Traité d'Arras (1435)

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Traité d'Arras
Signé
Arras
Parties
Parties Blason France moderne.svg Royaume de France Philip the Good Arms.svg Duché de Bourgogne
Signataires Blason France moderne.svg Charles VII Philip the Good Arms.svg Philippe le Bon

Le traité d'Arras est un traité signé en 1435 entre le roi de France Charles VII et le duc de Bourgogne Philippe le Bon qui met fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

En 1435, le roi de France Charles VII cherche à asseoir son autorité en France. Après les victoires obtenues par Jeanne d'Arc, le temps est venu de reconquérir les territoires perdus sur les Anglais. Néanmoins, Charles VII sait qu'il ne peut rien tant que la guerre civile avec la Bourgogne ne sera pas terminée. Il entame donc des négociations avec le duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Celui-ci n'attend plus rien des Anglais et souhaite se consacrer au développement de ses provinces. La paix avec la France est pour lui une nécessité[1]. Il accepte donc de traiter avec Charles VII, ce qui ouvre la voie à la conférence d'Arras.

Celle-ci est la première conférence européenne. Outre le Royaume de France, dont la délégation est menée par le duc de Bourbon, le maréchal de La Fayette et le connétable Arthur de Richemont, et la Bourgogne, conduite par le duc Philippe de Bourgogne en personne, elle réunit l'empereur Sigismond de Luxembourg, le médiateur Amédée VIII de Savoie, une délégation anglaise, ainsi que les représentants des rois de Pologne, de Castille et d'Aragon.

Négociations préalables[modifier | modifier le code]

Mars 1433 : la mort subite d'Anne de Bourgogne, épouse du duc de Bedford, régent du royaume pour l'Angleterre, desserre les liens qui avaient été tissés entre la dynastie Lancastre et le duc Philippe. Pire encore : le veuf, pourtant déjà âgé, se déclare épris d'une jeunette de dix-sept ans, Jacqueline de Luxembourg, héritière du duché de Luxembourg, mais vassale du duc de Bourgogne. Celui-ci s'offense du mariage prévisible. A Nevers, le 16 janvier 1435, premiers espoirs pour parvenir à un accord : le chancelier de France, le nouveau connétable Arthur de Richemont, les principaux barons Bourbon et Orléans rencontrent le duc Philippe en personne. L'atmosphère est détendue: on banquette, on danse, on s'embrasse. Mais les Orléans mettent une condition aux négociations en vue de la paix: Que les Anglais libèrent Charles d'Orléans, l'aîné de la famille, le poète prisonnier, enfermé en Angleterre depuis de nombreuses années. La mort de Bedford, en juin 1435, dans sa résidence à Rouen, hâte le cours des discussions. Le rapprochement des Français avec l'empereur Sigismond d'Allemagne, la colère des tisserands des Flandres qui ne voient plus arriver la laine anglaise qui transitait naguère par le port de Calais inquiètent le duc Philippe qui se décide à lâcher le roi d'Angleterre Henri VI et se rappelle qu'il est aussi le premier pair de France.

Il prend l'initiative d'une conférence à trois, et le congrès s'ouvre à Arras au début d'août avec un déploiement fastueux de tournois, de fêtes et de banquets, avec les vins les plus rares et les plus chers, car cela plait au duc. Il est accompagné de son fils, Charles (le futur Charles le Téméraire), silencieux et indifférent, de ses nombreux bâtards, des seigneurs de ses provinces et de son conseiller indispensable Nicolas Rolin. Les Anglais ont envoyé une délégation présidée par le cardinal de Beaufort, l'archevêque d'York, le comte de Suffolk, ainsi que Pierre Cauchon, représentant des Français ralliés aux Anglais, devenu évêque de Lisieux alors qu'il avait demandé à devenir évêque de Rouen. Les Français étaient représentés par les grands barons, assistés de juristes éminents, docteurs de l'Université, dont notamment le "doyen de Paris".

Mais l'autorité morale suprême, garante du bon déroulement des séances de travail et des décisions adoptées, avait été confiée au légat pontifical, cardinal de Sainte Croix, assisté de son secrétaire l'intelligent et savant Aenéas Silvius Piccolomini (futur pape Pie II), ainsi qu'un cardinal de Chypre, porte-parole du Concile de Bâle, et délégué par ledit Concile[2].

