Origine des roumanophones

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L’origine des roumanophones et même leur définition actuelle sont sujets à controverse dans les sciences historiques, humaines et linguistiques, les controverses découlant de deux problématiques :

  • la politique depuis le XIXe siècle, qui oriente et instrumentalise les recherches en fonction des enjeux liés à l’émergence de l’État roumain et aux oppositions suscitées par cette émergence dans les empires voisins, notamment habsbourgeois et russe, produisant des théories contradictoires et une profusion de sources biaisées ;
  • la méthodologie historique, qui, si on s’en tient exclusivement aux sources écrites (rares et sujettes à interprétations entre le IVe siècle et le XIIIe siècle), produit l’« illusion documentaire » d’une « disparition durant mille ans » des locuteurs des langues romanes orientales suivie d’une « mystérieuse réapparition ».

Le résultat de ces controverses est qu’à quelques exceptions près[1], la plupart des ouvrages historiques actuels pour le grand public omettent de mentionner l’existence de ce groupe linguistique entre la fin de l’Empire romain et l’émergence de la Roumanie moderne ; les plus sérieux mentionnent parfois l’existence des principautés médiévales de Moldavie et Valachie. Toutefois l’existence, la structure et le lexique de la langue roumaine ainsi que la répartition géographique des romanophones en Europe du Sud-Est, rendent absurde la réfutation du lien linguistique de ces locuteurs avec les populations romanisées par l’Empire romain dans la péninsule des Balkans et le bassin du bas-Danube[2] : c’est pour cela que les controverses portent surtout sur l’étendue des territoires où leur évolution s’est déroulée[3]. Faisant fi du nomadisme pastoral qui, de l’avis général des historiens, des ethnologues et des linguistes, fut jusqu’à la fin du Moyen Âge une occupation essentielle des romanophones orientaux[4], ces controverses opposent des aires d’évolution tantôt très étendues allant de la Moravie à l’Ukraine et à la Grèce[5], tantôt très restreintes, localisées par exemple uniquement dans l’actuel județ de Teleorman en Valachie centrale[6].

En bleu, la Dacie romaine, en rouge foncé les régions occupées par les « Daces libres ».
La Ligne Jireček (du nom de Konstantin Jireček qui l'a déterminée) montre les zones de romanisation (au nord) et d'hellénisation (au sud) des Thraces, qui confirment qu'une migration à partir du sud ne pouvait se produire, car les Thraces du sud étaient hellénisés et non romanisés.
Dans l'imaginaire des Roumains, les ressemblances entre Daces antiques et ancêtres du XIXe siècle nourrissent la certitude d'une « continuité autochtone ».
Un cocher valaque dessiné par D. Lancelot au milieu du XIXe siècle (la légende de l'image le désigne comme « paysan mâle »).
L'évolution des langues romanes orientales parmi les autres langues d'Europe du Sud-Est, avec les trois phases de la formation, de la cohabitation et de la séparation.
Selon les études linguistiques sur l'origine du roumain et de l'albanais, la romanisation des Daces et des Thraces s'est faite à cheval sur le bas-Danube, et celle des Illyriens en Dalmatie, en deux processus séparés qui ont donné au IVe siècle d'un côté les Dalmates (zone rose) et de l'autre les Proto-Roumains qui, au IXe siècle se sont séparés en Aroumains (petite zone violette) et en Dacoroumains (grande zone violette), tandis que les Daces non-romanisés (Carpes : zones bleues) migrèrent vers la péninsule des Balkans lors des invasions des Goths, des Huns et des Gépides, devenant les ancêtres des Albanais (zone orange), ce qui expliquerait le lexique commun au roumain et à l'albanais.
Vatra străromână (l'aire d'origine du proto-roumain) d'après Mircea Cociu : Spațiul etnic românesc, ed. Militară, Bucarest 1993, (ISBN 973-32-0367-X), se référant aux études de Jireček, Petrović, Popp, Pușcariu et Rosetti.
Illustrant la version le plus extrême des thèses migrationnistes nord-sud, cette carte yougoslave n'admet comme unique foyer des langues romanes orientales (en vert) que le Sud de la Transylvanie, en dépit de la toponymie et des chroniques.
Les roumanophones (« îlots valaques ») en Europe en 850, d'après Anne Le Fur : cette carte fait la synthèse des positions scientifiques actuelles.
Les Valaques en Europe orientale en 1020, carte de Ferdinand Lot.
Les chemins traditionnels de transhumance des Valaques.
L'aire de répartition des roumanophones au nord du Danube avant le XIIIe siècle.
Le roumain comme langue officielle en 2011, seul ou avec d'autres langues.

Définition d’un roumanophone[modifier | modifier le code]

Selon le Droit du sol, un Roumain est un citoyen de la Roumanie, roumanophone ou non. Un roumanophone est un locuteur du roumain, citoyen de la Roumanie ou non. C’est l’ensemble « roumanophone » (terme forgé par les ethnologues et les linguistes) qui fait l’objet de cet article.

Développement de la conscience de former un même groupe[modifier | modifier le code]

Avant de devenir explicite, la conscience de former un même groupe parmi les roumanophones était implicite et liée à la legea strămoșescă (λеџѣ стръмошѩскѣ, « droit ancestral », en latin jus valachicum ou « droit valaque ») qui fixait les droits, devoirs, privilèges et spécificités juridiques des communautés valaques initialement pastorales de l’Europe centrale et orientale médiévale, dirigées par des joupans et des boyards. Dans ces régions, le terme « valaque » désignait initialement les communautés romanophones de ces régions, appelées « Valachies »[7], mais depuis l’installation parmi elles de « Sklavinies » slaves à partir du VIe siècle, qui a abouti à la slavisation linguistique d’une partie de ces communautés pastorales, le terme « valaque » a fini par désigner indistinctement tout berger orthodoxe au XVIIIe siècle, qu’il soit romanophone (cas majoritaire en Hongrie orientale et en Transylvanie) ou slavophone (cas majoritaire dans les Balkans)[8],[9],[10],[11].

