Madeleine Riffaud

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Madeleine Riffaud
Image illustrative de l’article Madeleine Riffaud

Naissance (96 ans)
Arvillers (Somme)
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession journaliste
correspondante de guerre
poète
Spécialité actualités générales & internationales
Autres activités résistante
Récompenses Prix de l’organisation internationale des journalistes avec Wilfred Burchett
Distinctions honorifiques Croix de guerre 1939-1945 (1945)
Chevalier de la Légion d'honneur (2001)
Médias
Pays Drapeau de la France France
Fonction principale Observatrice pour la Commission de Contrôle des accords de Genève
Presse écrite Ce Soir
La Vie ouvrière
L'Humanité
CBS News

Madeleine Riffaud, née le à Arvillers (Somme), est une résistante, poétesse, journaliste et correspondante de guerre française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née dans le Santerre, cette fille d'instituteurs grandit en Picardie. Elle est encore mineure quand elle s'engage dans la Résistance à Paris en 1942 sous le nom de code Rainer, « ce nom d'homme, de poète et d'Allemand »[1], en hommage à Rainer Maria Rilke et participe à plusieurs « coups de main » contre l'occupant nazi. C'est un « formidable coup de pied au cul » administré par un officier allemand alors que des soldats voulaient l'embrasser qui l'a poussée à s'engager[2]. Elle avait alors 18 ans.

Responsable d'un triangle du Front national des étudiants du Quartier latin, elle entre dans les FTP en . Elle obéit au mot d'ordre d'intensifier les actions armées en vue du soulèvement parisien d'août 1944 : le , elle abat en plein jour de deux balles dans la tête un officier de l'armée d'occupation sur le pont de Solférino[3]. Prenant la fuite en vélo, elle est rattrapée et renversée par la voiture de Pierre Anquetin (intendant de police de Seine-et-Oise et Seine-et-Marne depuis ). Ce dernier l'emmène au siège de la Gestapo, rue des Saussaies[4]. Elle est torturée par les Allemands, puis par les Français à la préfecture de Police. Mais elle garde le silence et est condamnée à mort[3].

Internée à Fresnes, puis à Compiègne, promise à la déportation, à laquelle elle échappe, sauvée par une femme qui la fait sauter du train[1], elle est à nouveau arrêtée et bénéficie finalement d'un échange de prisonniers et est libérée le [° 1]. Elle reprend alors immédiatement son combat dans la Résistance où elle est affectée à la compagnie Saint-Just avec le grade d'aspirant lieutenant.

Sa nouvelle mission, avec seulement trois résistants sous ses ordres, consiste en l'attaque du train arrivant aux Buttes-Chaumont (gare de Ménilmontant) qui aurait pu prendre à revers les résistants, engagés dans les batailles parisiennes[4]. Lorsqu'elle arrive sur place, le train est déjà présent et une personne vérifie que les rails ne sont pas sabotés. Elle demande à ses hommes de prendre l'ensemble des armes, grenades... qui n'avait pas encore été utilisés pour les combats de rue. Installé de part et d'autre de la voie, ils envoient l'ensemble d'un coup et lancent des fumigènes et des feux d'artifice dans le tunnel où le train se retranche. La garnison se rend, elle contribue donc à la capture de quatre-vingt soldats de la Wehrmacht et récupère pour les résistants des fusils et munitions destinés aux Allemands[4]. Nous sommes le , Madeleine Riffaud fête alors ses 20 ans[4].

Son engagement s'arrête à la fin des combats pour la Libération de Paris, l'armée régulière ne l'acceptant pas en tant que femme d'une part, mineure d'autre part[4]. Ses camarades de la compagnie Saint-Just poursuivent la lutte contre les nazis au sein de la brigade Fabien jusqu'à la victoire totale sur le régime hitlérien. Devenue majeure en 1945, elle épouse cette année-là Pierre Daix[5], chef de cabinet du ministre Charles Tillon, qu'elle présente à Picasso dès 1945 mais dont elle se sépare en 1947 puis divorce en 1953.

Poétesse, écrivaine, journaliste, correspondante de guerre, elle travaille après 1945 pour le quotidien communiste Ce Soir. Sa collègue Andrée Viollis, grand reporter de 76 ans[6], lui présente Hô Chi Minh, en visite officielle en France le 2 juillet 1946 pour la conférence de Paix de Fontainebleau[3], avant de partir en reportage en Afrique du Sud et à Madagascar[7].

Elle reçoit ensuite régulièrement jusqu'en 1949, chez elle au 118 rue Truffaut[6], Tran Ngoc Danh, membre de la délégation vietnamienne[6], et rêve d'y partir en reportage[6], désapprouvée par son époux Pierre Daix, qui la trouve « gauchiste »[6]. Elle se déclare fermement "ouvriériste", en couvrant les grèves des mineurs[6], écrit des textes sur l'Indochine en 1948 et milite contre l'emprisonnement de Trân Ngoc Danh, député de la République démocratique du Viêtnam[6].

L'un de ses derniers reportages pour Ce soir concerne l'enquête sur la mort le 28 octobre 1949 de Marcel Cerdan, célèbre un boxeur français, dans un accident aérien[6].