Le congrès d'Arras représente un événement d'une importance mondiale. La négociation faillit être interrompue à cause de l'intransigeance des Anglais, qui finirent par quitter la conférence avant la signature du traité de paix : ils voulaient que le roi de France se déclara vassal du roi d'Angleterre. C'était le point d'achoppement traditionnel qui revenait sur le tapis des négociateurs. Après le départ des Anglais, le roi de France et le Grand Duc de Bourgogne arrivèrent à une transaction, mais la portée du traité fut diminuée du fait que la paix qu'ils établissaient n'étaient pas une paix "européenne", mais un accord entre deux états, la France et la Bourgogne[3].

Clauses principales[modifier | modifier le code]

Par le traité d'Arras, signé le , le roi Charles VII cède à Philippe le Bon les villes de la Somme, le comté de Mâcon, le vicomté de Bar-sur-Seine et le comté d'Auxerre. Surtout, il donne une indépendance de fait au duché de Bourgogne. Plus précisément, le duc de Bourgogne reste vassal du roi de France mais est dispensé personnellement de lui rendre hommage.

En échange, Charles VII n'obtient qu'une seule chose mais suffisamment importante pour justifier tous ces sacrifices : la reconnaissance de son titre de roi de France. Désormais en paix avec la Bourgogne, il a également les mains libres et peut s'atteler à la reconquête des territoires perdus sur les Anglais[1].

Le traité sera confirmé le 11 décembre 1435. Ce jour-là, le roi Charles VII jure de respecter scrupuleusement toutes les clauses du traité d'Arras devant le duc de Bourgogne, représenté par Guy III de Pontailler (dit Guyard), maréchal de Bourgogne (commandant en chef de l'armée bourguignonne), seigneur de Talmay, Heuilley-sur-Saône et autres lieux.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Ce traité[Note 1] est réputé avoir mis fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.

Les villes de la Somme cédées par Charles VII furent ensuite rachetées par Louis XI, le 20 août 1463, à Philippe le Bon pour la somme de quatre cent mille écus, afin que les Bourguignons soient éloignés de Paris et que soit oublié ce traité moins glorieux pour la couronne de France[4]. Furent rachetées notamment les villes de Saint-Quentin, Corbie, Amiens, Doullens, Abbeville, Montreuil-sur-Mer, Rue, Saint-Valery, Le Crotoy, Saint-Riquier, Crèvecœur-en-Cambrésis et Mortagne ; ainsi que les châtellenies de Roye, Péronne et Montdidier[5],[Note 2].

Plus tard, le nouveau duc de Bourgogne Charles le Téméraire lutta pour obtenir une indépendance totale et pour créer un royaume de Bourgogne, mais il s'aliéna les habitants des Flandres, de l'Alsace et les Suisses et trouva la mort face au duc René II de Lorraine à la bataille de Nancy en 1477 sans avoir réalisé son rêve.

Louis XI en profita pour récupérer le duché de Bourgogne tandis que la « Bourgogne impériale » (Franche-Comté) et les Pays-Bas bourguignons passèrent aux Habsbourg à la suite du mariage de Marie de Bourgogne, fille unique de Charles le Téméraire, avec Maximilien de Habsbourg, futur empereur Maximilien Ier.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources imprimées[modifier | modifier le code]

