Bataille de Formigny

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Bataille de Formigny
Description de cette image, également commentée ci-après

Bataille de Formigny, miniature attribuée à Philippe de Mazerolles tirée des Chroniques de Charles VII de Jean Chartier, BNF, Fr.1691.

Informations générales
Date
Lieu Formigny
(proximité de Bayeux)
Issue Victoire française décisive
Belligérants
Blason France moderne.svg Royaume de France
Armoiries Bretagne - Arms of Brittany.svg Duché de Bretagne
Royal Arms of England (1470-1471).svg Royaume d'Angleterre
Commandants
Blason duche fr Bourbon (moderne).svg Charles de Bourbon
Blason Arthur III de Bretagne (1393-1425) comte de Richemont.svg Arthur de Richemont
Sir Thomas Kyriell
Forces en présence
2 500 fantassins
2 couleuvrines
2 000 cavaliers
7 000 hommes
surtout des archers
des hallebardiers
des cavaliers
Pertes
500 à 600 hommes 3 800 morts
1 200 à 1 400 prisonniers dont Kyriell

Guerre de Cent Ans

Batailles

Première phase (1337-1360)
Arnemuiden (1338) · Chevauchée de 1339 · L'Écluse (1340) · Saint-Omer (1340) · Auberoche (1345) · Chevauchée de 1346 · Caen (1346) · Gué de Blanquetaque (1346) · Crécy (1346) · Calais (1346) · Neville's Cross (1346) · Winchelsea (1350) · Chevauchée de 1355 · Chevauchée de 1356 · Poitiers (1356) · Grande Jacquerie (1358) · Meaux (1358) · Amiens (1358) · Chevauchée de 1359-1360 · Reims (1359-1360)

Guerre de Succession de Bretagne (1341-1364)
Champtoceaux (1341) · Hennebont (1342) · Morlaix (1342) · Vannes (1342) · Cadoret (1345) · La Roche-Derrien (1347) · Combat des Trente (1351) · Mauron (1352) · Montmuran (1354) · Rennes (1356-1357) · Auray (1364)

Deuxième phase (1369-1389)
Cocherel (1364) · Pontvallain (1370) · La Rochelle (1372) · Chizé (1373) · Nantes (1380-1381) · Nevele (1381) · Révolte des Tuchins (1381-1384) · Révolte paysanne anglaise (1381) · Roosebeke (1382)

Guerre civile de Castille (1351-1369)
Nájera (1367) · Montiel (1369)

Armagnacs et Bourguignons (1407-1435)
Rethel (1411) · Révolte des Cabochiens (1413) · Mons-en-Vimeu (1421) · Anthon (1430)

Troisième phase (1415-1428)
Harfleur (1415) · Azincourt (1415) · Caen (1417) · Rouen (1418) · Montereau-Fault-Yonne (1420) · Baugé (1421) · Meaux (1421) · Cravant (1423) · Brossinière (1423) · Verneuil (1424) · Montargis (1427) · Laval (1428)

Quatrième phase (1429-1453)
Orléans (1428-1429) · Journée des Harengs (1429) · Jargeau (1429) · Meung-sur-Loire (1429) · Beaugency (1429) · Patay (1429) · Chevauchée vers Reims (1429) · Montépilloy (1429) · Paris (1429) · Laval (1429) · Compiègne (1430) · Lagny (1432) · Gerberoy (1435) · Paris (1435-1436) · Dieppe (1442-1443) · Campagne Bretagne et Normandie (1448-1449) · Fougères (1449) · Verneuil (1449) · Formigny (1450) · Caen (1450) · Castillon (1453) · Bordeaux(1453)
Coordonnées 49° 20′ 14″ nord, 0° 53′ 52″ ouest

Géolocalisation sur la carte : Calvados

(Voir situation sur carte : Calvados)
Bataille de Formigny

Géolocalisation sur la carte : Basse-Normandie

(Voir situation sur carte : Basse-Normandie)
Bataille de Formigny

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Bataille de Formigny

La bataille de Formigny est une bataille de la guerre de Cent Ans qui s’est déroulée le à Formigny en Normandie entre les Anglais, les Français et les Bretons. Elle se solde par une victoire décisive du royaume de France. Elle met également un terme aux ambitions de la couronne d'Angleterre sur la Normandie.