Pour autant, ce terme de « valaque » n’était qu’un exonyme (nom donné par les non-roumanophones) ; l'endonyme « Roumain » (par lequel les roumanophones se désignaient eux-mêmes) est explicitement attesté au XVIe siècle, alors que des humanistes italiens rendent compte de leurs voyages en Transylvanie, Valachie et Moldavie. Ainsi, Tranquillo Andronico écrit en 1534 que les Roumains (Valachi) « s’appellent eux-mêmes Romains »[12]. En 1532 Francesco della Valle accompagnant le gouverneur Aloisio Gritti à travers la Transylvanie, Valachie et Moldavie note que les « Roumains » ont préservé leur nom de « Romains » et qu'« ils s’appellent eux-mêmes Roumains dans leur langue ». Il cite même une phrase en roumain : « Sti rominest ? » (« sais-tu roumain ? », en roumain : știi românește ?)[13], Ferrante Capeci écrit vers 1575 que les habitants de ces provinces s’appellent eux-mêmes Roumains (Romanesci)[14], tandis que Pierre Lescalopier remarque en 1574 que « Tout ce pays la Wallachie et Moldavie et la plupart de la Transilvanie a esté peuplée des colonies romaines du temps de Trajan l’empereur… Ceux du pays se disent vrais successeurs des Romains et nomment leur parler romanechte, c’est-à-dire romain… »[15]

D’autres témoignages sur le nom que les roumanophones se donnaient eux-mêmes, viennent des intellectuels ayant connu de très près ou vécu parmi eux. Ainsi le Saxon transylvain Johann Lebel note en 1542 que les Roumains se désignent eux-mêmes sous le nom de « Romuini »[16], alors que le chroniqueur polonais Orichovius (Stanislaw Orzechowski) observe en 1554 qu’ «en leur langue les Roumains s’appellent Romin, selon les Romains et Valaques en polonais, d’après les Italiens»[17], le Croate Antonio Veranzio remarque vers 1570 que les Roumains vivant en Transylvanie, Moldavie et Valachie se nomment eux-mêmes Romains (Roumains)[18] et le hongrois transylvain Martinus Szent-Ivany cite en 1699 les expressions roumaines: « Sie noi sentem Rumeni » (« nous aussi, nous sommes roumains », en roumain : Și noi suntem români) et « Noi sentem di sange Rumena » (« nous sommes de sang roumain », en roumain : Noi suntem de sânge român)[19].

Les documents historiques présentent deux graphies du mot « roumain » : « român » et « rumân ». Durant plusieurs siècles, les deux formes coexistent et sont employées d’une manière interchangeable, parfois dans le même document[20].

Au Moyen Âge, qui pour les roumanophones est l’« âge pastoral », la dénomination ethnolinguistique rumân/român signifiait aussi « roturier ». En effet, l’aristocratie des pays à majorité roumanophone (joupans, cnèzes, boyards, voïvodes, hospodars et autres comtes, ducs et princes) était soit d’origine étrangère (surtout en Transylvanie, et selon les périodes en Moldavie, Valachie et Dobrogée, notamment à l’époque phanariote), soit de culture étrangère (slavonne au début, magyare ou hellénique ensuite, française au « siècle des Lumières »). Pendant le XVIIe siècle, lorsque l’institution du servage connaît une extension significative, « roturier » revêt de plus en plus le sens de « serf ». Dans un processus de différenciation sémantique pendant les XVIIe et XVIIIe siècles, la forme « rumân », probablement plus commune parmi les paysans, finit par identifier le sens de « serf », tandis que la forme « român » garda son sens ethnolinguistique[21]. Après l’abolition du servage par le Prince Constantin Mavrocordato en 1746, le mot « rumân », restant sans objet socio-économique disparaît graduellement alors que la forme « român », « românesc » s’établit définitivement[22].

Le nom de la Valachie, est en roumain est Țara Românească (anciennement aussi Țara Rumânească), ce qui signifie pays roumain. Le plus ancien document connu en roumain attestant la dénomination « Pays roumain » est une lettre qu’un Neacșu écrit en 1521 au maire de Brașov pour le mettre en garde contre les mouvements des Ottomans au sud du Danube. Dans ce texte roumain, la principauté nommée par les étrangers « Valachie » est appelée « Pays roumain » (Țara Românească). Comme dans le cas de l’ethnonyme « roumain », la graphie du nom du pays n’est pas encore fixée, jusqu’au début du XIXe siècle les textes présentant les deux formes : Țara Românească et Țara Rumânească.

En Transylvanie, après l’échec de la jacquerie de Bobâlna en 1438 et la constitution de l’« Union des trois nations », le jus valachicum disparaît progressivement et les joupans et boyards roumains n’ont que trois issues : s’intégrer à la noblesse hongroise en passant au catholicisme et à la langue magyare (grofia), s’exiler en Moldavie ou Valachie (descălecarea), ou perdre tous leurs droits et tomber en servitude (iobăgia)[23]. Ce phénomène va accélerer une prise de conscience explicite de former un même groupe relié par la langue, même si dans l’Empire des Habsbourg, les « statuts des Valaques » (latin : statuta Valachorum) promulgués en 1630, concernaient tous les régiments de garde-frontières, les pandoures et les fermiers orthodoxes des « Confins militaires » qu’ils fussent roumanophones ou non[24], ainsi que des communautés pastorales, initialement orthodoxes et de langues roumaine et ruthène, vivant dans les Carpates et finalement passées au catholicisme et, le plus souvent, aux langues polonaise, tchèque ou ukrainienne (comme les Gorales, les Moravalaques et les Houtsoules)[25],[26].

