Al-Saffah

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Abû al-`Abbâs `Abd Allâh ben Muhammad ben `Alî ben al-`Abbâs (722-754) [1] surnommé As-Saffâh[2] est un arrière-petit-fils d 'al-`Abbâs, l'oncle de Mahomet. Il fut proclamé calife en 750 à Koufa après avoir renversé le dernier Omeyyade, Marwan II, et fonda ainsi la dynastie des Abbassides. Il est mort en juin 754[3], son frère cadet Abû Ja`far lui a succédé avec le surnom d 'Al-Mansûr [4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Agitation anti-omeyyade (743-750)[modifier | modifier le code]

Abû Muslim (700-755) perse issu d'une famille zoroastrienne, de son vrai nom `Abd er-Rahman ben Muslim était un sellier exerçant sa profession dans le Khorasan. Il prit son surnom d 'Abû Muslim au cours de la guerre civile opposant les Omeyyades aux partisans de la famille de Mahomet qu'ils soient les descendants de Abbas ou ceux de `Alî. Certains chiites croyaient que As-Saffâh était le mahdi attendu.

Le renversement des Omeyyades[modifier | modifier le code]

Le vendredi 31 octobre 749[5], la population de Koufa a été convoquée à la grande mosquée sans qu'on en connaisse la raison, Abû Salama al-Khallâl monta en chaire pour dire : « Que tous ceux qui sont en état de prendre les armes viennent ici demain vêtus de noir. » Alors chacun comprit que celui qui allait être élu pour abattre les Omeyyades ne serait pas un descendant d'`Ali. Le lendemain Abû Salama al-Khallâl, avec le soutien d'Abû Muslim, fit élire par la foule As-Saffâh comme calife avec pour mission de renverser les Omeyyades. Les Abbassides ont pris le noir comme couleur emblématique du « bien » contre le blanc, couleur des Omeyyades, devenant le symbole du « mal ». Ce dualisme convenait assez bien aux perses d'autant que le blanc était leur couleur du deuil.

Lorsque le calife omeyyade Marwân II apprit cela, il prit sa famille et se dirigea vers l'ouest en traversant l'Euphrate. Le Khorasan était déjà en dissidence et avec ce serment à Koufa l'Irak échappait à son tour aux Omeyyades, aussi Marwân envisagea-t-il la fuite vers l'Anatolie et de se mettre sous la protection du basileus de l'Empire byzantin. Il préféra s'enfuir en Syrie où il pouvait espérer compter sur des appuis.

Les Syriens pour s'excuser de leur attachement aux Omeyyades et tout en prêtant serment au nouveau calife, affirmèrent avoir ignoré que Mahomet avait une autre famille que celle des Omeyyades.

L'armée omeyyade de Marwân rencontra l'armée du Khorasan dirigée par `Abd Allah ben `Alî un oncle d'As-Saffâh au sud de Mossoul au confluent de la rivière Zâb et du Tigre. La bataille dura deux jours, le deuxième jour ce fut la débandade pour l'armée de Marwân. De retour à Damas les habitants lui refusent l'entrée de la ville, il se dirige alors vers la Palestine et l'Égypte.

L'armée abbasside à la poursuite de Marwân, envahit la Syrie. À Damas les deux camps abbasside et omeyyade ont leurs partisans qui s'affrontent. Les partisans des Abbassides l'emportent et ouvrent la ville aux troupes d 'As-Saffâh. Les Omeyyades en fuite sont rejoints, Marwân est décapité, sa famille est faite prisonnière (Juin 750[6]).

Massacre de la famille Omeyyade[modifier | modifier le code]

As-Saffâh décida de détruire complètement la famille omeyyade. Il commença par faire ouvrir les tombes des califes et faire brûler leurs cadavres. Quand tous les membres vivants de la famille omeyyades furent réunis As-Saffâh « les fit massacrer. Puis il fit étendre sur les corps un tapis de cuir sur lequel on servit un repas à ceux qui assistaient à cette scène et qui mangèrent pendant que les victimes expiraient[7]. »

Les Omeyyades à Cordoue[modifier | modifier le code]

`Abd ar-Rahman ben Mu`âwîya ben Hichâm fut l'un des rares survivants du massacre de la dynastie des Omeyyades. Aidé par des arabes de Syrie il put s'enfuir et se réfugier en Al-Andalus. Plus tard il se fit proclamer émir d'Al-Andalus dans la grande mosquée de Cordoue.

La bataille de Talas (751)[modifier | modifier le code]

Les armées chinoises attaquent avec l 'intention de reprendre la Transoxiane. Une armée khurassanienne d 'Abû Muslim, avec à sa tête le général Ziyad ben Salih mène la contre-attaque. Les deux armées se rencontrent sur les rives de la rivière Talas (751). La victoire de Talas contre les chinois a permis aux musulmans de découvrir certaines techniques chinoise. C'est ainsi qu'on a construit les premières papeteries de l'empire à Samarkand.

