Alignements de Carnac

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Alignements de Carnac
France-Carnac-Alignement de Kermario.jpg

Alignement de Kermario à Carnac

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KerloquetVoir et modifier les données sur Wikidata
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Alignement de Kermario à Carnac, vue de l'autre partie

Les alignements de Carnac sont situés sur la commune de Carnac dans le département du Morbihan en Bretagne. Il s'agit d'un site d'alignements mégalithiques exceptionnel constitué d'alignements de menhirs, de dolmens et d'allées couvertes et réparti sur plus de quatre kilomètres. Les alignements de Carnac sont les ensembles mégalithiques les plus célèbres et les plus impressionnants de cette période avec près de 4 000 pierres levées. Depuis 1991, le site est fermé au public en été et libre d'accès en hiver afin de préserver et de conserver le site. En effet, le libre accès provoquait surtout en période estivale de nombreuses dégradations des menhirs (chutes et déchaussement) et de la lande.

Les menhirs sont protégés au titre des monuments historiques par plusieurs listes et arrêtés successifs, les premiers en 1889. En 1996, les sites mégalithiques de Carnac sont inscrits sur la liste indicative de l'UNESCO en vue d'une candidature d'inscription au Patrimoine mondial dans la catégorie culturelle[1]. Le site est géré par le Centre des monuments nationaux, établissement public sous tutelle du Ministère de la Culture.
Cependant, à ce jour l'aire d'étude pressentie pour une candidature au Patrimoine mondial regroupe une vingtaine de communes permettant de contextualiser les sites de Carnac dans un ensemble géographique et culturel cohérent de plusieurs centaines de sites.

Géographie[modifier | modifier le code]

Les alignements de Carnac se suivent sur environ 4 km entre la baie de Plouharnel et la rivière de Trinité-sur-Mer. Ils marquent la jonction de deux territoires différents, un littoral au sud et l'autre continental au nord [2]. Il est possible que les alignements aient atteint la rivière de Crac'h en se répartissant sur 8 kilomètres.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'alignement de Kermario, vraisemblablement contemporain de Kerlescan, semble construit sur le tertre du Manio qui est daté de 4000-3500 av. J.-C. La construction des alignements semble légèrement postérieure, ceux-ci dateraient donc du milieu du IVe millénaire (fin du Néolithique moyen)[3].

Composition des alignements[modifier | modifier le code]

Les principaux alignements de menhir de Carnac sont (d'Ouest en Est): Le Ménec, Kermario, Kerlescan et Le Petit Ménec. L'ensemble à une direction générale sud-ouest nord-est (N 65°). Dans chaque alignement, les menhirs sont placés par ordre croissant en direction de l'Est. Un cromlech précède l'alignement du Ménec distant de 240 mètres de l'alignement de Kermario, précédé lui d'un dolmen. L’alignement de Kerlescan distant de 390 mètres est, comme le Ménec, précédé d'un cromlech semi-circulaire.

Les alignements du Ménec[modifier | modifier le code]

Alignement du Ménec

Ces alignements constituent l'ensemble de menhirs le plus représentatif : 1 165 mètres de long sur 100 mètres de large pour 1099 menhirs répartis sur 11 files. Les plus hautes pierres qui les composent atteignent 4 mètres. Les alignements du Ménec commencent au sud-ouest par un cromlech comprenant encore 71 blocs rescapés donc certains se faufilent entre les bâtiments du village du Ménec. Un cromlech très ruiné existe encore à l'est.

Les alignements du Ménec fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1889[4].

Alignement du Ménec

L'alignement de Kermario et le Manio[modifier | modifier le code]

Le géant du Manio

Cet alignement est le plus connu et le plus fréquenté des alignements de Carnac. En effet, c'est ici que l'on trouve les plus gros menhirs. Il compte 10 lignes représentant un total de 982 menhirs. Il fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1889[5].

Alignements de Kermario

Cet alignement est marqué par l'existence du moulin de Kermaux qui offre un point de vue sur les alignements. Enfin, l'étang de Kerloquet creusé au XIXe siècle a détruit une partie des alignements. Il sépare en deux l'alignement avec le Kermario d'un côté et le Manio de l'autre. Le site de Kerloquet, composé de 82 menhirs, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [6].

Non loin de cet alignement se trouve le quadrilatère du Manio qui est constitué de plusieurs blocs de granit de 1 mètre de hauteur placés jointivement. Ils délimitaient un tertre tumulaire. On trouve aussi le Géant du Manio qui se dresse à une hauteur de 6 mètres. L'ensemble fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1900[7].

