Simon Hantaï
Simon Hantaï, né Simon Handl[1] le 7 décembre 1922 à Bia (aujourd'hui Biatorbágy) en Hongrie et mort le 12 septembre 2008, est un peintre français d'origine hongroise.
Si l’œuvre de Simon Hantaï étonne par les multiples chemins artistiques du XXe siècle parcourus (surréaliste, gestuelle, all-over, scripturelle, abstraite,...), le nombre de peintures résolument à part dans l'histoire de la peinture occidentale du XXe (cf. Sexe Prime, Peinture Rose, A Gallia Placida, Mariales, Meun, Tabula, Laissée...), elle fascine tout autant par le silence qui l'a suivie[2]: en 1982, Hantaï, au faîte de la reconnaissance, cesse de peindre et se retire de la scène artistique jusqu'à sa mort.
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Parcours [modifier]
La période hongroise (1922-1948) [modifier]
Simon Hantaï, est le troisième enfant d'une famille d'origine souabe, de confession catholique et de langue allemande[3]. Il n'apprendra le hongrois qu'à l'école[4]. Il changera de patronyme en 1938, son père ayant préféré utiliser le patronyme Hantaï, à consonance plus hongroise, en réaction à la politique allemande[5]. Après un diplôme d'ingénieur obtenu en 1941, Hantaï s'inscrit contre toute attente à l'école des Beaux-arts de Budapest[6]. La guerre sera l'occasion de prise de position politique (soutien des russes contre les allemands) et artistique : Hantaï sera arrêté par les Croix Fléchées pour une harangue anti-allemande qu'il tient à l'École des beaux-arts (15 mars 1944)[7][, et contraint de séjourner dans un camp pour artistes.
Ses œuvres hongroises sont figuratives, porteuses d’influences diverses, principalement de Matisse et des peintres nabis. L'accent n'est guère mis sur les personnages de peu de volume, mais davantage sur les fonds travaillés où l'on trouve déjà: giclées, coulures, brossés à grands traits, etc[8].
Les débuts parisiens (1948-1951) [modifier]
En 1948, avec sa jeune épouse Zsuzsa Biro, ils décident de quitter la Hongrie. Dans l'attente d'un visa français, le couple parcourt alors l'Italie où Hantaï découvre «Piero della Francesca, Masaccio, la Madonna bleu-noir de Giotto aux Offices»[9]. Ils s'installent à Paris à l'automne.
Hantaï y découvre les musées (le Musée de l'homme et le Musée national d'art moderne), parcourt les galeries, les expositions, et fait de très nombreuses découvertes: Matisse (notamment ses papiers découpés exposés pour la première fois en 1949), Max Ernst (1950), Wols, Dubuffet, les derniers Picasso, Masson, etc. Hantaï - selon ses propres dires - «expérimente» alors en tous sens, sur tout type de support, «différentes techniques: collage, frottage, grattage à l’aide de lames de rasoir, coulures et même pliage»[10]. En 1950, Hantaï, suite à la rencontre de Joan Mitchell, est invité à participer à une exposition collective à la Galerie Huit (8, rue Saint-Julien-le-Pauvre), au milieu de peintres américains (notamment Olitski, Francis...[11]): c'est sa première exposition parisienne.
La période surréaliste (1952-1955) [modifier]
Fin 1952, Hantaï se rapproche du groupe surréaliste. Sa reconnaissance sera rapide, consacrée par l'exposition à L'Étoile scellée en janvier-février 1953. André Breton écrit la préface du catalogue[12]: «C'est Simon Hantaï, à qui font cortège les êtres fabuleux que son souffle a douées de vie et qui se déplacent comme nuls autres, en ces premiers jours de 1953, dans la lumière du jamais vu.»[13]. Hantaï a en outre l'honneur d'illustrer le premier numéro de la toute nouvelle revue surréaliste Médium [14]. Cependant, Hantaï adopte rapidement une attitude critique envers le groupe: elle aboutira à l'écriture avec Jean Schuster, entre mai et septembre 1954, de l'essai Une démolition au platane[15]. Son importance théorique sera soulignée par sa publication en janvier 1955 dans le numéro 4 de la revue Médium[16]. Le texte vise à provoquer une crise salutaire au sein du groupe - il s'agit ni plus ni moins de sauver la peinture surréaliste engluée dans «la persistance de certains procédés» et dans la croyance «que l'image, qui continue d'être le véhicule poétique par excellence, pouvait, par simple transposition, passer du message verbal au message graphique»[17]. Le texte propose de revenir aux fondamentaux surréalistes: à savoir la définition d'une peinture intérieure, libérée par l'automatisme psychique de la psychologie rationalisante. L'œuvre de Duchamp la mariée mise à nu par les célibataires, même est citée comme voie à suivre. Devant l'absence de réaction et les profonds désaccords sur les objectifs de toute peinture, Hantaï s'éloigne alors du groupe.