L’Empire des Habsbourg absorbe la Transylvanie en 1699. Dans ce pays, au XVIIe siècle, lors de la mise en place des « Confins militaires » habsbourgeois, seul le comté de Fogaras et quelques joupanats comme Almaj, Amlaș, Gurghiu, Lăpuș, Năsăud, Zărnești ou les pays des Motses et d’Oaș étaient encore régis par le jus valachicum, mais à ce moment la conscience commune s’était déjà constituée et c’est pourquoi les Valaques transylvains réclament en 1784 son rétablissement sous une forme actualisée, et se révoltent. Cette révolte échoue et les dernières traces de jus valachicum disparaissent, mais sont relayées par les statuts des Valaques de la Transylvanie militaire, qui disparaissent à leur tour en 1867 en même temps que la Grande-Principauté transylvaine[27], alors totalement intégrée au royaume de Hongrie. La conscience commune des roumanophones commence alors à intégrer alors de revendications sociales voire territoriales sur le « territoire ethnolinguistique roumain ». Parmi les premières références explicites à un « territoire ethnolinguistique roumain » comprenant la Valachie, la Moldavie et la Transylvanie on trouve l’ouvrage « De la nation des Moldaves » du chroniqueur Miron Costin au XVIIe siècle[28].

Au XVIIIe siècle, le prince érudit Dimitrie Cantemir désigne d’une manière systématique les trois principautés habitées par les roumanophones (La Moldavie, La Transylvanie et la Valachie) sous le nom de « Pays roumain » (Țara Românească)[29]. Le nom « Roumanie » (România) dans son acception moderne apparaît pour la première fois dans un ouvrage datant de 1816 publié à Leipzig, de l’érudit grec Dimitrios Daniel Philippidès[30]. Il semble que le nom était déjà entré dans le langage courant au début du XIXe, puisque sur la pierre tombale de Gheorghe Lazăr à Avrig en 1823 on peut lire De même que Jésus a ressuscité Lazare, toi, tu as réveillé la Roumanie[31]. En français, le journal Mercure de France de emploie pour la première fois l’expression « Valachie ou pays roumain » lorsqu’il présente le texte de la Constitution octroyée par le prince Constantin Mavrocordato en 1746. Mais ce sont Émile Ollivier, Edgar Quinet et Élisée Reclus qui imposeront définitivement en français courant, le nom de « Roumains » pour les roumanophones, à la place de « Valaques », de « Moldaves » et de leurs variantes (Moldovanes, Moldovans, Moldo-valaques, Wallachiens, Vélaces, Volokhs, Vlaques, Koutsovlaques, Zinzares...), dans un contexte où la France soutenait la constitution d’un « État tampon » et « tête-de-pont » francophile entre l’Autriche-Hongrie, la Russie et l’Empire ottoman. Après la généralisation de « Roumains » à l’international, l’exonyme « Valaques » (devenu parfois péjoratif, notamment en hongrois et dans les langues slaves du sud) a servi à désigner plus spécifiquement les romanophones vivant en Serbie, Bulgarie, Albanie, Macédoine et Grèce, et notamment les Aroumains.

Combattue par les empires austro-hongrois et russe, la conscience de former un même groupe s’est progressivement généralisée au long du XIXe siècle chez l’ensemble des roumanophones, sous l’influence des instituteurs, des enseignants et des prêtres, qui promouvaient l’existence d’un État roumain unitaire. Une fois celui-ci réalisé, cette conscience fut contestée et considérée comme une expression de l’« impérialisme roumain » par les Soviétiques, et à leur suite par les autorités post-soviétiques, qui ont imposé le terme « Moldaves » pour les Roumains de l’ex-URSS et pour leur langue.

Construction de la Roumanie et début des controverses[modifier | modifier le code]

Les controverses sont apparues à partir du moment où les historiens autrichiens ont commencé à justifier l’annexion des provinces roumaines (Olténie et Bucovine) et où les roumanophones ont cherché à légitimer par l’histoire leurs aspirations et revendications. Celles-ci ont fini par se cristalliser dans l’aspiration de vivre ensemble au sein d’un même État, la Roumanie, à former à partir des principautés de Moldavie et de Valachie (unies en 1859) mais aussi à partir des provinces à majorité roumanophone des Empires voisins : Dobrogée turque, Bessarabie russe, Transylvanie et Bucovine austro-hongroises. Les historiens de ces empires ont réagi, contesté les arguments des historiens roumains, et la controverse s’est poursuivie après que la Roumanie a obtenu satisfaction en 1918 à l’issue de la Première Guerre mondiale (qu’elle fit aux côtés de l’Entente franco-britannique), car les États issus de la désagrégation de l’Autriche-Hongrie (Hongrie) ou de la Russie (URSS) ont contesté les gains de la Roumanie et revendiqué les territoires dont elle s’était agrandie. L’URSS à son tour a eu gain de cause en 1940 (ainsi que la Hongrie, mais seulement pour une partie de ses revendications, et seulement pour quatre ans), ce qui n’a fait qu’alimenter les controverses jusqu’à nos jours, d’autant que si les États modernes n’ont plus de revendications territoriales, il n’en est pas de même de l’ensemble des opinions.

Controverse sur la définition[modifier | modifier le code]

La définition même d’un roumanophone est sujette à deux controverses, l’une linguistique, l’autre politique :

  • linguistiquement, si l’on considère que les quatre langages est-latins sont quatre langues à part entière (position de G. Giuglea, Alexandru Graur, Florin Constantiniu, Ion Coteanu, Neagu Djuvara...) un « roumanophone » est seulement un locuteur de la langue daco-roumaine, et cela en exclut les Aroumains, les Istro-roumains et les Mégléniotes ; en revanche, si l’on considère qu’il s’agit de quatre dialectes d’une même langue (position de la plupart des historiens et linguistes roumains) cela les inclut ;
  • politiquement, l’émergence de la République de Moldavie lors de la division de l’URSS n’a pas abouti, comme dans les pays baltes, à une sortie de la sphère d’influence de la Russie ni à une intégration dans l’Union européenne : les russophones y sont toujours très influents, et leur partis[32] ont promulgué une constitution qui, par son article 13, rejette officiellement l’appartenance des latinophones de Moldavie à l’ensemble roumanophone, bien que l’Académie des sciences moldave admette que « le moldave et le roumain sont analogues »[33] et que la Cour constitutionnelle ait jugé en 2013 que la dénomination de « roumain », figurant dans la déclaration d'indépendance du pays, prime sur celle de « moldave »[34]. Dans ce pays, si un citoyen autochtone s'identifie comme « roumain », il s’exclut de la communauté nationale et est considéré comme issu d’une minorité ethnique. Cela a pour effet de diviser les Moldaves en deux groupes : ceux de Roumanie, qui peuvent s’identifier à la fois comme « Moldaves » et « Roumains », et ceux de l’ex-URSS, qui doivent choisir de s’identifier soit comme « Moldaves », soit « Roumains » (mais dans le second cas, les autorités les considèrent comme une minorité dans leur propre pays).

