Bataille de Nancy

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Bataille de Nancy
Description de cette image, également commentée ci-après

Eugène Delacroix, La Bataille de Nancy.

Informations générales
Date 5 janvier 1477
Lieu Nancy
Issue Victoire décisive des lorraino-suisses
Belligérants
Commandants
Forces en présence
moins de 3 000 hommes 19 à 20 000
Pertes
la presque totalité

Guerre de Bourgogne

Batailles

Héricourt - La Planta - Grandson - Morat - Nancy
Coordonnées 48° 41′ 43″ nord, 6° 10′ 53″ est

La bataille de Nancy opposa le le duc de Bourgogne Charles le Téméraire et le duc de Lorraine René II. Elle se solda par la défaite et la mort du Téméraire. Le principal bénéficiaire de cette bataille fut le roi de France Louis XI qui s'empara d'une partie des États bourguignons. Elle permit aussi bien sûr au duché de Lorraine de rester indépendant.

Les origines du conflit[modifier | modifier le code]

L'expansion de la Bourgogne[modifier | modifier le code]

En 1363, Philippe II le Hardi, fils du roi Jean II le Bon, reçoit en apanage le duché de Bourgogne et épouse une riche héritière, Marguerite, comtesse de Flandre, de Bourgogne (Franche-Comté bourguignonne), d'Artois, de Rethel et de Nevers. Leurs descendants acquirent de diverses manières (mariage, héritage, achat et conquête) une grande partie de ce qui constitue actuellement le Benelux : comtés de Hollande, de Zélande, de Hainaut, de Namur et duchés de Brabant, Limbourg et Luxembourg.

L'ensemble des États bourguignons était divisé en deux parties : d'une part les duché et comté de Bourgogne, d'autre part, les futurs Pays-Bas espagnols (l'actuel Benelux). Entre les deux, la Champagne et les duchés de Lorraine et de Bar.

En 1467, Charles le Téméraire succède à son père Philippe III le Bon. Le projet de sa vie est de relier territorialement ses États, et d'obtenir une investiture royale, recréant l'ancien royaume de Lotharingie. Dans cette optique, il commence par prendre possession de la Haute-Alsace que l'empereur Frédéric III lui a donnée en garantie d'un prêt de cinquante mille florins qu'il est incapable de rembourser. La Haute-Alsace pourrait se révéler une excellente tête de pont pour conquérir les cantons suisses, craignent ceux-ci. En 1473, le Téméraire s'empare du duché de Gueldre, de part et d'autre du Bas-Rhin.

Le traité de Trèves[modifier | modifier le code]

Le duc de Bourgogne se tourne alors vers la Lorraine. Profitant de la jeunesse du nouveau duc, René II, il le rencontre à Trèves et signe un traité par lequel ils s'engagent à ne pas s'allier à Louis XI dans une alliance qui nuirait à l'autre. De plus René II accorde au Téméraire le libre passage de ses États et autorise l'installation de garnisons bourguignonnes dans les villes de Charmes, Darney, Épinal, Neufchâteau et Prény. René II n'a guère le choix, car il ne peut pas compter sur le soutien de Louis XI qui vient de signer une trêve avec Charles.

Très rapidement, les incidents se multiplient entre la population lorraine et les garnisons bourguignonnes.

La rupture de la paix[modifier | modifier le code]

René II prend alors contact avec les adversaires du duc de Bourgogne : Louis XI, les Confédérés suisses, menacés par les projets d'expansion du Téméraire, ainsi que les villes autonomes de Haute-Alsace qui subissent les abus de l'administration bourguignonne.

Louis XI signe plusieurs traités, avec les Suisses en octobre 1474, avec Frédéric III en décembre 1474 et surtout avec Édouard IV le à Picquigny. Cette activité diplomatique isole Charles le Téméraire. Fort de ces alliances, René II lance son défi à son voisin le . Charles commence par signer une nouvelle trêve avec Louis XI, puis envahit la Lorraine à l'automne. Rapidement, il prend Charmes, Épinal et enfin Nancy le après un mois de siège. La Lorraine semble perdue pour René qui, prudent, se réfugie à Joinville.

