James Baldwin (écrivain)

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James Baldwin
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James Baldwin en 1969.

Nom de naissance James Arthur Baldwin
Naissance
Harlem, New York
Décès (à 63 ans)
Saint-Paul-de-Vence, Alpes-Maritimes
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture anglais
Mouvement social
Genres

Œuvres principales

La Conversion

James Arthur Baldwin (2 août 1924 – 1er décembre 1987) est un écrivain américain auteur de romans, de poésies, de nouvelles, de théâtre et d’essais. Son œuvre la plus connue est son premier roman semi-autobiographique intitulé La Conversion (Go Tell It on the Mountain, littéralement « Va le dire sur la montagne ») paru en 1953.

Ses essais, rassemblés dans Chronique d'un pays natal (1955), explorent les non-dits et les tensions sous-jacentes autour des distinctions raciales, sexuelles et de classe au sein des sociétés occidentales, en particulier dans l'Amérique du milieu du XXe siècle[1]. Ses romans et pièces de théâtre transposent quant à eux vers la fiction des dilemmes personnels, questionnant les pressions sociales et psychologiques complexes qui entravent non seulement l'intégration des personnes noires, mais aussi des hommes gays ou bisexuels. Il dépeint également les obstacles intériorisés qui empêchent de telles quêtes d'acceptation, par exemple dans son roman La Chambre de Giovanni, écrit en 1956, bien avant le mouvement de libération des homosexuels[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Juste avant la naissance de James, sa mère, Emma Berdis Jones, quitte son père biologique à cause de ses abus de drogue et s'installe à Harlem. Elle y épouse un pasteur, David Baldwin. La famille est très pauvre.

Baldwin passe beaucoup de temps à s'occuper de ses jeunes frères et sœurs. À l'âge de 10 ans, il est harcelé et abusé par deux officiers de la police de New York, un exemple de harcèlement raciste par le NYPD qu'il expérimentera à nouveau à l'adolescence, et qu'il documentera dans ses essais. Son père adoptif, que Baldwin dans ses essais nomme simplement son père, l'a semble-t-il traité avec une grande rudesse – bien davantage que ses frères et sœurs.

David Baldwin meurt de tuberculose pendant l'été 1943, alors que James va bientôt avoir 19 ans. Le jour de l'enterrement de son beau-père est aussi celui de son 19e anniversaire, ainsi que le jour où commencent les Harlem Riots de 1943, qu'il dépeindra plus tard en introduction de son essai Chronique d'un pays natal[3]. La quête pour expliquer le rejet familial et social qu'il a vécu – et ainsi se construire une identité apaisée – devint un thème récurrent dans les écrits de Baldwin.

Éducation[modifier | modifier le code]

Baldwin va dans une école publique, la P.S. 24, sur la 128e rue à Harlem, où il écrit l'hymne de l'école, qui restera en usage jusqu'à sa fermeture[4]. Il passe ses années de collège à la Frederick Douglass Junior High, où il est influencé par le poète Countee Cullen, l'une des figures de proue du mouvement de la Renaissance de Harlem. Son professeur de mathématiques l'encourage à participer comme éditeur au journal de l'établissement, le Douglass Pilot[5]. Juste avant lui, le collège Frederick Douglass avait accueilli le futur acteur Brock Peters, et le futur pianiste jazz Bud Powell[6]. Baldwin rejoint ensuite le lycée DeWitt Clinton High School dans le quartier de Bedford Park, dans le Bronx[7]. Là, aux côtés de Richard Avedon, Baldwin travaille sur le magazine de l'école en tant que directeur littéraire, mais il garde une mauvaise expérience de l'établissement à cause d'insultes raciales constantes[8].

Religion[modifier | modifier le code]

Les difficultés que Baldwin rencontre adolescent, notamment le comportement abusif de son beau-père, l'amènent à chercher secours dans la religion. À 14 ans, il assiste à des rassemblements de l’Église Pentecôtiste et, lors d'un meeting de prière euphorique, il se convertit puis devient prêcheur. Rapidement, à l'assemblée pentecôtiste de Fireside, il attire des foules plus nombreuses que celles que son beau-père attirait en son temps. Mais à 17 ans, le point de vue de Baldwin évolue et il juge que la Chrétienté est basée sur de faux présupposés. Plus tard, il considérera que sa période de prêcheur était une manière de surmonter ses crises personnelles.

