Abd al-Rahman Ier

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`Abd al-Rahman Ier
Statue d'Abd al-Rahman Ier. Almuñécar, Espagne.
Statue d'Abd al-Rahman Ier. Almuñécar, Espagne.
Titre
Émir de Cordoue
13 mars 75630 septembre 788
Prédécesseur Yusuf al-Fihri (gouverneur)
Successeur Hichām Ier
Biographie
Date de naissance Mars 731
Lieu de naissance Damas
Date de décès 30 septembre 788
Lieu de décès Cordoue

`Abd al-Rahman Ier (arabe : عبد الرحمن بن معاوية بن هشام بن عبد الملك `Abd ar-Rahman ibn Mu`āwîya ibn Hichām ibn `Abd al-Malik) ou Abdérame Ier, dit le « Juste » ou l'« Exilé » (arabe : ad-dāḫil الداخل) et surnommé le « Faucon des Quraych » (arabe : as-saqr qurayš صقر قريش), est né à Damas en mars 731 et est mort à Cordoue le 30 septembre 788. Il est le fondateur omeyyade de l'émirat de Cordoue, (al-Andalus) (756)[1]. Cette dynastie musulmane, chassée de Damas par les Abbassides en 750, n'a qu'un seul survivant à cette époque : Abd al-Rahman, âgé d'à peine vingt ans.

La descendance d'Abd al-Rahman régnera sur la plus grande partie de la péninsule Ibérique pendant près de trois siècles.

Biographie[modifier | modifier le code]

Petit-fils de Hisham ibn Abd al-Malik, le dixième calife omeyyade de Damas, Abd al-Rahman est le fils de Muawiya ibn Hisham et de son épouse berbère, de la tribu des Nafza[2],[3],[4],[5].

Échappé par miracle au massacre de sa famille, qui est exterminée presque toute entière par les Abbassides en 750, il se réfugie en Espagne, où l'appellent les Maures établis dans ce pays. Il réduit sous son pouvoir presque toute cette contrée, fixe sa résidence à Cordoue et règne pendant 31 ans, faisant fleurir les lettres et les arts et cultivant lui-même la poésie. On lui donne le surnom de Juste.

Jeunesse et fuite[modifier | modifier le code]

Né près de Damas en Syrie, Abd Al-Rahman est le petit-fils d'Hisham ibn Abd al-Malik et fils du prince ommeyyade Mu'awiyah ibn Hisham et d'une concubine berbère. En 750 il a vingt ans lorsque sa famille est renversée par une révolte populaire connue sous le nom de révolution abbasside. Abd Al-Rahman ainsi qu'une petite partie de sa famille ayant survécu au massacre parviennent à s'échapper de Damas, centre du califat omeyyade. Parmi ceux qui parviennent à le suivre on compte son frère Yahiya, son fils Sulayman, quelques-unes de ses sœurs et un esclave grec affranchi nommé Badr. Les rescapés se dirigent vers l'Euphrate où les soldats abbassides les traquent afin d'éliminer totalement les traces de l'ancienne famille régnante[6].

Abd Al-Rahman manque de peu de se faire assassiner lorsqu'ils sont encerclés dans un village d'où ils parviennent à s'échapper de justesse. Une nouvelle fois ils sont menacés par les cavaliers abbassides près de l'Euphrate où ils décident de plonger malgré le danger que représentent les eaux. C'est là que Yahya et son frère Abd Al-Rahman sont séparés. Les cavaliers abbassides promettent aux deux frères que s'ils se rendent, il ne leur sera fait aucun mal et contrairement à Abd Al-Rahman, Yahiya décide de se rendre. Cette décision lui est fatale puisque ayant à peine posé les pieds sur la berge il est décapité, et sa tête servit de preuve de sa mort. Un historien du XVIIe siècle, Al Maqqari écrira qu'Abd Al-Rahman effrayé et horrifié par la scène atteindra l'autre rive du fleuve et se mettra à courir jusqu'à l'épuisement.

Avec le changement de dynastie et la confusion qui s'ensuit, l'Afrique est partagée entre les diverses factions locales, d'anciens émirs ou les serviteurs des califes omeyyades. Abd al-Rahman, ne s'estimant pas en sécurité, s'enfuit encore plus vers l'ouest et trouve refuge parmi les tribus berbères de Maurétanie (chacune proposant à Abd-al-Rahman de se marier avec la fille du chef). Finalement, après maintes péripéties, il se rend compte que son unique issue serait d'atteindre la péninsule Ibérique où la famille ommeyyade compte encore beaucoup de partisans[5].

Caché dans les environs de Ceuta il cherche des appuis parmi les descendants des conquérants de l'Espagne et partisans des Omeyyades, nombreux dans la province d'Elvira (aujourd'hui Grenade). Le pays est alors agité en raison des tensions entre tribus arabes, et entre Arabes et Berbères, et aussi en raison du règne critiqué de l'émir Yusuf al-Fihri, jugé faible et simple marionnette aux mains des différentes factions. Abd al-Rahman y voit une occasion qu'il n'avait pas trouvée en Afrique.

Au mois de juin 754, Badr l'homme de confiance d'Abd Al-Rahman franchit le détroit de Gibraltar avec dans ses mains une lettre indiquant la volonté de ce dernier d'accéder au trône si la population andalouse l'accepte. La lettre est favorablement acceptée au sein de la noblesse andalouse qui y donne un avis positif mais préfère demander toutefois la permission du gouverneur Yusuf al-Fihri et de son subordonné Al-Sumayl[7]. Les deux hommes se disputent immédiatement à propos de cette lettre, Yusuf un homme faible de caractère accepte la proposition d'Abd Al-Rahman mais ce n'est pas le cas d'Al-Sumayl qui décide de prendre les armes. Les envoyés d'Abd Al-Rahman décident de se tourner vers les Arabes d'origine yéménite adversaires d'Al-Sumayl. Fort du soutien de deux tribus arabes et doté d'une somme confortable Badr achète un bateau qui part immédiatement vers l'Afrique où l'attend le descendant ommeyyade qui embarque pour Almuñécar (Al-Munakab) dans la province de Grenade à l'est de Malaga[7].