La dernière exposition de Hantaï sous l'étiquette surréaliste Alice in Wonderland (1955) est à ce titre très révélatrice: organisée par le critique Charles Estienne, elle associe peintres surréalistes et peintres d'autre tendance, et met particulièrement en avant les œuvres de Hantaï en tant que pont entre l'art surréaliste et les tendances les plus modernes (peinture abstraite, gestuelle, tachisme…). En mars 1955 suivra logiquement la rupture définitive car Breton n'a rien voulu entendre à propos du rapport entre l'action painting de Jackson Pollock et la théorie de l'écriture automatique.
La période gestuelle, all-over des raclages (1955-1957) [modifier]
Depuis quelques temps, Hantaï peaufine une nouvelle méthode de peindre: il peint d'abord l'ensemble de la surface avec des couleurs vives, puis la recouvre d'une couche grasse foncée allant du brun au noir, qu'il va ensuite travailler dans le frais, la raclant en de grands gestes amples à l'aide de divers ustensiles (rasoir, pièce détachée d'un réveil-matin,...), raclures qui prennent la couleur de la couche colorée. Le résultat est tout à la fois un all-over à la Pollock, une peinture négative (le trait est obtenu par enlèvement de matière) et une peinture gestuelle puissante, d'autant plus comparable à celle de Georges Mathieu (découvert en 1954) que les formats sont très grands. L'influence de Pollock et Mathieu se manifeste pleinement lors de sa deuxième exposition particulière Sexe-Prime. Hommage à Jean-Pierre Brisset et autres peintures de Simon Hantaï (11 mai - 9 juin 1956) à la Galerie Kleber, chez Jean Fournier, début d'une collaboration qui ne s'achèvera qu'à la mort de ce dernier en 2006. Hantaï conçoit le carton d'invitation qui contient un long texte-manifeste[18], très riche et significatif sur sa nouvelle orientation (transe, vitesse, abandon de soi, automatisme, références à Bataille...)[19].
Hantaï participe aux côtés de Degottex, Reigl et Viseux à l'exposition Tensions organisée par la galerie René Drouin.
En janvier 1957, Simon Hantaï critique de nouveau l'attitude des surréalistes face à l'insurrection de Budapest, notamment la récupération qui en est faîte dans le tract Hongrie, Soleil levant[20].
Du 7 au 27 mars 1957, Mathieu et Hantaï organisent Les Cérémonies commémoratives de la deuxième condamnation de Siger de Brabant, une suite de quatre manifestations/performances (prenant pour prétexte la condamnation par l'Église de Siger de Brabant, adversaire de Thomas d'Aquin, le 7 mars 1277). Hantaï, qui participe en réalité très peu au projet - se brouillant rapidement et définitivement avec Mathieu, veut poser la question de la religion l'ultime tabou surréaliste selon lui [21]). Le groupe surréaliste réagit effectivement en publiant le violent Coup de semonce[22]: « Le surréalisme ne laissera pas un cléricalisme fasciste se développer sur le plan théorique, à l'abri des divagations de quelques peintres en mal de gigantisme verbal. »[23].
Mars 1958, Hantaï expose Peintures récentes. Souvenir de l'Avenir. A cette occasion Hantaï rédige son 3e et dernier manifeste les Notes Confusionnelles, accélérantes et autres textes pour une avant-garde "réactionnaire" non réductible [24], qui annonce bon nombre de cheminements ultérieurs.
La période scripturale. Écriture rose (1958-1959) [modifier]
Cette période, de complète remise en cause comme souvent chez Hantaï[25] - constituées d’une vingtaine de toiles, bon nombre ayant été détruites[26] – s’articule autour de deux œuvres majeures Peinture 1958-59 dite Écriture Rose et A Gallia Placida.
L’Écriture Rose a été réalisée pendant 365 jours (une année liturgique entière): chaque matin Hantaï recopiait les textes quotidiens du missel en y ajoutant un ensemble de textes de philosophes et mystiques principalement. Réalisée à l’encre de différentes couleurs (rouge, vert, violet, noir) – selon la connotation liturgique du jour[27], celles-ci se sont affadies: aussi vue de loin, l’ensemble paraît aujourd’hui rose. La couleur rose est en quelque sorte une couleur épiphanique, non utilisée par le peintre.