Abû Ja`far contre Ibn Hubayra[modifier | modifier le code]

As-Saffâh envoie son frère cadet Abû Ja`far combattre Yûsuf ben Hubayra[8] à Wasît où il s 'était retranché. Le siège fut installé et As-Saffâh employa des machines de guerre pour bombarder la ville. Les habitants voyant le nombre de victimes s'accroître sans percevoir d'issue, incitèrent Ibn Hubayra à demander la paix. Abû Ja`far accorda son pardon à tous et les laissa en liberté à condition de faire allégeance à As-Saffâh et pour Ibn Hubayra de ne pas quitter Wasît.

Quelque temps après, Abû Ja`far acquit la conviction qu'Ibn Hubayra se préparait à trahir. Il fit arrêter Ibn Hubayra et quarante deux de ses compagnons et parents qui furent exécutés[9].

Abû Ja`far contre Abû Muslim[modifier | modifier le code]

As-Saffâh envoie alors Abû Ja`far dans le Khorasan pour y rencontrer Abû Muslim. Bien que ce dernier ait été à la base de l'insurrection et de la prise du pouvoir par les Abbassides, As-Saffâh se méfie de lui. Après s'être assuré de la fidélité d'Abû Muslim, Abû Ja`far repart à la rencontre du calife pour lui faire son rapport. Il dit « Abû Muslim est un géant d'entre les géants et tu ne pourras pas jouir de la vie tant qu'il sera vivant[10] ».

En 754, Abû Muslim désire faire le pèlerinage à La Mecque. De passage à Ray, il rencontre As-Saffâh et doit s'y arrêter quelque temps. Malgré les insinuations d'Abû Ja`far le présentant comme un danger pour le califat, As-Saffâh laisse Abû Muslim accomplir son pèlerinage et rentrer dans le Khorasan.

fin du règne[modifier | modifier le code]

As-Saffâh désigne comme successeur son frère Abû Ja`far, qui doit promettre pour cela que son propre successeur serait `Isâ,fils du frère aîné d'As-Saffâh et d'Abû Ja`far.

Le court règne d'As-Saffâh fut occupé à reconstituer l'empire arabe, au moins dans sa partie orientale, l'Ifriqiya, le Maghreb et l'Al-Andalus échappèrent rapidement au contrôle des abbassides. Il conduisit une politique plus tolérante pour les non-musulmans et plus ouverte pour les musulmans non arabes. Des non-musulmans et non-arabes furent enrôlés dans les armées. Abû Muslim est resté le commandant des armées jusqu'en 755. Mais As-Saffâh a déçu ses supporters chiites qui espéraient que leur imam devienne calife.

As-Saffâh mourut en 754, son frère Abû Ja`far lui succéda avec le surnom d'Al-Mansûr. C'était un ennemi résolu d'Abû Muslim qui prenait le pouvoir.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. arabe : abū al-ʿabbās ʿabd allāh ben muḥammad ben ʿalī ben al-ʿabbās, أبو العباس عبد الله بن محمد بن علي ابن عبد الله بن عباس
  2. arabe : as-saffāḥ, سفاح, sanguinaire ou généreux, Le mot vient de l'arabe safḥa, سفح, faire couler le sang. William Muir note que : « as-Saffah signifie “celui qui tue beaucoup de gibier pour ses hôtes” par conséquent “celui qui est hospitalier, généreux” le sens de “sanguinaire” ne semblerait pas voulu ». À l'inverse Tabari dans La Chronique (Volume II, L'âge d'or des Abbassides), n'emploie le terme as-Saffâh qu'à propos du massacre des Omeyyades.
  3. Tabarî donne le 13 dhu al-hijja 136 A.H. ibidem, p. 33.
  4. arabe : manṣūr, منصور vainqueur
  5. Tabarî , donne le 12 Raby` al-awal 132 A.H. ibidem, p. 22
  6. Tabarî, donne dhu al-qa`da 132 A.H. . ibidem, p. 26
  7. Tabari, ibidem, p. 28. C'est ce qui lui aurait valu son surnom As-Saffâh c’est-à-dire Le sanguinaire
  8. Yûsuf ben Hubayra était gouverneur de l 'Irak nommé par le calife omeyyade Hicham ben `Abd al-Malik en 738, donc un ennemi potentiel. Tabari le prénomme Yézid, ibidem, p. 29.
  9. Tabari, ibidem, p. 29-30.
  10. Tabari, ibidem, p. 31

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Janine Sourdel et Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l'islam, Paris, PUF, coll. « Quadrige »,‎ 2004, 1e éd., 1056 p. (ISBN 978-2-13-054536-1)
  • Tabari (trad. du persan par Hermann Zotenberg), La Chronique. Histoire des prophètes et des rois, vol. II, Arles, Actes Sud / Sindbad, coll. « Thésaurus »,‎ 2001 (ISBN 978-2-7427-3318-7).