Guérilla de l'Araguaia

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La Guérilla de l'Araguaia est une somme d'actions militaires qui se sont produites durant les années 1970 et mises en place par des opposants au Régime militaire qui dirigeait le Brésil depuis le putsch de 1964. Ceux-ci se proclamaient révolutionnaires, mais étaient considérés comme terroristes par le pouvoir en uniforme et sont toujours considérés comme tels par une partie de l'opinion publique brésilienne.

Le mouvement fut organisé par le Parti communiste du Brésil (PCdoB)[1], dans l'illégalité, entre 1966 et 1974[1]. Au moyen d'une "guerre populaire prolongée", les membres du PCdoB prétendirent implanter le communisme au Brésil[1], initiant le mouvement dans les campagnes, en imitation de ce qui s'était déjà fait et avait abouti en Chine en 1949 et à Cuba en 1959.

Le théâtre des opérations se trouvait dans la région où les frontières des États du Pará, du Maranhão et du Goiás (aujourd'hui, du Tocantins) se rencontrent[2]. Le nom donné à l'opération vient de sa localisation sur les rives du rio Araguaia, à proximité des villes de São Geraldo et Marabá, au Pará, et de Xambioá, au nord du Goiás, zone actuellement au nord de l'État du Tocantins, appelée aussi Bico do Papagaio ("Bec de Perroquet").

On estime que participèrent à l'opération soixante-neuf guérilleros[3] dont la majorité s'installa dans la région vers 1970, auxquels se joignirent environ dix-sept paysans locaux[3]. Parmi eux, José Genoíno, qui fut détenu par l'Armée en 1972[4] et deviendra dans les années 1980 président du Partido dos Trabalhadores (PT).

Préparation de l'Armée[modifier | modifier le code]

À l'époque , l'armée commencèrent une étude pour effectuer des opérations de contre-insurrection. Elles furent impliquées dans un plan exécuté en secret et qui dura environ deux ans. Les militaires ne désiraient pas voir l'éclosion d'autres mouvements similaires en d'autres régions du Brésil, car cela génèrerait des foyers de violence en zone rurale, ce qui déstabiliserait immanquablement le pouvoir en place.

Censure[modifier | modifier le code]

Sous la dictature d'Emílio Garrastazu Médici, les opérations militaires étaient exécutées de manière secrète et il était interdit de divulguer l'existence d'un mouvement guérillero à l'intérieur du pays. Donc, étant donné cette censure, personne n'était autorisé à publier des détails sur la guérilla et l'État a toujours affirmé que les documents sur les faits avaient été détruits[5]. Cependant, pendant les polémiques occasionnées par le gouvernement Lula en relation à l'ouverture des archives du Régime Militaire, on a découvert qu'une partie du matériel avait été préservé (voir paragraphe Documents disponibles).

Ernesto Geisel, lors de son mandat, n'autorisa pas plus la divulgation de l'existence de la guérilla. Geisel ne mentionna l'existence d'un tel mouvement qu'en 1975.

Mobilisation[modifier | modifier le code]

Pour combattre soixante-neuf guérilleros du PCdoB et dix-sept paysans[6], l'armée mobilisa 8 à 10 000 hommes pour la deuxième opération, de septembre 1972 à octobre 1972[2], en plus de l'aide de centaines de militaires nord-américains[7] qui agissaient dans l'élaboration de plans stratégiques de contrôle du territoire. Ces soldats ne connaissaient rien de leur mission et étaient commandés par le général Antônio Bandeira[7].

Théâtre des opérations, commandants militaires et révolutionnaires[modifier | modifier le code]

Pour préparer le théâtre des opérations, le commandement, avec l'appui de machines et d'équipements nord-américains[7], fit construire une route de trente kilomètres de long, afin de faciliter le déplacement des troupes. La zone ou opérait les guérilleros occupait environ 7 000 km2[7], s'étendant de la ville de Xambioá jusqu'au sud de l'État du Pará, à proximité de Marabá.

Le général Olavo Viana Moog exerça le commandement tactique des opérations, auxquelles participa aussi le général Hugo Abreu[7].

