Agnès Sorel

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Agnès Sorel

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Portrait d'Agnès Sorel d'après Jean Fouquet, BNF, Rés. Na 21, f. 28.

Naissance vers 1422
?
Décès
Le Mesnil-sous-Jumièges
Descendants

Agnès Sorel est née au début du XVe siècle, vers 1422 selon le père Anselme. Demoiselle d'honneur d' Isabelle Ire de Lorraine, épouse du duc René d'Anjou, elle devient en 1443 la favorite du roi de France Charles VII, auquel elle donne trois filles qui seront officiellement légitimées en tant que princesses de France et mariées à de grands seigneurs de la cour. Elle est morte prématurément avant l'âge de trente ans, après avoir donné naissance à une quatrième fille qui n'a pas survécu, au grand désespoir du roi , le [1].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Agnès Sorel est née en Picardie, à Coudun, près de Compiègne[2]. Son père, Jean Sorel (ou Soreau) est châtelain et seigneur de Coudun. Il avait épousé Catherine de Maignelay, fille de Jean Tristan de Maignelay[3], châtelain et seigneur de Verneuil-en-Bourbonnais[4] et de Marie de Jouy[5]. La famille Sorel appartient à noblesse d'ancienne extraction. Agnès Sorel a quatre frères : Charles, écuyer-d'Hôtel du roi (né av.1428). Louis, écuyer. André, chanoine à Paris (1452). Et Jean , seigneur de Saint-Gérand. Certains membres de la famille ne sont pas inconnus pour les historiens :Geoffroy III Sorel de Saint-Gérand, neveu d'Agnès Sorel, qui fut évêque de Châlons de 1453 à 1503, et Jean de Maignelay, capitaine-gouverneur de Creil[6].

C’est en Picardie qu’elle reçut une éducation soignée, on pense qu'elle aurait vécu au château de Maignelay-Montigny dans l'Oise. On l’y prépara à occuper à la cour la charge enviée de demoiselle de compagnie d'Isabelle de Lorraine, reine de Sicile et femme du roi René. Cette charge n'était pas convoitée pour les avantages matériels qu’elle procurait : Agnès Sorel ne recevait que dix livres par an, contrairement à d'autres demoiselles de cette cour telle Catherine de Serocourt, cousine de Jean de Serocourt, capitaine de Tarascon, qui se voyait octroyer la somme de quinze livres tournois. Elle lui était destinée dès son plus jeune âge du fait de sa naissance et des recommandations dont elle bénéficiait.

À la cour[modifier | modifier le code]

Portrait d'Agnès Sorel d'après Jean Fouquet, Château Royal de Loches

La jeunesse et la beauté d'Agnès Sorel, entrée au service de la maison angevine , la font très rapidement remarquer par le roi de France, Charles VII, de vingt ans son aîné[7].

Pierre de Brézé, qui a remarqué les regards de son suzerain pour cette nouvelle venue à la cour, présente à Charles VII celle qui sera regardée comme la plus jolie femme du royaume.

Très rapidement, en 1444, Agnès Sorel passe du rang de demoiselle d’honneur d’Isabelle de Lorraine à celui de première dame officieuse du royaume de France. Officiellement, elle est demoiselle de la maison de la reine Marie d'Anjou. Elle a le statut de favorite officielle, ce qui est une nouveauté : les rois de France avaient jusque-là des maîtresses mais elles devaient rester dans l'ombre. Charles VII a d'ailleurs eu d'autres maîtresses, mais elles n'ont pas eu l'importance d'Agnès Sorel. Son art de vivre et ses extravagances rejettent la reine dans l’ombre. Les voiles et autres guimpes sont abandonnés, et elle invente le décolleté épaules nues qualifié de « ribaudise et dissolution » par quelques chroniqueurs religieux de l’époque. De vertigineuses pyramides surmontent sa coiffure. Des traînes allant jusqu’à huit mètres de long allongent ses robes bordées de fourrures précieuses : martre ou zibeline. Rien qu’en 1444, le roi lui offre vingt mille six cents écus de bijoux dont le premier diamant taillé connu à ce jour[réf. nécessaire].