Elle passe de Ce soir, à La Vie Ouvrière avant les campagnes de l'Appel de Stockholm du 19 mars 1950[3], mais cet hebdomadaire publie ses poèmes dès 1946[6]. Très proche de Hô Chi Minh et du poète Nguyen Dinh Thi, qu'elle a respectivement rencontrés à Paris et Berlin en 1945 puis 1951, elle couvre la Guerre d'Indochine, épisode relaté dans Les Trois guerres de Madeleine Riffaud[8]. Elle deviendra la compagne de Nguyen Dinh Thi, futur ministre de la Culture[6].

Grand reporter pour le journal L'Humanité, elle couvre la guerre d'Algérie, au cours de laquelle elle est victime d'un attentat organisé par l'OAS.

Aussitôt guérie, elle couvre la guerre du Viêt Nam pendant sept ans, dans le maquis du Vietcong sous les bombardements américains. À son retour, elle se fait embaucher comme aide-soignante dans un hôpital parisien, expérience dont elle tire le best-seller Les Linges de la nuit.

Elle ne fera publiquement part de son engagement dans la Résistance qu'à partir de 1994, pour les 50 ans de la Libération. Devant son refus jusque-là, Raymond Aubrac le lui demande et elle accepte, pour ne pas faire tomber dans l'oubli ses "copains" décédés dans les luttes qui furent les leurs.

Décorations[modifier | modifier le code]

Odonyme[modifier | modifier le code]

  • École primaire Madeleine Riffaud, école maternelle et élémentaire publique de l'académie d'Amiens, 3 rue du Petit Bail 60130 Ravenel[9],[4].

Œuvre écrit[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

  • Le Poing fermé (1945) Avec un frontispice de Picasso et une préface de Paul Éluard.
  • On s'est battu contre la mort (1945), éditions France d'Abord, coll. « Jeunesse Héroïque »[° 2], dessins de Guédel
  • Le Courage d'aimer (1949)
  • Les Carnets de Charles Debarge, documents recueillis et commentés par Madeleine Riffaud (1951), Éditions sociales (préface de Charles Tillon)
  • Les Baguettes de jade (1953), Éditeurs français réunis (EFR)
  • Si j'en crois le jasmin (1958), éditions Coaraze
  • On l'appelait Rainer : 1939-1945 (1994), entretien avec Gilles Plazy, Julliard
  • Bleuette (2004), Tirésias

Reportages[modifier | modifier le code]

  • Ce que j'ai vu à Bizerte (1961), supplément à L'Humanité, no 5265 du
  • Merveille et douleurs : l'Iran (1963), récit publié en 1963 dans L'Humanité[° 3]
  • De votre envoyée spéciale… (1964), EFR Avec un portrait de l'auteur par Pablo Picasso.
    Prix 1965 de l'Organisation internationale des journalistes.
  • Dans les maquis « Vietcong » (1965), Julliard Réédition commentée par Philippe Devillers et Madeleine Riffaud.
  • Au Nord-Vietnam : écrit sous les bombes (1967), Julliard
  • Les Linges de la nuit (1974), Julliard

Poésie[modifier | modifier le code]

  • Cheval rouge : anthologie poétique, 1939-1972 (1973), EFR
  • La Folie du jasmin : poèmes dans la nuit coloniale (2001)

Contes[modifier | modifier le code]

Traduction[modifier | modifier le code]

  • Nguyễn Ðinh Thi, Front du ciel (Mãt trãn trên cao) (1968), Julliard Roman adapté en français et préfacé par Madeleine Riffaud.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En même temps que près de 2 500 résistants, sur intervention du consul de Suède Raoul Nordling (Les Résistances, miroirs des régimes d'oppression, Allemagne, France, Italie, François Marcot et Didier Musiedlak, université de Francfort, 2006, p. 125).
  2. La collection Jeunesse Héroïque est publiée par les éditions France d'Abord avec le concours de l'Association nationale des anciens francs-tireurs et partisans français. Voir sur litteraturepopulaire.winnerbb.net.
  3. Probablement d'abord sous forme d'articles en octobre 1963.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Madeleine Riffaud résiste toujours, leparisien.fr, 24 mai 2015
  2. Éric Mandel, « Les femmes dans la guerre : résistantes un jour, résistantes toujours », sur Le JDD, (consulté le 22 juillet 2019).
  3. a b c et d Tous les combats de Madeleine Riffaud, Alain Ruscio, humanite.fr, 22 août 2014
  4. a b c d e et f « « On a pris les armes de la douleur »: la résistante Madeleine Riffaud raconte la Libération de Paris, il y a 75 ans », sur AFP, (consulté le 7 août 2019)
  5. P. Daix, Tout mon temps, révisions de ma mémoire., p. 228, Fayard, Paris, 2001 (ISBN 2-213-60859-8).
  6. a b c d e f g h i et j "Madeleine Riffaud: L'esprit de résistance" par Isabelle Mons, 2019 [1]
  7. L'Humanité du 28 Août, 2012 [2]
  8. "Tous les combats de Madeleine Riffaud, dans L'Humanité du 22 Août, 2014 [3]
  9. « L'annuaire : fiche établissement », sur Ministère de l'Éducation Nationale, (consulté le 7 août 2019)
  10. « Vingt ans en août 1944 (80 min) », sur filmsdocumentaires.com (extrait de 6 min 16 s à regarder en ligne) [vidéo].
  11. Voir sur arkepix.com.
  12. « Les Trois Guerres de Madeleine Riffaud », sur film-documentaire.fr (extrait de 3 min 03 s à regarder en ligne) [vidéo].

Liens externes[modifier | modifier le code]