Si le matin était consacré à l’Écriture rose, l’après-midi l’était à A Gallia Placida. Œuvre d’une finesse extrême constituée d’une infinie multitude de petits traits de différentes couleurs, elle offre un « velours » unique, où jouent des nuances subtiles d’ombres et de lumières. Le nom de l’œuvre renvoie aux jeux de couleurs propres aux mosaïques du Mausolée de Galla Placidia, à Ravenne.
Ces deux œuvres marquent un tournant important dans l’œuvre de Hantaï[28]:
- l'aspect religieux est manifeste (Écriture rose se voulait un hommage au père jésuite Fessard, A Gallia Placida fait clairement référence aux premières mosaïques chrétiennes)
- elles sont complètement abstraites : aucun motif, même le fond et la forme encore nettement séparés lors de périodes des raclages ne forment plus qu’un tout unique.
- le format est immense: le regard de près et de loin sont très différents (posant la question de qu’est-ce que l’on voit ?)
- la réalisation en est répétitive, fastidieuse, contraignantes: on a parlé d'exercices spirituels (Ignace de Loyola)[29], tout au moins peut-on parler d'épreuves de volonté
- elles s’appuient sur des techniques anciennes, se confrontant donc résolument à la tradition picturale
- elles sont résolument impersonnelle: les traits n’ont clairement pas la subjectivité qu’ils pouvaient avoir dans toute la « peinture gestuelle » des périodes précédentes, la peinture de Hantaï s’éloigne encore un peu plus de l’ « expression de soi »
- leur réalisation consiste en des gestes courts, cassés, fragmentés, humbles – complètement à l’inverse des gestes explosifs, tonitruants des œuvres antérieures
- elles créent toutes deux une épiphanie - surtout si l’on prend du recul - celle d'une couleur révélée (rose) ou d’éclats tamisés d’ombres et lumières. L'aspect est au-delà de ce qui est posé sur la toile.
On a cependant pu mesurer leur importance que tardivement: Hantaï n’a présenté Écriture rose qu’en 1976 et A Gallia Placida qu'en 1998 lors de sa donation (soit près de 40 ans après sa réalisation!).
Cette période ne se résout pas seulement à ces deux œuvres. Hantaï a essayé simultanément de multiples voies:
- Peinture dite Touches claires, 1958-59, huile sur toile, 302,5 x 201 cm, Paris, Centre Pompidou[30]
- Peinture, 1958-59, huile et feuille d'or sur toile, 239 x 330 cm, Paris, Coll. part.[31], qui constitue une sorte d'immense monochrome or: elle est constituée de fines plaques d’or posées sur un fond rouge – reprenant ainsi la technique gothique des panneaux dorés. Cette œuvre exposée pour la première fois en 1999 [sic][32] est "considérée par l'artiste comme formant triptyque avec "Écriture Rose" et "A Gallia Placida""[33].
- Peinture, 1958-59, huile sur toile, 175 x 275 cm, Coll. part.[34], une autre expérience d'écriture, qui vue de loin donne à voir un ciel d'encre.
- Peinture, 1958-59, huile et encre sur toile, 200 x 137 cm, Coll. part.[35], autre œuvre d'écriture.
L'ensemble de ces questionnements allait cependant trouver fin 1959 un aboutissement dans la technique du pliage.
Le pliage comme méthode[36] (1959-1982) [modifier]
En 1959, Hantaï invente le pliage: la toile pliée, froissée est imprégnée de couleur puis dépliée. La couleur qui s'est déposée de façon discontinue apparaît en éclats répartis à travers l'espace de la toile faisant jouer sur le même plan les réserves blanches. « Le pliage ne procédait de rien. Il fallait simplement se mettre dans l'état de ceux qui n'ont encore rien vu ; se mettre dans la toile. On pouvait remplir la toile pliée sans savoir où était le bord. On ne sait plus alors où cela s'arrête. On pouvait même aller plus loin et peindre les yeux fermés. »
À partir de 1960, il décline ses abstractions par séries, tantôt très blanches, tantôt plus colorées, brutes ou fines, flottantes ou géométriques qu'il poursuit jusqu'en 1974. Les premières séries s'intitulent:
- Le Mur, dits: Les Manteaux de la Vierge ou Mariales (1960-62): "Une fois la toile pliée (ou plus exactement, froissée de bord en bord), les parties visibles sont peintes avant d’être dépliées puis tendues, créant, avec les zones laissées en réserve, un espace totalement couvrant. Ces toiles sont repérées par une lettre qui correspond à la méthode utilisée (A pour les toiles régulièrement pliées, B pour les monochromes, C pour celles deux fois pliées, D pour les toiles préalablement éclaboussées de peintures) et suivies d’un numéro d’ordre" (Hantaï[37]). L'ensemble de la série comporte 27 peintures: 8 'm.a.' (1960) très colorées[38], 6 'm.b.' plus monochromes (1960-61), 9 'm.c' (1962) et 4 'm.d.' (1962).
