Abbaye de Saint-Fuscien

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Abbaye de Saint-Fuscien
Image illustrative de l'article Abbaye de Saint-Fuscien

Ordre Bénédictin - Congrégation de Saint-Maur à partir de 1648
Abbaye mère Abbaye de Saint-Germain-des-Prés
Fondation VIe siècle ?
Fermeture 1790
Diocèse Amiens
Fondateur Frédégonde ?
Localisation
Emplacement Saint-Fuscien (Somme)
Pays Drapeau de la France France
Coordonnées 49° 50′ 18″ nord, 2° 18′ 56″ est

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Abbaye de Saint-Fuscien

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Abbaye de Saint-Fuscien

Le monastère de Saint-Fuscien-aux-Bois est une ancienne abbaye bénédictine fondée à la fin du VIe siècle dans le village de Saint-Fuscien, dans la Somme, et supprimée à la Révolution.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Les noms latins[1] de ce monastère ont été Sancti-Fusciani-de-Sylva (rouleau des morts de Saint Bruno - XIIe siècle) et Sancti-Fusciani-in-Nemore (rouleau de Corbie - XIVe siècle), ce qui a conduit à plusieurs traductions en français : Saint-Fuscien-aux-Bois, Saint-Fuscien-au-Bois et Saint-Fuscien-du-Bois.

Histoire[modifier | modifier le code]

Monastère de Saint-Fuscien-aux-Bois[modifier | modifier le code]

Selon la tradition, ce serait la reine Frédégonde qui aurait fondé un premier monastère à proximité du lieu du martyre de saint Fuscien[2].

Lors des invasions normandes, le monastère fut détruit en 859 (reconstruit en 880, puis détruit à nouveau en 925) et il resta en ruine pendant environ deux siècles.

Enguerrand de Boves, comte d'Amiens, 1042-1116, dota l'abbaye qui fut restaurée et occupée par des bénédictins. En 1105, la charte de fondation de Geoffroy d'Amiens indique que le premier abbé bénédictin était Odolric.

L'abbaye est mise en commende en 1533 (i.e. le roi nomme un abbé « commendataire » extérieur au monastère alors qu'avant les moines choisissaient leur abbé « régulier »). Jean Le Veneur fut le premier abbé commendataire.

En 1648, la réforme de Saint Maur (voir: Congrégation de Saint-Maur) fut introduite dans l'abbaye. La maison mère des Mauristes était l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris et cette congrégation voulait revenir à un régime monastique strict fidèle à la vie bénédictine. À cette époque, le logis abbatial (dit à présent « château de Saint-Fuscien ») fut reconstruit. L'église de l'abbaye servit pour le culte du village et les moines créèrent une école et instruisirent les enfants gratuitement et charitablement.

L'abbaye déclina à partir du XVIe siècle, elle passa de 17 moines à 3 en 1700 et 8 à la veille de la Révolution, Guy d'Aligre est fut le dernier abbé de 1769 à 1790[2].

La congrégation bénédictine de Saint Maur fut supprimée lors de la Révolution en 1790 et l'abbaye de Saint-Fuscien fut déclaré Bien national et mis en vente. Malgré une pétition signée par les habitants en avril 1791 pour garder leur église[3], l'abbaye fut vendue à des particuliers qui démolirent une partie des bâtiments conventuels pour récupérer des matériaux de construction. Le village se retrouva sans église et en 1820, une chapelle fut aménagée dans une ancienne grange[4], avant d'être relayée par une église paroissiale à la fin du xixe siècle.

École des Frères de Saint Joseph[modifier | modifier le code]

En 1825, le révérend père Lardeur (1776-1863) acheta ce qui restait de l'abbaye pour y installer une école de la Congrégation des Frères de Saint Joseph. Les écoles de cette congrégation eurent une grande renommée sous le Second Empire. Suite au retrait de la reconnaissance d’utilité publique à la Société des frères de Saint-Joseph en 1888, les bâtiments conventuels furent alors à nouveau vendus à un particulier.

