIXe siècle. Il compte parmi ses ancêtres Louis Ribes, qui fut député des Pyrénées-Orientales à l'Assemblée législative. Son grand-père, Alfred Sauvy, fut conseiller général des Pyrénées-Orientales et son autre grand-père, le général Tisseyre (1838-1937), commandant du XVIIe corps d'armée. Un cousin de son père, Eugène Sauvy, est maire de Perpignan entre 1904 et 1907.

Études[modifier | modifier le code]

Il fait ses études secondaires au Lycée François-Arago à Perpignan puis au Collège Stanislas de Paris. Mobilisé, il prend part à la fin de la Première Guerre mondiale. Puis il entre à l'École polytechnique (X 1920S) et à la Statistique générale de la France (SGF). Il fréquente les milieux du théâtre et de la presse, se lie avec Tristan Bernard, rédige des critiques théâtrales, des grilles de mots croisés et de petits scénarios pour ses coéquipiers de rugby, parmi lesquels Jacques Tati.

Le démographe nataliste[modifier | modifier le code]

Disciple de Maurice Halbwachs, il adhère aux thèses natalistes d'Adolphe Landry. Sous le Front populaire, il est membre du cabinet de Charles Spinasse (ministre de l'Économie nationale du gouvernement Blum). Il est ensuite, sous le gouvernement Daladier (1938), conseiller du ministre des Finances Paul Reynaud, qui sous ses recommandation supprimera la semaine de 40 heures instituée par Léon Blum, passant la durée de travail à 41.5 heures. S'il rend hommage à Blun pour sa politique de dévaluation, il qualifiera en revanche la semaine de 40 heures comme un contre sens économique« bloquant une économie en pleine reprise qui est l'acte le plus dommageable commis depuis la révocation de l’Édit de Nantes»[1], une erreur si immense « que nous n’osons pas encore la reconnaître, tant il est malséant de s’en prendre à un progrès social[2]. Il dénoncera toute sa vie le malthusianisme, qui recommande la dénatalité et le partage du travail ».

Sous le régime de Vichy, le Service de la Démographie de René Carmille absorbe la SGF, le 11 octobre 1941 ; l'ensemble prend le nom de « Service national des Statistiques » (SNS), dont le siège est à Lyon, en zone libre. Mais Sauvy reste à Paris et fait partie du « Conseil d'études économiques » créé en mai 1941 sous la présidence d'Yves Bouthillier, secrétaire d'État à l'Économie nationale et aux Finances, ainsi que du Comité d'études pour la France.

Il est également conseiller technique au département de biosociologie de la Fondation Carrel et, selon l'historienne controversée Annie Lacroix-Riz, il fut membre de la Synarchie avant 1939[3].

Directeur de l'INED[modifier | modifier le code]

En 1943, il publie Richesse et population, où il plaide pour une politique nataliste et contre toute forme de protectionnisme corporatif ou syndical. Nommé directeur de l'INED (Institut National des Études Démographiques) à la création de cet organisme (1945), il en fait un établissement de recherche multidisciplinaire. Il le dirige jusqu'en 1962, en y attirant de brillants collaborateurs. Il reste directeur de la revue Population jusqu'en 1975.

Dans un article paru dans l’Observateur le 14 août 1952, il fut le premier à parler de tiers monde, en référence au tiers état de Sieyès :

« Car enfin ce Tiers Monde ignoré, exploité, méprisé comme le tiers état, veut, lui aussi, être quelque chose ».

Auteur de l'expression, il la désavoue à la fin de sa vie :

« Que l'on permette au créateur de l'expression tiers-monde, il y a déjà près de quarante ans, de la répudier, tant elle fait oublier la diversité croissante des cas. Englober dans le même terme les pays d'Afrique noire et « les quatre dragons » ne peut mener bien loin[4]. »

Alfred Sauvy collabore activement à L'Express de Jean-Jacques Servan-Schreiber, et conseille le gouvernement de Pierre Mendès France (1954).

Professeur au Collège de France[modifier | modifier le code]

Alfred Sauvy, par Erling Mandelmann, (1983)

Alfred Sauvy est nommé au Collège de France en 1962. Soucieux d'informer le grand public, il envisage un bulletin synthétique mensuel d'information de l'INED (quatre pages), Population & Sociétés, qui sera mis en place en 1968 par son successeur, Jean Bourgeois-Pichat, et qui contribuera à redresser quelques idées reçues, sur la dénatalité ou le vieillissement.

En économie, il est reconnu pour avoir formulé la théorie du déversement qui explique les migrations de la population active du secteur primaire vers le secteur secondaire, et ensuite vers le secteur tertiaire.

Témoin de son temps, il participe à la connaissance de l'histoire économique de la France : il y consacre un épais ouvrage portant sur l'entre-deux-guerres, publié en 1965.

