Fantaisie en fa mineur (Schubert)

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Fantaisie en fa mineur, D. 940
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La Fantaisie en fa mineur, D. 940, opus posthume 103, est une œuvre pour piano à quatre mains composée par Franz Schubert en 1828, soit l'année même de sa mort. Ceci nimbe cette œuvre d'une atmosphère « extatique » qui contribue à accentuer le caractère tragique d’une musique où les silences parlent autant que les notes, selon le critique Jean-Luc Macia dans la Revue des deux mondes de septembre 2015[1].

Contexte[modifier | modifier le code]

Le répertoire pour piano à quatre mains de Schubert reste peu connu, car destiné essentiellement par ce dernier à être joué dans le cadre convivial et intime d'un groupe d'amis, les Schubertiades. Ces œuvres furent d'ailleurs créées plus pour les exécutants que pour les auditeurs et elles font rarement partie des programmes de récitals. Elles avaient peut-être aussi une dimension pédagogique permettant à Schubert d'accompagner et de mettre en valeur ses élèves de piano. C'est peut-être la raison pour laquelle aucun autre grand compositeur n'a écrit autant d'œuvres pour piano à quatre mains que lui[2].

Caractérisation d'une œuvre exceptionnelle[modifier | modifier le code]

Mais cette fantaisie fait exception ː elle est la seule pièce de ce genre qu'il ait composée dans sa maturité. C'est, de loin, la pièce la plus connue ; elle est d'ailleurs considérée comme une des œuvres majeures de la littérature pour piano à quatre mains. En effet, pour cette œuvre, Schubert délaisse complètement la sphère de la convivialité et crée une œuvre de dimensions quasi symphoniques dont l'atmosphère élégiaque initiale l'imprègne tout entière[2].

Karoline von Esterházy

Écrite au début de 1828, l'année de la mort du musicien (à l'âge de 31 ans), Schubert lui-même, accompagné par Franz Lachner, la jouera pour la première fois à Vienne le , au cours de l'une de ses fameuses Schubertiades. Schubert avait manifestement conscience de l'importance de cette œuvre et la destinait à l'impression comme le montre le numéro d'opus noté de sa main sur le manuscrit autographe, qui figure également sur la première édition parue en mars 1829[2].

Elle est dédiée à la comtesse Caroline Esterházy, une élève du compositeur dont certains biographes pensent qu'il était amoureux. En , Eduard von Bauernfeld, dramaturge et ami de Schubert, note dans son journal :

« Schubert semble être réellement amoureux de la comtesse E. Il lui donne des leçons »[3].

C'est peut-être l'ensemble de ces circonstances qui rendent célèbre cette œuvre, mais aussi son envergure et surtout sa « troublante » beauté (toujours selon Macia), dans ces pages farouches [...] où le discours schubertien ouvre des portes inattendues, aux lumières ambiguës faites de clair-obscur et de murmures coupés de forte fracassants[1].

Cette Fantaisie de Schubert est au centre de l'intrigue d'un épisode de la série télévisée policière française Cassandre, qui met en scène la dureté des enjeux de l'apprentissage de la musique pour les jeunes pianistes prodiges. Il s'agit de l'épisode n°1 de la saison 3 (2018-2019) ː « Fausse note » . Le début du premier mouvement de l’œuvre, teinté de mélancolique reproche, est repris volontairement de manière obsédante et rythme l'ensemble du film, créant parfois un saisissant effet d'anxiété sourde, et contribuant largement à l'atmosphère poignante de cet épisode particulièrement réussi[4].

Structure[modifier | modifier le code]

La fantaisie comprend quatre parties et sa durée d'exécution est d'environ vingt minutes. Sa structure est celle d'une sonate dont les mouvements sont joués d'un seul trait. Le thème initial, particulièrement mélancolique, est repris plusieurs fois, notamment dans une forme fuguée tourmentée dans la dernière partie qui s'achève brutalement avec le retour du thème, en coda.

  1. Allegro molto moderato
  2. Largo
  3. Allegro vivace
  4. Tempo primo

Des transcriptions de cette pièce pour piano à deux mains ont été réalisées par Johann Friedrich Carl Dietrich (1816-1875), Louis Köhler (1820-1886), Michael Zadora (1882-1946) et Jérôme Ducros, ainsi qu'une transcription pour orgue par Léonid Karev.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dans le cadre de la critique de disques de ce numéro de la Revue des deux mondes de septembre 2015, il s'agit d'une recension du CD Erato ː 461669 9, présentant la Sonate D894, la Mélodie hongroise et la Fantaisie D940 de Schubert par David Fray et Jacques Rouvier ː Jean-Luc Macia, « Un rêve, des jumeaux et des claviers », sur dev.cosavostra.com, Revue des deux mondes, (consulté le 1er juin 2020), p. 171.
  2. a b et c Franz Schubert, Fantaisie en fa mineur op. 103 D 940, partition établie par Willi Kahl, Henle Verlag, , 32 p. (ISMN 9790201801803, présentation en ligne). Même présentation ici ː « Fantaisie en Fa Mineur », sur di-arezzo.fr (consulté le 2 juin 2020).
  3. Ian Bostridge, Le voyage d'hiver de Schubert
  4. Cet épisode a obtenu l'audience record de la série avec 20,3 % de part de marché, confirmée à sa rediffusion sur France 3 le 28 mai 2020, en prime-time. Voir la section Audience en France de l'article consacré à la série.