Albertine Sarrazin

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Albertine Sarrazin
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Albertine Sarrazin, née le [1] à Alger et morte le [1] à Montpellier, est un écrivain français.

Première femme à raconter sa vie de prostituée, de délinquante et son expérience en prison pour femmes, elle meurt à 29 ans, après avoir passé huit années en prison. Elle est notamment connue pour avoir écrit le roman L'Astragale.

Biographie[modifier | modifier le code]

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Enfance[modifier | modifier le code]

Déposée à sa naissance, le , à l’Assistance publique d’Alger en Algérie[2], elle est baptisée Albertine Damien le 23 septembre, du nom de saint Damien[3]. Elle est adoptée, en février 1939, par un couple sans enfant, le père, âgé de 58 ans, médecin militaire en poste à Alger, et la mère, Thérèse[4], âgée de 55 ans, sans profession, infirmière bénévole pendant la guerre. L’acte d’adoption définitif date du 17 novembre 1941.

À deux ans, Albertine souffre d’un accès de paludisme, début d’une longue série de crises. Elle suit sa scolarité dans des établissements religieux. En 1947 ; elle est diplômée d’éducation religieuse et reçoit le certificat élémentaire signé par l’archevêque d’Alger.

À dix ans, elle est la victime d'un viol, perpétré par son oncle. Le père cessant de faire partie des corps de réserve depuis le 15 avril 1941, la famille quitte Alger, en 1947, et emménage en métropole, à Aix-en-Provence dans un logement meublé au 28 rue de la Paix.

Albertine reçoit l'éducation rigoureuse du milieu bourgeois. Inscrite au collège Sainte Catherine de Sienne d’Aix-en-Provence, elle obtient, au fil des ans, de nombreux premiers prix d'excellence.

En 1949, elle commence à écrire dans des carnets à spirale Les aventures de trois guides indisciplinées. En 1952, elle est interne au lycée, où ses enseignants se plaignent de son indiscipline ; son père l’oblige à voir un psychiatre qui l'estime normale mais recommande un éloignement familial. Le juge accorde alors « la correction paternelle »[5] , qui autorise le père à mettre son enfant en maison de correction. Albertine est donc envoyée de force à la prison du Bon Pasteur à Marseille. À son entrée, elle est rebaptisée Annick, comme toutes les pensionnaires arrivant dans cet établissement. Son séjour devra durer six ans, jusqu'à sa majorité (21 ans). Parallèlement, son père tente de révoquer son adoption et demande à cet effet une enquête sociale.

Le procès[modifier | modifier le code]

En 1953, Albertine Damien passe la première partie du baccalauréat qu'elle obtient avec la mention bien et s'enfuit à Paris. Elle retrouve une camarade du Bon Pasteur, avec qui elle a de nombreuses aventures, se prostituant, chapardant dans les voitures et les magasins. Fin juillet 1953, elle revient à Marseille voir son père puis retourne à Paris après lui avoir volé son pistolet de service. Ainsi équipée, elle tente un hold-up où son amie blesse une vendeuse d'une balle à l'épaule droite.

Les deux filles en fuite sont arrêtées le , boulevard Saint-Michel. Le 24, elles sont présentées au juge Bertin et séparées. C'est à ce moment-là qu'Albertine commence à rédiger Les carnets verts. Quelques jours plus tard elle est déférée au parquet et envoyée à la prison de Fresnes. En 1954, elle commence à écrire des poèmes et, un an plus tard, elle passe la seconde partie du bac par correspondance[6].

En les deux amies comparaissent devant la Cour d'assises des mineurs de la Seine ; le procès se déroule à huis clos. Albertine nargue les juges et les jurés de la cour d'assises : « Je n'ai aucun remords. Quand j'en aurai, je vous préviendrai », dit-elle. Tenue pour être le cerveau du braquage elle est condamnée à sept ans de prison, sa comparse « ne prend que cinq ans ». Elle est d'abord enfermée à Fresnes, puis, en 1956, on la transfère à la prison-école de Doullens dans la Somme[7] où elle est intégrée à la division Béarn sous le matricule 504. Ses parents, auxquels elle venait de demander un avocat, révoquent, pour toute réponse, leur adoption plénière, procédure rarissime en France.