Baldwin rencontre un jour Elijah Muhammad, leader du mouvement Nation of Islam, qui le questionne au sujet de ses croyances religieuses. Baldwin répond alors : « J'ai quitté l'église il y a 20 ans et je n'ai jamais rejoint quoique ce soit d'autre depuis. » Quand Elijah lui demande « Et qu'êtes-vous maintenant ? », il explique : « Maintenant ? Rien. Je suis écrivain. J'aime faire des choses seul. »[9] Cependant, son expérience avec l'église a significativement façonné sa vision du monde et son écriture[10]. Baldwin lui-même note que « être à la chaire c'était comme travailler au théâtre ; j'étais dans les coulisses et je savais comment se construisait l'illusion »[11].

Baldwin accuse le christianisme d'avoir renforcé le système esclavagiste Américain en palliant la sensation d'oppression tout en repoussant le salut à une vie après la mort. Baldwin louait cependant la religion en cela qu'elle inspirait certains Noirs Américains à défier l'oppression[12]. Il écrit ainsi : « Si le concept de Dieu a une utilité, c'est de nous rendre plus grands, plus libres et plus aimants. Si Dieu ne peut pas faire ça, il est temps de se débarrasser de lui. »[13] Baldwin se décrivait publiquement comme n'étant pas religieux[14]. Un enregistrement de lui chantant « Precious Lord, take my hand » a cappella fut diffusé à son enterrement[15].

Greenwich Village[modifier | modifier le code]

Photographie d'une plaque commémorative en l'honneur de James Baldwin et de sa contribution aux droits civiques.
Plaque commémorative dévoilée par la Greenwich Village Society for Historic Preservation au 81 Horatio Street, où James Baldwin vécut à la fin des années 1950, début 1960, pendant l'une de ses périodes créatives les plus prolifiques.

Un jour, alors que Baldwin a 15 ans, son camarade de classe et ami Emile Capouya sèche l'école et, à Greenwich Village, rencontre le peintre afro-américain Beauford Delaney. Capouya donne ensuite à Baldwin l'adresse de Delanay et lui suggère d'aller le rencontrer. À l'époque Baldwin, travaille après l'école dans un atelier clandestin sur Canal Street, non loin de chez Delanay, à qui il rend visite au 181 Greene Street. Delanay devient un mentor pour Baldwin qui, à son contact, réalise qu'une personne de couleur peut devenir artiste.

Tout en enchaînant les petits boulots, Baldwin écrit des nouvelles, essais et critiques de livres, dont certains seront plus tard réunis dans le recueil Chronique d'un pays natal (1955). En 1944, il devient ami avec l'acteur Marlon Brando, et les deux hommes partagent un appartement pendant un temps. Ils restent amis pendant plus de 20 ans.

Expatriation[modifier | modifier le code]

James Baldwin, photographié par Carl Van Vechten, 1955

C'est pendant son adolescence que Baldwin commence à prendre conscience de son homosexualité. En 1948, il entre dans un restaurant ségrégué pour Blancs : quand la serveuse lui annonce que l'établissement ne sert pas les Noirs, Baldwin lui jette un verre d'eau, brisant le miroir derrière elle. Frustré et attristé par les discriminations envers les Noirs aux États-Unis, Baldwin quitte le pays à l'âge de 24 ans pour s'installer en France, à Paris. Il souhaite ainsi s'éloigner des discriminations américaines et vivre son identité et son écriture en dehors du contexte afro-américain. Baldwin ne voulait pas être lu comme « juste un nègre ; ni même juste un écrivain nègre ». Il espère également résoudre ses questionnements autour de son orientation sexuelle, et échapper au désespoir auquel beaucoup de jeunes afro-américains tels que lui succombent à New York.

À Paris, Baldwin s'implique rapidement dans le radicalisme culturel de la Rive Gauche. Il commence à publier ses travaux dans des anthologies, notamment Zéro, édité par son ami Themistocles Hoetis, qui avait déjà publié des essais de Richard Wright.

Il vit en France pendant la majeure partie de sa vie, passant parfois du temps en Suisse et en Turquie. De son vivant comme après sa mort, Baldwin, très influent, est perçu non seulement comme un écrivain afro-américain, mais aussi comme un écrivain exilé, du fait de ses nombreuses expériences en dehors des États-Unis et de leur impact sur sa vie et sur son écriture.

