Alfred Brendel

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Alfred Brendel
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Alfred Brendel en 2010.

Naissance
Wiesenberg, Moravie
Drapeau de la Tchécoslovaquie Tchécoslovaquie
Activité principale pianiste.
Activités annexes poète,
essayiste.
Années d'activité 19482010.
Formation autodidacte.
Maîtres Edwin Fischer.
Élèves Kit Armstrong,
Anne Queffélec,
Imogen Cooper
Paul Lewis (en),
Mark Gasser (en),
Roberto Carnevale (it),
Till Fellner
Francesco Piemontesi
Herbert Schuch.
Descendants Adrien Brendel (violoncelliste).
Distinctions honorifiques Order of the British Empire (Civil) Ribbon.png KBE
Site internet www.alfredbrendel.com

Répertoire

Sir Alfred Brendel est un pianiste autrichien né le à Wiesenberg en Tchécoslovaquie, aujourd'hui en République tchèque. Poète publié cultivant l'effet d'inattendu (de) à l'instar de Miroslav Holub (de), il est également l'auteur d'essais de musicologie qui traduisent son expérience du métier de musicien, sa perception des compositeurs et son exigence dans l'interprétation de ne servir que l'intention exprimée dans la partition et la structure de l'œuvre. Si son répertoire est large, de Bach à Schönberg, il a été reconnu comme l'un des plus grands interprètes au piano de l'art musical classique et romantique, avec une élection pour Beethoven et Schubert.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse post autrichienne (1931-1946)[modifier | modifier le code]

Alfred Brendel nait dans une famille allemande de Moravie, ancienne province de Bohême, qui avait été un des états de l'empire d'Autriche-Hongrie. Il n'a que trois ans quand ses parents s'installent sur l'île de Veglia pour y prendre la direction d'une pension. L'enfant imite le chanteur d'opérette Jan Kiepura, dont il passe pour lui même les disques destinés à la clientèle.

Son père, initialement ingénieur en architecture, devient directeur d'une salle de cinéma de Zagreb. C'est là que l'enfant est scolarisé et qu'en 1937, à l'âge de six ans, il prend ses premières leçons de piano auprès d'un professeur de vingt six ans, Sofia Dezelic. Il est aussi inscrit dans un cours de théâtre pour enfants.

La guerre conduit la famille à se réfugier en Autriche dans les environs de Graz, où le père trouve un emploi dans un grand magasin. De 1943 à 1947, l'enfant poursuit sa formation musicale au conservatoire de Graz auprès d'une élève de Bernhard Stavenhagen, Ludovica von Kaan, tout en recevant des leçons de composition de l'organiste local, Arthur Michl.

À la fin de la guerre, durant l'hiver 1945, il a quatorze ans quand il est envoyé creuser des tranchées en Yougoslavie. Il souffre d'engelures et est hospitalisé.

Le jeune pianiste se livre aussi à la peinture, à la poésie et à la composition. Il est encouragé dans cette dernière voie en recevant le prix Enesco. Il regarde l'écriture musicale comme un métier parallèle et complémentaire de celui d'interprète.

Formation à l'oreille (1947-1950)[modifier | modifier le code]

En 1947, Alfred Brendel suit en auditeur libre les cours dispensés par l'Académie des Beaux Arts de Vienne.

En 1948, il donne son premier récital en solo à Graz, des fugues de Bach, Brahms et Liszt parmi lesquelles il glisse une sonate de sa composition, une double fugue. Il a dix sept ans et au même moment une galerie de la ville expose ses aquarelles. Il poursuit sa formation musicale en assistant aux cours magistraux de Paul Baumgartner et Édouard Steuermann, un élève de Ferruccio Busoni du cercle d'Arnold Schonberg.

En grande partie autodidacte, il écoute les disques des grands pianistes tels Artur Schnabel, Alfred Cortot, Wilhelm Kempff ou Edwin Fischer, exemples de sensibilité, d'expressivité et d'intériorité dont il retiendra les leçons, mais aussi les maîtres de la musique vocale et de la conduite d'orchestre. C'est en les écoutant qu'il se sensibilise à la primauté de la symphonie sur la performance du pianiste. Il s'écoute lui même sur un Dynavox, cherchant à s'améliorer sans cesse.

En 1949, il remporte le quatrième prix Busoni à l'issue du concours international de piano de la ville de Bolzano et l'année suivante s'installe à Vienne. De là, il apprend le métier en participant à des tournées en Europe et en Amérique du sud. Il assiste aux cours magistraux qu'Edwin Fischer donne à Lucerne en 1949 et 1950. De celui ci plus encore que de Paul Baumgartner et d'Édouard Steuermann, il apprend à « s'éloigner du piano pour se trouver soi même. »[1]. Il retournera l'entendre en 1954.