- La Porte, dits : Les Catamurons (1963-64): Dans cette série, "la toile pliée est peinte, puis recouverte d’une couche de peinture blanche ; ensuite les quatre bords de la toile sont repliés, et le carré restant est froissé et de nouveau peint plusieurs fois. Parfois, les quatre côtés sont repliés sans être peints ni préparés" (Hantaï[39]).
- Maman! Maman! dits: La saucisse plus tard dénommées Les Panses (1964-65): Cette série "reflète la nécessité d’un retour à l’embryonnaire, au cellulaire, à la saucisse cosmique d’Henri Michaux et un refus de solution formelles préconçues. La toile est nouée aux quatre angles, en un sac informe, avant d’êtres peinte et pliée plusieurs fois, puis tendue. Les formes ainsi obtenues flottent dans un espace non peint" (Hantaï[40]).
En 1966, Hantaï prend la nationalité française. La famille s’installe à Meun, en forêt de Fontainebleau. Hantaï arrête de peindre une année entière.
Meun deviendra le lieu éponyme de la nouvelle série, les Meuns (1967-68): "la toile nouée aux quatre angles, et parfois en son centre, est recouverte d’une peinture monochrome. Le blanc, déjà important sur la périphérie, pénètre désormais la forme" (Hantaï[41]). Hantaï semble dialoguer avec les Nu bleu de Matisse.
Il participe en 1967 à l’exposition « Dix ans d’art vivant (1955 – 1965)» à la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence, dont il est le premier lauréat[42]. Au même moment, l'exposition Peintures 1960-67 (du 22 juin au 31 juillet 1967) à la Galerie Jean Fournier à Paris expose l'ensemble de ses suites des années 1960 à 1967.
Du 21 décembre 1968 au 16 mars 1969, la Fondation Maeght organise une importante exposition personnelle[43].
1969: Exposition « Pour Pierre Reverdy » à la galerie Jean Fournier où sont présentées les Études (pour Pierre Reverdy), réalisées entre janvier et mai 1969, variations sur un thème formel et coloré : "la toile froissée, régulièrement pliée, reçoit une peinture monochrome (rouge, bleue, verte, violette, noire). Après dépliage, les zones en réserve apparaissent et entrent en interaction avec les zones peintes sur l’ensemble de la toile"(Hantaï[44]).
Les deux séries suivantes s'intitulent Aquarelles (1971) et Blancs (1972–73): "le pliage est conçu de telle sorte que les zones colorées restreintes activent le blanc et en révèlent la multiplicité des valeurs. Ce sont les éclats colorés qui tiennent le rôle habituellement dévolu aux parties non peintes"(Hantaï[45]).
Puis suivent les premières Tabulas (1972–74), du mot latin signifiant « table » qui évoque aussi le tablier de sa mère. "Des nœuds placés à intervalles réguliers produisent, une fois la toile recouverte de peinture monochrome puis dépliée, un grand nombre de petits carrés ou rectangles. L’effet de quadrillage obtenu, contrebalancé par l’éclatement et la pénétration du blanc dans la couleur aux entrecroisements, souligne l’interaction entre fond, couleur et forme"(Hantaï[46]).
En 1973, le Musée d’art et d’industrie de Saint-Etienne expose une grande rétrospective de ses œuvres. Hantaï achève une première commande publique: un mur de 3 x 14 m pour un collège de Trappes (aujourd'hui Collège Youri Gagarine)[47].
En 1976, du 26 mai au 13 septembre, c'est la consécration de l'importante rétrospective "Hantaï" au Musée national d’art moderne de Paris.
A partir de mai 1976, Hantaï cesse de peindre pendant 3 ans et demi[48].
Du 21 octobre à la mi novembre 1977 a lieu une nouvelle exposition personnelle à la Galerie Jean Fournier Peintures et ensembles variables 1976-1977.
En 1980, Hantaï aborde une nouvelle série de Tabula dite Tabulas (1980-82) ou Tabulas II. Hantaï reçoit le Grand Prix national des Arts plastiques.
L'exposition CAPC à Bordeaux (1981) est l'occasion de présenter des toiles immenses, jusqu'à 9 mètres sur 15.
1982: Hantaï expose à Osaka, à New-York (André Emmerich Gallery). Du 13 juin au 12 septembre 1982, il représente la France à la Biennale de Venise. Toujours en 1982, a lieu l'importante exposition "Tabulas Lilas" (Galerie Fournier). Mais, alors au sommet de la reconnaissance, Hantaï annonce cependant renoncer à toute activité publique et se retire.