Saint-Paul-de-Vence[modifier | modifier le code]

James Baldwin dans sa maison de Saint-Paul-de-Vence
James Baldwin dans sa maison de Saint-Paul-de-Vence.

Baldwin s'installe à Saint-Paul-de-Vence dans le sud de la France en 1970, dans une ancienne maison provençale sous les remparts du célèbre village. Sa maison est toujours ouverte à ses amis, qui lui rendent souvent visite sur le chemin de la Côte d'Azur. Le peintre américain Beauford Delaney fait de la maison de Baldwin sa résidence secondaire, installant souvent son chevalet dans le jardin. Delanay peint plusieurs portraits colorés de Baldwin. Les acteurs Harry Belafonte et Sidney Poitier sont également des invités réguliers.

Beaucoup des amis musiciens de Baldwin investissent l'endroit pendant les festivals de jazz de Nice et de Juan-les-Pins : Nina Simone, Josephine Baker (dont la sœur habitait à Nice), Miles Davis ou encore Ray Charles, pour qui il écrit plusieurs chansons. Dans son autobiographie, Miles Davis écrit :

J'avais lu ses livres et j'aimais et respectais ce qu'il avait à dire. Quand j'ai été amené à mieux le connaître, Jimmy et moi nous sommes ouverts l'un à l'autre. Nous sommes devenus de très bons amis. À chaque fois que j'étais dans le sud de la France, à Antibes, je passais un jour ou deux dans sa villa de Saint-Paul-de-Vences. On se mettait à l'aise dans cette belle et grande maison, et il nous racontait toutes sortes d'histoires... C'était un grand homme.

Baldwin apprend à parler français couramment et se lie d'amitié avec l'acteur français Yves Montand et l'écrivaine Marguerite Yourcenar, qui traduit vers le français sa pièce The Amen Corner (Le Coin des Amen).

Ses années à Saint-Paul-de-Vence sont également des années de travail. Attablé devant sa machine à écrire, il consacre ses journées à l'écrire et à répondre aux très nombreux courriers qu'il reçoit en provenance du monde entier. Il écrit certains de ses derniers travaux dans cette maison, notamment Harlem Quartet (Just Above My Head) en 1979, et Evidence of Things Not Seen (Preuves de phénomènes invisibles) en 1985. C'est aussi dans cette maison que Baldwin écrit sa fameuse « Lettre ouverte à ma sœur, Angela Y. Davis » ("Open Letter to My Sister, Angela Y. Davis") en novembre 1970.

Parcours militant[modifier | modifier le code]

Alors que son père s’oppose à ses aspirations littéraires, Baldwin trouve un soutien auprès d’un professeur ainsi qu’auprès du maire de New York, Fiorello H. LaGuardia. Il quitte sa famille pour s'installer à Greenwich Village, quartier de New York célèbre pour son milieu d'artistes et de libres-penseurs.

Au début des années 1940, il abandonne sa foi religieuse pour la littérature. Vivant de petits boulots, il commence à écrire des nouvelles, des essais et des critiques de livres. Ces premiers textes sont ensuite publiés dans Notes of a Native Son en 1955.

Entre-temps, Baldwin a fini par prendre conscience de son homosexualité et partage un temps un appartement avec Marlon Brando et se rapproche de Medgar Evers, Malcolm X, et Martin Luther King. Impliqué dans la lutte pour les droits civiques aux côtés de Sidney Poitier, Nina Simone et Harry Belafonte, il rencontre Robert Francis Kennedy.

En 1948, écœuré par les préjugés contre les Noirs et les homosexuels, il quitte les États-Unis pour Paris, où il devait passer pratiquement le reste de son existence.