  • A. de la Taverne, Journal de la paix d'Arras. Faite en l'abbaye royale de Sainct Vaast. Entre le Roy Charles VII & Philippes (sic) le Bon Duc de Bourgongne Prince Souverain des Pays-Bas, Paris, L. Billaine, 1651.
    Réédition : André Bossuat (éd.), Journal de la paix d'Arras, 1435, Arras, Société anonyme l'Avenir, 1936, 128 p.
  • Eugène Cosneau (éd.), Les grands traités de la guerre de Cent ans, Paris, Alphonse Picard, coll. « Collection de textes pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire » (no 7), , VIII-189 p. (présentation en ligne, lire en ligne), p. 116-151.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christopher T. Allmand, « Le traité d'Arras de 1435 : une perspective anglaise », dans Denis Clauzel, Charles Giry-Deloison et Christophe Leduc (dir.), Arras et la diplomatie européenne (XVe-XVIe siècle), Arras, Artois presses université, coll. « Histoire », , 428 p. (ISBN 2-910663-40-X, présentation en ligne), p. 101-108.
  • Charles Arthur John Armstrong, « La double monarchie France-Angleterre et la Maison de Bourgogne, 1420-1435 : le déclin d’une alliance », Annales de Bourgogne, t. XXXVII, no 146,‎ , p. 81-112 (lire en ligne).
  • André Bossuat, « Une clause du traité d'Arras : Philippe le Bon et l'abbaye de Luxeuil », Annales de Bourgogne, t. 9,‎ , p. 7-23 (lire en ligne).
  • Philippe Contamine, « Charles VII, les Français et la paix, 1420-1445 », Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, Paris, de Boccard, no 1,‎ , p. 9-23 (lire en ligne).
  • Philippe Contamine, « France et Bourgogne, l'historiographie du XVe siècle et la paix d'Arras (1435) », dans Denis Clauzel, Charles Giry-Deloison et Christophe Leduc (dir.), Arras et la diplomatie européenne (XVe-XVIe siècle), Arras, Artois presses université, coll. « Histoire », , 428 p. (ISBN 2-910663-40-X, présentation en ligne), p. 81-100.
  • Philippe Contamine, « Aperçus nouveaux sur Toison d’or, chroniqueur de la paix d'Arras (1435) », Revue du Nord, nos 366-367,‎ , p. 577-596 (lire en ligne).
  • Roland Delachenal, « Une clause du traité d'Arras : les conseillers bourguignons dans le parlement de Charles VII », Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, Paris, Honoré Champion,‎ , p. 76-83 (lire en ligne).
  • (en) Joycelyne Gledhill Dickinson, The Congress of Arras, 1435 : A Study in Medieval Diplomacy, Oxford, Clarendon Press, (présentation en ligne), [présentation en ligne], [présentation en ligne].
  • (en) Joycelyne Gledhill Dickinson, « The Congress of Arras », History, Wiley, série New Series, vol. 40, nos 138-139,‎ , p. 31-41 (JSTOR 24403958).
  • Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Paris, Fayard, , 678 p. (ISBN 2-213-00898-1, présentation en ligne).
  • Sophie Jolivet, « Se vêtir pour traiter : données économiques du costume de la cour de Bourgogne dans les négociations d'Arras en 1435 », Annales de Bourgogne, t. 69, nos 273-275,‎ , p. 5-31 (lire en ligne).
  • Edmond Lecesne, « Le Congrès d'Arras en 1435 », Mémoires de l'Académie des sciences, lettres et arts d'Arras, 2e série, t. VII,‎ , p. 237-273 (lire en ligne).
  • Heribert Müller, « La division dans l'unité : le congrès d'Arras (1435) face à deux diplomaties ecclésiastiques », dans Denis Clauzel, Charles Giry-Deloison et Christophe Leduc (dir.), Arras et la diplomatie européenne (XVe-XVIe siècle), Arras, Artois presses université, coll. « Histoire », , 428 p. (ISBN 2-910663-40-X, présentation en ligne), p. 109-130.
  • (en) John H. Munro, « An Economic Aspect of the Collapse of the Anglo-Burgundian Alliance, 1428-1442 », The English Historical Review, Oxford University Press, vol. 85, no 335,‎ , p. 225-244 (JSTOR 564405).
  • Nicolas Offenstadt, « Paix de Dieu et paix des hommes. L'action politique à la fin du Moyen Âge », Politix, De Boeck Supérieur, no 58,‎ , p. 61-81 (lire en ligne).
  • Nicolas Offenstadt, Faire la paix au Moyen Âge : discours et gestes de paix pendant la guerre de Cent ans, Paris, Odile Jacob, , 502 p. (ISBN 978-2-7381-1099-2, présentation en ligne), [présentation en ligne].
  • Bertrand Schnerb, Les Armagnacs et les Bourguignons : la maudite guerre, Paris, Perrin, coll. « Passé simple », , 309 p. (ISBN 2-262-00521-4)
    Réédition : Bertrand Schnerb, Armagnacs et Bourguignons : la maudite guerre, Paris, Perrin, coll. « Tempus » (no 282), , 409 p., poche (ISBN 978-2-262-02732-2, présentation en ligne).
  • Anne-Brigitte Spitzbarth, « De la vassalité à la sujétion : l'application du traité d’Arras (21 septembre 1435) par la couronne », Revue du Nord, no 349,‎ , p. 43-72 (lire en ligne).
  • Anne-Brigitte Spitzbarth, « Le choix des ambassadeurs bourguignons sous Philippe le Bon, troisième duc Valois de Bourgogne (1419-1467) : la stratégie de la spécialisation, entre savoir-être et savoir-faire », Études de lettres, no 3,‎ , p. 37-60 (DOI 10.4000/edl.251, lire en ligne).
  • Anne-Brigitte Spitzbarth (préf. Philippe Contamine), Ambassades et ambassadeurs de Philippe le Bon, troisième duc Valois de Bourgogne, 1419-1467, Turnhout, Brepols, coll. « Burgundica » (no 21), , XII-664 p. (ISBN 9782503544939, présentation en ligne).
  • (en) Malcolm Vale, « Sir John Fastolf’s « report » of 1435 : a new interpretation reconsidered », Nottingham Medieval Studies, Brepols, vol. 17,‎ , p. 78-84 (ISSN 0078-2122, DOI 10.1484/J.NMS.3.63).
  • (en) Mark Warner, « The Anglo-French Dual Monarchy and the House of Burgundy, 1420-1435 : The Survival of an Alliance », French History, Oxford, Oxford University Press, vol. 11, no 2,‎ , p. 103-130 (DOI 10.1093/fh/11.2.103).