Arrivée en Espagne[modifier | modifier le code]

Âgé d'à peine vingt-six ans, Abd Al-Rahman, homme de taille élevée et aux cheveux blonds[8] est enfin parvenu au terme d'un long voyage à atteindre Al-Andalus. Il commence par se cacher chez ses partisans dont certains avaient un prestige considérable au sein de la population. La situation était difficile, les Yéménites approuvaient Abd Al-Rahman, les Berbères un peu moins et quant aux Kaisites, ils étaient divisés. Les troupes d'Abd al-Rahman étaient faibles (Abd al-Rahman aurait été le seul à disposer d’un bon cheval de guerre). N'ayant pas de bannière, ils en improvisèrent une avec un turban et une lance. Le camp rival de l'héritier ommeyade était mené par Yusuf qui par son faible caractère était soutenu par différents groupes qui voyaient un grand intérêt à le maintenir au pouvoir[9]. Le 13 mars 756, aux portes de Cordoue, les deux armées se rencontrent et Yusuf est vaincu en quelques heures sur les rives du Guadalquivir. Aussitôt Abd Al-Rahman se rend à la mosquée pour y diriger en qualité d'imam la prière quotidienne. Par cette victoire il devient officiellement émir d'Andalus[8].

Yusuf, vaincu et affaibli se rallie mollement à Abd Al-Rahman et n'hésite pas à comploter en vue de le renverser. Conscient du danger, l'émir décide de les emprisonner mais ne parvient à capturer que Sumayl, Yusuf s'étant échappé de Cordoue. Ce dernier parvient à réunir une grande armée et se dirige vers Séville mais Abd Al-Rahman avec une grande vigueur lui inflige une seconde défaite. Yusuf qui en tentant de s'échapper est tué et quant à Sumayl, il est assassiné en prison. Les deux hommes les plus dangereux pour Abd Al-Rahman sont à présents morts[10].

Le danger qui pesait sur le nouvel émir n'était pas qu'intérieur, il provenait aussi de l'extérieur et plus particulièrement de Bagdad où le calife avait toujours la volonté de tuer ce dernier représentant de la famille ommeyade. En 763 est envoyé d'Irak le général Mughit avec pour mission d'éliminer Abd Al-Rahman et de rattacher la péninsule au califat. Avec une puissante armée il débarque en Andalus et décide d'affronter l'émir. Le courage et les capacités militaires d'Abd Al-Rahman joueront un rôle déterminant dans la bataille. Il parvient à infliger une lourde défaite à Mughit et envoie les têtes des généraux au calife de Bagdad qui selon la tradition s'écria « Dieu soit loué qui a mis la mer entre moi et pareil démon »[11].

En 777, Ibn Arabi, gouverneur de Saragosse désireux de prendre son indépendance traverse les Pyrénées et demande l'aide de roi franc Charlemagne et dès 778 une grande armée se met en route vers la Catalogne. La menace pour Abd Al-Rahman était de taille mais une révolte des Saxons au nord qui sont parvenus au Rhin et menacent Cologne oblige Charlemagne à retirer son armée[12]. C'est durant le voyage du retour que Charlemagne et ses hommes sont attaqués à Roncevaux par les Vascons et où Roland, héros d'une des plus célèbres chansons de geste et duc de la marche de Bretagne meurt[13].

Bilan[modifier | modifier le code]

Abd Al-Rahman Ier est certainement un des émirs d'Andalus les plus charismatiques. Né à Damas il voit sa famille se faire massacrer et ses biens spoliés. Après avoir parcouru la Méditerranée de part en part il parvient à seulement vingt-cinq ans à s'établir souverain d'un pays nouvellement conquis et encore en proie au chaos et aux divisions. Pas une année de son règne ne se passait sans qu'il n'ait dû affronter une rébellion, un complot ou mener une guerre. Doté d'une extrême habilité et diplomate il parvient en jouant de la division au sein de la population andalouse à maintenir l'ordre et la stabilité. Sa renommée parviendra à Al-Mansur le calife abbasside de Bagdad qui louera la valeur de l'ennemi de son frère lors d'une discussion avec sa cour.

Le génie d'Abd Al-Rahman est certainement d'avoir posé les bases d'un nouvel État inspiré du modèle de Damas, chose que ses prédécesseurs n'avaient pas pensé faire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Chambers Biographical Dictionary, ISBN 0-550-18022-2, p. 2.
  2. (en) Charles Cawley, « Moorish Spain », sur Medieval Lands, Foundation for Medieval Genealogy,‎ 2006-2014.
  3. Marcel Durliat, Andalousie, Encyclopédie Universalis V.10
  4. The great caliphs, Amira K. Bennison, p.25
  5. a et b André Clot op. cit. p.40
  6. L'Espagne musulmane, André Clot, p.39
  7. a et b André Clot op. cit. p.41
  8. a et b André Clot op. cit. p.43
  9. André Clot op. cit. p.42
  10. André Clot op. cit. p.44
  11. André Clot op. cit. p.45
  12. André Clot op. cit. p.47
  13. André Clot op. cit. p.48

Liens externes[modifier | modifier le code]