Il a beaucoup influencé le travail de Philippe Derome (en), Jean Genet, Lee Strasberg, Elia Kazan, Robert Cordier, Miles Davis, Joséphine Baker, Allen Ginsberg, Maya Angelou et Toni Morrison.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Il a été distingué à de nombreuses reprises et a notamment obtenu le prix George-Polk en 1963.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • La Conversion[16] (Go Tell it on the Mountain, 1953)
  • Giovanni mon ami ou La Chambre de Giovanni (Giovanni’s Room), 1956
  • Un autre pays (Another Country), 1962
  • L'homme qui meurt (Tell Me How Long the Train's Been Gone, traduit en français en 1970)
  • Si Beale Street pouvait parler (If Beale Street Could Talk), 1974
  • Harlem Quartet (Just Above My Head), 1979

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Le Coin des Amen, 1954, mis en scène pour la première fois à l'université Howard, publié pour la première fois en 1968
  • Blues For Mr. Charlie, créé en 1964 au théâtre ANTA de New-York, publié la même année
  • Giovanni's Room, joué pour la première fois dans l'atelier de l'Actors Studio, New-York, en 1965 ; adaptation du roman paru en 1956
  • One Day, When I Was Lost, publiée en 1972
  • A Deed For The King Of Spain, créé à New-York en 1974
  • Running Through Paradise, inédit

Essais[modifier | modifier le code]

  • Chronique d'un pays natal (Notes of a Native Son), 1955
  • Personne ne sait mon nom (Nobody Knows My Name: More Notes of a Native Son), 1961
  • La Prochaine Fois, le feu (The Fire Next Time), 1963
  • Nous les nègres
  • Le Racisme en question
  • Chassés de la Lumière (No name in the street), 1971 ; traduit par Magali Berger, Stock, 1972 ; Livre de Poche, 1976 ; Ypsilon, 2015
  • Le Diable trouve à faire
  • Dialogue avec Nikki Giovanni
  • Retour dans l’œil du cyclone ; traduit par Hélène Borraz, Bourgois, 2015

Nouvelles[modifier | modifier le code]

  • Face à l'homme blanc

Autres[modifier | modifier le code]

  • Nothing Personal, 1964 ; titre français : Sans allusion ; textes accompagnant les photographies de Richard Avedon

Disque[modifier | modifier le code]

  • 1986 - A Lover's Question, disque du crépuscule Sur cet album de David Linx, James Baldwin récite ses poèmes, entouré de musiciens de jazz européens et américains.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Public Broadcasting Service. "James Baldwin: About the author". American Masters. November 29, 2006.
  2. Jean-François Gounardoo, Joseph J. Rodgers (1992). The Racial Problem in the Works of Richard Wright and James Baldwin. Greenwood Press. p. 158, p. 148–200.
  3. Baldwin J, Notes of a Native Son.
  4. « David Baldwin Remembers P.S. 24 School », sur Vimeo (consulté le 2 mars 2017)
  5. « James Baldwin | Goodman Theatre », sur www.goodmantheatre.org (consulté le 2 mars 2017)
  6. Pullman, Peter,, Wail : the life of Bud Powell, Peter Pullman LLC, (ISBN 9780985141813, OCLC 826851652, lire en ligne)
  7. Bobby Allyn, "DeWitt Clinton's remarkable alumni", City Room blog, The New York Times, July 21, 2009.
  8. Staff. "Richard Avedon", The Daily Telegraph, October 2, 2004 (accessed September 14, 2009). "He also edited the school magazine at DeWitt Clinton High, on which the black American writer James' Baldwin was literary editor."
  9.  Baldwin, James (1963). The Fire Next Time. Down at the Cross—Letter from a Region of My Mind: Vintage. (ISBN 9780312643065).
  10.  James, Chireau Y. (2005). "Baldwin's God: Sex, Hope and Crisis in Black Holiness Culture". Church History. 74 (4): 883–884. doi:10.1017/s0009640700101210.
  11. James Baldwin, The Fire Next Time (New York: Dial Press, 1963 / Vintage Books, 1993), p. 37.
  12.  "James Baldwin wrote about race and identity in America". voanews.com.
  13. Kimberly Winston, "Blacks say atheists were unseen civil rights heroes", USA Today, February 23, 2012.
  14. Will Poole. "Malcolm X - Debate with James Baldwin - September 5, 1963".
  15.  Boyd, Herb (2008). Harlem: A Biography of James Baldwin. New York: Atria Books. p. 178.
  16. Les Élus du Seigneur, titre de la première traduction.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Gardien des âmes (France Europe éditions), 1998, par Alain Roullier L'auteur raconte son amitié avec James Baldwin, qu'il a connu au cours des dernières années de sa vie.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]