En , elle s’inscrit au certificat d’études littéraires générales classiques, pour la session de juin 1957. La même année elle est mise au cachot, pendant dix jours, pour avoir embrassé une autre détenue sur la bouche. Le 19 avril 1957, elle s'évade en sautant d'une hauteur de dix mètres et se brise l'astragale[8]. En rampant, elle se traîne jusqu'à la route nationale.

Le grand amour[modifier | modifier le code]

C'est là, sur le bord de la route, que Julien Sarrazin, un petit malfrat, la ramasse. Il la cache chez sa mère, la soigne, et tombe amoureux d'elle. Il la cache ensuite dans une guinguette de Créteil, la petite Venise, puis chez une fille de joie. Albertine s’attache à lui. Elle est alors hospitalisée à Créteil et opérée de l’astragale.

En , Julien est arrêté et incarcéré à Boulogne en Vendée. Albertine se retrouve seule à Paris et se prostitue pour survivre. Elle rencontre alors un mécanicien, Maurice Bouvier, dit l’oncle, qui devient son souteneur et lui verse des compensations financières. Quelques mois plus tard, Julien est libéré ; ils partent vivre à Calais.

Le , Julien est arrêté à Abbeville pour vol et Albertine pour usage de faux-papiers. Julien, relaxé, est relâché le 17 septembre, mais Albertine doit finir de purger la peine de Doullens. Transférée à Amiens, elle est enfermée dans le quartier des femmes sous le matricule 2091. Elle s’occupe alors de l’entretien et de la couture, et nomme sa machine à coudre Cornélie. Elle étudie la philosophie, l’anglais, écrit des poèmes, et débute Times, journal de prison 59.

Le , Julien et Albertine (21 ans) se marient à la mairie du Xe arrondissement de Paris entre deux gendarmes. Albertine entame l'écriture de La Cavale. Elle est transférée à Soissons, pour que Julien puisse la voir plus souvent. Mais il est arrêté pour cambriolage et condamné à 15 mois de prison. Il est libéré le 23 septembre 1960.

En , Albertine obtient une grâce de sept mois. En 1961 elle a un accident de voiture avec Julien et sa mère. Cette dernière meurt. Julien est de nouveau incarcéré, cette fois-ci à Pontoise, pour avoir volé des bijoux, et Albertine pour les avoir portés. Elle est libérée le 6 juin 1963. En janvier 1964 elle s’installe à Alès pour se rapprocher de Nîmes où est incarcéré Julien, et devient pigiste au Méridional.

Le , elle est prise à voler une bouteille de whisky au Prisunic. Condamnée à quatre mois de prison, à Alès, elle écrit Les Soleils noirs qui deviendront L'Astragale : « petit roman d’amour pour Julien ». En mai 1964, Julien est libéré; le 9 août, c'est au tour d'Albertine. Ils s'installent dans les Cévennes à la Tanière (hameau de Camias, commune de Saint-André-de-Majencoules) dans une vieille maison achetée par Maurice, un ancien client d'Albertine, qui vient d'y prendre sa retraite et voue à la jeune femme un amour platonique.

Publications[modifier | modifier le code]

René Bastide, le journaliste du Méridional pour lequel elle avait fait quelques piges entre deux emprisonnements, l’adresse aux éditions Jean-Jacques Pauvert dont il connaît le directeur littéraire, Jean-Pierre Castelnau qui, le 27 avril 1964, accepte de publier L'Astragale et La Cavale. Albertine part alors pour Montpellier afin de corriger les dernières épreuves.

En 1966, ses livres connaissent un grand succès tant critique que populaire, elle reçoit le prix des quatre-jurys 1966. Elle achève La Traversière, publié le 25 novembre 1966.

L’Astragale est traduit en espagnol (El Astragalo), en anglais en 1966. Début 1967 Albertine cumule plusieurs opérations de l’astragale, ce qui ne l'empêche pas de travailler sur l’adaptation de L’Astragale pour le cinéma, que Guy Casaril va réaliser.

Décès[modifier | modifier le code]

Albertine et Julien s’installent aux Matelles au début 1967 mais Albertine, fragilisée par l'alcool, le tabac, les opérations récentes et sa vie chaotique, meurt à 29 ans à la clinique Saint-Roch de Montpellier, des suites d'une opération du rein mal préparée. L'anesthésiste, non diplômé, ne l'a jamais vue avant l'opération et ne connaît ni son groupe sanguin, ni son poids (le minimum pour opérer) ; de plus, elle n'est pas surveillée en salle de réveil et le sang de réserve manque. La presse dira : « Albertine Sarrazin termine son étrange destin. » Elle est inhumée, dans un premier temps au cimetière des Matelles puis, à la demande de son époux, sur leur propriété du mas de L'Oratoire.