Le Téméraire reconstitue ainsi l'ancien royaume de Lothaire avec Nancy pour capitale. De nouveaux baillis sont nommés, des officiers et des capitaines bourguignons sont établis dans les places fortes… les États de Lorraine se rallient au vainqueur et Charles se proclame duc de Lorraine[1]. Le , il quitte la Lorraine pour combattre les Confédérés suisses.

Les déboires du Téméraire[modifier | modifier le code]

Ayant conquis la Haute-Alsace, Charles le Téméraire pouvait représenter une menace pour les cantons suisses, que les agents du roi Louis XI se plaisaient à souligner. Avec l'aide financière de l'Universelle Aragne, Fribourg et Berne avaient d'ailleurs envahi le pays de Vaud, possessions de la famille de Savoie, alliée du duc de Bourgogne. Jacques de Savoie, comte de Romont, beau-frère de la duchesse-régente de Savoie Yolande de France, était un des premiers personnages de la cour de Bourgogne. René II, de son côté, avait rejoint la ligue alémanique, dite aussi ligue de Constance, composée des adversaires suisses et alsaciens du Téméraire. Une première bataille eut lieu le à Grandson où les troupes du duc de Bourgogne se débandèrent et, malgré les efforts de celui-ci pour les reprendre en main, s'enfuirent, abandonnant un énorme butin aux Confédérés. Pour venger cet affront, Charles de Bourgogne marcha sur Morat où il fut sévèrement battu le . Son armée y fut taillée en pièces et ce qui lui restait d'artillerie fut perdu. Le duc se replia alors sur Dijon où il essaya, tant bien que mal, de reconstituer une armée en levant de nouvelles troupes.

À l'annonce des défaites bourguignonnes, la Lorraine se révolte. Des partisans lorrains s'emparent de Vaudémont, puis chassent les garnisons installées à Arches, Bruyères, Remiremont et Bayon[2]. René II les rejoint à Lunéville qu'ils prennent le 20 juillet. Le 22 juillet, c'est Épinal qui se rend. Le lendemain, René se rend à Fribourg pour obtenir de l'aide, mais n'obtient que la garantie qu'aucun adversaire du duc de Bourgogne ne signera de paix séparée.

Les sièges de Nancy[modifier | modifier le code]

Le siège de René II[modifier | modifier le code]

Le , à la tête d'une armée de quatre à cinq mille hommes, il met le siège devant Nancy, défendue par une garnison bourguignonne de deux mille soldats, majoritairement composée d'Anglais et dirigés par Jean de Rubempré.

Aucun des messages envoyés par Charles pour annoncer son arrivée prochaine ne parvient à Nancy, tous interceptés par l'armée lorraine. Au bout d'un mois et demi, les Anglais, dont le chef est tué au cours d'une sortie, et las de manger du chien forcent Rubempré à négocier. La ville ouvre ses portes le 7 octobre et, le lendemain, la garnison bourguignonne quitte Nancy pour rejoindre au Luxembourg le comte de Campobasso, qui était effectivement en train de rassembler une armée dans le nord des États bourguignons.

Le siège du Téméraire[modifier | modifier le code]

Le 25 septembre, le Téméraire avait quitté Gex à la tête d'une armée de dix mille soldats en direction de Nancy. Le 9 octobre, René II l'attend sur la rive est de la Moselle pour l'empêcher de traverser la rivière, mais Charles reste sur la rive ouest et se dirige vers Toul, où, le 10, il fait la jonction avec Campobasso qui arrive du Luxembourg à la tête de six mille hommes. Le 16 octobre, ils traversent la Moselle et René, à la tête de neuf mille hommes ne peut rien faire pour les en empêcher et se replie à Saint-Nicolas-de-Port. Le 19, sur le conseil de ses capitaines et avec l'assurance que Nancy tiendra deux mois de siège, le duc de Lorraine se rend en Alsace et en Suisse pour obtenir des renforts.

Le 22 octobre, Charles le Téméraire met le siège devant Nancy, défendu par deux mille soldats, principalement des vétérans de Morat. Son armée s'installe sur une butte qui se trouve sur l'emplacement actuel de la place Thiers, et lui-même s'installe à proximité de la commanderie Saint-Jean. Les capitaines bourguignons préconisent de lever le siège et de se rendre à Pont-à-Mousson ou à Metz, pour reprendre l'offensive au printemps, mais Charles s'entête.

