Proto-Bulgares

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Proto-Bulgares est le nom par lequel les historiens désignant les anciens Bulgares, turcophones de la steppe pontique parlant une langue oghoure et de tradition tengriste, pour les distinguer des Bulgares actuels, peuple slave méridional des Balkans, de tradition chrétienne orthodoxe. Le nom s’est transmis des premiers aux seconds lorsque les anciens Bulgares s’établirent dans la région du bas-Danube, aux frontières de l’Empire romain d'orient, vers le VIe siècle de notre ère. Dans cette région, les Bulgares fondèrent un empire et s’assimilèrent aux Slaves, dominants sur le plan démographique.

Ils étaient déjà entrés dans l’Histoire dès l’Antiquité tardive, avec d’autres peuples migrateurs, en s’établissant dans les années 530 entre le Dniepr et le Don, sur le territoire de l’actuelle Ukraine, alors sous domination des Khazars. Affranchis de ceux-ci, ils y créent ensuite la Vieille Grande Bulgarie (Η παλαιά μεγάλη Βουλγαρία d'après les chroniques byzantines) sous le khan (kynez) Koubrat, avant de se séparer au VIe siècle en deux groupes, les Bulgares orientaux et les Bulgares occidentaux[1].

Les Bulgares occidentaux sont à l’origine du Premier Empire bulgare. Ils ont laissé leur nom au peuple actuel des Bulgares, qui tire son origine du mélange de populations proto-bulgares, slaves, thraces et grecques. Les Bulgares orientaux fondèrent au Moyen Âge le Khanat bulgare de la Volga, sur le territoire de l’actuelle Russie, qui adopte l’Islam et s’assimile finalement aux Tatars.

Les Proto-Bulgares[modifier | modifier le code]

La patrie mythique des Bulgares dans les montagnes d’Imeon (Pamir et Hindou Kouch), selon la carte apocryphe de l’Asie centrale dite d‘Asparoukh, construite par l’académicien S.T. Eremian : dans cette approche homophonique le nom des Bulgares est relié à la Bactriane et à la ville afghane de Balkh.

L’histoire des Proto-Bulgares commence, si l’on s’en tient aux sources écrites, dans les steppes du nord du Caucase et de la mer d'Azov, mais en raison de la forte influence protochroniste dans l’historiographie des pays des Balkans, plusieurs théories difficiles à concilier ont été proposées sur leurs origines, visant à minimiser les influences turques oghouzes au profit des influences iraniennes, donc indo-européennes. Les historiens s’accordent au moins sur le fait que les confédérations des peuples cavaliers migrant à travers la steppe pontique étaient tous, depuis les Huns du IVe siècle et les Avars du VIe siècle, jusqu’aux Alains, Iasses et Tatars du XIIIe siècle, des peuples mixtes qui ont assimilé plusieurs influences. Ainsi, dans l’actuelle Bulgarie, on trouve des traces archéologiques et linguistiques des Alains (qui sont bien des Iraniens) et des Tatars (turcophones). La principale controverse concernant les origines des Proto-Bulgares vient de ce que les différents auteurs ont des thèses opposées au sujet de l’importance respective des ascendances turques ou iraniennes.

Quoi qu’il en soit, après la mort en 453 d’Attila, les Huns refluent vers l’Est dans l’actuelle Ukraine où s’affirment par la suite quatre groupes principaux de peuples fédérés, adeptes du Tengrisme : les Avars, Proto-Bulgares, les Khazars et les Magyars. Avars, Proto-Bulgares et Magyars s’installeront peu après dans le bassin du Danube. Se basant sur l’interprétation des anthroponymes et la linguistique, les protochronistes assignent à ces groupes successifs, des identités principalement iraniennes aux Proto-Bulgares, turques aux Avars et aux Khazars, et finno-ougriennes aux Magyars.

Les Proto-Bulgares eux-mêmes, ou leur clan dominant, les Doulo (Djula), se réclamaient d'un fils d'Attila nommé Irnik, dont ils conservaient la mémoire au VIIIe siècle, tandis que celle d'Attila lui-même fut conservée dans nombre de légendes jusqu'à nos jours. Cependant, leurs particularités linguistiques, font encore l'objet d'études sérieuses et approfondies, bien que souvent on les associe de façon hâtive aux Tchouvaches de la Volga en Russie, qui déclarent être leurs descendants, ce qui reste à prouver.