Les manuscrits de Saint-Fuscien[modifier | modifier le code]

Le Psautier de Sanctus-Fuscianus-in-Nemore (fin du XIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Ce psautier du XIIIe siècle est conservé à Amiens. Saint Benoît introduisit la coutume monacale de la récitation des 150 psaumes au cours de la semaine. Cette récitation est le fondement de l’office mais on ne peut pas considérer les psautiers médiévaux comme des livres liturgiques à part entière.

Le Psautier de 165 feuillets (24 cm sur 17 cm) est en parchemin. Les offices à douze leçons, le calendrier et les fêtes en l’honneur des 3 saints martyrs (Fuscien, Victoric et Gentien) permettent de conclure que ce manuscrit appartenait à l’abbaye de Saint-Fuscien-aux-Bois [5].

C’est un psautier-hymnaire qui comporte[6] :

  • un calendrier de Saint-Fuscien (feuillets 1 à 6)
  • une Initiale historiée : David jouant de la harpe (feuillet 7)
  • un Psautier sans hymnes ni antiennes (feuillets 7 à 114)
  • des Cantiques bibliques (feuillets 114 à 124)
  • des Litanies (feuillet 124v)
  • un Hymnaire (feuillets 128 à 155)

L’hymnaire et parfois l’antiphonaire peuvent dès l’origine être associés dans le même manuscrit à un psautier : on parle alors de psautier-hymnaire et de psautier-antiphonaire. L’hymne est un chant métrique ou rythmique qui est dit à chaque heure de l’office (par exemple le Veni Creator).

On trouve dans ce psautier le respons « Libera, domine, animas eorum » (position 9) qui est seulement connu dans les trois abbayes bénédictines de Saint-Fuscien-aux-Bois, Vendôme et Nantes. Ce respons est un bon exemple de l’attitude envers la mort[7].

Bréviaire de Saint-Fuscien[modifier | modifier le code]

Saint-Fuscien, l'ancien logis abbatial

Les bibliothèques conservent d’autres manuscrits qui pourraient provenir de l’abbaye. Il y a par exemple, le Bréviaire de Saint-Fuscien, à l’usage de l’église d’Amiens (Parchemin de 352 feuillets des XIIIe – XIVe siècles). Les offices à douze leçons, les fêtes en l’honneur de saint Benoît et les saints régionaux désignent une abbaye bénédictine picarde qui pourrait être l’abbaye de Saint-Fuscien [8].

Vestiges de l'abbaye[modifier | modifier le code]

À présent, il ne subsiste de l'abbaye que le logis abbatial (dit le château) en brique et pierre et un petit pavillon de l'ancienne abbaye de Saint-Fuscien-aux-bois. En 1771, l'abbé commendataire avait loué le logis abbatial à un particulier qui s'en rendit acquéreur à la Révolution[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Rouleaux des morts du IXe au XVe siècle", L. Delisle, Société de l’histoire de France, Renouard Ed, Paris (1866).
  2. a, b et c Philippe Seydoux, Abbayes de la Somme, Paris, Nouvelles Éditions latines, (notice BnF no FRBNF34572163).
  3. Doléances et plaintes de saint fuscien et petit cagny, 26 avril 1791, mairie de saint-fuscien.
  4. Églises et chapelles des XIXe et XXe siècles-Amiens métropole - Isabelle Barbedor - Lieux-dits Ed (2008).
  5. Chanoine V. Leroquais, Les psautiers manuscripts latins des bibliothèques publiques de France, tome 1, no 6, Macon, 1940-1941, p. 11 à 12.
  6. Institut de Recherche et d’Histoire des Textes, CNRS, microfilm IRHT 47430 ; CDc 0673.
  7. (en) Knud Ottosen, The Responsories and Versicles of the Latin Office of the Dead, Books on Demand, 2008.
  8. Les bréviaires manuscrits des bibliothèques publiques de France, Chanoine V. Leroquais, 6 vol. , Paris (1934), tome 1, no 4, p. 10 à 12 et IRHT microfilm 47584 ; CDc 0675 .

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Florence Charpentier et Xavier Daugy, Sur le chemin des abbayes de Picardie, histoire des abbayes picardes des origines à nos jours, Amiens, Encrage Edition, 2008 (ISBN 978 - 2 - 911 576 - 83 - 6)