Contexte[modifier | modifier le code]

En ce début d’année 1450, la situation est critique pour les possessions continentales anglaises. Longtemps indécis, le roi de France Charles VII a décidé d’asseoir son autorité et d'accélérer la reconquête des territoires détenus par les Anglais. Dans un premier temps, il se rapproche de la Bourgogne avec qui il entame des négociations de paix. Le 21 septembre 1435, le traité d’Arras met fin à la guerre entre la France et la Bourgogne. Le duc de Bourgogne Philippe le Bon reconnaît Charles VII comme le roi de France légitime. En échange, Charles VII cède à Philippe le Bon les comtés de Mâcon et d’Auxerre, ainsi que plusieurs villes de la Somme (Amiens, Abbeville, Saint-Quentin). Le tribu à payer est lourd pour Charles VII, mais il a désormais les mains libres pour affronter les Anglais[1].

Article détaillé : Traité d'Arras (1435).

Le 12 novembre 1437, Charles VII fait son entrée dans Paris. En 1444, une trêve est conclue entre les deux camps, mais celle-ci est de courte durée. Le , un aventurier à la solde des Anglais, Surienne dit l'Aragonais, s'empare de la ville bretonne de Fougères pour le compte du duc de Somerset, lieutenant du roi d’Angleterre en Normandie. Même si Arthur de Richemont, le frère du duc de Bretagne, est connétable de France depuis plusieurs années, cette action fait basculer officiellement la Bretagne dans le camp français. Une alliance est signée entre le duc de Bretagne François Ier et le roi de France Charles VII qui lance une campagne en Normandie afin de libérer définitivement la province. Les Anglais sont battus à Rouen le et doivent battre en retraite sur le Cotentin. Le 12 octobre, seules les places d'Avranches, de Bayeux, de Bricquebec, de Caen, de Cherbourg et de Saint-Sauveur-le-Vicomte sont encore tenues par les Anglais. Lorsque la campagne de 1449 s’achève, les Anglais ont perdu plusieurs villes importantes de Basse Normandie (Coutances, Carentan, Saint-Lô, Valognes) et ont été vaincus à plusieurs reprises en Haute Normandie par l’armée française commandée par Dunois. A moins de recevoir des renforts, la totalité de la Normandie est sur le point d’être reprise par les Français[2]

Mais, avec l'hiver, les Bretons débandent l'armée française, promettant un retour en Normandie dès le mois de janvier suivant. Profitant de cette accalmie, le duc de Suffolk parvient à financer l'envoi de 3 500 hommes environ sous les ordres de Sir Thomas Kyriell. Cette armée débarque à Cherbourg le 15 mars. Son premier objectif est de rejoindre les 2 000 hommes de la garnison anglaise de Caen. Sur leur trajet, Valognes est tenu par le parti français. Le 20 mars, son siège commence avec des renforts provenant des autres garnisons anglaises sous les ordres de Matthieu Goth. Alerté, le roi de France organise en hâte une armée de 3 000 hommes commandée par Jean II de Bourbon, comte de Clermont. Elle doit être rejointe par une seconde armée sous les ordres du connétable de Richemont. La première armée du comte de Clermont arrive à Carentan le 12 avril. Elle apprend la reddition de Valognes survenue deux jours auparavant. De son côté, le comte de Richemont qui lève l'armée bretonne n'est averti que vers le 25 mars. Lui et son frère lèvent une armée de 4 000 hommes. Cependant, le 8 avril, parvenu à Dol-de-Bretagne, le duc décide de rester en Bretagne en retenant la moitié de l’armée bretonne. Le 10 avril, c'est donc avec une armée bretonne réduite à 2 000 hommes que Richemont s'engage en Normandie.

Le 13 avril, Richemont arrive à Coutances où il reçoit un message de Charles de Bourbon qui l'informe de la situation. Interprétant mal le mouvement de l'armée anglaise, il croit à tort qu'elle se dirige vers Saint-Lô. Comme le note Guillaume Gruel (écuyer d'Arthur de Richemont), il semble en fait que le connétable ait été induit en erreur par les messages qu'il reçoit : "Monseigneur de Clermont, Monsieur de Kastres, de l'amiral de Coitivi, et du grant Seneschal [..] lui escripvoient que les Angloys avoient prins Valoignes, et que encore estoient au dit lieu, et qu'il leur sembloit qui devoit tirer à Saint-Lo.[...]; et il tira à Saint Lo.[3]"

