Pandoure

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Pandoures croates de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche (1742)
Type de Pandour autrichien en 1760.
"Pandoures de Trenck" à Požega, aujourd'hui

Le terme pandoure ou pandour désigne à l’origine des gardes du corps des boyards croates, serbes ou roumains, ultérieurement intégrés comme troupes irrégulières mais aussi comme gardes impériaux dans les armées de l’Empire d'Autriche, notamment dans le cadre des "Militärgrenze" le long des frontières avec l’Empire ottoman. Le terme serait d'origine italienne ou serbo-croate[1], et peut aussi désigner un soldat d’une milice irrégulière recrutée parmi les Esclavons ou les Valaques et formant des unités auxiliaires, disparates et indisciplinées, mais très mobiles, de cavalerie légère et d’infanterie.

Aujourd'hui le terme de Pandour est parfois utilisé pour désigner un homme et/ou un soldat brutal.

Le nom de « Pandur » a également été donné à un véhicule de combat moderne de fabrication autrichienne.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les « pandoures » (terme croate initialement) sont signalés dès la fin du Moyen Âge et passent ensuite au service des Habsbourg. Être pandoure était un efficace « ascenseur social » pour les Slaves et des Roumains d'Autriche, citoyens de seconde zone dans cet empire, en comparaison des germanophones et des magyars.

En principauté de Valachie, le terme « pandoure » recouvrait les corps de garde des grands boyards et des voïvodes. Ces « pandoures » étaient distincts de l'armée régulière de la principauté : dorobantsi (infanterie), calarasi (cavalerie) ou rosiori (chevau-légers) ainsi que des mercenaires (arvanitsi) et des irréguliers (acangii) qui eux, relevaient du Sultan ottoman (suzerain des principautés chrétiennes de Moldavie, Valachie et Serbie) et étaient encasernés à part. Les « pandoures » étaient très inégaux en termes de formation militaire. Par extension, on a appelé « pandoures » toute l'armée révolutionnaire de Tudor Vladimirescu, en 1821, alors que le gros des « pandoures » de Vladimirescu étaient des ruraux sans terre issus des familles très nombreuses de l'époque (autour de 10 enfants était la norme) en quête d'un sort meilleur. Vladimirescu les recrutait en parcourant les villages, un gros pain dans une main et un fusil dans l'autre. Ils lui ont permis de prendre brièvement Bucarest et d'y proclamer la République le 21 mars 1821, avant les violentes représailles ottomanes qui firent plus de 800 victimes en août et rétablirent le Hospodar sur son trône[2].

En 1800, dans la République des Sept-Îles, constituée des îles Ioniennes, qui avaient été prises par l'amiral Fiodor Ouchakov lors du siège de Corfou (1798-1799), les Russes forment une unité paramilitaire d'environ 3 000 réfugiés albanais installées dans les îles après leur défaite contre Ali Pacha dans le pachalik de Janina. Après que l'armée française eût repris en charge l'administration de l'archipel en 1806, ces supplétifs Albanais forment[3] les « Pandoures d'Albanie »[4],[5]. Lors du retrait des Français en 1814, la plupart sont licenciés, mais certains, qui n'étaient pas des Arvanites (chrétiens) mais des Tsàmides (musulmans), furent transférés à l'escadron des mamelouks de la Garde impériale nouvellement réorganisé[6]. Parmi les licenciés, beaucoup d'hommes s’engageront dans d'autres unités organisées par les Britanniques, mais ils ne sont alors plus des « Pandoures ».

En Autriche-Hongrie aussi, les « Pandoures » disparaissent avec les "Militärgrenze", en 1881[7].

Les Pandoures en Alsace et en français[modifier | modifier le code]

Le terme « pandoure » semble être à l'origine du terme argotique français « pandore » pour désigner un gendarme, terme attesté en 1853 dans la chanson Pandore, ou les Deux Gendarmes de Gustave Nadaud (1820–1893). Ce passage en français a pu se faire par plusieurs biais :

  • par leur présence en Alsace : des « pandoures » apparaissent dans l'une des légendes alsaciennes recensées par le folkloriste local Auguste Stoeber au XIXe siècle[8], en lien avec des faits historiques : en 1744, Saverne fut prise par le baron de Trenck et le général Nadesti, et les « pandoures » autrichiens occupèrent le château du Haut-Barr, évacué par les Français. Selon la légende, un jeune fils de fermier était resté sur place, monté sur le plus haut rocher, et nourri du lait d'une chèvre qu'il avait emmenée avec lui. De là-haut, il lapidait les « pandoures » qui finirent par juger inutile de continuer le siège et abandonnèrent le château. Le terme de « pandoure » est resté longtemps dans le vocabulaire local pour évoquer une sorte de croquemitaine qui faisait peur aux enfants ; le temps de l'occupation de l'Alsace par les « pandoures » fut appelé Grabuge des pandoures (Pandurenlärm) et un lieu-dit près de Saverne s'appelait le coupe-gorge des pandoures ;
  • par le transfert des « pandoures » albanais des îles Ioniennes dans d'autres unités napoléoniennes ;
  • par les contacts entre les armées de Napoléon 1er et Napoléon III et celles de l'Empire d'Autriche, durant les guerres du Premier Empire (1803-1815) et d'Italie (1859).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Soit en lien avec l'italien bandire « bannir, annoncer », bandito « banni, bandit », soit un ancien mot serbe puntar « rebelle » venant de l'allemand Bund « alliance » dans son ancien sens « complot, rébellion » : (hu) István Tótfalusi, Magyar etimológiai nagyszótár [« Grand dictionnaire étymologique hongrois »], Budapest, Arcanum Adatbázis, coll. « Arcanum DVD Könyvtár » (no 2), (ISBN 9639374121), « pandúr »
  2. Collectif : Documente privind istoria României : răscoala din 1821 (Documents sur l'histoire de la Roumanie : la révolte de 1821), Bucarest, ed. Stiințifică, 1959 – 1962, vol. I, p. 205-208.
  3. Régiment albanais 1807-1814
  4. (en) John R. Elting, Swords Around A Throne, Da Capo Press, (ISBN 9780306807572, lire en ligne), p. 371
  5. (en) Chris McNab, Armies of the Napoleonic Wars: An Illustrated History, Osprey, (ISBN 9781849086486, lire en ligne), p. 416 :

    « Despite additional recruitment among local Greeks, Italians and Dalmatian communities, it never reached its official establishment of 3,254. A battalion of Chasseurs à pied Grecs (Greek Foot Chasseurs), also known as Pandours de Albanie was raised by the French under an order of 10 March 1808 from Albanian and Greek refugees »

  6. Les auxiliaires de l'armée d'Orient (1798-1801). Les Égyptiens et les Syriens dans la Grade Armée.
  7. Michael Hochedlinger, Austria's Wars of Emergence : War, State and Society in the Habsburg Austria, Pearson Education, 2003, 466 p. (ISBN 0582290848)
  8. Auguste Stoeber, Légendes d'Alsace, collecte choisie et présentée par Françoise Morvan, Éd. Ouest-France, 2010 (ISBN 978-2-7373-4850-1)