Controverses sur la zone géographique d’origine des roumanophones[modifier | modifier le code]

L’endroit où l’ethnogenèse des roumanophones eut lieu (vatra străromână) est lui-même sujet à controverses, dues au fait qu’entre la romanisation des Thraces/Daces et la première mention par le chroniqueur byzantin Kedrenos, au XIe siècle, du terme « Valaque », les sources écrites n’apportent pas d’information claire sur ce sujet. En fait, on ne les appelait tout simplement pas encore « Valaques », car, pour les auteurs byzantins, ils étaient, comme les hellénophones, et les albanophones, inclus dans le terme générique de Ῥωμαίοι (« Romains ») donné à tous les habitants aborigènes de l’ancienne Ῥωμανία (l’Empire)[35]. Ce contexte a favorisé l’émergence d’hypothèses fantaisistes et non-documentées pouvant être groupées en deux catégories :

  • la première catégorie, initiée par Eduard Robert Rössler[36] développant les théories de Franz Josef Sulzer, Josef Karl Eder et Johann Christian von Engel, délégitime les revendications des roumanophones d’Autriche-Hongrie et a été largement adoptée par l’historiographie des empires et des pays voisins de la Roumanie ayant des contentieux territoriaux avec elle, mais aussi par de nombreuses sources germanophones et anglophones[37] ; elle relève de la méthode hypercritique concernant les arguments des historiens roumains, et de l’interprétation littérale de la pénurie de sources anciennes, selon l’axiome « Absence de preuve égale preuve d’absence », pour conclure que les roumanophones ne sont pas apparus avant le XIIe siècle au plus tôt : comme une telle apparition semble inexplicable, des spéculations comme l’immigration tardive à partir de l’Italie, via la thalassocratie génoise, ont été avancées[38] ;
  • la seconde catégorie, en réaction à la première et initiée par Bogdan Petriceicu Hasdeu dans son livre Etymologicum magnum Romaniae, mais popularisée par l’historien Nicolae Densușianu dans sa Dacie préhistorique, relève d’une approche protochroniste et décrit sans la moindre preuve une « civilisation préhistorique pélasgique » allant de l’Atlantique à l’Oural, dont l’actuelle Roumanie aurait été le centre, qui serait à l’origine du latin (compté comme un dialecte dace), et dont le roumain serait la langue la mieux conservée jusqu’à nos jours sur une continuité de cinq millénaires.

Dans la réalité, les « Valaques » ne descendent pas plus des « Pélasges » (mot grec ancien très polysémique) que des Centaures, ils n’ont pas pu apparaître par « génération spontanée » au XIIe siècle, et aucune donnée scientifique ne corrobore l’hypothèse de Vladimir Jirinovski (qui n’est ni linguiste, ni historien) selon laquelle les roumanophones proviendraient d’un « mélange de colons italiens venus sur les nefs génoises et de Tziganes danubiens, qui a envahi des terres appartenant légitimement à la Bulgarie, à la Hongrie et à la Russie »[39]... Par conséquent, quelles que soient les controverses, le fait que les langues romanes orientales existent aujourd’hui implique que les formes anciennes de ces langues ont existé dans la région avant l’arrivée des Avars, des Slaves, des Bulgares et des Magyars, même si l’archéologie ou la toponymie sont discutées, et même s’il n’y a que très peu de mentions écrites (passages de Théophylacte Simocatta et de Théophane le Confesseur). La thèse a été soutenue par Édouard Sayous[40]

Autochtonisme[modifier | modifier le code]

La plupart des historiens situent le foyer paléo-roumain (roum. vatra străromână) au nord de la ligne Jireček, c’est-à-dire en Dacie (Banat, Olténie, Transylvanie, Munténie), en Mésie (actuelles Serbie et Bulgarie du nord) ou bien en Scythie mineure. C’est le cas de Theodor Capidan, A.D. Xenopol et Nicolae Iorga, qui ont pensé que la différenciation linguistique ultérieure en quatre dialectes ou langues :

  • le daco-roumain (appelé roumain en Roumanie, et moldave en République de Moldavie) dans le bassin du bas-Danube,
  • l’aroumain et ultérieurement le mégléno-roumain le long de la ligne Jireček, au contact direct de la langue grecque,
  • l’istro-roumain à l'ouest de ces zones (avec une migration ultérieure jusqu'en Istrie)

...s’est effectuée sur place, par séparation progressive des Proto-Roumains depuis l’installation des Slaves, dans une continuité romane de l’Est, similaire à la continuité gallo-romaine, et par un processus de différenciation similaire à celui qui a donné en France les langues d’oïl et d’oc, sans autres migrations que celles, marginales, des Istro-roumains vers l’Ouest, des Valaques de Moravie vers le Nord et des Valaques de Thessalie vers le Sud.

Cette thèse plurigénétique de la continuité daco-romano-roumaine[41] est contestée en Roumanie même, où elle n’est diffusée ni dans les ouvrages scolaires ni dans ceux de vulgarisation, où seule domine la thèse monogénétique d’une migration à partir de la Roumanie. Les historiens qui défendent la thèse plurigénétique, tels Florin Constantiniu, soulignent que les seules migrations de romanophones historiquement attestées, sont celles liées aux suites de la longue et sanglante guerre opposant l’empereur byzantin Basile II à la Bulgarie entre 975 et 1018. Il s’agit :