L'alignement de Kerlescan et le petit Ménec[modifier | modifier le code]

Menhirs de l'alignement de Kerlescan

Cet alignement contient 540 menhirs répartis sur 13 lignes et sur 3,50 hectares de surface. À son extrémité, se trouve un cromlech de 39 menhirs. C'est l'alignement le mieux conservé. Il fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1889[8].

L'alignement de Kerlescan se prolonge dans un bois situé au-delà de la route menant à la Trinité-sur-Mer avec le Petit Ménec, aujourd'hui restauré, et qui fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [9].

Redécouverte du site[modifier | modifier le code]

Nombreuses sont les légendes qui tentent d'expliquer les alignements, car pendant longtemps l'origine de ces structures était inconnue. La plupart des légendes lie la fertilité et les menhirs, car elle perpétue le souvenir de cultes sacrés.

La légende de saint-Cornély raconte la mésaventure des soldats romains pétrifiés et transformés en menhirs. Ce n'est qu'à partir de 1750 que l'on s'intéresse aux alignements de Carnac et que les premières hypothèses sont émises. Le comte de Caylus en 1764 pense que les mégalithes datent d'avant l'époque des gaulois et des romains. F. de Pommereul en 1790 émet l'hypothèse d'une origine celte qui va pendant de nombreuses années envaser les réflexions archéologiques sur les mégalithes.

Des publications autour de Carnac ont inspiré de nombreux hommes célèbres à cette époque :

Mais, à la fin du XIXe siècle, James Miln et Zacharie Le Rouzic, à l'origine du musée de préhistoire à Carnac, à la suite des fouilles du site, introduisent de nouvelles interprétations fondées sur l'archéologie. Ils tentent de vérifier les origines de ces pratiques liés aux cultes, c’est-à-dire à la vénération de quelqu'un ou de quelque chose.

Pendant l'Occupation l'archéologie nazie s'intéresse aux alignements de Carnac y voyant un signe de l'« indo-germanisation » de la région par des populations extérieures venues du Nord par la mer. Une mission est envoyée sur place en automne 1940 et réalise avec l'aide de la Luftwaffe des relevés topographiques du secteur[10]. Ces recherches sont directement chapeautées par Alfred Rosenberg un des idéologues du parti nazi. À la suite de ces études le tumulus associé aux menhirs de Kerlescan est fouillé entre 1941 et 1942. Le cours de la guerre interrompt ensuite les recherches[11].

Mise en valeur et préservation du site[modifier | modifier le code]

La maison des mégalithes à Carnac (l'archéoscope)

En saison estivale, afin de prévenir les risques de dégradations humaines, les sites sont accessibles uniquement par les visites conférences proposées par le Centre des monuments nationaux. Cependant, le site est de nouveau en libre d'accès d'octobre à mars, en raison du climat sec et du nombre limité de visiteurs.
Cette protection permet d'éviter les déchaussements des menhirs (bloqués dans des fosses de calage de petites pierres sur une quarantaine de centimètres depuis le niveau du sol) et permet la restauration de la végétation. La pose de grillage tout autour des alignements a permis de restaurer la végétation et de faire disparaitre les traces de piétinement des visiteurs. L'entretien écologique du site (afin de limiter la repousse des espèces végétales) est assuré par l'utilisation de moutons.
La maison des mégalithes, au Ménec, présente au public les enjeux de la restauration du monument et permet de découvrir le site dans toute son ampleur.

Tentatives d'explications[modifier | modifier le code]

Comme tout alignement mégalithique les explications pour tenter de justifier les constructions sont apportées par la théorie du mégalithisme. Compte tenu de la présence de nombreux dolmens dans les environs, ainsi que de deux cromlechs[12], du tumulus Saint-Michel, la théorie la plus probable est celle d'une fonction sacrée ou funéraire. La découverte, en 2014, d'un site archéologique à Carnac datant de l'époque néolithique permet par ailleurs d'attester d"une vie sédentaire à proximité[13].

Menhirland[modifier | modifier le code]

En 1991 est ressorti le projet de construire une zone commerciale autour du site de Carnac, via des travaux qui prévoyaient de dévier une route et de détruire des habitations[14]. Cependant, cette idée d'exploitation économique du site historique connut une forte opposition de la part des riverains[15] du fait de l'expropriation d'une dizaine de familles d'agriculteurs habitant à proximité du site.
Le local commercial installé en bordure des alignements de Kermario fut occupé 41 jours par le collectif "Holl-A-Gevret", dont Menhirs Libres fut membre. Le jour suivant leur expulsion du lieu, les militants organisèrent une manifestation de soutien à la dernière famille d'agriculteurs encore présente sur le site, bien qu'expropriée. Celle-ci fut sévèrement réprimée par une compagnie de gardes mobiles. Plusieurs personnes furent blessées dans les rangs des manifestants et dans celui des gendarmes[16].
Finalement, du fait de son illégalité reconnue par le tribunal administratif de Nantes, le projet fut officiellement abandonné par Jean-Jacques Aillagon, alors Ministre de la Culture, en 2003.