Son mari attaque en justice l'équipe chirurgicale; le parquet fait classer l'affaire sans suites, mais Julien fait appel et gagne son procès : le chirurgien et l'anesthésiste de la clinique Saint-Roch sont condamnés à deux mois de prison avec sursis et 90 000 francs (environ 100 000 euros de 2014, avec l'inflation) d'amende pour homicide involontaire[9]. Peine légère, mais amende lourde pour l'époque ; cette affaire, ajoutée à d'autres semblables, incitera fortement les autorités sanitaires à modifier les règlements concernant l'anesthésie et les procédures pré et post-opératoires.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La Cavale (Jean-Jacques Pauvert, 1965) adapté au cinéma par Michel Mitrani en 1971
  • L'Astragale (Jean-Jacques Pauvert, 1965) adapté au cinéma par Guy Casaril en 1969, et par Brigitte Sy en 2015.
  • La Traversière (Jean-Jacques Pauvert, 1966)
  • Romans, lettres et poèmes (Jean-Jacques Pauvert, 1969)
  • Poèmes (Jean-Jacques Pauvert, 1969)
  • Lettres à Julien (Pauvert, 1971)
  • Le Times, journal de prison 1959 (éditions Sarrazin, 1972)
  • la Crèche, Bibiche, l'Affaire Saint-Jus, le Laveur (nouvelles, éditions Sarrazin, 1973).
  • Lettres de la vie littéraire (Pauvert, 1974)
  • Le Passe-Peine (Julliard, 1976)
  • Biftons de prison (1976)
  • Bibiche, vu par Annabelle Guetatra, Les éditions du Chemin de fer, 2012.

L'ensemble de ces livres a été tiré à plus de 3 millions d'exemplaires.

Un poème[modifier | modifier le code]

Verona Lovers

Sur les frais oreillers de marbre ciselé
Où fane un lourd feston de corolles savantes
Se confondent sans fin les amants aux amantes
Qui se sont fait mourir du verbe ensorcelé

Avares du vieillir ô vous enviez-les
D'avoir sur le tremplin des extases si lentes
Laissé ce million de minutes naissantes
Et bien royalement le monde tel qu'il est

Cette nuit-là comme ils s'aimèrent sans mensonge
Quelque pouce géant dans sa toute bonté
A fait rouler leurs yeux hors des coffres du songe

Cependant que très loin sur les terres bénies
Les violons têtus enchantaient les Asies
Et riaient de tendresse leurs divinités

Soissons, 1960

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Sarrazin, Albertine », sur bedetheque.com (consulté le 2 avril 2015)
  2. selon une source familiale
  3. On donne en effet aux enfants de l'Assistance le nom du saint du jour où l'enfant est trouvé
  4. Qu'elle appelle "mother" dans ses lettres, comme son héros Rimbaud appelait lui-même sa mère.
  5. Les père et mère, légitimes ou naturels, d'un enfant, ont tous les deux, mais chacun dans une mesure distincte, le droit de le faire détenir.[1]
  6. avec le Centre national d'enseignement par correspondance basé à Vanves
  7. aujourd'hui désaffectée, mais en cours de réhabilitation comme l'ensemble de la citadelle
  8. la fracture de ce petit os du pied) la fera extrêmement souffrir et l'empêchera même de marcher
  9. « Justice: Le «casseur» et les honnêtes gens », sur Referentiels du Nouvel Observateur, p. 36-37,‎

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Josane Duranteau, Albertine Sarrazin, éditions Sarrazin, 1971
  • Éric Vilboux, Albertine Sarrazin, éditions Lacour, 1999, [lire en ligne]
  • Jaques Layani, Albertine Sarrazin, une vie, éditions Écriture, 2001 (ISBN 2-909240-42-8)
  • Serge Velay (dir.), Michel Boissard et Catherine Bernié-Boissard, Petit dictionnaire des écrivains du Gard, Nîmes, Alcide, , 255 p. (présentation en ligne), p. 222-223

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • Albertine Sarrazin, le roman d'une vie de Sandrine Dumarais, produit pas Comic Strip Production, 52 min., 2004.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]