Portrait d'Agnès Sorel datant du XVe siècle

Pour se procurer ces atours précieux, elle devient la meilleure cliente de Jacques Cœur, marchand international et grand argentier du roi, qui a amassé des trésors dans son palais de Bourges. Elle consomme de grandes quantités d'étoffes précieuses et, bien sûr, toutes les femmes de la cour l’imitent.

Agnès Sorel sait jouer de son influence auprès du roi en compagne aimante de l'homme d'État. Elle impose ses amis au roi ou s'acquiert la faveur des conseillers de la Couronne, qui voient en elle le moyen de s’assurer la bienveillance royale. C’est grâce à ces manœuvres que le roi, en l'espace de quelques mois, lui octroie les fiefs de Beauté-sur-Marne (d’où le surnom bien connu de « Dame de Beauté »), Vernon, Issoudun, Roquesezière et lui offre le domaine de Loches. Elle y fait aménager le château qui surplombe la ville.

Le dauphin, futur Louis XI, ne supporte pas la relation d’Agnès avec son père. Il estime que sa mère est bafouée et a de plus en plus de mal à l'accepter. Un jour il laisse éclater sa rancœur et poursuit, l’épée à la main, l’infortunée Agnès dans les pièces de la maison royale. Pour lui échapper, elle se réfugie dans le lit du roi. Charles VII, courroucé par tant d’impertinence, chasse son fils de la cour et l’envoie gouverner le Dauphiné.

La vie avec le roi[modifier | modifier le code]

Agnès porte les enfants du royal géniteur et accouche, attend avec ses suivantes à Razilly près de Chinon, dans sa résidence de Loches, à Beaulieu la ville voisine de Loches où elle s'installe au château ouvert de Courcelles (Loiret), à Dames près de Mehun-sur-Yèvre, le retour du guerrier ou du chasseur. Croyante, elle fait régulièrement des pèlerinages et des offrandes à l'Église, favorisant de manière généreuse les chanoines de Loches. Elle donne à son royal amant quatre filles, les « bâtardes de France » (puisque nées hors mariage), mais qu'il légitime :

Ces naissances font écrire aux moralistes Thomas Basin et Jean Jouvenel des Ursins qu’Agnès est responsable du réveil sensuel de Charles VII. Ils jugent sévèrement sa liberté de mœurs et l’accusent de faire de ce roi « chaste » un roi débauché, entièrement soumis à ses maîtresses.

Est-ce Agnès Sorel qui souffle à Charles VII que la réorganisation des finances royales passe par la reconquête de la Guyenne et de la Normandie occupées par les Anglais ? Toujours est-il que c'est alors qu'elle allait mettre au monde un quatrième enfant, qu'Agnès entreprend, en plein hiver, d'aller retrouver le roi à Rouen où il commande son armée. Nul ne connaît les raisons de ce voyage ; se languissait-elle de son royal amant, ou voulait-elle le prévenir d'un nouveau complot ourdi par le dauphin Louis ?

Sa mort[modifier | modifier le code]

Masque mortuaire d'Agnès Sorel conservé à l'Hôtel Lallemant à Bourges

Dès qu’elle est installée par Charles au Manoir de la Vigne au Mesnil-sous-Jumièges près de Rouen, elle est soudainement prise d'un « flux de ventre » selon Jean Chartier chroniqueur officiel de la cour et meurt en quelques heures le , non sans recommander son âme à Dieu et à la Vierge Marie. En donnant naissance à un enfant prématuré de sept mois (sa dernière fille meurt quelques semaines après elle)[8], celle qui fut la première maîtresse officielle d’un roi de France meurt officiellement à l’âge de vingt-huit ans d'une infection puerpérale[9]. Elle a le temps de léguer ses biens à la collégiale de Loches pour que des messes y soient dites pour le repos de son âme, à l'abbaye de Jumièges où est déposé son cœur, ainsi qu'aux membres de sa famille et au roi à qui elle lègue ses bijoux.

Sa mort est si rapide qu’on croit tout d’abord à un empoisonnement. On accuse même Jacques Cœur, désigné comme exécuteur testamentaire, de l’avoir fait assassiner, mais il fut lavé de ce chef d’inculpation. Les soupçons se portèrent alors jusqu'au XXIe siècle sur le Dauphin, le futur Louis XI, ennemi du parti qu’elle soutenait[9].