Du côté de la guérilla, les principaux commandants étaient Maurício Grabois et João Amazonas[8], qui venaient du PCB (Parti communiste brésilien) et qui avaient été prisonniers dans les années 1930 pendant la période de l'Estado Novo.

Identités et activités préparatoires de la guérilla[modifier | modifier le code]

Pour une question de sécurité du groupe, les guérilleros n'avaient pas d'identité. Leurs noms n'étaient connus que par des sobriquets et des surnoms. On sait cependant que beaucoup étaient des étudiants et des membres des professions libérales qui avaient participé aux manifestations contre le régime dans les années 1960. Il est connu, par les relations du peu qui survécurent, que beaucoup avaient été torturés et pris auparavant par les militaires pour avoir été en opposition à la dictature en marche au Brésil.

Une donnée importante est que la majorité des guérilleros - environ 70 %[7] - étaient originaires des classes moyennes, tels que médecins, dentistes, avocats, ingénieurs, et il y avait aussi des banquiers et des commerçants. Moins de 20 %[7] étaient des paysans, et ceux-ci étaient recrutés dans la région de l'Araguaia. Le nombre d'ouvriers participant au mouvement ne dépassait pas 10 % du total [citation nécessaire]. En moyenne, l'âge tournait autour de trente ans[9].

À mesure qu'ils arrivaient dans la région, ils recevaient des habitants en travaillant comme agriculteurs, pharmaciens, infirmiers, petits commerçants, propriétaires de petites échoppes au bord de la route, en plus d'autres types d'activités courantes dans les campagnes brésiliennes.

Jamais ils ne conversaient entre eux ni n'habitaient les uns à proximité des autres. Ils s'intégrèrent aux communautés où ils œuvraient, participant à tous les évènements, étant de cette manière absorbés dans la vie locale. Ils n'agissaient pas et n'influençaient pas la vie politique locale, ne s'impliquaient pas dans les discussions politiques pour éviter d'éveiller les soupçons. Leurs activités principales étaient basées sur l'enseignement du travail communautaire, le volontariat et l'assistance sociale. Quand ils le pouvaient, ils aidaient les habitants par la médecine, l'odontologie, l'enseignement, donnaient des cours, enseignaient à la population la réalisation et l'organisation de groupes d'entraide.

En agissant ainsi, en peu de temps le groupe gagna le respect et l'admiration de la population locale.

Le déroulement des opérations[modifier | modifier le code]

L'armée brésilienne découvrit la localisation du noyau guérillero en 1971 et mena trois assauts contre les rebelles. Les opérations de guérilla commencèrent effectivement en 1972, ayant offert une forte résistance jusqu'en mars 1974.

En janvier 1975 les actions étaient considérées officiellement comme bouclées, avec la mort ou la détention de la majorité des guérilleros.

En 1976 eut lieu la dénommée Chacina da Lapa (Tuerie de Lapa), qui vit l'élimination des derniers dirgeants historiques du PCdoB. João Amazonas venait de partir pour participer au 7e Congrès du Parti du travail d'Albanie.

Les pertes[modifier | modifier le code]

Du côté de l'armée, on estime que seize soldats périrent. Le bilan officiel de l'époque indiquait sept guérilleros morts. En 2004, le Ministère de la Justice brésilien comptabilisait soixante et un disparu(e)s[10]. Selon les documents militaires publiés en 2004 par la revue Istoé, sur un total de 107 guérilleros et paysans ayant participé au conflit, 64 seraient morts au combat, 18 seraient « disparus » (un euphémisme, précise la revue, pour expliquer qu'ils ont pu être exécutés après avoir été incarcérés), 15 auraient été faits prisonniers ou auraient survécu, 7 auraient déserté et deux autres se seraient suicidés[11].

Selon des témoins, la majorité des révolutionnaires capturés furent torturés avant d'être exécutés, en accord avec les préceptes de la guerre contre-révolutionnaire enseignés au Centre d'instruction de la guerre dans la jungle de Manaus, et leurs corps cachés lors d'une espèce d'"opération nettoyage" promue par les militaires à partir de 1975.