On mentionne les Bulgares pour la première fois en 480 dans la zone comprise entre la Mer Caspienne et le Danube en tant qu'alliés du Byzantin Zénon contre les Goths, auxiliaires des Avars qui avançaient vers la Mer Noire en soumettant les peuples vivant au nord de cette mer. Les Bulgares sont alors conduits par des chefs (« gouverneurs ») dont le plus connu est Gostun, qui occupait le pouvoir pendant un laps de temps assez long sans que l'on sache exactement de quand à quand. C'est son neveu Koubrat, cité plus haut, qui fonda la Palaia Megalê Boulgaria des chroniques byzantines, ou Onogurie, vers 585. Entre 630 et 635, Koubrat menait des luttes contre les Avars pour se débarrasser de leur tutelle et, en 635, finit par unir les Avars et les Bulgares ; après les luttes, cette union fut peut-être facilitée par le fait que Koubrat était bulgare par sa mère et avar par son père. Dès lors, Koubrat prit le titre de khan (kanas), créant ainsi un puissant khaganat s'étendant sur les territoires qui sont maintenant, pour l'essentiel, ceux de l'Ukraine. Ce vaste khaganat est généralement appelé « la Grande Bulgarie », et non plus l'Onogurie. Dans sa jeunesse, Koubrat avait été retenu comme "otage"(le terme désigne une pratique ancienne d'échange de dignitaires pour assurer les conditions d'un contrat de paix) à la cour de Byzance et ainsi il avait pu assimiler une bonne part de la culture byzantine ; il fut baptisé en 619 et il est mort en 642 (et non en 665, comme on le prétend parfois).

Les théories plus récentes les rattachent aux peuples habitant l'Asie Centrale de langue iranienne, dont tous les souverains portaient des noms iraniens (les descendants actuels de ces peuples sont les Tadjiks). Toutefois, certains éléments turcophones étaient venus se joindre à eux à diverses époques.

Les Proto-Bulgares sont supposés avoir établi un Empire sur les rives de la mer Caspienne au IIe siècle. Celui-ci a été déplacé vers l'ouest en raison de la poussée des Khazars au VIIe siècle. Les Bulgares se dispersent vers le nord-est et vers l'Europe centrale. Ainsi, à partir de cette « Grande Bulgarie » des origines, par vagues de migration, se constituèrent des États bulgares plus ou moins durables :

  • les Bulgares orientaux s'établissent sur la haute Volga (plaine de l'Oka) où ils fondent un état qui a duré cinq siècles, la Bulgarie de la Volga ;
  • une partie des Bulgares occidentaux migre d'abord vers l'actuelle Macédoine, après avoir suivi le khan des Avars établi dans l'actuelle plaine hongroise (il s'agit des Avars du VIe siècle proches des Bulgares, à ne pas confondre avec les Avars actuels du Caucase, parlant l'avar moderne) ;
  • et enfin, la majeure partie des Bulgares occidentaux s'établit dans le bassin du bas-Danube où ils ont prolongé l'existence de l'État bulgare qui, après maintes transformations, a abouti à l'actuelle Bulgarie.

Les Bulgares de la Volga[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bulgarie de la Volga.

Paradoxalement, l'histoire des Bulgares orientaux, établis sur la haute Volga, est peu connue, bien qu'ils aient probablement continué durant plusieurs siècles à constituer un peuplement localement dominant.

Réunis sous l'autorité d'un khan (kanas), ils constituent un second empire bulgare : le Khanat bulgare de la Volga, dans l'actuelle république autonome du Tatarstan. Ils se dotent d'une capitale, nommée Bolgar ou Bulgar et ont un « État » indépendant jusqu'en 1236-1238, date à laquelle leur capitale est détruite par la Horde d'or.

Jusqu'à cette date, les Bulgares de la Volga demeurent unis, sans doute mêlés à des populations slaves et finno-ougriennes. Ils ont des contacts avec quelques tribus turques et avec le califat omeyyade. Certains d'entre eux pouvaient alors être chrétiens, musulmans ou païens.

Néanmoins, en 922, leur khan Almuch se convertit à l'islam et prend le nom de Jaffar. À cette occasion, une ambassade arabe a lieu : l'un de ses membres, Ahmad Ibn Fadlân, a laissé dans son récit Voyage chez les Bulgares de la Volga un des rares témoignages écrits sur les Bulgares de la Volga. Lors du voyage de l'ambassade arabe, un certain nombre de peuples turcs sont rencontrés et décrits, mais à aucun moment Ibn Fadlân ne les rattache aux Bulgares et ne fait même pas allusion à des liens de parenté, ni ne fait remarquer une similitude de langage. Il n'appelle jamais les Bulgares des Turcs et pourtant il semble bien les connaître, ce qui n'a rien d'étonnant vu son rôle d'agent secret au sein de l'ambassade.

Contrôlant cet axe de commerce nord-sud et entre l'orient et l'occident, les Bulgares paraissent alors être devenus de riches commerçants.

En 969 ils se heurtent aux Russes : le prince Svyatoslav, met à sac leur capitale. Enfin, au XIIIe siècle, ils sont probablement intégrés au Khanat de la Horde d'or : aucune trace postérieure de leur empire ne subsiste.

Les Bulgares du Danube[modifier | modifier le code]

Migration des Bulgares.
Le royaume des Bulgares du Danube sous le khan Kroum.