Une autopsie de son cadavre, effectuée à l'occasion de l'ultime déplacement de son tombeau dans la collégiale Saint-Ours de Loches en juin 2004, programmé par le conseil général d'Indre-et-Loire, a révélé une ascaridiose (tube digestif infesté d'œufs d'ascaris), et qu'elle avait absorbé des sels de mercure, purge associée à de la fougère mâle utilisée pour bloquer la croissance des parasites. C'est l'ingestion d'une dose anormale[10] de ce métal lourd qui a entraîné une mort très rapide (moins de 72 heures). Cependant, les doses de mercure observées par l'analyse d'un poil de l'aisselle sont telles (dix mille à cent mille fois la dose thérapeutique) qu'il est difficile de croire à une erreur médicale. Le suicide ou l'empoisonnement (à cette époque le mercure était donné avec de la mie de pain agglomérée avec le métal liquide pour éviter qu'il ne brûle l'estomac) de cette jeune mère vulnérable qui relève de couches ne sont donc pas à écarter. Parmi les proches coupables idéaux restent sa cousine germaine, Antoinette de Maignelais, qui trois mois après la mort d'Agnès Sorel prenait sa place dans le lit du roi, et son médecin, Robert Poitevin, qui était aussi son exécuteur testamentaire[11].

Sa sépulture[modifier | modifier le code]

Le tombeau d'Agnès Sorel au château de Loches (avant 2005)
Article détaillé : Tombeau d'Agnès Sorel.

Éploré, le roi commande deux magnifiques tombeaux de marbre, l’un se trouve à Jumièges en Seine-Maritime et contient son cœur, l’autre est à Loches, dans le chœur de la Collégiale Saint-Ours (nommée à l'époque Notre-Dame de Loches), et son corps y repose avec la légende :« Cy gist noble dame Agnès de Seurelle, en son vivant dame de Beaulté, de Roquecisière, d'Issoudun et de Vernon-sur-Seine, piteuse envers toute gens et qui largement donnait de ses biens aux églises et aux pauvres ; laquelle trépassa l'an de grâce MCCCCXLIX. Priez Dieu pour le repos de l'âme d'elle. Amen. »

Les chanoines de Loches connaissant les sentiments de haine de l'ancien Dauphin envers Agnès s'enquirent, quelques mois après la mort de Charles VII et le couronnement de son héritier, s'ils pouvaient déplacer son encombrant tombeau de la collégiale. Le roi Louis XI répondit alors non en ancien rival mais en roi de justice. Il dit que le déplacement pouvait assurément se faire, et ajouta avec fermeté en prenant à parti son entourage « mais il leur faut rendre ce qu'elle leur a donné ». À la suite de cet avis à valeur de jugement moral, oncques ne surprit les riches chanoines de Loches à proposer de se débarrasser du tombeau de l'ancienne favorite. Ce tombeau est déplacé dans la nef en 1777 sur ordre de Louis XVI qu'on avait persuadé que sa masse gênait les services religieux[12].

En 1794, après que son tombeau porté au dehors eut été saccagé par les « volontaires » de l'Indre croyant que son gisant est celui d'une sainte, ses restes composés uniquement de dents, de chevelure et d'une tête sont mis dans une urne et déposés dans l'ancien cimetière du chapitre. En 1795 (le 21 prairial an III), un soldat rouvre l'urne, dérobe des dents et cheveux. En 1801, le vase funéraire est retrouvé et remis dans le tombeau restauré en 1806 par le préfet Pomereul qui décide sa mise en place dans la tourelle ou Logis royal. On l'a déplacé en 1970 dans une autre salle du château[13]. Le 2 avril 2005 le tombeau d'Agnès Sorel a réintégré la Collégiale Saint-Ours.

Les représentations d'Agnès Sorel[modifier | modifier le code]

Agnès Sorel était blonde avec la peau claire. Certains de ses contemporains disent qu'entre les belles c'était la plus belle du monde. Suivant la mode de l'époque, elle portait de profonds décolletés qui laissaient voir sa poitrine.

La Vierge représentée sous les traits d'Agnès Sorel, Musée royal des beaux-arts (Anvers)

Les représentations qui restent d'Agnès Sorel sont :

Les habitants de Loches et de Beaulieu-lès-Loches, deux villes alors rivales, se faisant face sur chaque rive de l'Indre, mais loin des intrigues de cour ont gardé longtemps de la jeune et charmante Agnès une image semblable de la charitable donatrice et un même souvenir de sa grande popularité. Son légendaire pouvoir de séduction est né de ce souvenir populaire, amplifié par l'art de Touraine.