En fait, Kyriell prend le risque de trouver un gué dans les marécages de la baie du Grand Vey et, dans l'après-midi, il parvient au village de Formigny et s'y fortifie pour permettre l'établissement d'une étape. Le 14 avril, Charles de Bourbon apprend le passage des Anglais mais ne réagit pas et n'envoie que dans la soirée un messager à Richemont qui est averti seulement le matin du 15.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Alors qu'ils levaient tranquillement le camp et s'apprêtaient à reprendre la route de Bayeux, les Anglais sont rejoints par l'armée de Charles de Bourbon, venant de l'Ouest, bien décidée à interrompre leur marche. Fidèle à la stratégie anglaise, Kyriell fait mettre ses troupes en bataille, met les archers devant, protégés par des pieux, et attend. Tous les cavaliers descendent de cheval. Seuls restent montés ceux qui font partie de la réserve, au sud, sur le flanc gauche. Afin de renforcer le flanc droit, au nord, Kyriell fait installer un petit réduit fortifié, le "Taudis", en avant de sa position. Kyriell commande personnellement le flanc droit, tandis que Mathieu Goth (dit "Matago"), capitaine de Bayeux, commande le flanc gauche, qui contrôle la route menant à Bayeux[2].

Le plan de Thomas Kyriell est simple : se retrancher et laisser venir les cavaliers français pour les écraser sous une volée de flèches. Il espère ainsi rééditer le scénario de Crécy et d'Azincourt, mais les Français ne tomberont pas dans ce piège[2].

Charles de Bourbon maintient son armée hors de portée des flèches anglaises et ne fait avancer que 60 lances et ses deux couleuvrines sous le commandement de Louis Giribaut, qui commence à faire des ravages parmi les archers, à raison d'un coup toutes les huit minutes. Le but est de s'emparer d'un pont et d'un gué voisin pour contrôler une rivière séparant les deux corps de l’armée anglaise. Cependant cette tentative est faite avant l'arrivée de l’armée bretonne envoyée par le duc de Bretagne sous le commandement du connétable de Richemont.

Matthieu Goth ne tarde pas à contre-attaquer. Les hallebardiers anglais chargent et atteignent l’artillerie française. Pierre de Brézé intervient à son tour pour dégager l'artillerie française. Il contre-attaque avec ses gens d'armes des compagnies d'ordonnance et ramène les archers qui lâchaient pied[2]. Toute l’armée française se trouve bientôt au combat mais en difficulté. Vers le même moment, Arthur de Richemont est, à quelques lieues de là, prévenu par des paysans du début du combat. Il fait accélérer ses troupes. Côté anglais, seul le corps de Goth est au combat, Kyriell gardant le second corps en réserve. A ce stade, les Anglais semblent avoir pris l'avantage en ayant neutralisé l'artillerie française et en submergeant les premières positions du comte de Clermont, mais contre-attente, Kyriell ne lance pas d'attaque générale qui aurait pu écraser l'armée française, inférieure en nombre[2].

Le combat dure près de 3 heures. C’est à ce moment qu’apparaissent 2 000 hommes sur une colline au sud. Cela donne d'abord lieu à un cri de joie des Anglais qui croient à un renfort de la garnison caennaise sous la direction d’Edmond de Somerset.

Arthur de Richemont, connétable de France (1458). Dessin aquarellé, Paris, BnF, collection Gaignières.

Cependant, lorsque apparaissent les bannières bretonnes, ils doivent déchanter : il s'agit de l’armée bretonne du connétable de Richemont avec sa cavalerie qui dévale la colline en chargeant la réserve de cavalerie des Anglais. Cette arrivée provoque un soulagement dans l'armée française comme le note, quatre jours plus tard, l'amiral de Coëtivy : "Je crois que Dieu nous amena monsieur le connétable, car s'il ne fust venu à l'heure et par la manière qu'il y vint, je doubte que entre nous [...] n'en fusions jamais sortis sans dommage irréparable, car ils estoient de la moitié plus que nous n'estions".

Désemparés, les Anglais se replient vers leurs retranchements mais l'avant-garde bretonne emmenée par Tugdual de Kermoysan les assaille violemment. Beaucoup sont tués ou blessés lors du repli. Pendant ce temps, le connétable de Richemont fait sa jonction avec le comte de Clermont et déclenche un assaut général. Pierre de Brezé culbute les Anglais hors de leur bastion, le "Taudis", tandis que la ligne anglaise est enfoncée et disloquée, forçant les fuyards à se replier dans le village de Formigny. L’armée bretonne vient de porter le coup de grâce à l'armée anglaise. Profitant du désordre qui règne chez les Anglais, les Français les pourchassent dans les jardins du village. Les archers gallois, craignant de se voir amputés de leur index, se battirent jusqu’à la mort.