L'opération nettoyage[modifier | modifier le code]

On sait que, après 1975, une espèce d'opération nettoyage a été réalisée dans la région et qui dura jusqu'à la moitié de l'année 1978, avec pour but d'éliminer les foyers révolutionnaires perdurant dans la région.

Les militaires, pour éviter l'éparpillement du mouvement et le maintenir pris dans des limites spécifiques, utilisèrent des "tactiques de combat à la guerre révolutionnaire". Une des méthodes utilisées était la divulgation d'affiches en divers points des villes, tels que les banques, les aéroports, les gares de bus, etc. Ces affiches se composaient de portraits des opposants recherchés et de messages incitant la population à la délation.

Médici fit appliquer une série de décrets secrets dont la finalité était le combat contre les guérilleros par l'évocation de la sécurité nationale. Le textes de ces décrets ne furent cependant jamais connus.

Osvaldão[modifier | modifier le code]

Parmi les nombreux personnages qui participèrent à la guérilla de l'Araguaia, Osvaldo Orlando da Costa, un militant du PCdoB qui arriva dans la région en 1966. Sa mission principale était l'organisation de la guérilla rurale.

Osvaldão était originaire du Minas Gerais, né le 27 avril 1938 dans la ville de Passa Quatro. Homme de grande stature et parlant peu, cultivé et serviable, c'était un Noir pauvre descendant d'esclaves. Osvaldo était diplômé Ingénieur des Mines de l'Université de Prague, République tchèque de laquelle il avait reçu une bourse d'études. Quand il habitait à Rio de Janeiro, il fut champion Poids-lourd de boxe du Club Botafogo.

Le 4 février 1974, quand il se trouvait à fuir les soldats embusqués dans les forêts du long des rives du rio Araguaia, il s'arrêta pour se reposer sans s'apercevoir qu'il y avait des militaires dans les parages. Pendant qu'il s'assoupissait, Osvaldão fut repéré par l'équipe d'observation d'un petit groupe de reconnaissance. Un des soldats tira contre le guérillero, le tuant (selon ce qui fut raconté). Ensuite le corps fut traîné dans la forêt puis pendu la tête en bas à un hélicoptère.

Certains disent que, pour être certain de sa mort, il fut lâché dans la vide depuis très haut et, après s'être écrasé sur le sol, de nouveau accroché à l'engin pour être emmené et présenté aux paysans comme trophée. Quelques légendes de la région racontent qu'Osvaldão se transforma en papillon, en chien ou en échassier.

Il est aussi raconté que, quand il était attaché, il aurait été vivant et aurait réussi à extraire d'une de ses bottes un couteau caché pour couper la corde qui l'entravait. Il serait ensuite monté vers l'hélicoptère qui le transportait. Tentant d'entrer dans l'engin, il aurait été abattu par des tirs de FAL M-1964, calibre 7,62 mm, provenant de soldats embarqués dans l'hélicoptère.

Pour démontrer aux paysans qu'Osvaldão était vraiment mort, son corps fut de nouveau projeté sur le sol, et exposé dans tous les villages et hameaux de la région. Ayant été ensuite décapité, son corps fut enterré séparémént de sa tête, ce qui avait un fort impact en relation aux croyances des travailleurs ruraux.

L'action judiciaire[modifier | modifier le code]

Un procès fut instauré contre l'Union (l'État brésilien), en 1982, par vingt-deux parents de victimes qui demandaient à la Justice que l'Armée brésilienne livre ses archives pour que puissent être délivrés les attestations de décès.

Le 22 juillet 2003, le Journal de la Justice publia la décision de la juge Solange Salgado, ordonnant la fin du secret sur les informations militaires ayant trait à la Guérilla de l'Araguaia, donnant un délai de 120 jours à l'Union pour dire où se trouvaient enterrés les restes mortels des proches des auteurs de la plainte, ainsi qu'une enquête rigoureuse au sein des Forces armées brésiliennes.

Le 27 août 2003, l'Avocature Générale de l'Union recourut de la détermination d'ouverture des archives, bien qu'elle reconnaisse aux plaignants le droit de tenter de localiser les restes de leurs disparus.