  • d’une part, d’un échange de populations qui, selon le chroniqueur byzantin Ioannis Skylitzès, eut lieu entre l’Empire byzantin et le royaume slave de Grande-Moravie en 976 : une partie des Serbes de la Serbie blanche, dont les descendants actuels sont les Sorabes de l’Allemagne orientale, seraient alors venus s’installer dans le bassin d’un affluent du Danube, le Margos, qu’ils nommèrent Morava, tandis que les Valaques de cette région, ayant résisté à l’empereur Basile II qui avait confisqué leurs terres, seraient partis s’installer en Moravie septentrionale, où ils auraient formé la « Valachie morave »[42]. Mais sur place, en Moravie, il n’y a ni mention écrite, ni preuve archéologique d’une telle immigration, et surtout, sur le plan linguistique, le dialecte aujourd’hui slave des Valaques de Moravie, mélange des langues slovaque et tchèque, comprend un lexique latin d’origine daco-roumaine lié au pastoralisme[43]. C’est pourquoi les spécialistes tchèques[44] pensent que les Valaques chassés de la vallée de la Margos comme le rapporte Skylitzès, ont plus probablement rejoint leurs congénères du Banat, de la Crișana et de Transylvanie[45], d’où sont partis bien plus tard, du XVe siècle au XVIIe siècle, les groupes de bergers roumains installés en Moravie orientale ;
  • et d’autre part, de la fuite des Valaques de Bulgarie occidentale vers la Thessalie qui est alors appelée, pour un temps, la « Grande Valachie » (Μεγάλη Βλαχία) par les auteurs byzantins[46].

Migrationnisme[modifier | modifier le code]

Il existe deux théories antithétiques, aussi bien migrationnistes que monogénétiques :

  • Au XIXe siècle, l’historiographie hongroise et germanique qui conteste l’ancienneté des Roumains en Transylvanie, et l’historiographie soviétique et russe qui conteste l’ancienneté des roumanophones en Bessarabie (aujourd’hui République de Moldavie), affirment que le Proto-roumain n’était parlé initialement qu’au Sud du Danube, d’où les ancêtres des Roumains auraient immigré tardivement en Transylvanie et en Moldavie (théorie d’Édouard Robert Rössler[47]). Les historiens hongrois du XIXe siècle soutiennent majoritairement cette thèse migrationniste, qui leur permet d’affirmer que la Transylvanie n’était pas encore habitée par les Roumains lorsque les Magyars arrivent en Europe centrale au Xe siècle ; au XXe siècle, l’académie hongroise soutient toujours officiellement cette thèse[48]. Les arguments du migrationnisme du sud vers le nord (dite théorie de Rössler) sont :
    • la courte période d’occupation romaine de la Dacie (juste 165 ans) ;
    • les Romains n’ont conquis en un premier temps qu’une partie de la Dacie (la Transylvanie, l’Olténie, le Banat, des parties de la Munténie, la Moldavie du Sud, la Serbie orientale et la Bulgarie septentrionale). En outre, beaucoup de Daces vivaient dans des régions reculées montagneuses, avec peu de contact avec les Romains ;
    • selon les historiens Eutrope (livre IX, 15), Flavius Vopiscus et Sextus Rufus, l’empereur Aurélien a retiré de Dacie non seulement les garnisons et l’administration, mais aussi la population romaine (reste à voir si cela inclut les Daces romanisés) ;
    • après le retrait des Romains, la tribu dace des Carpes, vivant en Moldavie, conquiert les zones abandonnées ;
    • très peu de documents écrits confirment que des populations latinophones vivent en Dacie durant la période intermédiaire entre le retrait romain et le Xe siècle ;
    • il n’existe aucune trace évidente d’influence germanique dans la langue roumaine, alors que, aux ve et VIe siècles, la Dacie est habitée par des tribus d'origine germanique.
  • En réaction contre cette thèse, certains historiens roumains, mais aussi la majorité des historiens serbes, macédoniens et bulgares (qui n’admettent pas que des populations romanes aient pu vivre dans leurs pays avant l’arrivée des Slaves malgré quatre à six siècles de présence romaine), affirment que ce sont au contraire les Valaques des Balkans qui ont tardivement migré, depuis la Roumanie actuelle, vers le Sud, et que le Proto-roumain n’a pu être parlé qu’au Nord du Danube. Selon cette thèse monogénétique (quasiment officielle en Roumanie) la conquête romaine de la Dacie en 106 a inauguré un processus de romanisation rapide et intense, les Daces adoptant le latin vulgaire des colons romains, vecteur de promotion sociale dans l’Empire, de la même façon que les Gaulois romanisés sont devenus gallo-romains pour les mêmes raisons. Cela permet aux historiens roumains d’affirmer que la Transylvanie a été habitée de façon continue par les ancêtres des Roumains actuels, et qu’il y ont fait preuve d’un tel dynamisme démographique, que leurs descendants sont descendus jusqu’en Grèce. Dans cette optique, les Valaques sud-danubiens descendent tous de bergers roumains venus des Carpates, mais cela heurte les thèses autochtonistes grecques selon lesquelles les Aroumains seraient en fait des Grecs latinisés. Les arguments de cette théorie migrationniste du nord vers le sud (dite théorie de l’origine dace) sont :
    • l’importante colonisation par les Romains en Dacie ;
    • les colons romains proviennent de différentes parties de l’Empire, et le latin vulgaire seul peut leur servir de langue véhiculaire, de la même façon que l’anglais s’est imposé aux États-Unis ;
    • les toponymes daces ont été conservés, par exemple le nom de plusieurs rivières (Danube: Danubius/Dunare ; Alutus-Olt; Samus-Someș, Maris-Mureș, Auraneus-Arieș, Porata/Pyretos-Prut), et le nom de certaines cités (Petrodava-Piatra Neamț, Abruttum-Abrud, Dava-Deva) ;
    • la ressemblance évidente entre les habits traditionnels roumains et les vêtements daces, comme le montre la Colonne Trajane ;
    • comme Trajan en 106, Constantin Ier a porté le titre de Dacicus Maximus en 336, longtemps après le retrait d’Aurélien en 270-275 ;
    • la population romaine de Dacie, si même elle s’est partiellement retirée, n’est pas allée bien loin, mais sur l’autre rive du Danube, en Dacie ripense, d’où elle a continué à commercer avec la rive nord (où les Romains exploitaient des salines et des orpaillages) comme en témoignent de nombreuses monnaies ;
    • de nombreux sites archéologiques au nord du Danube témoignent de l’usage du latin après le retrait impérial de 271 : des inscriptions (par exemple, « Ego Zenovius votum posui ») montrent que le latin vulgaire a pu servir de lingua franca aux commerçants, aux orpailleurs, aux sauniers, et entre les populations sédentaires (Daces romanisés ou non) et de passage (Gépides, Goths, Avars, Slaves, etc.) : en effet, le roumain présente des caractères linguistiques propres aux langues « pidgin », qu’il partage avec les autres langues balkaniques, aussi bien slaves qu’albanaise et grecque moderne.