Le retrait (1982-2008) [modifier]
Pendant quinze ans, le retrait de Hantaï sera complet: il refuse tout (notamment une proposition de Dominique Bozo pour une importante exposition au Centre Pompidou en 1986), ne s'exprime plus publiquement, n'expose aucune œuvre nouvelle. Seuls quelques intimes savent que Hantaï a entrepris un travail réflexif, principalement sur ses œuvres de grands formats des années 1981-82: il enterre certaines de ses œuvres dans son jardin (il les exhumera 10-15 ans plus tard[49]), en détruit d'autres, ou encore les découpe (cf. les Laissée ci-dessous, travail entrepris dès 1989 semble-t-il). Le peintre Antonio Semeraro photographiera quelques unes de ses séances[50].
En 1996-97, Hantaï réalise 3 sérigraphies destinées à l'exposition "L'Empreinte" au centre Pompidou, prélude au retour public, minutieusement préparé, des expositions de 1998-1999.
Novembre 1997: Simon Hantaï effectue une importante donation de 14 œuvres (datées de 1958 à 1991) - elle comprend notamment A Gallia Placida - à la Ville de Paris. L'artiste qualifie ces œuvres de «témoins de l'acharnement sur l'obstacle»[51]. Cette donation sera présentée au Musée d'art moderne de la Ville de Paris, et à cette occasion Hantaï rédige un ensemble de notes, intitulé "Don de tableaux "[52].
En 1998, du 7 mars au 21 juin, après de longues tergiversations[53], Hantaï accepte d'exposer à l'espace RENN (rue de Lille, à Paris) 22 œuvres de sa propre collection retraçant son parcours de 1962 à 1997. On y découvre surtout exposées pour la première fois dix peintures (cat.12 à 21) et une sérigraphie (cat.22), intitulées Laissée (1981-97)[54]: ce sont en fait les Tabulas exposées à Bordeaux mais découpées, cousues entre elles, voire pour certaines "complétées" par des toiles vierges et retendues sur châssis. L’importance, la part, l’espace de la toile laissé vierge est donc beaucoup plus important sur le nouveau format. De même les blancs laissés par les plis faits à l’échelle initiale sont eux-aussi beaucoup plus larges que s’ils avaient été réalisés à l’échelle de la toile finale [55]. Dans cette ultime série, Hantaï semble parachever son propre retrait de peintre dans ses œuvres mêmes.
Enfin, une autre rétrospective importante de ses œuvres (de 1960 à 1995) a lieu en 1999 (du 8 mai au 8 août) à la Westfäliches Landesmuseum für Kunst und Kulturgeschichte de Münster.
A l’occasion de l’exposition intitulée «Les Fables du Lieu» (février-avril 2001) dont Georges Didi-Huberman est le commissaire, au Fresnoy à Tourcoing, Simon Hantaï fait réaliser des impressions numériques sur toile dites Suaires (2001), à partir des Tabulas Lilas exposées en 1982. Le texte d'Alain Fleischer décrit le contexte et le déroulement de ces réalisations[56].
Des œuvres de Hantaï sont exposées la même année au centre Pompidou (dans une exposition confrontant Hantaï et Parmentier)[57], ainsi qu'au Wexner Center for the Arts - exposition «As Painting : Division and Displacement » (The Ohio State University, Columbus, Ohio).
En 2005, la galerie Jean Fournier confronte les œuvres de Hantaï et Rouan.
En 2007, l'exposition «La couleur toujours recommencée. Hommage à Jean Fournier, marchand à Paris (1922 – 2006)» au Musée Fabre de Montpellier comporte de nombres œuvres de Hantaï. En juin, une exposition à la Galerie Malingue confronte cette fois-ci les œuvres de Hantaï à celles de Judit Reigl.
Simon Hantaï s'éteint à Paris le 12 septembre 2008 à 85 ans.
En 2013, la première rétrospective posthume de l'œuvre de Simon Hantaï est organisée au musée national d'Art moderne, centre Georges-Pompidou, Paris. Le commissariat de l'exposition est confié à Dominique Fourcade, Isabelle Monod-Fontaine et Alfred Pacquement.
Simon et Zsuzsa Hantaï ont eu cinq enfants[58]: Daniel, Marc, Jérôme, Pierre et Anna.
Œuvres [modifier]
- Au Balcon, 1947
- Peinture, 1949, huile sur toile, 110 x 149 cm, Paris, collection particulière[59].
