Affaire de Bruay-en-Artois

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L’Affaire de Bruay-en-Artois est une affaire criminelle française très médiatisée dans les années 1970. Après la découverte, le 6 avril 1972, du corps de Brigitte Dewèvre, le notaire Pierre Leroy et sa maîtresse Monique Béghin-Mayeur sont mis en examen puis incarcérés alors que le juge d’instruction reconnaît ne posséder aucun indice tangible. Leur appartenance à la bourgeoisie transforme en effet cette affaire criminelle en lutte des classes dans une région touchée alors par la fermeture des mines de charbon. Ils sont finalement libérés et le crime prescrit en 2005.

Sommaire

Les faits [modifier]

Le 6 avril 1972 à Bruay-en-Artois[1], des enfants[2] découvrent le corps sans vie de Brigitte Dewèvre, fille de mineur âgée de quinze ans et demi. Elle a été étranglée avec un lien souple vraisemblablement un foulard, déshabillée en partie, trainée dans un terrain vague derrière la haie de la villa blanche de Monique Béghin-Mayeur (fille du plus gros marchand de meubles de Bruay-en-Artois), frappée et mutilée violemment avec un objet tranchant derrière la tête. Le juge Henri Pascal, surnommé « le petit juge » (avocat, juge suppléant puis juge d'instruction, il est un des premiers adhérents du Syndicat de la magistrature[3]) et qui est saisi de l'affaire, inculpe une semaine plus tard le notaire Pierre Leroy pour homicide volontaire sur le motif suivant : « Un faisceau de présomptions graves et concordantes », suite aux explications évasives de l'intéressé au sujet de son alibi et de sa présence aux alentours des lieux du crime au moment des faits, Pierre Leroy ayant présenté cinq versions différentes pour ne pas impliquer sa maîtresse Monique Béghin-Mayeur. Il sera relâché le 18 juillet 1972 après plus de trois mois d'incarcération. Cinq jours avant, Henri Pascal inculpe et fait incarcérer Monique Béghin-Mayeur, à l'époque en instance de divorce et la maîtresse de Pierre Leroy, dont les explications fournies lors de son audition comportent des versions contradictoires de son emploi du temps. Le juge considère alors son alibi comme plus que douteux. Le 20 juillet, les avocats de Pierre Leroy obtiennent le dessaisissement du dossier de l'instruction du juge Pascal sur décision de la Cour de Cassation, ce dernier s'opposant au secret de l'instruction par de nombreuses conférences de presse, militant pour une « justice à ciel ouvert »[3]. Le 31 juillet 1972, Monique Mayeur est libérée de prison à son tour. Le dossier sera cette fois confié au juge Jean Sablayrolles, un magistrat parisien[4].

Le 18 avril 1973, plus d'un an après les faits, Jean-Pierre Flahault, âgé de 17 ans, orphelin perturbé et ancien camarade de Brigitte Dewèvre, avouera aux autorités être l'auteur de cet assassinat. Membre actif du Comité pour la Vérité et la Justice qui milite contre le dessaisissement du juge Pascal et contre la libération de Pierre Leroy[5], il prétendra alors détenir les lunettes de Brigitte. On retrouvera bien des lunettes à son domicile, mais ni la mère de la victime, ni son opticien ne les identifieront comme appartenant à Brigitte. En septembre 1974, un non-lieu est prononcé pour les époux Leroy (Monique Mayeur a épousé Pierre Leroy entre-temps). Jean-Pierre Flahault sera jugé et innocenté en première instance en juin 1975, rejugé sur appel du procureur à Paris le 26 février 1976, et relaxé au bénéfice du doute. L'affaire sera classée sans suite en 1981 et le crime prescrit en 2005[4].

Conséquences de cette affaire [modifier]

Ce fait divers représente une des dernières grandes affaires de la presse écrite (dans un contexte de concurrence et de surenchère entre le journal socialiste Nord Matin et le leader régional La Voix du Nord, la presse nationale intervenant à partir du 13 avril 1972) face à la montée de la télévision qui met en place pour la première fois des antennes mobiles permettant aux reporters de réaliser des interviews en direct[6]. Serge July couvre cette affaire comme journaliste de La Cause du peuple et c'est en filiation directe de La Cause du peuple que le journal Libération va renaître de ses cendres. Cette affaire montre comment les maoïstes de la Gauche prolétarienne se sont emparés d'un fait divers pour mobiliser les réseaux journalistiques d'extrême gauche et en faire une cause politique de justice de classe[7].

Filmographie [modifier]

° Bien que le film de Claude Miller Garde à vue (1981, avec Lino Ventura, Michel Serrault et Romy Schneider) ait un scénario de Claude Miller et Jean Herman, établi d'après le roman de John Wainwright Brainwash (traduction française : À table !) (César du scénario 1982), la parenté avec l’affaire de Bruay-en-Artois sembla évidente au public.

Bibliographie en rapport avec ce sujet [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. La ville, suite à sa fusion avec Labuissière a été renommé Bruay-la-Buissière en 1987.
  2. C'est notamment son petit frère prénommé Philippe, alors âgé de douze ans, qui a fait la macabre découverte.
  3. a et b Henri Pascal, « Une certaine idée de la justice », Fayard, 1973
  4. a et b Daniel Bilalian et Pascal Cauchy, « L'affaire de Bruay en Artois », émission L'heure du crime sur RTL, 6 avril 2012
  5. Comité présidé par Joseph Tournel, journaliste de La Cause du peuple.
  6. Serge Leperon, documentaire « Bruay histoire d’un crime impuni », France 3, 1997.
  7. Rémi Guillot, « Les réseaux d’information maoïstes et l’affaire de Bruay-en-Artois », Les Cahiers du journalisme, no 17, 2007, p. 210 
  8. Il s'agit d'un sous-titre du journal maoïste La Cause du peuple. réf : La Cause du peuple, « Et maintenant ils assassinent nos enfants ! », 1er mai 1972, p.14

Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]