En raison de ces controverses et incertitudes, les ouvrages historiques actuels tendent à occulter l’existence des langues romanes orientales entre la fin de l’Empire romain et l’émergence des principautés médiévales de Moldavie et Valachie (soit pendant plus d’un millénaire), ce qui est considéré comme absurde par la plupart des historiens roumains : dans une interview de 2008, l’historien Neagu Djuvara disait avec humour : « Les arguments des thèses antagonistes peuvent tous être contestés, mais ils ont le mérite d’exister, tandis qu’aucun fait archéologique et aucune source écrite n’étayent l’hypothèse d’une disparition pure et simple des roumanophones pendant mille ans, qu’ils se soient envolés avec les hirondelles pour migrer en Afrique, ou qu’ils soient allés hiberner avec les ours dans les grottes des Carpates ou des Balkans... »[49].

Lucien Musset écrit que la frontière de l'Empire romain, de la Souabe à la Transylvanie, doit être considérée comme un tout et que les parties plus occidentales furent germanisées et celles du centre submergées par l'invasion magyare et que se maintinrent seulement ceux de l'Est et du Sud. Leur survie est expliquée par l'extraordinaire fortune démographique des îlots latinophons de Transylvanie, alors que ceux des Balkans n'ont guère fait que dépérir lentement[50].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Sellier et André Sellier, Atlas des peuples d'Europe centrale, La Découverte, (ISBN 9782707152848), p. 12.
  2. Si les langues romanes orientales ne proviennent pas de la romanisation des langues paléo-balkaniques par l’Empire romain comme l’affirment unanimement les linguistes, alors seule l’hypothèse de Vladimir Jirinovski (qui n’est ni linguiste, ni historien) peut constituer une alternative : selon lui, les roumanophones proviendraient d’un « mélange de colons italiens venus sur les nefs génoises et de Tziganes danubiens, mélange qui a envahi des terres appartenant légitimement à la Bulgarie, à la Hongrie et à la Russie » : [1]
  3. Kristian Sandfeld, Linguistique balkanique: problèmes et résultats, É. Champion, .
  4. E. Petrović, cité par D. Macrea dans Probleme de lingvistică romînă, Bucarest 1961, p. 58-59.
  5. Carte de Ferdinand Lot sur [[File:F.Lot-2.jpg|]]
  6. Carte d'Euratlas.net sur [2]
  7. Alexandru Avram, Mircea Babeş, Lucian Badea, Mircea Petrescu-Dîmboviţa et Alexandru Vulpe (dir.), Istoria românilor : moştenirea timpurilor îndepărtate (« Histoire des Roumains : l'héritage des temps anciens ») vol.1, éd. Enciclopedică, Bucarest 2001, (ISBN 973-45-0382-0).
  8. (en) Vatro Murvar, The Balkan Vlachs: a typological study, University of Wisconsin--Madison, (lire en ligne), p. 20.
  9. (en) Alain Du Nay, André Du Nay et Árpád Kosztin, Transylvania and the Rumanians, Matthias Corvinus Publishing, (ISBN 978-1-882785-09-4, lire en ligne), p. 15.
  10. (en) Gordana Filipović, Kosovo--past and present, Review of International Affairs, (lire en ligne), p. 25.
  11. (hr) Andrej Cebotarev, « Review of Stećaks (Standing Tombstones) and Migrations of the Vlasi (Autochthonous Population) in Dalmatia and Southwestern Bosnia in the 14th and 15th Centuries », Croatian Institute of History, Zagreb, vol. 14, no 14,‎ , p. 323 (lire en ligne).
  12. « nunc se Romanos vocant » A. Verress, Acta et Epistolae, I, p. 243.
  13. « ...si dimandano in lingua loro Romei...se alcuno dimanda se sano parlare in la lingua valacca, dicono a questo in questo modo: Sti Rominest ? Che vol dire: Sai tu Romano... » Cl. Isopescu, Notizie intorno ai romeni nella letteratura geografica italiana del Cinquecento, in Bulletin de la Section Historique, XVI, 1929, p. 1- 90
  14. « Anzi essi si chiamano romanesci, e vogliono molti che erano mandati quì quei che erano dannati a cavar metalli... » in Maria Holban, Călători străini despre Țările Române, vol. II, p. 158-161.
  15. « Voyage fait par moy, Pierre Lescalopier l’an 1574 de Venise a Constantinople », fol. 48 in Paul Cernovodeanu, Studii și materiale de istorie medievală, IV, 1960, p. 444.
  16. « Ex Vlachi Valachi, Romanenses Italiani, /Quorum reliquae Romanensi lingua utuntur.../Solo Romanos nomine, sine re, repraesentantes./Ideirco vulgariter Romuini sunt appelanti », Ioannes Lebelius, De opido Thalmus, Carmen Istoricum, Cibinii, 1779, p. 11-12.
  17. « qui eorum lingua Romini ab Romanis, nostra Walachi, ab Italis appellantur » St. Orichovius, Annales polonici ab excessu Sigismundi, in I. Dlugossus, Historiae polonicae libri XII, col 1555
  18. « ...Valacchi, qui se Romanos nominant... » « Gens quae ear terras (Transsylvaniam, Moldaviam et Transalpinam) nostra aetate incolit, Valacchi sunt, eaque a Romania ducit originem, tametsi nomine longe alieno... » De situ Transsylvaniae, Moldaviae et Transaplinae, in Monumenta Hungariae Historica, Scriptores; II, Pesta, 1857, p. 120.
  19. « Valachos...dicunt enim communi modo loquendi: Sie noi sentem Rumeni: etiam nos sumus Romani. Item: Noi sentem di sange Rumena: Nos sumus de sanguine Romano » Martinus Szent-Ivany, Dissertatio Paralimpomenica rerum memorabilium Hungariae, Tyrnaviae, 1699, p. 39.