La décision du gouvernement Lula fut sévèrement critiquée par les organisations de défense des droits de l'Homme, les proches de disparus et par les membres de la Commission Spéciale des Morts et Disparus.

Sous la pression, le gouvernement Lula créa, le 3 octobre 2003, une commission interministérielle pour localiser les restes mortels. Cette commission sollicita les documents, recevant en réponse que ceux-ci n'existaient pas.

Épilogue[modifier | modifier le code]

Le gouvernement militaire brésilien s'est efforcé de faire détruire la forêt de la région et de diviser la zone "nettoyée" en terres distribuées à sa clientèle politique, une manière sordide pour tenter de faire disparaître une partie de la mémoire historique des luttes du peuple brésilien. Aujourd'hui, la région est faite de grandes propriétés terriennes où règne l'arbitraire. Des cas d'esclavage de travailleurs y ont été recensés [réf. nécessaire].

Documents disponibles[modifier | modifier le code]

La Revue Istoé, dans son édition numéro 1830 (3 novembre 2004), a publié, en exclusivité, des extraits de documents qui prouvent l'existence de la guérilla. Fiches de guérilleros et listes de noms des acteurs, entre autres matériaux, furent publiés, ramenant à la surface un sujet que les avocats des victimes torturées et les chercheurs sur la période connaissaient déjà, malgré leur impossibilité de fournir des preuves. Une bonne partie des archives de la dictature militaire a survécu, bien plus que ce qui est admis par le gouvernement. En telle quantité que, après quelques mois, elles permirent la publication du livre Operação Araguaia: os Arquivos Secretos da Guerrilha (Opération Araguaia : les archives secrètes de la Guérilla).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Luta armada no Brasil dos anos 60 e 70 et autres ouvrages des références.
  2. a et b Voir la carte des opérations, Revue Istoé, 2004
  3. a et b A guerrilha do Araguaia et autres ouvrages des références.
  4. Toutes les références et revue Istoé.
  5. Revue Istoé et Operação Araguaia: os arquivos secretos da guerrilha (Bibliographie complémentaire).
  6. Revue Istoé et autres ouvrages des références.
  7. a, b, c, d, e, f et g Operação Araguaia: os arquivos secretos da guerrilha (Bibliographie complémentaire).
  8. Revue 'Istoé et autres ouvrages des références.
  9. Ibid. et autres ouvrages des références
  10. Operação Araguaia: os Arquivos Secretos da Guerrilha.
  11. Os documentos do Araguaia, Revue Istoé, et liste complète publiée par la revue en 2004 (pt)

Références[modifier | modifier le code]

Ouvrages utilisés dans le corps de l'article

  • (pt) Uma epopéia pela liberdade: guerrilha do Araguaia 30 anos, João Amazonas, Luiz Carlos Antero, Eumano Silva, Editora Anita Garibaldi, São Paulo (2002).
  • (pt) Guerrilha do Araguaia: a esquerda em armas, Romualdo Pessoa Campos Filho, Editora da Universidade federal de Goiás (1997).
  • (pt) A guerrilha do Araguaia, Palmeiro Dória, Sérgio Buarque, Vincent Carelli, Jaime Sautchuk, Editora Alfa-Omega, São Paulo (1982).
  • (pt) Xambioá: guerrilha no Araguaia, Pedro Corrêa Cabral, Editora Record, Rio de Janeiro (1993).
  • (pt) Luta armada no Brasil dos anos 60 e 70, Jaime Sautchuk, Editora Anita Garibaldi, São Paulo (1994), pp. 77 à 85.

Bibliographie complémentaire[modifier | modifier le code]

  • (pt) Operação Araguaia: os arquivos secretos da guerrilha, Tais Morais, Eumano Silva, Geração Editorial (2005), São Paulo.
  • (pt) Justiça manda abrir arquivos do Araguaia, in: Folha de S. Paulo, 7 décembre 2004. p. A-7.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • (pt) Araguaya - A Conspiração do Silêncio, film brésilien de Ronaldo Duque, 2004.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • Documentos do Araguaia - reportage de la Revista Istoé, avec des extraits des documents précités (en portugais).