- Peinture 1950-1951, huile sur toile, 85 x 76 cm, MNAM[60]
- Le Revenant, 1952, huile sur toile[61]
- La Jeune mouche D s'envole, 1953
- Le Narcisse collectif, 1953 [62]
- Sexe-Prime. Hommage à Jean-Pierre Brisset, 1955, huile sur toile, 240 x 530 cm, Paris, Musée national d'Art moderne - Centre Pompidou [63]
- Peinture, 1957, huile sur toile, 138 x 177,7 cm, Paris, Musée national d'art moderne - centre Pompidou [64]
- Peinture, 1957, huile sur toile, 241 x 426 cm, Paris, Musée national d'art moderne - centre Pompidou [65]
- Peinture, 1958, huile sur toile, 94 x 91 cm, Paris, Musée national d'art moderne - centre Pompidou [64]
- Peinture, 1958, huile sur toile, 208,5 x 197 cm, Paris, Musée national d'art moderne - centre Pompidou [66]
- Souvenir de l'Avenir, 1958, huile sur toile, 136 x 179 cm, Paris, Musée national d'art moderne - centre Pompidou [67]
- Peinture (Écriture rose), 1958-1959, encres noire, violette, rouge, verte, feuilles d'or sur toile de lin fine, deux morceaux cousus, 329,5 x 424,5, Paris, Musée national d'art moderne - centre Pompidou [68]
- A Galla Placidia, 1958-1959, 326 x 400 cm, Paris, Musée d'art moderne de la ville de Paris[69]
- Étude - Hommage à Pierre Reverdy, 1969, acrylique sur toile, 251 x 212 cm, Musée d'art de Toulon.
- Laissée 1981-1995, acrylique sur toile, 360 x 234 cm, Paris, coll. part[70].
Bibliographie [modifier]
Textes et correspondances de Simon Hantaï
- [HAN55] Simon Hantaï et Jean Schuster, Une démolition au platane, Medium communication surréaliste no 4, janvier 1955
- [HAN56] Simon Hantaï, carton d'invitation à l'exposition Sexe-Prime. Hommage à Jean-Pierre Brisset et autres peintures de Simon Hantaï, Paris, Galerie Kleber, 11 mai - 9 juin 1956
- [HAN58] Simon Hantaï, Notes confusionnelles accélérantes et autres textes pour une avant-garde "réactionnaire" non réductible, carton d'invitation de l'exposition Peintures récentes. Souvenir de l'Avenir, Paris, Galerie Kleber, 3-30 mars 1958; repris dans La Part de l’œil: Revue de pensée des arts plastiques, "Ouvrir le support", n°20, 2004-2005, p.27-53
- [HAN66] Simon Hantaï, Entretiens et témoignages sur l’œuvre peint d'Henri Michaux, dans Henri Michaux, Les Cahiers de l'Herne, n°8, Paris, 1966
- [HAN98] Biographie écrite par Hantaï lui-même à l'occasion de sa donation au Musée d'art moderne de la ville de Paris en 1998. On la retrouve – mais complétée notamment en ce qui concerne les années ultérieures jusqu’à sa mort, - aussi bien sur le site de la Galerie Jean Fournier, qu'en annexe du catalogue de l'exposition Panses 1964-1965 (2012)
- [HAN01] Jacques Derrida, Jean-Luc Nancy et Simon Hantaï, La connaissance des textes: lecture d'un manuscrit illisible (Correspondance), Paris, Galilée, 2001
- [HAN04] Hélène Cixous, Le tablier de Simon Hantaï, Anagrammes suivi de H.C. S.H. Lettres, Paris, Galilée, 2004 - contient en annexe 10 lettres de Hantaï à l'auteure.
- [HAN06] Simon Hantaï, Pour Debord dans Surréaliste et situationnistes: vies parallèles, Jérôme Duwa (dir.), Paris, Éditions Dilecta, 2008, p.146
- [HAN13] Simon Hantaï, Jean-Luc Nancy, Jamais le mot "créateur" (Correspondance 2000-2008), Paris, Galilée, 2013
Monographies
- [BON73] Geneviève Bonnefoi, Hantaï, éditions de l'association culturelle de l'abbaye de Beaulieu, 1973
- [BAL92] Anne Baldassari, Simon Hantaï, éditions du MNAM, Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, 1992
- [D-H98] Georges Didi-Huberman, L'étoilement. Conversation avec Hantaï, Paris, Éditions de Minuit, 1998
- [FOU05] Dominique Fourcade, "Sans lasso et sans flash", Paris, POL, 2005
- [FOU08] Dominique Fourcade, Pour Simon Hantaï, Chandeigne, 2008 repris in Manque, Paris, POL, 2012
- [FLE11] Alain Fleischer, Simon Hantaï. Vers l'empreinte immaculée, Ennetières-en-Weppes, éditions Invenit, "ekphrasis", 2011
- [WAR12PLP] Molly Warnock, Penser la peinture: Simon Hantaï, Gallimard, 2012
- [POMPIDOU13] Dominique Fourcade, Isabelle Monod-Fontaine, Alfred Pacquement, Simon Hantaï, publié à l'occasion de l'exposition Simon Hantaï au Centre Pompidou du 22 mai au 9 septembre 2013.