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le connétable de Richemont joua un rôle important dans ce traité, cf. Vies des grands capitaines français du Moyen Âge : Arthur de Richemont. Par Alexandre Mazas.
  2. Le 24 août 1463, le roi expédia des lettres. Une de ses copies est conservée dans les Archives municipales de Tournai : « De par le roy. Tres chiers et bien amez, pour le bien et l'utilite de la chose publicque de nostre royaume et pour acroistre et augmenter nostre domaine et y reunir et remettre le plus que porons les choses alienees par noz predecesseurs, ainsy qu'a nostre sacre et couronnement l'avons jure et promis, nous sommes conclus et determines de presentement racheter et rejoindre a nostre dit domaine les villes, places, terres et seignouries de nostre pays de Picardie, que feu nostre tres chier seigneur et pere, que Dieu absoille, bailla et engaga par le traitie d'Aras, a nostre tres chier et tres ame oncle le duc de Bourgongne, pour la somme de quatre cens mil escus, de laquelle somme nous avons trouve moyen d'avoir et prendre de nostre propre espargne, jusques a deux cens mil escus ; et le surplus, montant autres ije mil escus, veu les grans charges et affaires que avons eu et avons continuelment a supporter, ne porions bonnement sy promptement furnir sans l'ayde et subvention de noz bons et loyaux subges. Et pour ce que, entre les autres, vous estes en nostre endroit tousjours continuelment employes, comme bons, vrais et loyaulx subges, au bien de la chose poublicque de ce royaume, aussy que le recouvrement des dictes villes qui sont fort prochaines de vous, redonde a vostre grant bien et seurte, nous sommes deliberez de vous requerir et employer pour nous aidier en ceste matiere. Et a ceste cause envoyons presentement par dela nostre ame et feal conseiller, maistre Pierre Doriole, ...... pour sy necessaire et fructueuse chose, ne nous voldriez faillir. Et du plaisir que nous ferez aurons bien memore, et tousjours vous en aurons en plus especialle et singuliere recommandation. Donne a Paris, le XXIIIIe d'aoust. Ainsy souscirptes. LOYS. J. BOURRE (secrétaire). » Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI tome II p.145-146, Librairie Renouard, Paris 1885

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Philippe Zwang, Jeanne d'Arc et son temps, Casterman 1999, Repères Histoire
  2. Robert Garnier DUNOIS le bâtard d'Orléans 1403-1468", Editions Fernand Lanore, 1 rue Palatine, Paris, 1999, p. 204, ISBN 2-85157-174-5
  3. Marcel Brion Charles le Téméraire Grand Duc d'Occident, Editions Tallandier, 2006, p. 38, ISBN 2-84734-273-7
  4. Jacques Heers, Louis XI p.61, Perrin, Paris 2001
  5. Jean Favier, Louis XI p.440-441, Fayard, Paris 2001.