Débuts discographiques (1951-1964)[modifier | modifier le code]

Les débuts du soliste Alfred Brendel dans un pays en ruine sont laborieux. C'est Charles Adler (en), chef d'orchestre ayant fui le nazisme, qui revient des États Unis pour le découvrir parmi les jeunes talents dans le besoin[2]. Soutenu par la Society of Performing Artists, il lui fait enregistrer en 1951 pour SPA Records une œuvre tardive de Liszt, les suites dites (en) de l'arbre de Noël[3], qui ne l'avait jamais été[2]. Il enregistre l'année suivante le concerto pour piano n° 5 de Serge Prokofiev.

Ce n'est que six ans plus tard, en 1958, qu'un banal concert beethovénien donné en à la Salle Reine Élizabeth, à Londres, vaut au jeune homme, de façon inattendue, trois offres simultanées de labels concurrents. Il commence alors pour l'américain Vox l'enregistrement de la quasi intégrale de l'œuvre pour piano de Beethoven. Il est le premier à le faire. Après une apparition en 1960 au festival de Salzbourg qui le révèle au public, il donne en concert l'intégrale des sonates à Londres en 1962. L'enregistrement est achevé en juillet 1964 par celui des Variations Diabelli. Le résultat est couronné par un Grand prix du disque et se poursuit par une tournée américaine qui commence cette année là à New York.

Tournée permanente (1965-1975)[modifier | modifier le code]

Pendant une dizaine d'années, Alfred Brendel se consacre à de fatigantes tournées aux quatre coins du monde qui compromettent la vie familiale[4]. Il signe en 1969 un contrat d'exclusivité avec Philips, label néerlandais basé à Mayfair auquel il restera fidèle.

En 1971, à la suite d'un grand succès remporté à Londres, il décide de s'y installer définitivement. Après douze ans de mariage, il se sépare en 1972 d'Iris Heymann-Gonzala, qui lui a donné une fille, Doris, future flûtiste et remarquable chanteuse de l’éphémère groupe néoprogressif The Violet Hour pour l'album The Fire Sermon[5]. Sa première au Carnegie Hall a lieu en 1973.

En 1975, il épouse en secondes noces Irène Semler, dont il aura trois enfants, Adrien, Catherine et Sophie.

Vedette britannique (1976-2014)[modifier | modifier le code]

Au cours de sa carrière, Alfred Brendel joue avec de nombreux chefs d'orchestre, dont l'un des premiers a été Antonio Janigro, à Zagreb. Il travaille étroitement avec Bernard Haitink, Simon Rattle, Charles Mackerras et Claudio Abbado. Il enregistre des lieders de Schubert et Schumann avec Dietrich Fischer-Dieskau et Matthias Goerne. Il occupe régulièrement les scènes internationales, en récitals ou en concerts avec orchestre. En 1984, il est un des grands pianistes avec Aldo Ciccolini, Martha Argerich, Vladimir Ashkenazy, Lazar Berman, Nikita Magaloff, Michel Beroff, Annie Fischer et Louis Lortie à homologuer le piano mis au point par Fazioli et Zeltron. Au cours de ses dernières tournées, il se fait accompagner par son fils violoncelliste, Adrien Brendel, dans ses interprétations des cinq sonates pour piano et violoncelle de Beethoven, n° 1, 2, 3, 4 et 5. Atteint par l'arthrite, il doit renoncer à jouer les pièces les plus physiques.

Il donne des conférences et des cours magistraux à Harvard, Yale, Princeton, Berkeley, McGill, l'université de New York, Oxford et Cambridge, au Cal Performances (en), à l'Institut du cerveau et de la créativité (en) ainsi que dans de nombreux festivals tels que celui de la Ruhr (de) ou la Schubertiade de Schwarzenberg.

En mai 2008, le virtuose annonce prendre sa retraite après une tournée d'adieux qui passe en particulier par Pleyel et La Roque d'Anthéron et se clôturera à l'Union musicale de Vienne le par le Concerto Jeunehomme de Mozart, Charles Mackerras dirigeant le philharmonique[6]. Toutefois il continue de se produire pendant deux années[7].