Esprit indépendant et engagé[modifier | modifier le code]

Alfred Sauvy jouissait auprès de ses contemporains d'une indéniable autorité personnelle : il fait valoir et réaffirme inlassablement ses thèses dans de nombreux ouvrages et poursuit jusqu'à un âge avancé une carrière de journaliste : dans les colonnes du journal Monde et du magazine économique L'Expansion, Il fait état de son désaccord fréquent avec les décisions des dirigeants politiques français, prises selon lui à trop courte vue. Il n'était pas dénué d'humour, et en 1939, au cours d'un dîner avec Paul Reynaud, interrogé sur la situation économique, il répondit en parodiant le sonnet d'Arvers : "La crise a son secret, la bourse a son mystère | Le Trésor, cet été, n'en a presque rien perçu"[5].

Citations[modifier | modifier le code]

Sauvy est l'auteur :

  • de l'expression tiers monde (en 1952) ;
  • de « Bien informés, les hommes sont des citoyens ; mal informés, ils deviennent des sujets[6]. »
  • de « les chiffres sont des êtres fragiles qui, à force d'être torturés, finissent par avouer tout ce qu'on veut leur faire dire[7]. »

Ouvrages d'Alfred Sauvy[modifier | modifier le code]

  • 1943 La prévision économique – Paris : PUF, 128 p. (Que sais-je? no 112)
  • 1943 Richesse et population – Paris : Payot, 318 p.
  • 1949 Le pouvoir et l'opinion – Paris : Payot, 188 p.
  • 1952-1954 Théorie générale de la population (2 vol.) – Paris : PUF, 370 p. et 397 p.
  • 1956 La bureaucratie – Paris : PUF, 128 p. (Que sais-je? no 712)
  • 1957 La nature sociale – Paris : Librairie Armand Colin, 302 p.
  • 1958 De Malthus à Mao-Tsé-Toung – Paris : Denoël, 303 p.
  • 1959 La montée des jeunes – Paris : Calmann-Lévy, 264 p.
  • 1961 Les limites de la vie humaine– Paris : Hachette, 135p. (Collection Les Grands Problèmes)
  • 1963 Malthus et les deux Marx – Paris : Denoël, 367 p.
  • 1965 Histoire économique de la France entre les deux guerres (3 vol.) – Paris : Fayard, 566 p., 627 p. et 467 p.; réédition revue : Economica, Paris, 1984, (3 vol., 422 p., 439 p., 476 p.
  • 1965 Mythologie de notre temps – Paris : Payot, 300 p.
  • 1968 Les Quatre roues de la fortune, essai sur l'automobile – Paris : Flammarion, 251 p.
  • 1970 La révolte des jeunes – Paris : Calmann-Lévy, 272 p.
  • 1973 Croissance zéro? – Paris : Calmann-Lévy, 331 p.
  • 1975 La fin des riches - Paris : Calmann-Lévy, 295 p.
  • 1976 L'Économie du diable. Chômage et inflation – Paris : Calmann-Lévy, 247 p.
  • 1976 Éléments de démographie – Paris : PUF, 393 p. (Collection Thémis -Sciences sociales)
  • 1977 Coût et valeur de la vie humaine – Paris : Hermann, 210 p.
  • 1979 Le coq, l'autruche et le bouc... émissaire - Paris : Grasset, 193 p.
  • 1980 La machine et le chômage : les progrès techniques et l'emploi – Paris : Dunod/Bordas, 320 p.
  • 1984 Le travail noir et l'économie de demain – Paris : Calmann-Lévy, 304 p.
  • 1985 De la rumeur à l'histoire – Paris : Dunod, 304 p.
  • 1987 L'Europe submergée : Sud-Nord dans 30 ans – Paris : Dunod, 279 p. (ISBN 978-2-04-016472-0)
  • 1986 La France Ridée avec Gérard-François Dumont, J. Legrand, Pierre Chaunu, Paris : Hachette Littératures
  • 1990 La terre et les hommes : le monde où il va, le monde d'où il vient – Paris : Economica, 187 p.

Prix Alfred Sauvy ; Association Alfred Sauvy[modifier | modifier le code]

Créé en 1999, le Prix Alfred Sauvy (valeur : 10 000 €) récompense une entreprise créative catalane située dans le département des Pyrénées-Orientales.

Créée en 2012 par Gérard-François Dumont, l'Association Alfred Sauvy[8] a pour objectif l'étude, la diffusion et le prolongement de l’œuvre d'Alfred Sauvy.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alfred Sauvy. Histoire économique de la France entre les deux guerres, cité et commenté par Le Nail Philippe dans Politique étrangère 1984 Volume 49 Numéro 2 pp.454-456
  2. Histoire économique de la France entre les deux guerres
  3. Annie Lacroix-Riz, De Munich à Vichy, A. Colin, 2008, p. 48 et p. 387.
  4. in Le Monde, 14/02/89
  5. Pierre Delville, article de 1982
  6. « Bien informés, les hommes sont des citoyens ; mal informés ils deviennent des sujets. », sur http://www.linternaute.com/ (consulté le 4 mars 2013)
  7. « L'Europe face à l'Afrique noire : du choc démographique au choc des civilisations. »
  8. Association A Sauvy

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]