Georges Ibrahim Abdallah

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Georges Ibrahim Abdallah
Description de l'image Defaut.svg.
Naissance (66 ans)
Kobayat, district du Akkar, gouvernorat du Nord, Liban
Nationalité Drapeau du Liban Liban
Pays de résidence Drapeau de la France France
Activité principale

Georges Ibrahim Abdallah, né le , est un militant communiste libanais ; considéré comme le chef de la Fraction armée révolutionnaire libanaise (FARL), il a été condamné en France à la réclusion à la perpétuité pour des actes terroristes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et famille[modifier | modifier le code]

Georges Ibrahim Abdallah est né le à Kobayat, au nord du Liban, dans une famille maronite de neuf enfants dont le père est militaire. Il effectue ses études à l'École normale d'Achrafieh, quartier de l'est de Beyrouth. En 1972, il est nommé instituteur dans un village de la Plaine de la Bekaa. Il reste dans l'enseignement jusqu'en 1979.

Il est l'oncle paternel de Chloé Delaume, écrivaine[1].

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Son engagement politique débute dans les rangs du Parti social nationaliste syrien (PNSS) pour rejoindre ensuite, dès 1971, le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP).

L'engagement de Georges Abdallah est motivé par la cause palestinienne et les invasions successives de l'armée israélienne au Sud Liban, en 1978 et 1982[2] lancées en réponse des multiples attaques palestiniennes contre la frontière nord d'Israël. Il est d'ailleurs blessé lors de l'invasion israélienne du Sud Liban en 1978. Selon le Mossad, il est un proche de Georges Habache, le chef du FPLP. Il participe à la création de la Fraction armée révolutionnaire libanaise, organisation se revendiquant « communiste » et « anti-impérialiste », dont il dirige les opérations en France sous les pseudonymes Salih al-Masri et Abdu-Qadir, la base de ce groupe étant à Lyon[3]. Un ancien membre des FARL confiera à Aljazeera.net en 2009 : « Nous avons décidé de mener des actions à l'étranger, notamment en Europe, plutôt qu’au Liban, conformément au slogan : frapper l'ennemi partout où il se trouve »[2].

En 1982, les FARL revendiquent l'assassinat de Charles R. Ray (en), attaché militaire américain à Paris (le 18 janvier 1982), et de Yacov Barsimentov, diplomate israélien (le 3 avril), et blessent gravement Robert Onan Homme, consul américain à Strasbourg.

Arrestation et condamnations[modifier | modifier le code]

Il est arrêté à Lyon le 24 octobre 1984, où il est condamné le 10 juillet 1986. Dans le journal-mémoire qu’il a fait éditer, Jacques Attali, le conseiller du président français François Mitterrand, écrivait : « Mercredi 6 mars 1985… il n’est inculpé que de faux et usage de faux. Il dispose d’un vrai-faux passeport algérien »[4].

Le 23 avril 1985, les FARL enlèvent Gilles Sidney Peyrolles, attaché culturel de la France à Tripoli et fils de l’écrivain Gilles Perrault, et réclament la libération de Georges Abdallah[5]. Yves Bonnet, alors patron de la DST, négocie avec les services secrets algériens (directement avec le colonel Lakehal Ayat, directeur central de la Sécurité militaire, et le commandant Smaïn Lamari, directeur de la sécurité intérieure algérienne) l'échange qui est sur le point d'aboutir. Mais la découverte dans une des planques des FARL d'une arme ayant servi à abattre Charles Ray et Yacov Barsimentov a raison de cet arrangement. Georges Ibrahim Abdallah est condamné dans un premier temps à 4 ans de prison, pour détention d'armes et de faux papiers[6].

Puis, il est à nouveau jugé par la cour d'assises spéciale pour complicité d'assassinat le [7]. La justice le condamnera finalement à la perpétuité[2]. En 1987, sort un livre confession de Jean-Paul Mazurier, avocat de Georges Ibrahim Abdallah, qui raconte comment et pourquoi il a trahi son client et a pris contact avec les services secrets français (DGSE)[8]. Néanmoins, la validité du procès ne sera pas remise en cause. Georges Abdallah aura ensuite Jacques Vergès comme avocat, jusqu'à la mort de celui-ci en 2013, puis Jean-Louis Chalanset[9].

Le 1er décembre 2009, Georges Abdallah est condamné à 3 mois de prison pour refus de prélèvement ADN par le tribunal correctionnel de Tarbes. Le 20 mai 2010, il est finalement relaxé par la cour d'appel de Pau[10].

Détention[modifier | modifier le code]

Georges Abdallah continue son engagement politique en détention. C’est ainsi qu’il a adhéré à la plate-forme du 19 juin 1999[11] qui a réuni une centaine de prisonniers se revendiquant « révolutionnaires, communistes, anarchistes, antifascistes et anti-impérialistes » parmi lesquels Jean-Marc Rouillan ou encore Pierre Carette.

Depuis sa déclaration à son procès en février 1987[12], Georges Ibrahim Abdallah n'a jamais cessé de revendiquer ses engagements politiques révolutionnaires dans toutes ses expressions publiques[13].