Articles et ouvrages collectifs
- [MNA76] Catalogue de l'exposition du MNAM. Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, Paris Rétrospective Simon Hantaï, 1976
- [CAP81] Catalogue de l'exposition du CAPC, musée d'art contemporain de Bordeaux, Jean-Louis Froment, Marcellin Pleynet, Jean-Marc Poinsot, Simon Hantaï, 1981.
- Catalogue de l'exposition de la Biennale de Venise, Simon Hantaï, préface de Dominique Bozo, 1982
- [MIL95] Catherine Millet, Hantaï, tableaux récents, in Artpress, Hors-Série numéro 16, 1995, p. 154-156
- Jean-Paul Clébert, Dictionnaire du surréalisme, Éditions du Seuil, Paris, 1996, page 303
- [BXA98] Beaux Arts Magazine, Hors-Série Hantaï, réalisé à l'occasion de l'exposition Hantaï présentée à l'espace RENN du 7 mars au 21 juin 1998
- La Part de L'Œil, Revue annuelle de pensée des arts plastiques no 20, Bruxelles, 2004-2005
- Philippe Dagen, Simon Hantaï, in Le Monde, 18 septembre 2008, p. 17 (nécrologie)
- [WAR10] Catalogue des expositions de la Paul Kasmin Gallery et de la Galerie Jean Fournier, Simon Hantaï, essai de Molly Warnock, 2010
- [WAR12M] Molly Warnock, Engendering pliage : Simon Hantaï's Meuns, nonsite.org, 2012
- [WAR-GHA12] Molly Warnock, Karim Ghaddab, Panses 1964-1965 Simon Hantaï, catalogue de l'exposition à la Galerie Jean Fournier, Galerie Jean Fournier/Lienart, 2012
Filmographie [modifier]
- Jean-Michel Meurice, avec la collaboration d'Alfred Pacquement, Des Formes et des couleurs, 1974, 19'
- Jean-Michel Meurice, Simon Hantaï ou les silences rétiniens, 1977, (film tournée à Meun, été 1976, dans l'atelier de l'artiste, 58'
- Pierre Desfons, Béatrice Caufman, avec la collaboration de Dominique Fourcade, Simon Hantaï, artiste peintre, collection "Expression", 1981, 14', disponible sur le site de l'INA: Simon Hantaï, artiste peintre, INA
- Didier Semin (conception), J.P. Gras (réalisation), Simon Hantaï, 1984, 1984, tourné à l'occasion de l'exposition Hantaï, Flaine, Centre d'art, 8'
Notes et références [modifier]
- [BAL92] p. 19.
- [H-d98] pp. 9-10: "Cela fait longtemps que Hantaï refuse de «communiquer». Bien rares sont les travaux consacrés à son œuvre où les motifs du retrait, de la réserve et du silence, ne viennent pas, d'emblée, au premier plan. « Absence, silence depuis maintenant dix ans », lisait-on par exemple en ouverture d'une monographie écrite il y a cinq ans . «La retraite et le silence», entendait-on aussi en ouverture d'un film réalisé en 1976 . Trois ans auparavant, Hantaï était déjà présenté comme « celui qui, depuis des années, a choisi le silence.»"
- "Je suis un souabe errant. Vous voyez, je pense, dans cette formule, non seulement un résumé biographique, mais aussi la pensée et l'admiration critique pour Heidegger, la tension d'un Hohlwege [sic]." (Lettre de Simon Hantaï à Erich Franz, 26 et 27 Septembre 1998, Archives Erich Franz) in [POMPIDOU13] p. 304
- [BAL92] p. 10 et [WAR12PLP] p. 237.
- [BAL92] p. 11.
- [WAR12PLP] p. 237.
- [Pompidou13] p. 264
- [WAR12PLP] p. 239-240
- [BAL92] p. 19
- [HAN98]
- [POMPIDOU13] p. 269
- Préface reprise dans l'ouvrage de Breton, Le Surréalisme et la peinture, Gallimard, 1965
- [Bal92] p. 22-23
- [WAR12PLP] p. 242
- [WAR12PLP] p. 37
- Simon Hantaï et Jean Schuster, Une démolition au platane, Medium communication surréaliste no 4, janvier 1955, p. 58-62
- Simon Hantaï et Jean Schuster, Une démolition au platane p. 59
- reproduit in [WAR12PLP] p.99-101
- Pour une analyse détaillée on pourra consulter [WAR12PLP] p. 97 et suivantes
- Le Figaro Littéraire, 17 novembre 1956
- cf. correspondance avec Jean-Luc Nancy, 2003-2004
- 25 mars 1957
- José Pierre in Le Surréalisme, même, numéro 5, 1959, p. 64 & Clébert, op. cit.