  20. « am scris aceste sfente cǎrți de învățături, sǎ fie popilor rumânesti... sǎ înțeleagǎ toți oamenii cine-s rumâni creștini » « Întrebare creștineascǎ » (1559), Bibliografia româneascǎ veche, IV, 1944, p. 6 « ...că văzum cum toate limbile au și înfluresc întru cuvintele slǎvite a lui Dumnezeu numai noi românii pre limbă nu avem. Pentru aceia cu mare muncǎ scoasem de limba jidǎveascǎ si greceascǎ si sârbeascǎ pre limba româneascǎ 5 cărți ale lui Moisi prorocul si patru cărți și le dăruim voo frați rumâni și le-au scris în cheltuială multǎ... și le-au dăruit voo fraților români... și le-au scris voo fraților români » Palia de la Orǎștie (1581 – 1582), Bucarest, 1968 «  În Țara Ardealului nu lăcuiesc numai unguri, ce și sași peste seamă de mulți și români peste tot locul... », Grigore Ureche, Letopisețul Țării Moldovei, p. 133-134.
  21. Stelian Brezeanu, Romanitatea Orientalǎ în Evul Mediu, Editura All Educational, București, 1999, p. 229-246.
  22. Dans son testament littéraire Ienăchiță Văcărescu écrit : « Urmașilor mei Văcărești!/Las vouă moștenire:/Creșterea limbei românești/Ș-a patriei cinstire ». Dans une Istoria faptelor lui Mavroghene-Vodă și a răzmeriței din timpul lui pe la 1790 un Pitar Hristache versifie : « Încep după-a mea ideie/Cu vreo câteva condeie/Povestea mavroghenească/Dela Țara Românească »
  23. Alexandru Filipașcu de l’université de Cluj : L’Ancienneté des Roumains de Marmatie (en français), éd. du Centre d’études et de recherches transylvaines de l'université Ferdinand-Ier de Sibiu, Bibliotheca rerum Transsilvaniae, 1945, p. 8 à 33)
  24. (en) John R. Lampe et Marvin R. Jackson, Balkan Economic History, 1550-1950: From Imperial Borderlands to Developing Nations, Indiana University Press, (ISBN 0-253-30368-0, lire en ligne), p. 62.
  25. (en) Karoly Kocsis et Eszter Kocsisne Hodosi, Ethnic Geography of the Hungarian Minorities in the Carpathian Basin, Simon Publications LLC, , 45–46 p. (ISBN 978-1-931313-75-9, lire en ligne).
  26. (en) Ethnographia, vol. 105, A Társaság, (lire en ligne), chap. 1, p. 33.
  27. Historia urbana, par Academia Română, éd. de l'Académie roumaine, 1993.
  28. Așa și neamul acésta, de carele scriem, al țărâlor acestora, numele vechiŭ și mai direptŭ ieste rumân, adecă râmlean, de la Roma. Acest nume de la discălicatul lor de Traian, și cât au trăit (....) tot acest nume au ținut și țin pănă astăzi și încă mai bine munténii decât moldovénii, că ei și acum zic și scriu țara sa rumânească, ca și românii cei din Ardeal. (...) Și așa ieste acestor țări și țărâi noastre, Moldovei și Țărâi Muntenești numele cel direptŭ de moșie, ieste rumân, cum să răspundŭ și acum toți acéia din Țările Ungurești lăcuitori și munténii țara lor și scriu și răspundŭ cu graiul: Țara Românească. Dans De neamul moldovenilor.
  29. "Hronicon a toată Țara Românească (care apoi s-u împărțit în Moldova, Munteniască și Ardealul)...", D. Cantemir, Hronicul vechimei româno-moldo-vlahilor, in Operele Principelui Dimitrie Cantemir, Academia Română, Bucuresti, 1901, p. 180.
  30. imitrios Daniel Philippidès : Histoire de Roumanie, suivi d’une Géographie de Roumanie.
  31. « Precum Hristos pe Lazăr din morți a înviat/Așa tu România din somn ai deșteptat ».
  32. Actuellement (2015, et depuis 2001) le parti des communistes de la République de Moldavie est le plus fortement représenté au parlement de Chișinău, avec près de la moitié des sièges.
  33. [3]
  34. Arrêt no 36 de la Cour constitutionnelle du 5 décembre 2013 sur [4] et sur [5] (Chisinau Recognizes Romanian As Official Language, Radio Free Europe, 5 décembre 2013).
  35. Cornelia Bodea, Ștefan Pascu, Liviu Constantinescu : România : Atlas Istorico-geografic, Académie roumaine 1996, (ISBN 973-27-0500-0), chap. II, "Repères".
  36. Eduard Robert Rössler, 2.3.1836 à Olmütz/Olomouc – † 19.8.1874 à Graz : Romänische Studien : untersuchungen zur älteren Geschichte Rumäniens, Leipzig, 1871
  37. Jusqu'au dictionnaire historique français de Michel Mourre (dir.) qui, dans son article sur les origines des Roumains, qualifie les thèses roumaines de « nationalistes et infondées »
  38. Voir Vladimir Jirinovski plus bas.
  39. Vladimir Jirinovski cité sur : [6]
  40. Édouard Sayous, Histoire générale des Hongrois, Budapest & Paris, 1900, p. 20-25.
  41. Formule de Marcel Renard, Compte rendu de Zu den Schicksalen Siebenbürgens im Altertum par M. Alfoldi, Revue belge de philologie et d'histoire, tome 25, fasc. 3-4, 1946, p. 1017.
  42. T.J. Winnifruth : Badlands-Borderland, 2003, page 44, Romanized Illyrians & Thracians, ancestors of the modern Vlachs, (ISBN 0-7156-3201-9).
  43. Le dialecte aujourd'hui slave des Valaques de Moravie comprend des mots roumains comme bača (roum. baci « berger »), brynza (roum. brânză « fromage affiné », mot passé aussi en slovaque et en tchèque), cap (roum. țap « bouc »), domikát (roum. dumicat « produit laitier »), galeta/geleta (roum. găleată « baratte »), pirt’a (roum. pârtie « chemin de transhumance »), kurnota (roum. cornută « cornue ») ou murgaňa/murgaša (roum. murgașă « brebis noire »).
  44. Jan Pavelka, Jiří Trezner (dir.), Příroda Valašska, Vsetín 2001, (ISBN 80-238-7892-1).
  45. D’autant que les chroniques du moine russe Nestor y font allusion : Jean-Pierre Arrignon, Chronique de Nestor, Naissance des mondes russes, ed. Anacharsis, 2008 (ISBN 2-914777-19-1) cite :