Les Bulgares occidentaux entrent en scène en s'établissant dans le bassin du bas-Danube, là où des Proto-Slaves avaient pu entrer à la faveur d'invasions des Avars au VIe siècle. Au nord des monts Haemus, ils fondent un premier royaume au VIIe siècle, sous le règne du khan Asparoukh ou Asparouch (Ispor rex). En échange de son concours contre l'Empereur byzantin Constantin IV qui les écrasait d'impôts, Asparoukh fait reconnaître son autorité aux populations d'un Empire romain d’Orient déjà affaibli par d'autres invasions : Thraces et surtout Slaves (de langue slavonne et majoritaires). Après sa victoire, en 681, Asparoukh se trouve donc à la tête d'un puissant état, dont la population lui est fidèle. Cette fidélité ne se démentira pas dans les siècles suivants.

À l'origine, l'aristocratie guerrière bulgare règne en s'appuyant sur les chefs (knèzes) des populations locales, et met en place les structures d'un pouvoir central dont on ignore à peu près tout. Cependant, les Bulgares du Danube finissent par fusionner avec les Slaves, adoptent leur langue, leurs prénoms, et se convertissent au Christianisme, au IXe siècle, à l'époque de Boris Ier (852888), qui est proclamé Tzar (« César »).

À son apogée, l'État des Bulgares du Danube couvrait les territoires des actuelles Bulgarie, Serbie orientale, Macédoine, Grèce septentrionale, Roumanie, Moldavie et Ukraine du sud-ouest. C'était le principal rival de la puissance byzantine en Europe.

Aujourd'hui, si la Bulgarie et les Bulgares actuels doivent leur nom à un peuple d'Asie centrale, la langue bulgare actuelle est une langue slave, et seul un nombre relativement faible de mots provient de la langue des premiers khans bulgares. D'autres termes proviennent des lexiques thrace, latin, grec ou turc, témoignant d'influences multiples et d'une histoire liée à celle des autres peuples balkaniques et des empires voisins, byzantin, puis ottoman.

Les Bulgares d'Italie[modifier | modifier le code]

Dans les années 660, des Bulgares franchissent les Alpes et pénètrent en Italie, alors sous domination lombarde. Un groupe dirigé par Altsikurs (en) s'installe dans le duché de Bénévent, principalement dans l'actuelle province de Campobasso (Molise). D'après Paul Diacre, Altsikurs reçut du duc Romuald Ier « les villes de Bovianum, Sepianum, Isernia et d'autres villes avec leurs territoires », et le titre de gastald. Toujours selon Paul Diacre, si les Bulgares avaient progressivement appris à parler le latin, ils conservaient toujours à la fin du VIIIe siècle l'usage de leur langue d'origine[2].

Dans les années 1980, une nécropole bulgare est découverte à Campochiaro[3],[4],[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hans-Erich Stier & al., Westermann Grosser Atlas zur Weltgeschichte, 1985, (ISBN 3-14-100919-8)
  2. Paul Diacre, Histoire des Lombards, Livre V, XXIX.
  3. (it) « La necropoli altomedioevale di Vicenne a Campochiaro », montidelMatese.it, 2007 (consulté le 21 juillet 2017).
  4. (it) « Campochiaro, Necropoli in località Vicenne », archeologicamolise.beniculturali.it (consulté le 21 juillet 2017).
  5. (it) Giovanna Belcastro (Università degli Studi di Bologna): « I cavalieri della necropoli altomedievale di Vicenne » [PDF], Quaderni friulani di archeologia XI/2001 (consulté le 21 juillet 2017).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ahmad Ibn Fadlân (1988). Voyage chez les Bulgares de la Volga. Trad. par Marius Canard. Paris. (ISBN 2-7274-0158-2)
  • Shirakatsi, Anania (1992). The Geography of Ananias of Sirak (Asxarhacoyc): The Long and the Short Recensions. Introduction, trad. et commentaire par Robert H. Hewsen. Wiesbaden: Reichert Verlag. (ISBN 978-3-88226-485-2)
  • Johanson, Lars & Éva Agnes Csató (ed.). 1998. The Turkic languages. London: Routledge.
  • Johanson, Lars. 1998. "The history of Turkic." In: Johanson & Csató, pp. 81-125.[1]
  • Johanson, Lars. 1998. "Turkic languages." In: Encyclopaedia Britannica. CD 98. Encyclopaedia Britannica Online, 5 sept. 2007. [2]
  • Johanson, Lars. 2000. "Linguistic convergence in the Volga area." In: Gilbers, Dicky & Nerbonne, John & Jos Schaeken (ed.). Languages in contact. Amsterdam & Atlanta: Rodopi. (Studies in Slavic and General linguistics 28.), pp. 165-178.[3]
  • Rashev, Rasho. 1992. "On the origin of the Proto-Bulgarians." In: Studia protobulgarica et mediaevalia europensia. In honour of Prof. V. Beshevliev. Veliko Tarnovo, pp. 23-33.[4]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]