Si l'armée régulière française laisse la vie sauve aux Anglais qui se rendent , les paysans, eux, se montrent sans pitié. Certains chroniqueurs parlent ainsi de 500 archers gallois, acculés, demandant à se rendre, et massacrés jusqu’au dernier, malgré tout, par des paysans normands. Thomas Kyriell et ses principaux chefs sont faits prisonniers. Seul Mathieu Goth parvient à s'enfuir vers Bayeux avec quelques cavaliers[4].

La bataille est souvent citée comme celle où l’utilisation du canon eut pour la première fois un effet décisif. Il est plutôt difficile de juger en ce sens. Il semble que ce soit plutôt l'arrivée de l’armée bretonne d’Arthur de Richemont, avec sa puissante charge de cavalerie sur l’arrière de l’armée anglaise qui fit basculer le sort de la bataille et précipita la défaite anglaise.

Bilan et conséquences[modifier | modifier le code]

La bataille de Formigny. Miniature issue du manuscrit de Martial d'Auvergne, Les Vigiles de Charles VII, vers 1484, BNF.

D'après Léopold Delisle, les pertes anglaises s'élèveraient à 3 774 morts ainsi que 1200 à 1400 prisonniers.

Suite à cette bataille, le comte de Clermont et le connétable de Richemont iront mettre le siège devant Vire, tandis que le duc de Bretagne assiégera Avranches. A l'été 1450, la totalité de la Normandie est rapidement récupérée par le royaume de France. C’est la fin de la guerre de Cent Ans dans le Nord de la France.

Pour ses faits d'armes, Arthur de Richemont recevra du roi la seigneurie de Vire[5].

Fin de la guerre de Cent Ans[modifier | modifier le code]

Trois ans plus tard, l'armée française remporte une nouvelle victoire décisive à la bataille de Castillon, qui met fin à la présence anglaise dans le sud de la France. En 1475, le roi d'Angleterre Edouard IV espère encore pouvoir reconquérir les territoires perdus en débarquant avec son armée à Calais, mais abandonné par son allié Charles le Téméraire parti guerroyer sur le Rhin, il préfère négocier avec le nouveau roi de France Louis XI. Une entrevue est organisée entre les deux rois qui débouche sur le traité de Picquigny qui met fin à la guerre de Cent Ans. Par ce traité, Edouard IV reconnaît Louis XI comme seul roi légitime de France, et reçoit en échange une pension annuelle de 50 000 écus et une indemnité de 75 000 écus. Des fiançailles sont par ailleurs prononcées entre le dauphin Charles et la fille aînée d'Edouard. La Guerre de Cent Ans est terminée. Les Anglais rembarquent définitivement. Ils n'ont plus en France que Calais qu'ils conserveront jusqu'en 1558[1].

Sources[modifier | modifier le code]

  • Guillaume Gruel, Mémoires d'Artus III, duc de Bretagne, comte de Richemont, et connétable de France, depuis 1393 jusqu'en 1457 (consultable en document électronique sur Gallica).
  • Jean-Claude Castex, Répertoire des combats franco-anglais de la Guerre de Cent Ans, Vancouver, Éd. du Phare-Ouest, 2012. p. 177 et suiv.
  • Alexandre Mazas, Vies des grands capitaines français du Moyen Âge : Arthur de Richemont.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Philippe Zwang, Jeanne d'Arc et son temps, Casterman 1999, Repères Histoire
  2. a, b, c, d et e Georges Bernage, 15 Avril 1450, la bataille de Formigny, Revue "Moyen-Age" (Juillet-Août 2000)
  3. Chroniques d'Arthur de Richemont, par Guillaume Gruel, publiée par la Société de l'Histoire de France, Paris, 1890
  4. Charles Joret, La Bataille de Formigny, d'après les documents contemporains, Emile Bouillon, 1903, p17
  5. M. Bachelin-Deflorenne, Etat present de la noblesse francaise contenant, 1886

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Bouzy, « Français et Anglais sur le champ de bataille », Connaissance de Jeanne d'Arc, Chinon, no 23,‎ , p. 25-36 (lire en ligne).
  • Julien-Toussaint-Marie Trevedy, « La bataille de Formigny (15 avril 1450) », Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 1903, t. XXX, p. 241-275 ; tiré à part sous le même titre en 1904, Quimper, impr. de Leprince, 1904.
  • Florence Callu-Turiaf, « Nouveaux documents sur la bataille de Formigny », Bibliothèque de l'école des chartes, Paris / Genève, Librairie Droz, t. 124,‎ 1966, 1re livraison, p. 273-280 (lire en ligne).

Jeux de simulations historiques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]