- [BAL92] p. 35; [WAR12PLP] p. 129
- [D-H98] p. 17-18: "Travailler veut dire pour Hantaï rechercher l'étoilement et la fêlure critique de ses propres résultats : briser ses propres états de faits, briser les stases, les clôtures temporelles qu'apportent un nouveau tableau ou une nouvelle série de tableaux. L'artiste exige donc du faire l'impossible – momentané ou définitif, on ne sait jamais – d'un renoncement à ce qu'il a pu faire. Ôtons-nous cette chance (la chance de ce qui nous a permis de faire ceci) et... essayons de nouveau."
- pour un exemple d’œuvre détruite un peinture de 1958 cf. [BAL92] Illus. p. 60
- [BAL92] p.14
- cf. in [WAR12PLP] l'ensemble du chapitre intitulé "Une peinture ordinaire" p. 169-210
- [BAL92] p.14
- [BAL92] Illus. p. 9;[POMPIDOU13] Cat.44, illus. p. 78
- [WAR12PLP] illus.43 p. 182; [POMPIDOU13] Cat.53, illus. p. 84
- Exposition "La Peinture après l'abstraction" au Musée d'art moderne de la ville de Paris
- [POMPIDOU13] p. 305
- [WAR12PLP] illus.46 et 47(détail) p.197-198; [POMPIDOU13] Cat.49, illus. p. 84
- [WAR12PLP] illus.48 et 49 (détail) p.200-201; [POMPIDOU13] Cat.45, illus. p. 79
- cf. intitulé de l'exposition de 1971 à la Gal. Jean Fournier
- [HAN98]
- notamment la célèbre mariale bleu-vert m.a.3, 1960, 293,5 x 209,5 cm, du Musée national d'art moderne - centre Pompidou à Paris, illustration de couverture de [BAL92] ainsi que p. 45; cf. aussi Illus. in [POMPIDOU13] cat. 56, p. 101
- [HAN98]
- [HAN98]
- [HAN98]
- [HAN98]
- [HAN98]
- [HAN98]
- [HAN98]
- [HAN98]
- [POMPIDOU13], illus. p. 250. Le projet avait commencé quatre ans plus tôt. Trois sérigraphies de 3 x 4.65 m ont d'autre part été présentées lors d'une exposition intitulée "Études pour un mur", à l'ARC du musée moderne de la ville de Paris en avril 1970.
- [POMPIDOU13] p. 296
- [D-H98] pp. 107, photographie p.109
- cf. reproduites in [BXA98] pp. 4,12-13, ou la séance du 3 août 1995 in [MIL95]
- cf. Donation Hantaï à Paris, Liberation
- [HAN98]
- [D-H98] p. 23 note 22: "Au moment où je commence d'écrire ce texte (décembre 1997), cela fait plus de six mois que les tableaux de Hantaï sont accrochés dans un espace, en attente d'être montrés publiquement pour la première fois depuis quinze ans. Exigence de l'artiste: mettre du temps, encore, suspendre le moment de l'exposition tant qu'un certain travail, d'ordre philosophique, n'aura pas été engagé. Le motif «cézannien» de la conversation n'est donc ni obsolète, ni romantique, mais bien polémique et politique: pour que donner à voir des tableaux ne soit ni les donner en spectacle, ni les mettre en vente."
- datées précisément '1981-89' (cat.12-14), ou '1981-94' (cat.15-19), ou encore '1981-95' (cat.21-22), et '1981-97' pour la sérigraphie (cat.22); Illustrations in [BXA98] des numéros 12, 13, 16, 20 et 21
- [MIL95]
- [FLE11]
- Exposition « Simon Hantaï – Michel Parmentier », Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris
- [WAR12PLP] p.245
- [WAR12PLP] illus. 9 p. 31.
- illus. in [BAL92] p. 21
- José Pierre, L'Univers surréaliste, Somogy, 1983, p. 258.
- [WAR12PLP] illus.7 p. 23
- [BAL92] p. 32-33, [WAR12PLP] illus.16 p. 73
- [BAL92] p. 36
- [BAL92] p. 40-41
- [BAL92] p. 37
- [WAR12PLP] p. 128
- [BAL92] p. 12-13
- [WAR12PLP] illus.42 p. 181
- [WAR12PLP] p. 234
Liens externes [modifier]
- Le site de la Galerie Jean Fournier, Galerie Jean Fournier contient notamment quelques reproductions d'œuvres et une biographie de Hantaï.