    « Depuis longtemps, les Slaves s’étaient installés sur les rives du Danube où vivent aujourd’hui les Bulgares et les Hongrois. [...] Venant de l’Est, ils [les Magyars] traversèrent difficilement les grandes montagnes et commencèrent à affronter les Valaques voisins et les Slaves, car les Slaves s’y étaient installés les premiers mais les Valaques s’étaient emparés du territoire des Slaves »

     ; voir aussi Alexandru Madgearu dans The Romanians in the Anonymous Gesta Hungarorum: truth and fiction, Romanian Cultural Institute, Center for Transylvanian Studies, 2005b (ISBN 973-7784-01-4), Victor Spinei dans The Great Migrations in the East and South East of Europe from the Ninth to the Thirteenth Century, 2003 (ISBN 973-85894-5-2) p. 52 et The Romanians and the Turkic Nomads North of the Danube Delta from the Tenth to the Mid-Thirteenth century, Koninklijke Brill NV, 2009 (ISBN 978-90-04-17536-5) p. 73.
  46. Théophane le Confesseur et Cédrène, in : Nicolae Iorga, Teodor Capidan, Constantin Giurescu : Histoire des Roumains, ed. de l'Académie Roumaine.
  47. Eduard Robert Rösler (2.3.1836 à Olmütz/Olomouc – † 19.8.1874 à Graz) : Romänische Studien : untersuchungen zur älteren Geschichte Rumäniens, Leipzig, 1871, développant les théories de Franz Josef Sulzer, Josef Karl Eder et Johann Christian von Engel.
  48. Béla Köpeczi (dir.), Histoire de la Transylvanie, Akadémiai Kiado, Budapest, 1992, (ISBN 963-05-5901-3).
  49. Neagu Djuvara sur [7]
  50. Lucien Musset, Les invasions. Le second assaut contre l'Europe chrétienne (VIIe-XIe siècles), , p.195.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bianca Botea, « Des usages de l’autochtonie en Roumanie : la Transylvanie », dans Nommer et classer dans les Balkans, sous la direction de Gilles de Rapper et Pierre Sintès, Athènes – Paris, École française d'Athènes – Boccard, 2008.
  • Demetrie Cantemir, Chronique de l'ancienneté des Romano-Moldo-Valaques, Berlin, 1708 (rééd. Bucarest, 1901).
  • Georges Castellan, Histoire du peuple roumain, Crozon, Armeline, 2002.
  • Georges Castellan, « Quelques problèmes d'histoire entre Hongrois et Roumains », dans Melikov zbornik : Slovenci v zgodovini in njihovi srednjeevropski sosedje, sous la dir. de Vincenc Rajšp et al., Ljubljana, Založba ZRC, 2001, p. 153–162.
  • Georges Castellan, Histoire des Balkans, Paris, Fayard, 1991.
  • Georges Castellan, Histoire de la Roumanie, Paris, PUF, 1984 (rééd. 2015).
  • Neagu Djuvara, Le Pays roumain entre Orient et Occident, Paris, POF, 1989.
  • Catherine Durandin, Histoire des Roumains, Paris, Fayard, 1995 (ISBN 2-213-59425-2).
  • Olivier Gillet, « L'histoire de la Transylvanie : le différend historiographique hungaro-roumain », Revue belge de philologie et d'histoire, 1997, tome 75, fasc. 2, p. 457–485.
  • Jean-François Gossiaux, « Valaques et/ou Aroumains en Bulgarie », dans Nommer et classer dans les Balkans, sous la dir. de Gilles de Rapper et Pierre Sintès, Athènes – Paris, École française d'Athènes – Boccard, 2008.
  • Nicolas Trifon (dir.), Les Aroumains, un peuple qui s'en va, Acratie, La Bussière, 2005 (ISBN 2-909899-26-8).
  • Nicolae Iorga, Histoire des Roumains et de la romanité orientale, 10 vol., Bucarest, Imprimerie de l'État, 1945.
  • Nicolae Iorga, Histoire des Roumains de la Peninsule des Balcans (Albanie, Macédoine, Épire, Thessalie, etc.), Bucarest, Impr. Cultura neamului romănesc, 1919.
  • Claude Karnoouh, L'Invention du peuple, chroniques de la Roumanie. Arcantère, Paris, 1990 ; 2e éd. revue, corrigée et augmentée d'une longue postface traitant des années 1989-2007, Paris – Montréal, L'Harmattan, 2008.
  • Jules Michelet, Légendes démocratiques du Nord, Paris, PUF, 1968.
  • Kristian Sandfeld, Linguistique balkanique, Paris, E. Champion, 1930.
  • (de) Karl Strobel, « Die Frage der rumänischen Ethnogenese : Kontinuität – Diskontinuität im unteren Donauraum in Antike und Frühmittelalter », Balkan-Archiv, 2005–2007, nos 30–32, p. 59–166.
  • Gilles Veinstein et Mihnea Berindei, L'Empire ottoman et les pays roumains, 1544–1545 : étude et documents, Paris, EHESS, 1987.
  • (en) T. J. Winnifrith, Badlands-Borderland : A History of Southern Albania / Northern Epirus, Londres, Gerald Duckworth & Co., 2002 (ISBN 0-7156-3201-9)
  • Alexandre Xenopol, Histoire des Roumains de la Dacie Trajane, Paris, E. Leroux, 1896 ; version abrégée de Istoria Romînilor din Dacia Traiana.

Articles connexes[modifier | modifier le code]