À l'automne 2012 puis de nouveau au printemps 2014, il anime deux semaines durant un cour magistral sur le quatuor à cordes à l'Académie musicale de Villecroze[8], activité que la surdité[9] l'empêche de renouveler.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Prix musicaux[modifier | modifier le code]

Prix discographiques[modifier | modifier le code]

Alfred Brendel a reçu plusieurs reprises un prix allemand du disque (de).

Diplômes honorifiques[modifier | modifier le code]

Participations honorifiques[modifier | modifier le code]

En 1981, Alfred Brendel est reçu comme membre d'honneur de la Grande école de musique et des arts du spectacle (de) de Graz.

En 1985, il est admis comme membre d'honneur au titre étranger à l'Académie américaine des arts et des sciences.

En 1998, il est reçu comme membre d'honneur du l'Orchestre philharmonique de Vienne.

En 2005, il se voit décerner le titre de citoyen d'honneur de Loučná nad Desnou, sa ville natale.

En 2009, il devient membre permanent de l'Académie allemande de langue et littérature.

Décorations[modifier | modifier le code]

En 1989, Alfred Brendel est anobli par Elizabeth II et élevé au grade de commandeur dans l'Ordre de l'Empire britannique.

En 1991, il est nommé dans l'ordre Pour le mérite en sciences et arts par le Président de la république fédérale Richard von Weizsäcker[15] .

En 2010, il reçoit l'Insigne d'or pour services rendus à l'état (de) de Vienne.

Répertoire[modifier | modifier le code]

La trinité viennoise[modifier | modifier le code]

Les romantiques[modifier | modifier le code]

Les modernes[modifier | modifier le code]

Réception[modifier | modifier le code]

« un nouveau Schnabel »

— Critique d'un concert donné en 1974 à la Salle de symphonie de Boston[16].

« On sent parfois dans son jeu une discordance entre le désir de faire entendre une pièce et une absence d'adhésion, par tempérament, à celle ci. »

— Réception en 1991 par l'essayiste Édouard Saïd, lui même pianiste qui fondera l'Orchestre du divan occidental oriental[17].

« [...] il peut sembler pédant à certains. »

— Critique par ailleurs élogieuse de la prestation d'Alfred Brendel au Carnegie Hall en 2008[18].

Discographie[modifier | modifier le code]

Alfred Brendel a enregistré de nombreux disques pour Vox puis, à partir de 1965, sa filiale Turnabout, ainsi que Vanguard. En 1972, il se lance dans un cycle d'enregistrements pour Philips, avec qui il a signé trois ans plus tôt un contrat d'exclusivité. En 1982, son catalogue est repris par Decca[19]. Il a également été sélectionné pour les prestigieuses anthologies de pianistes de Steinway & Sons : Steinway Legends.

En 2016, il s'offre pour son quatre vingt cinquième anniversaire de faire rééditer en une compilation tous ses meilleurs enregistrements[20].

Œuvre écrit[modifier | modifier le code]

Essais de musicologie[modifier | modifier le code]

Trad. (en) Music Sounded Out, The Noonday Press, New York, 1992, rééd. Robson Books, 1994.
  • Musik beim Wort genommen. Über Musik, Musiker und das Metier des Pianisten. Piper, Munich, 1995 (ISBN 3-492-18334-4).
  • Über Musik. Gesammelte Essays, Vorträge und Reden., Piper, Munich, 2005 (ISBN 978-3-492-04783-8)[β 3].
Rééd. Über Musik. Sämtliche Essays und Reden., Piper, Munich, 2007 (ISBN 978-3-492-24939-3)[β 4].
Trad. (en) Alfred Brendel on Music, JR Books, 2007.

Poésie[modifier | modifier le code]

Autographe d'un poème dédié à l'Orchestre de la jeunesse de Gênes (it).
  • Fingerzeig. 45 Texte, Munich, 1996.
  • Störendes Lachen während des Jaworts. Neue Texte, Munich, 1997.
  • Kleine Teufel. Neue Gedichte, Munich, 1999.
  • Ein Finger zuviel. 142 Gedichte, Munich, 2000.
  • Spiegelbild und schwarzer Spuk. Gedichte., Ill. Max Neumann, Luis Murschetz (de) & Oskar Pastior, Hanser, Munich, 2003, 288 p. (ISBN 978-3-446-20349-5).
  • Playing the Human Game, Phaidron Press, 2010. Florilège traduit en anglais.

« Une collection de textes qui peuvent être mis au rang clairsemé de la littérature véritablement comique et qui confèreront peut être bien à leur auteur l'immortalité. »

— Réception de Spiegelbild und schwarzer Spuk par la Frankfurter Allgemeine.