De rares partisans lorrains harcèlent les Bourguignons régulièrement et l'hiver est rigoureux, aussi le moral des troupes bourguignonnes baisse et les désertions se multiplient. Ainsi, Campobasso déserte le 31 décembre avec 180 cavaliers. À Nancy, le 23 décembre, on abat les chevaux et on chasse les chiens, les chats et les rats pour se nourrir. L'eau gèle dans les puits et on enlève le bois des toitures pour pouvoir se chauffer.

René II, pour sa part, ne reste pas inactif. La Confédération suisse ne souhaite pas intervenir, mais l'autorise à engager neuf mille mercenaires, ce qu'il fait, financé par Louis XI. Huit mille soldats alsaciens le rejoignent également. Le lieu de regroupement des armées est fixé à Saint-Nicolas. Un détachement bourguignon envoyé en éclaireur le est surpris et taillé en pièces. Le comte de Campobasso et ses troupes se rallient au Lorrain le 4 janvier. C'est une armée de dix-neuf à vingt mille hommes qui se rassemble.

La bataille de Nancy[modifier | modifier le code]

Plan de la bataille de Nancy.
La Mort de Charles le Téméraire devant Nancy, huile sur toile de Charles Houry (1852).

Le duc de Bourgogne ne dispose plus que d'à peine trois mille hommes (quatre mille selon Philippe de Commynes, moins de deux mille selon Olivier de La Marche), une troupe non payée, faite d'hommes découragés, mal équipés et souvent malades[3]. Apprenant l'arrivée prochaine de l'armée de René II, Charles de Bourgogne prend position, avec le peu de troupes qu'il lui reste, sur une éminence à proximité de Jarville. Malgré Morat où, déjà, il avait été attaqué sur son flanc, il néglige la protection de son côté droit, qui est sur la lisière du bois de Saurupt.

Le dimanche 5 janvier, avant l'aube, René II quitte Saint-Nicolas de Port, son armée avance dans la campagne lorraine recouverte de neige. À Laneuveville, des éclaireurs repèrent un guetteur bourguignon et le tuent. Désormais, le Téméraire ne sait rien de l'armée qui arrive. Les capitaines et René II, sur les rapports des éclaireurs décident de contourner l'armée bourguignonne par le bois de Saurupt pour l'attaquer de flanc et, pour donner le change, envoient un petit détachement, commandé par Vautrin Wisse, par la route de Nancy à Saint-Nicolas.

L'effet de surprise est total et le sort de la bataille se joue en quelques minutes bien que les bourguignons réussissent à repousser l'assaut initial. Josse de Lalaing reçoit le premier assaut, est grièvement blessé et est fait prisonnier. Il ne sera libéré que le 4 mai. Jacques Galleotto, blessé, s'échappe avec ses troupes le long de la Meurthe, la traverse au gué à Tomblaine et s'enfuit vers le nord.

Charles le Téméraire tente de se tourner contre l'assaillant, mais l'ensemble de ses maigres troupes se disloque et s'enfuit. Campobasso tient le pont de Bouxières, au nord de Nancy, et massacre les fuyards, se contentant de ne faire prisonnier que les seigneurs importants, dont Olivier de la Marche et Jean Ier, baron de Talmay et seigneur d'Heuilley-sur-Saône, qui fut emmené en Lombardie. Les défenseurs de la ville font une sortie et pillent le camp bourguignon.

Les jours suivants[modifier | modifier le code]

Pavés devant le 30 de la Grande-Rue à Nancy.

