Renouveau charismatique

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Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec le mouvement néo-charismatique

Le Mouvement charismatique ou Renouveau charismatique, (Réveil spirituel ou encore « néo-pentecôtisme ») est un courant spirituel apparu en 1960 au sein des églises dites « traditionnelles » : l'Église épiscopalienne, l'Église réformée, Église luthérienne en 1960. Certaines églises évangéliques indépendantes ont également vu le jour. L'Église catholique romaine a également été concernée vers 1967, ainsi que les églises orthodoxes en 1971. Ce mouvement, qualifié de « deuxième vague », après le premier réveil pentecôtiste de 1900, entend redonner vigueur aux « dons du Saint-Esprit » ou charismes, suivant l'épisode de la Pentecôte rapporté par le Nouveau Testament[1]. Toutefois, le parler en langues (glossolalie) n'est plus l'unique preuve du baptême du Saint-Esprit, annoncé par Jésus. Les autres dons spirituels (guérison, prophétie, etc.) sont encouragés et sont également des manifestations de cette expérience.

Dénominations du mouvement[modifier | modifier le code]

Le courant est appelé Mouvement charismatique par les historiens, sociologues et par la majorité des protestants et chrétiens évangéliques [2].

Pour les catholiques, le mouvement est appelé "Renouveau charismatique"[3].

L'expression « néo-pentecôtisme » est parfois utilisée[4], notamment en Amérique du Sud, pour désigner la mouvance charismatique et la distinguer du pentecôtisme proprement dit, qui lui est antérieur d'environ soixante ans.

Historique[modifier | modifier le code]

Chrétiens pentecôtistes en prière
Article détaillé : Pentecôtisme.

Le pentecôtisme, nouvelle branche du christianisme insistant sur l'accueil de l'Esprit-Saint, s'était développé aux États-Unis à partir de 1900 (à Topeka puis Los Angeles)[5],[6]. Ses manifestations spectaculaires (glossolalie, prophétie, guérisons, discernement, etc.) avaient assez vite provoqué des réactions de rejet de la part des autres églises (protestantes ou catholiques).

C'est dans une église épiscopale à Van-Nuys, Los Angles à Pâques 1960, que le mouvement charismatique fait son apparition[7]. Dans un sermon du 3 avril 1960, Dennis Bennett, pasteur épiscopalien déclare avoir vécu le baptême du Saint-Esprit avec parler en langues. Malgré cette expérience, il souhaite rester dans son Église. Il consacrera le reste de sa vie à propager son témoignage ainsi que cet enseignement dans les églises épiscopaliennes.

Le mouvement charismatique s'est fait particulièrement connaître par des ouvrages “grand public” parus aux États-Unis et décrivant l'un ou l'autre aspect particulier du mouvement :

  • Le livre du pasteur pentecôtiste David Wilkerson La croix et le poignard (The Cross and the Switchblade), publié en 1962, raconte comment, ayant reçu une “vision de Dieu”, l'auteur a quitté son ministère rural pour fonder une association d'aide aux jeunes en difficulté de New York. Il s'est vendu environ à seize millions d'exemplaires[8].
  • L'ouvrage du journaliste John Sherrill Ils parlent en d'autres langues (They speak with other tongues), publié en 1964, décrit le phénomène de glossolalie en faisant appel notamment aux compétences de linguistes. L'ouvrage s'est vendu à deux millions et demi d'exemplaires[9],[10].
  • La série des ouvrages de Merlin Carothers sur la louange, et en particulier le premier, De la prison à la louange (Prison to praise, (ISBN 978-0943026022)), paru en 1970, ont eu un fort impact sur les charismatiques de toutes confessions. L'ensemble de ses publications a été vendu à plus de dix-sept millions d'exemplaires[11],[12].

Ces ouvrages ont permis, sinon la diffusion, du moins la notoriété du mouvement et de ses manifestations aux États-Unis et dans certains autres pays, dans différentes dénominations d'église[L 1].

Le mouvement charismatique dans les autres Églises[modifier | modifier le code]

Dans les églises protestantes[modifier | modifier le code]

Après l'évènement de 1960 à Los Angeles, le mouvement a fait son entrée dans plusieurs églises protestantes (Église réformée ou Église luthérienne). Elles commencèrent à intégrer ces nouvelles pratiques spirituelles dans leur prière[C 1], notamment sous l'influence du pasteur pentecôtiste David Du Plessis, originaire d'Afrique du Sud[13],[4].

Dans les églises évangéliques[modifier | modifier le code]

Le mouvement a contribué à la création de nombreuses églises évangéliques indépendantes. En effet, certaines églises évangéliques ont décidé de suivre les directions de ce mouvement et de prendre des distances de leurs conventions pentecôtistes [14] L'Église Calvary Chapel de Costa Mesa (Californie) est l'une des premières congrégations évangéliques charismatiques en 1965 [15]. Au Royaume-Uni, l'Église Jesus Army, fondée en 1969, est un exemple de l'impact hors des USA [16]. Beaucoup d'autres congrégations ont ainsi été établis dans le reste du monde [17], [18].

Dans l'Église catholique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Renouveau charismatique catholique.

En février 1967, une trentaine d'étudiants de l'université catholique de Duquesne (en), en Pennsylvanie, durant un weekend d'étude biblique, reçurent le baptême dans l'Esprit-Saint[19],[20]. Cette université, à l'époque parmi les plus pauvres des États-Unis, a été fondée au XIXe siècle par les spiritains. Sa devise est : « C'est l'Esprit qui donne la vie ». Au cours de ces deux jours, la plupart d'entre eux affirment qu'ils font l'expérience de l'effusion de l'Esprit (ou baptême dans le Saint-Esprit). À la suite de cette expérience, des groupes de prière et des communautés commencèrent à essaimer dans l'Église catholique, aux États-Unis puis dans le reste du monde[L 2].

