Jean Dides

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Jean Dides
Illustration.
Fonctions
Député (1956-1958)
Gouvernement IVe République
Groupe politique UFF
Biographie
Date de naissance
Date de décès (à 88 ans)

Jean Dides (, Paris, Paris) était un commissaire de police et membre des Renseignements généraux (RG) sous le gouvernement Pierre Mendès France, conseiller municipal et député poujadiste français. Chargé de la Ve section des RG dont la mission était de traquer les Résistants étrangers sous Vichy, il se sert de sa position pour engager une action de résistance[réf. nécessaire], il est immédiatement réintégré à l'époque de l'épuration. Après la libération il s'engage dans la lutte anti-communiste, devenant le principal adjoint dans cette mission du préfet de police de Paris Jean Baylot. Ecarté de son poste de commissaire suite à l'« affaire des fuites » de 1954, qui déstabilise le ministre de l'Intérieur François Mitterrand, jugé trop favorable à la décolonisation, il se fait élire en janvier 1956 sous la bannière de l'Union et fraternité française. Jean Dides conserve toutefois son influence dans la police, en particulier lors de la crise de mai 1958 où les forces de l'ordre lui sont acquises.

Vichy et l'après-guerre[modifier | modifier le code]

Jean Dides s'engage comme agent de police en 1940. Deux ans plus tard, il est nommé par Lucien Rottée, le directeur des RG (fusillé à la Libération), inspecteur principal des RG à la 5e section, chargée en particulier de la répression des Résistants étrangers. Suite à l'épuration toute relative dans les rangs de la police française, qui a assuré le maintien de l'ordre pendant quatre ans, les 5 000 policiers mis à l'écart par les commissions d'épuration constituent une « Amicale des Éloignés de l'Administration » en 1946. Trois ans plus tard, ils créent « l’Association amicale de défense des intérêts professionnels des gradés de la police municipale », composée des 2 200 policiers de la préfecture de la police épurés en 1944-45. Celle-ci est dirigée par Jean Dides, qui n'a lui-même été suspendu que quelques semaines, par une commission présidée par son ancien inspecteur principal à la 5e section, Migeon.

Il devient membre du RPF gaulliste en 1947, et se reconvertit dans la surveillance et la répression des communistes, qui deviennent le principal ennemi après le discours de Fulton de Churchill, en 1946, au sujet du « rideau de fer », puis le renvoi, en mai 1947, des ministres communistes du gouvernement. Jean Dides rédige ainsi une brochure interne du RPF, intitulée La lutte pour le pouvoir, où on peut lire : « Nous voulons considérer que le PCF, danger national, doit être détruit. Nous voulons l’éclatement de son appareil, de ses moyens et, le cas échéant, de ses chefs ». La CGT-Police est alors épurée par le ministre socialiste de l'intérieur Jules Moch : 800 policiers accusés de sympathie avec le PCF sont révoqués, et 2 200 mutés. Jean Dides dépose alors un recours au Conseil d'État, à la suite duquel soixante commissaires nommés au titre de la Résistance furent cassés ou mis à la retraite, puis devient dirigeant du syndicat des commissaires de police[1].

L'ancien secrétaire général au SGP (Syndicat général de la police), Jean Chaunac, déclarait ainsi dans un entretien avec l'historien Maurice Rajsfus :

« Dès 1947, avec l'aide du commissaire Jean Dides, le pouvoir mettait en place une police de l'ombre susceptible de monter des mauvais coups, de pratiquer le fichage, l'espionnage et la provocation d'une manière structurée. S'ajoutait à cela la mise en ploace de réseaux dont le rôle était d'intimider les témoins. Tout ce système de perversion civique sera institutionnalisé avec l'arrivée de Jean Baylot à la tête de la préfecture de police, en 1951[2]. »

Jean Dides sera révoqué de ses fonctions de commissaire après l'affaire des fuites du Comité supérieur de la Défense nationale, en 1954. Il est le destinataire de plusieurs comptes rendus du Comité, prétendûment dérobés par un informateur, le journaliste André Baranès, sur le bureau de Jacques Duclos. Ces documents ont en fait été transmis à Emmanuel d'Astier de La Vigerie par deux collaborateurs du Secrétariat général du CSDN. D'Astier les a communiqués à des amis politiques, puis à Baranès afin qu'il les remette à Dides. L'objectif est de déstabiliser les gouvernements Laniel et Mendès France en faisant croire à la trahison d'un ministre. Dides tente d'orienter le soupçon vers François Mitterrand, alors Ministre de l'Intérieur. Le Président du conseil, Pierre Mendès France, fait faire une enquête par la DST en septembre. L'affaire est élucidée un mois plus tard. Turpin et Labrusse, les fonctionnaires à l'origine des fuites, sont condamnés pour haute trahison.

