Robert Debré

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Robert Debré, né à Sedan (Ardennes) le 7 décembre 1882 et mort au Kremlin-Bicêtre le 29 avril 1978, est un médecin français, considéré comme l'un des fondateurs de la pédiatrie moderne.

Biographie[modifier | modifier le code]

L’hôpital Robert-Debré à Paris.
Plaque apposée au no 5 de la rue de la l'Université où Robert Debré vécut de 1926 à 1978.

Robert Debré est né à Sedan (Ardennes) le 7 décembre 1882. Il est issu d’une famille de rabbins alsaciens émigrés après la guerre franco prussienne de 1870. Son père Simon Debré (1854-1939) est écrivain, linguiste et talmudiste renommé, rabbin à Sedan de 1880 à 1888, puis grand rabbin à Neuilly-sur-Seine, et auteur d'un livre sur « L'humour judéo-alsacien »[1].

Ayant débuté à la Sorbonne des études de philosophie, il les abandonne après la licence pour se consacrer à la médecine. Il se marie le 4 août 1908, à Paris, avec Jeanne Debat-Ponsan (1879-1929). Jeanne Debat-Ponsan est la fille du peintre Édouard Debat-Ponsan, et l'une des premières femmes à être reçue au concours de l'internat de médecine[2],[3]. Il est mobilisé en 1914 comme médecin-lieutenant dans un régiment d'artillerie[4].

Les grandes étapes de son parcours professionnel[modifier | modifier le code]

Il est interne à 24 ans, et médecin des hôpitaux à 39. Il devient la même année chef de service à l'hôpital Bretonneau, à Paris, puis dans les années 1930 à l'hôpital des Enfants malades, toujours à Paris, ayant clairement choisi d'être un « médecin d'enfants »[5].

En décembre 1940, à la suite de l'occupation allemande et à la mise en application des lois antisémites, il se voit interdire de continuer à pratiquer. Sans qu'il n'y ait de protestations très apparentes, la solidarité des milieux universitaires et médicaux jouent à plein en sa faveur pour qu'il obtienne une dérogation. Le doyen de la faculté de médecine et le Secrétaire général à la Santé le tiennent discrètement informé des démarches menées en sa faveur. L'argumentation de cette dérogation met en avant son expertise, notamment sur la méningite cérébro-spinale, la rougeole, la diphtérie et la tuberculose. Un des avis, bien que favorable, note cependant que le professeur Debré est considéré comme ayant exercé une influence favorable au Front populaire au sein des milieux médicaux. Le 5 janvier 1941, le maréchal Pétain signe la dérogation, mais elle met plusieurs mois à être publiée au Journal Officiel et n'est applicable que mi-juillet 1941[5]. À la rentrée universitaire de 1941, il est élu, à l'unanimité de ses pairs, à la chaire de Clinique de médecine infantile à l’hôpital des Enfants malades. Son statut reste précaire. Proclamant à la fois sa fidélité au judaïsme et à l'État français, il croit jusqu'au printemps 1941 à un double jeu du maréchal, mais ses illusions se dissipent. Fin 1942, accompagné de Clovis Vincent et de Louis Pasteur Vallery-Radot, il rencontre secrètement le colonel Remy, agent secret de la France libre en territoire occupé, sur la création d'un service clandestin de médecine et de chirurgie pour la Résistance intérieure française[6].

Il est aussi en relation avec d'autres milieux de la résistance et fournit aux Éditions de Minuit le moyen de démarrer[7].

Il refuse à partir de 1943 de porter l'étoile jaune, sans disposer de dispense. Il commence également à participer aux actions médicales au sein de la Résistance intérieure, via le Front national, sans adhérer pour autant au parti communiste qui pilote ce mouvement[5]. Le groupe du Front national auquel il appartient, outre un appui médical à la Résistance, formule en 1944 des propositions de réformes hospitalo-universitaires qui seront reprises bien des années plus tard, dans les ordonnances du 11 et 30 décembre 1958[5], par le gouvernement français (un gouvernement auquel appartient son fils, Michel Debré). Robert Debré s'emploie à cacher des enfants échappés des rafles, dans sa maison de Touraine. Il abrite également un atelier de fabrication de faux papiers à l’hôpital des Enfants malades. Il échappe à une arrestation, avec Frédéric Joliot-Curie et Louis Pasteur Vallery-Radot, et est contraint à la clandestinité. En août 1944, il participe à la Libération de Paris, en liaison avec le colonel Rol-Tanguy, et soigne les blessés[8].