Anecdote[modifier | modifier le code]

Depuis deux siècles, l'Hôtel Lallemant de Bourges, maintenant Musée des Arts Décoratifs, possède une mèche de cheveux bruns attribuée à Agnès Sorel, qui était blonde. L'étude effectuée en 2004/2005 sur les restes de la favorite du tombeau de Loches a permis d'authentifier la mèche de cheveux de Bourges. La couleur actuelle serait le résultat naturel du passage des siècles.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes et Références[modifier | modifier le code]

  1. selon notre calendrier actuel, donc avant le début de l'année médiévale 1450 qui commence à l'époque après Pâques L’étude scientifique des restes d’Agnès Sorel (1422-1450)
  2. Le lieu de sa naissance divise encore les historiens. Certains pensent qu'Agnès Sorel serait née à Fromenteau (commune d' Yzeures-sur-Creuse, en Touraine (province française)
  3. La famille de Maignelay est originaire de Picardie. Jean II de Maignelay épouse au XIVème siècle Isabeau de Wace , héritière du fief de Maignelay-Montigny. Son ancêtre, Pierre Tristan, aurait participé à la Bataille de Bouvines aux côtés du roi Philippe-Auguste. Catherine de Maignelay épouse Jean Sorel, seigneur de Coudun et lui donne 5 enfants, dont Agnès Sorel. La cousine d'Agnès, Antoinette de Maignelay, deviendra à son tour la favorite du roi Charles VII à la mort d'Agnès. Elle épouse André, baron de Villequier et lui donne deux fils. La seigneurie de Maignelay passa ensuite aux familles des ducs d'Halluin, des comtes de Clermont-Lodève, des ducs de la Rochefoucauld, marquis de Maignelay, puis à la princesse Borghèse décédée en 1877
  4. Le fief de Verneuil-en-Bourbonnais appartenait au duc Louis II de Bourbon,(1357-1410), fils d'Isabelle de Valois et beau-frère du roi Charles V, grand-oncle du futur roi Charles VII
  5. Sur la famille de Jouy, nous avons peu de renseignements. L'historien, Jean Lebeuf découvre un Guy de Jouy , seigneur de Jouy-en-Josas au XIIIème siècle . Il est suivi au XVIème siècle par la famille d'Escoubleau de Sourdis. Puis la seigneurie est achetée par le célèbre docteur Antoine Daquin, Ier médecin du roi Louis XIV. (Jean Lebeuf, Les seigneurs de Jouy- Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, Vol. 8 1757)
  6. Comment la fille de Jean Soreau devint-elle Agnès Sorel ? Fut-elle mariée avec Regnaut de Sorel comme le dit Le Vasseur?
  7. Que n'a-t-on écrit sur ce dauphin sans beauté, grande intelligence ni fortune, fils d'un roi fou et d'une mère intrigante Isabeau de Bavière. Il reste que fort du soutien indéfectible de la partie méridionale de la France et de son puissant trésor, le jeune souverain sans titre a fait mieux que résister à l'alliance stratégique anglo-bourguignonne à laquelle se sont ralliées un temps par intérêt les villes du Nord de la France. En 1440, il a reconquis toute sa puissance
  8. Deux vertèbres et un fragment de crâne de cet enfant ont été retrouvés dans une urne funéraire accompagnant le tombeau d'Agnès Sorel
  9. a et b Philippe Charlier, « Jacques Cœur, le grand argentier », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 11 avril 2012
  10. L'utilisation de mercure pour traiter les parasitoses intestinales était courante à l'époque et cette pratique a été utilisée jusque dans les années 1950 en France
  11. Philippe Charlier, Médecin des morts - récits de paléopathologie, Paris, Fayard,‎ 2006, 394 p. (ISBN 978-2-213-62722-9), p. 17-37
  12. Nathalie Raulin, « Agnès Sorel, une reine de cœur victime du mercure », sur liberation.fr,‎ 4 avril 2005
  13. Loches à travers les siècles, Jean Raust, CLD

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]