Préfaces[modifier | modifier le code]

Trad (it) Giudizio universale con pause. Dai diari., Coll. Piccola biblioteca Adelphi, n° 651, Adelphi, Milan, 2013, 166 p. (ISBN 978-884-5928-13-0)[β 9].

Les extraits du journal inédit du dramaturge Friedrich Hebbel ont été pour ces éditions choisis par Alfred Brendel.

Traductions françaises[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

En 1989, Chantal Akerman consacre à Alfred Brendel un documentaire intitulé Les Trois dernières sonates de Franz Schubert.

Le cinéaste Mark Kidel (en) réalise trois films documentaires sur l'homme, le virtuose et l'interprète :

  • Alfred Brendel: Man and Mask, 75 min.,
  • Brendel In Performance, 2000, 50 min,
  • Alfred Brendel on Music: Three Lectures, 2011, 225 min.

En 2009, Alfred Brendel est mis en scène avec d'autres pianistes dans le film Pianomania, un documentaire germano-autrichien des réalisateurs Robert Cibis et Lilian Franck. Des premières de ce film, qui fait partie du catalogue de Goethe-Institut, ont été présentées à travers le monde.

En 2010, le maître illustre la transmission des savoirs à son élève, le virtuose Kit Armstrong, dans Set the Piano Stool on Fire., un documentaire de soixante dix minutes tourné en 2008 à Push Manor, son domicile à Hampstead.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Trad. (fr) O. Mannoni, Le voile de l'ordre : entretiens avec Martin Meyer., Bourgois, Paris, 2002, 335 p. (ISBN 9782267016420) (OCLC 52793782)[β 15].
Trad. (en) Richard Stokes, Me of All People: Alfred Brendel in Conversation with Martin Meyer., Presses de l'université Cornell, Ithaca, octobre 2002 (ISBN 9780801440991).

Notices bibliographiques[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. A. Brendel, « Edwin Fischer: Remembering My Teacher », cité in A. Brendel, Musical Thoughts & Afterthoughts, p. 122, Robson Books, 1976 (ISBN 9780903895439).
  2. a et b AllMusic
  3. S 186 alias LW A267.
  4. B. Duffie, « Pianist Alfred Brendel. A Conversation with Bruce Duffie. », Chicago, 20 avril 1991.
  5. Olav Martin Bjørnsen, « THE VIOLET HOUR », in Progarchives, [s.d.]
  6. C. Spahn, « Ich sehe das Ende klar und tränenlos », in Die Zeit, Hambourg, 1 mai 2008.
  7. A. Dorschel (de), « Im Gespräch: Alfred Brendel "Müßig sein werde ich kaum". », in Süddeutsche Zeitung, Munich, 17 mai 2010.
  8. « Alfred Brendel », Académie musicale de Villecroze, Villecroze,
  9. M. Crépu, trad. E. de Rubercy, « Alfred Brendel, le joueur de musique (entretien) », in La Nouvelle Revue Française, n° 612, p. 85-96, Gallimard, Paris, avril 2015 (ISBN 9782070149223).
  10. « ALFRED BRENDEL - Premio "Una vita nella musica - Arthur Rubinstein" 2007 Concerto straordinario del pianista austriaco al Teatro La Fenice », La Fenice, Venise, 24 juillet 2007.
  11. « Alfred Brendel bekommt Duisburger Musikpreis », p. , in La Poste du Rhin (de), Düsseldorf, 23 avril 2009.
  12. « Alfred Brendel wurde mit der Mozart-Medaille ausgezeichnet », Mozarteum,Slazbourg, 29 janvier 2014.
  13. « Hall of Fame », Gramophone, Londres, avril 2012.
  14. « ECHO Klassik-Preisträger 2016 », BVMI, Berlin, 2016.
  15. « Pour le Mérite: Alfred Brendel », Ordre pour le merite, Berlin, 2002.
  16. M. Steinberg, « Brendel full of tension, never tense. », in The Boston Globe, p. 26, Boston, 11 mars 1974.
  17. E. W. Said, « Alfred Brendel: Words for Music. », in E. W. Said, préf. D. Barenboim, Music at the Limits, p. 29, Presses de l'université Colombia, New York, 2008 (ISBN 978-0-231-13936-6).
  18. A. Tommasini (en), « A Pianist Bids Farewell With Schubertian Grace », in The New York Times, p. E27, New York, 22 février 2008.
  19. Catalogue Brendel, Alfred chez Decca.
  20. « Coffret CD : Alfred Brendel - Complete Philips Recordings », in France Musique, Paris, 8 janvier 2016.

Autres pianistes musicologues[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]