Jean Dides est ensuite élu député poujadiste en janvier 1956, sous la bannière de l'Union et fraternité française, ce qui le protège de toute poursuite judiciaire concernant l'affaire des fuites (le procès a lieu la même année). Il intègre le groupe de pression « Algérie française » à la Chambre des députés. Il fait partie du Front national pour l’Algérie française (FNAF)[3]. Il continue toutefois à se servir de son influence dans la police. Ainsi, lors de la crise de mai 1958, quand les militaires menacent de lancer l'Opération Résurrection en Corse et de lancer des parachutistes sur Paris, le ministre de l'Intérieur Jules Moch pressent qu'il ne peut s'appuyer sur les forces de l'ordre pour résister au coup d'État. Ainsi, Merry Bromberger et Serge Bromberger écrivent dans Les 13 complots du 13 mai:

« La police? Il [Jules Moch] sait depuis le 13 mars qu'il n'y a pas à compter sur elle. Ce soir-là, sortant du Palais Bourbon, il a vu défiler les agents et les inspecteurs huant les députés. Il a bien entendu des cris de "Morts aux Juifs". Les 20 000 gardiens de la paix de Paris, sont en majorité "didistes", gagnés au mouvement du commissaire Dides pour un régime autoritaire[4]. »

Selon l’audition d’Alain Guérin, journaliste à L’Humanité, devant l’Assemblée nationale lors de l’enquête parlementaire concernant le SAC (Service d’action civique), le service d’ordre gaulliste dissous en 1982 après la tuerie d’Auriol, « Historiquement, le service d’ordre du RPF a donné naissance au réseau Dides qui était aussi une antenne américaine comme il en existait d’autres en Italie. » Après lecture de son audition, Guérin a fait annexer la remarque suivante : « Le réseau Dides doit son nom au commissaire Jean Dides, plus tard député poujadiste. Le« réseau Dides » qui était en contact avec l’ambassade des États-Unis par l’intermédiaire d’un diplomate nommé Lallier, avait pour cheville ouvrière André Baranès et Alfred Delarue. Baranès était un membre du PCF qui s’était mis au service du directeur de la Sûreté Nationale Hirsch puis du préfet de police de Paris Jean Baylot. Alfred Delarue, alias « Monsieur Charles » était un ancien membre des Brigades spéciales sous l’occupation, condamné aux travaux forcés à la Libération, évadé du camp de Noë, récupéré par les Renseignements généraux auxquels il avait permis de retrouver leurs archives anticommunistes d’avant la Guerre. Qualifié de service « extra-muras » à la préfecture de police, le « réseau Dides » reste un des plus parfaits exemples de « police parallèle »[5]. »

En 1959, Jean Dides est élu conseiller municipal de Paris au titre du 8e secteur, 11e et 12e arrondissements, sous l'étiquette Union des indépendants et des républicains nationaux de Paris. En 1960, il cofonde le Front national pour l'Algérie française[6]. Il siégea au sein de l'Assemblée parisienne jusqu'en 1965 sur les bancs du groupe du Centre républicain. Il y exerça les fonctions de secrétaire de la Commission de la jeunesse et des sports et de secrétaire de la 2e Commission[7].

Dans une vidéo « journal de bord » en date du 14 juillet 2018, Jean-Marie Le Pen explique que « sous la direction d'ailleurs du commissaire Dides, député du nord de Paris » une tentative d'évasion avait été prévue pour libérer Jean Bastien-Thiry le cerveau de l’attentat du Petit-Clamart contre le Général Charles De Gaulle. Jean Marie Le Pen raconte « On y a renoncé parce que, la veille dans l’après-midi, Bastien-Thiry a fait savoir qu’ayant une grave angine, il ne pourrait pas participer à son évasion »[8]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. L'Humanité, 12 novembre 1954. Cité par Maurice Rajsfus dans La Police de Vichy. Les forces de l'ordre françaises au service de la Gestapo. 1940/1944, Le Cherche midi, 1995 (p. 277)
  2. Entretien de juin 1994 entre Maurice Rajsfus et Jean Chaunac, dans La Police de Vichy. Les forces de l'ordre françaises au service de la Gestapo. 1940/1944, Le Cherche midi, 1995 (p. 276)
  3. Appel du FNAF signé par Dides (Archives départementales de la Somme) [RTF]
  4. Merry Bromberger et Serge Bromberger, Les 13 complots du 13 mai (Librairie Arthème Fayard, 1959), p. 382, cité par M. Rajsfus, ibid., p. 280
  5. Audition d’Alain Guérin devant l’Assemblée nationale
  6. http://www.france-politique.fr/wiki/Front_National_Combattant_(FNC).
  7. « Condoléances Ville de Paris »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  8. « Jean-Marie Le Pen avait tenté de faire évader le cerveau de l’attentat du Petit-Clamart »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]