Demandes de libération[modifier | modifier le code]

Georges Abdallah est, selon le droit français, libérable depuis 1999[14].

En mars 2002, sa demande de libération est rejetée. En septembre 2002, il est incarcéré à la prison de Fresnes. En novembre 2003, la juridiction de la libération conditionnelle de Pau a ordonné sa remise en liberté à condition qu'il quitte définitivement le territoire pour le 15 décembre. Dominique Perben, alors ministre de la Justice, fait appel de la décision, si bien que le 15 janvier 2004, Georges Ibrahim Abdallah voit sa libération rejetée[réf. souhaitée].

En janvier 2012, Georges Abdallah dépose une huitième demande de libération. En février 2012, le Premier ministre libanais Najib Mikati en visite à Paris demande aux autorités française la libération de ce compatriote qu'il qualifie de « prisonnier politique »[15]. Le 21 novembre 2012, le tribunal d'application des peines compétent en matière de terrorisme, réuni à Lannemezan le 23 octobre 2012, prononçait un avis favorable à la demande de libération de Georges Abdallah[16]. Le 10 janvier 2013, la chambre d'application des peines de Paris qui examinait l'affaire en appel, accède à sa huitième demande de libération, en la conditionnant à un arrêté d'expulsion du territoire français[17]. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, reçoit à l'époque un coup de téléphone de son homologue américaine Hillary Clinton qui lui demande de ne pas rendre la liberté à Georges Ibrahim Abdallah[18]. La décision de libération est annulée en avril 2013 par la Cour de cassation, car Georges Ibrahim Abdallah « ne pouvait se voir accorder une libération conditionnelle sans avoir été obligatoirement préalablement soumis, à titre probatoire, à une mesure de semi-liberté ou de placement sous surveillance électronique pendant une période d'un an au moins »[19].

Le 5 novembre 2014, le Tribunal d'application des peines rejette une nouvelle demande de libération, décision confirmée en appel le 26 février 2015, sous les motifs que Ibrahim Abdallah ne faisait pas l'objet d'un arrêté d'expulsion, ne regrettait pas les actes pour lesquels il avait été condamné, n'avait pas indemnisé les ayants droit des victimes[20].

Soutiens[modifier | modifier le code]

Manifestation d'extrême gauche, le 26 octobre 2013, devant la prison de Lannemezan où est détenu Georges Abdallah.
Yves Bonnet

Dans une entrevue à La Dépêche du 7 janvier 2012, Yves Bonnet, directeur de la DST au moment de l'arrestation, juge anormal et scandaleux le fait de maintenir encore emprisonné Georges Ibrahim Abdallah. Il considère par ailleurs qu'« il avait le droit de revendiquer les actes commis par les FARL comme des actes de résistance. Après on peut ne pas être d'accord, c'est un autre débat. Mais il faut se souvenir du contexte, aussi, des massacres de Sabra et Chatila dont les coupables n'ont jamais été punis. Et aujourd'hui, la France garde cet homme derrière les barreaux alors qu'elle a libéré Maurice Papon ? »[21] Il pense ainsi à une vengeance d'État, « c'est absolument lamentable »[21] conclut-il.

Le 30 décembre 2011, dans un entretien accordé à France 24, Yves Bonnet évoque également le rôle joué par les États-Unis et Israël dans le maintien en détention de Georges Ibrahim Abdallah: "La France a subi tout au long de cette affaire d’énormes pressions diplomatiques pour que celui qui a assassiné non pas des diplomates mais en réalité un agent de la CIA et un membre du Mossad (services secrets israéliens) reste en prison"[22].

Personnalités

Angela Davis apporte son soutien en 2013 lors de sa venue à Toulouse[23], tout comme Leila Khaled[24]. L'auteur et dessinateur Jacques Tardi a pris fait et cause pour sa libération, dessinant même une affiche à ce sujet[25].

Mais aussi plusieurs intellectuels (Nacira Guenif-Souilamas, Saïd Bouamama, Françoise Vergès, Panagiotis Sotiris, Julien Salingue, Pierre Tevanian, etc.) et artistes (Médine, Billie Brelok, Première Ligne et Dominique Grange)[26].

Associations, partis politiques et élus de gauche

Plusieurs associations françaises soutiennent la libération de Georges Abdallah comme la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen, l'Association France-Palestine Solidarité[27] ou encore l'Union juive française pour la paix[28], ainsi que des partis politiques de gauche et d'extrême gauche, notamment le Parti de gauche[29], le Parti communiste français[30], le Nouveau Parti anticapitaliste[31], Lutte ouvrière[32], la CNT[33], Alternative libertaire[34] ou encore l'Organisation communiste marxiste-léniniste – Voie prolétarienne[35].

Le , André Delcourt, maire communiste de Calonne-Ricouart, nomme Georges Ibrahim Abdallah citoyen d'honneur de la ville de Calonne-Ricouart. Le , Christian Champiré, maire communiste de Grenay, et les membres du conseil municipal ont nommé Georges Ibrahim Abdallah citoyen d'honneur de la ville[36]. Le , Marc Everbecq, maire communiste nomme à son tour Georges Ibrahim Abdallah citoyen d'honneur de la ville de Bagnolet[37]. Cette décision fait polémique auprès du CRIF[6]. Le vendredi 4 juillet 2014, le tribunal administratif de Montreuil a annulé la décision de la mairie de Bagnolet d’octroyer la citoyenneté d’honneur à Georges Ibrahim Abdallah[38].