Menhirs libres[modifier | modifier le code]

Menhirs libres est une association s'étant opposée au projet de Menhirland à Carnac. L'association réunit des individus et des réseaux associatifs s'opposant à ce que les alignements de Carnac soient le prétexte d'une exploitation commerciale et touristique du site. Fondée en 1993 par Yannig Baron et Guy Mary l'association Menhirs libres est prise en charge par Skoazell Vreizh.

L'association publie un bulletin (Le Menhir Libre) où dans le numéro 19, daté d'octobre 2000, on pouvait lire, entre autres, le témoignage de Jean N., un habitant de Carnac, interpellé sur commission rogatoire du juge Gilbert Thiel du parquet antiterroriste de Paris. Cette association s'est jointe à l'appel du CARB et exigea en 2003 la libération immédiate des six prisonniers politiques bretons, dénonçant une « justice d'exception ».

Le bureau de Menhirs libres est composé d'Eugène Riguidel (vice-président), de Christian Obeltz (vice-président), de Yannick Baron (vice-président), de Martine Chadaigne (trésorière) et de Catherine Pasco (trésorière adjointe).

Autres monuments autour de Carnac[modifier | modifier le code]

Le menhir géant de Kerdeff vers 1908 (dessiné par Joseph Déchelette)

Proches de Carnac, de nombreux autres monuments de cette période se distinguent par une topographie, une géographie ou une géologie différentes :

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Dans Astérix en Hispanie de Goscinny et Uderzo, c'est Ordralfabétix qui projette de créer les alignements de Carnac.

Les alignements de Carnac ont également servi de source d'inspiration à Junichi Masuda pour les jeux vidéo Pokémon X et Pokémon Y[18]. La ville fictive de Cromlac'h possède également son alignement de menhirs.

Dans Le Scrameustache de Gos, ils sont le théâtre de plusieurs aventures, notamment dans Le Magicien de la Grande Ourse et Le Cristal des Atlantes. Dans le premier, un menhir emprisonnant un personnage maléfique, Falzar, est ajouté aux alignements ; dans le second, ils servent de moyen de propulsion à la soucoupe spatiale des héros[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sites mégalithiques de Carnac sur whc.unesco.org
  2. D. Sellier, Analyse morphologique des marques de la météorisation des granités à partir de mégalithes morbihannais. L'exemple de l'alignement de Kerlescan à Carnac, Revue archéologique de l'ouest, tome 8, 1991. p. 83-97.
  3. J. L'Helgouach, L'apport des recherches récentes à la connaissance des monuments mégalithiques de Bretagne, Problème der Megalithgràberforschung, Vortràge zum 100. Geburtstag von Vera Leisner, Deutsche Archàologisches Institut Abteilung Madrid (Madrider Forschungen, Band 16), Walter de Gruyter, Berlin, 83-111.
  4. « Notice no PA00091074 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  5. « Notice no PA00091076 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  6. « Notice no PA00091126 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  7. « Notice no PA00091138 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  8. « Notice no PA00091075 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  9. « Notice no PA00091123 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  10. Reena Perschke: Les mégalithes du Morbihan littoral sous l´occupation allemande (1940-1944). Bulletin et Mémoires du Morbihan, Société Polymathique du Morbihan, tome CXXXIX (Vannes 2013), p. 63-89 (en ligne). Voir aussi Laurent Olivier, « [Renaissance de l'historiographie, 2] L'archéologie nazie, un passé qui ne passe pas », dans Cours du Collège de France, 5 octobre 2009 (en ligne)
  11. Jean-Pierre Legendre, Laurent Olivier, Bernadette Schnitzler, Des archéologues nazis en France occupée, La Recherche, no 409, p. 54-57.
  12. "Lieux insolites: les alignements de Carnac"
  13. "Carnac : le mystère des alignements de pierres levées"
  14. (fr)D'après le site du Routard
  15. (fr) D'après cet article de L'Humanité du 18 août 1997
  16. http://www.menhirslibres.org/actu2.htm
  17. Site des mégalithes de Locmariaquer - Centre des monuments nationaux
  18. Mathilde Lizé, « Jeu vidéo : quand la France inspire les Pokémon », sur lepoint.fr,‎ (consulté le 11 mars 2016)
  19. Gos, Le Scrameustache, Dupuis, (ISBN 2-8001-0399-X)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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