Ce n'est que le surlendemain, sur les indications de Baptiste Colonna, un page du duc de Bourgogne qui l'a vu tomber à proximité de l'étang Saint-Jean, que le corps méconnaissable de Charles le Téméraire est retrouvé et identifié ainsi que celui de Jean de Rubempré (nommé par le Téméraire gouverneur général de Lorraine), mort à ses côtés. La tradition rapporte sans grande certitude qu'il est en partie dévoré par les loups. Une croix est posée pour marquer le lieu de la mort du Téméraire, qui correspond à l'actuelle place de la Croix de Bourgogne. De même, devant la maison de Georges Marqueix, au numéro 30 de la Grand-Rue à Nancy, une indication 1477 sur les pavés marque l'emplacement où le corps du Téméraire fut déposé avant d'être exposé et veillé dans la maison puis inhumé à la collégiale Saint-Georges.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Dès l'annonce et la confirmation de la mort de Charles le Téméraire, Louis XI s'empare d'une partie des États bourguignons : duché et comté de Bourgogne, Picardie, Artois et Flandre, au détriment de Marie de Bourgogne, la fille du Téméraire. Celle-ci, pour éviter la partition de ses domaines, se fiance à Maximilien de Habsbourg, le fils de l'empereur Frédéric III. Elle récupère ainsi en 1482 la Flandre, l'Artois, le Charolais et la Franche-Comté. Commencent alors plusieurs siècles de luttes entre les rois de France et les Habsbourg. Le fils de Maximilien de Habsbourg et de Marie de Bourgogne, Philippe le Beau, épouse l'héritière des trônes d'Espagne, et sera le père de Charles Quint. Pendant deux siècles, le royaume de France est entouré de possessions espagnoles : le long des Pyrénées au sud, la Franche-Comté à l'est et les Pays-Bas espagnols au nord.

Le souvenir de la bataille de Nancy dans l'Histoire[modifier | modifier le code]

Chardon lorrain sur le blason de Nancy.
Monument commémoratif, place de la Croix de Bourgogne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Niezgoda 2017.
  2. Si Varrin Doron, marchand de Bruyères sorti de l'anonymat par quelques historiens locaux, anime bien une révolte tardive dans sa petite ville marchande, il semble qu'il le fasse en accord avec les intérêts alsaciens. La minuscule ville basse de Saint-Dié n'a rien tenté, la ville haute, composée des maisons canoniales de la Collégiale, s'affiche favorable aux Bourguignons. Aussi la ville religieuse ouvre simplement ses portes aux armées qui s'y présentent. Beaucoup de petits centres lorrains méridionaux, lieux de prétendues révoltes, imitent cette relative quiétude.
  3. Paul Murray Kendall, Louis XI (trad. fse, Arthème Fayard, 1974), p. 456 dans l'édition Le Livre de Poche.
  4. Adolphe van Bever, La Lorraine vue par les écrivains et les artistes, , p. 174.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • La Nancéide par le chanoine Pierre de Blarru, Études anciennes 32, tome XVI, 152 pages, édition et traduction à partir de l'édition de 1518, par Jean Boës, A.D.R.A., Nancy, 2006.
  • Livre de La Nancéïade, Traduction en vers français par Nicolas Romain, XIXe siècle.
  • « Libvre second de la Nanceïade », par Pierre de Blarru. Bibliothèque municipale de Nancy, catalogue des manuscrits, 1248.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Pierre Frédérix, La mort de Charles le Téméraire : 5 janvier 1477, Paris, Gallimard, coll. « Trente journées qui ont fait la France » (no 10), (1re éd. 1966), 297 p. (ISBN 2-07-022550-X).
  • Cinq-centième anniversaire de la bataille de Nancy (1477) (actes du colloque de Nancy, 22-24 septembre 1977, organisé par l'Institut de recherche régionale en sciences sociales, humaines et économiques de l'Université de Nancy II), Nancy, Annales de l'Est, , 447 p.
  • Antoine Beau, « Deux journées qui ont marqué la destinée de la Lorraine : La bataille de Bar, 1037 ; la bataille de Nancy, 1477 », Le Pays lorrain, Nancy, Berger-Levrault, vol. 58, no 1,‎ janvier-mars 1977, p. 3–18 (lire en ligne).
  • Alain Larcan, « Gestes chevaleresques et bataille de Nancy », Le Pays lorrain, Nancy, Berger-Levrault, vol. 60, no 3,‎ juillet-septembre 1979, p. 115–128 (lire en ligne).
  • Fabien Niezgoda, Les partisans de Charles le Téméraire en Lorraine, Nancy, Le Polémarque, , 216 p. (ISBN 979-1092525106)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]