Le 23 octobre 2013, un appel d'élus de gauche et du centre au président de la République réclame la libération de Georges Abdallah, parmi lesquels Noël Mamère, André Chassaigne, Patrick Braouezec et Nathalie Goulet[39].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Ibrahim Abdallah, collectif international, Al Dante, 2012

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Georges Ibrahim Abdallah, l’embarras de Valls, Libération
  2. a, b et c Retour sur l'affaire Georges Ibrahim Abdallah, France 24
  3. Charles Villeneuve et Jean-Pierre Péret, Histoire secrète du terrorisme, Plon, , 308 p.
  4. Jacques Attali, Verbatim, tome l. Deuxième partie Chronique des années 1983-1986, Fayard, Paris, 1993, p. 1 180.
  5. Patrick Pesnot, « Georges Ibrahim Abdallah », émission Rendez-vous avec X, 22 septembre 2012.
  6. a et b « La mise à l'honneur de Georges Ibrahim Abdallah par une mairie communiste fait polémique », Le Figaro.
  7. [PDF] [1] [2] [3], Le Nouvel Observateur, 20 février 1987.
  8. Les livres du mois, INA.
  9. « Georges Ibrahim Abdallah : ses défenseurs appellent à sa libération après 30 ans », Le Monde.
  10. « ADN prélevé: Georges Abdallah relaxé », Le Figaro.
  11. Qui est Georges Ibrahim Abdallah ?, Secours Rouge
  12. « Déclaration de Georges Ibrahim Abdallah à son procès en 1987 », sur liberonsgeorges.samizdat.net, (consulté le 6 mars 2017)
  13. Liste des déclarations de Georges Ibrahim Abdallah : http://liberonsgeorges.samizdat.net/category/ses-declarations/
  14. Georges Ibrahim Abdallah face à l'obstination d’États et aux fantômes de son temps, TV5
  15. TV5 Monde, « Georges Ibrahim Abdallah, prisonnier des raisons d'Etats », sur information.tv5monde.com,
  16. [4], Archive
  17. Affaire Abdallah : libération sous condition d'expulsion, Le Figaro, 10 janvier 2013.
  18. Robin Andraca, « Libération de Georges Ibrahim Abdallah : comment Clinton a tenté de faire pression sur Fabius », Arrêt sur images,‎ (lire en ligne)
  19. « Fin du suspense pour Georges Ibrahim Abdallah qui reste en prison », AFP, 4 avril 2013.
  20. http://www.la-croix.com/Actualite/France/Pourquoi-Georges-Ibrahim-Abdallah-reste-en-prison-2015-02-26-1285247
  21. a et b La Dépêche, « Yves Bonnet raconte les dessous de l'affaire Abdallah », propos recueillis par Pierre Challier, publié 7 janvier 2012.
  22. « Georges Ibrahim Abdallah, terroriste sans pardon », sur france24.com, (consulté le 6 mars 2017)
  23. Coup Pour Coup 31, « Angela Davis solidaire de Georges Ibrahim Abdallah ! - Coup Pour Coup 31 », sur Coup Pour Coup 31 (consulté le 27 janvier 2016).
  24. Coup Pour Coup 31, « Leila Khaled solidaire de Georges Abdallah ! - Coup Pour Coup 31 », sur Coup Pour Coup 31 (consulté le 27 janvier 2016).
  25. Affiche reproduite à la fin de cet entretien à CQFD, consulté le 13 février 2015.
  26. « Un selfie pour Georges Abdallah ! | Facebook », sur www.facebook.com (consulté le 27 janvier 2016).
  27. « Georges Ibrahim Abdallah doit être libéré », France Palestine.
  28. « Pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah », UJFP.
  29. « Georges Ibrahim Abdallah », Le Parti de gauche.
  30. « Affaire George Ibrahim Abdallah : les règles de l'Etat de droit ne sont pas respectées », PCF.
  31. « Georges Ibrahim Abdallah : le gouvernement opposé à sa libération », NPA 2009.
  32. « Liberté pour Georges Ibrahim Abdallah ! », Lutte Ouvrière.
  33. « Libérez Georges Abdallah ! ».
  34. [5], Alternative Libertaire.
  35. « Face au capitalisme et à sa répression, la solidarité est notre arme ! Libérez Georges Abdallah ! », VP Partisan.
  36. « Georges Ibrahim Abdallah, citoyen d'honneur d'une petite ville du nord de la France », L'Orient-Le Jour.
  37. « Georges Ibrahim Abdallah, citoyen d’honneur de Bagnolet », Saphir News.
  38. « Le terroriste Georges Ibrahim Abdallah, citoyen d'honneur de Bagnolet: la fin d'un scandale », Actu Juive.
  39. Georges « Ibrahim Abdallah, trentième année dans les prisons françaises. Un appel d’élus », Le Monde Diplomatique.