De 1946 à 1964, Robert Debré est le président de l'Institut national d'hygiène (futur INSERM), se mobilisant pour le renouveau et l'essor d'une politique d'hygiène et de santé publique en France, même si, au sein du milieu hospitalier, il est devenu l'archétype du grand mandarin[9].

Le 11 juillet 1956, il épouse en secondes noces Élisabeth de La Panouse, fille de Sabine de Wendel, membre de la famille de Wendel avec laquelle il entretenait une relation étroite au moins depuis les années de l'occupation (elle avait participé à la Résistance et avait choisi comme pseudonyme Dexia)[7].

Ses apports et sa postérité[modifier | modifier le code]

Le nom de Robert Debré est associé à la création des Centres hospitaliers universitaires (CHU) avec la réforme hospitalo-universitaire de 1958, réforme qu'il avait proposée dans les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, lorsque le mouvement de Résistance auquel il appartenait préparait la Libération de la France[5]. Cette réforme consacre une double appartenance du corps médical dans ces établissements, hospitalière et universitaire avec trois responsabilités : soin, enseignement et recherche.

Membre de l'Académie nationale de médecine dès 1933, il a été élu membre de l'Académie des sciences en 1961.

Son ouvrage de pédiatrie, Traité de pathologie infantile, écrit en collaboration avec Paul Rohmer et paru en 1946, a fait autorité pour toute une génération de médecins. Il est souvent considéré comme le père de la pédiatrie française moderne, voire européenne[10],[9]. Il était à la fois le collègue et l'ami des professeurs Jean Quénu, Paul Rohmer (1876-1977) et Albert Besson (1896-1965). Il fut président de l'Union française pour le sauvetage de l'enfance en 1955.

Il fit sa dernière allocution publique le 1er novembre 1976, alors âgé de 94 ans, à la cérémonie du centenaire de Paul Rohmer au grand amphithéâtre de la faculté de médecine de Strasbourg.

Un hôpital dans le 19e arrondissement de Paris (l’hôpital Robert-Debré), conçu par l'architecte Pierre Riboulet, porte son nom, ainsi que le CHU de Reims, le pôle enfant du CHU d'Angers, l'hôpital d'Amboise (Indre-et-Loire), et le grand amphithéâtre de la Faculté de Médecine et Pharmacie de Poitiers.

Robert Debré est le père de :

Il est notamment le grand-père de :

Il est également l'oncle de Laurent Schwartz (mathématicien), premier médaillé Fields français.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Traité de pathologie infantile, avec Paul Rohmer, 2 vol., 1946
  • L'Honneur de vivre, autobiographie, Hermann et Stock, 1974

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice consacrée à Simon Debré sur le site du judaïsme d’Alsace et de Lorraine
  2. Jean Cortot, « Notice sur la vie et travaux de M. Olivier Debré (1920-1999) », notice lue à l'occasion de son installation comme membre de la Section Peinture de l'Académie des Beaux-Arts, 11 décembre 2002
  3. Ruffié 2005
  4. « Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences »,‎ 1982
  5. a, b, c, d et e Prost 1997, p. 161-166
  6. colonel Remy, Le livre du courage et de la peur : Juin 1942-novembre 1943, Aux Trois Couleurs,‎ 1946, p. 197
  7. a et b Debré 2009.
  8. Dewaele et Haguette 2013, p. 84.
  9. a et b Martineaud 2006
  10. Voir le site du CHU R. Debré Paris [1] et l'interview du docteur Lyonnel Rossant sur RCF [2]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]