Le mouvement est accueilli plutôt favorablement par la hiérarchie catholique, intéressée par son dynamisme. Ainsi, le pape Paul VI ayant rappelé en 1973 que la « vie spirituelle des fidèles relève [...] de la responsabilité pastorale active de chaque évêque dans son propre diocèse »[1] accepte de recevoir un premier rassemblement des charismatiques en 1975 au cours d'une audience, demandant alors « comment le renouveau ne serait-il pas une chance pour l'Église et pour le monde ? »[19],[21]. D'autre part, le même Paul VI demande à un proche collaborateur, le cardinal Suenens d'être le vis-à-vis entre l'Église catholique et cette mouvance encore difficile à cadrer.

De nombreuses communautés sont issues du mouvement, telles la Chemin Neuf, la Communauté du Puits de Jacob et quelques autres.

Critiques du renouveau charismatique[modifier | modifier le code]

Une grande partie des critiques s'est exprimée au cours des années 1990, alors que l'accroissement des communautés nécessitait une organisation, qui, en plusieurs lieux, ont conduit à des excès.

Accusations de “faire jeu à part” dans l'Église[modifier | modifier le code]

Les charismatiques, et en particulier les communautés charismatiques catholiques, ont été accusées dans plusieurs lieux de monter leurs propres structures ecclésiales, d'une part ; et de se mettre systématiquement en avant dans certains diocèses, d'autre part. Ainsi, elles reçoivent, selon leurs détracteurs, une attention proportionnellement trop importante des médias, des jeunes ou des évêques, qui les préfèreraient à des structures plus anciennes.

Certains évêques ont reconnu cette préférence, mais l'ont expliquée par une disponibilité plus grande des charismatiques aux missions ecclésiales, comme Mgr Decourtray à Lyon : « Quand je demande des aumôniers pour des hôpitaux, je ne trouve personne. Sauf les charismatiques. »[22].

Accusations de pratiques illégales ou sectaires[modifier | modifier le code]

La plus virulente critique a été exprimée par Thierry Baffoy, Antoine Delestre et Jean-Paul Sauzet, dans leur ouvrage Les Naufragés de l'esprit, des sectes dans l'Église catholique, paru au Seuil en mai 1996 (ISBN 978-2020264136). Leurs auteurs sont des sympathisants du renouveau charismatique qui s'en sont éloignés, effrayés ou blessés par des pratiques excessives. Les critiques exprimées sont justifiées, mais plusieurs observateurs (Joseph-Marie Verlinde[23], Jacques Fortier et Béatrice Houchard des Dernières Nouvelles d'Alsace[24],[25], le réseau Croyants en liberté Sarthe[26]) montrent que ce livre “mal ficelé” applique aux charismatiques des critiques aisément reproductibles partout ailleurs.

Plusieurs accusations de dérives sectaires ont été mises en avant. Notamment, le dico des sectes mentionne, outre notamment l’Opus Dei et les Focolari, les Béatitudes, le Buisson ardent et le Chemin neuf[27]. Toutefois Annick Drogou n'y affirme pas que ces communautés sont sectaires : elle mentionne en note de bas de page que certaines obédiences religieuses « …même non sectaires en elles-mêmes, … sont indispensables à la compréhension de la dérive sectaire qui prend naissance à partir d'elles. »

Les différents rapports de la MIVILUDES[28] mentionnent rarement les communautés charismatiques. Les abus ayant eu lieu aux Béatitudes sont évoqués dans le rapport 2009 ; cependant, « Le ton de Jean-Michel Roulet reste prudent et Georges Fenech ne prononce ni l’expression “dérive sectaire”, ni l’expression “emprise mentale”, pourtant “consacrées” dans la rhétorique de la mission »[29].

C'est surtout en 2005 que la MIVILUDES a effectué un travail portant sur des activités de guérison. En soi, les prières de guérison, n'ayant pas de caractère d'intervention médicale (et donc ne tombant pas sous le coup de pratique illégale de la médecine), ne dérangent pas la Miviludes ; mais l'interdiction ou même la suggestion de ne pas recourir de manière complémentaire à des services médicaux nécessaire, en particulier quand il s'agit des enfants, fait l'objet d'une vigilance accrue.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Ouvrages de référence[modifier | modifier le code]


  1. Page 56.
  2. Page 54.
  1. Page 145.

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Charles Baladier, article Charismatique (mouvement), in Encyclopædia Universalis, édition 2010
  2. Sébastien Fath et Jean-Paul Willaime, La nouvelle France protestante: essor et recomposition au XXIe siècle, Édition Labor et Fides, France, 2011, page 149
  3. (fr) (en) « Qu'est-ce que le Renouveau charismatique catholique ? », International Catholic Charismatic Renewal Services,‎ ? (consulté le 9 mars 2012)
  4. a et b (fr) (en) « Le mouvement charismatique », Dr Wilbert Kreiss, Église luthérienne du Québec,‎ (consulté le 9 mars 2012)
  5. (fr) (en) « La naissance du Pentecôtisme moderne », Dons spirituels,‎ ? (consulté le 8 février 2012)
  6. (en) Cecil M. Robeck, The Azusa Street Mission and revival, Thomas Nelson Inc, 2006, (ISBN 978-1418506247), 342 pages.
  7. Ekom Daké Trimua, Histoire du christianisme: quelques éléments, Cameroun, Éditions CLÉ, 2006, page 187
  8. (fr) (en) « La croix et le poignard ([[International Standard Book Number|ISBN]] 978-0829708413[à vérifier : [[Catégorie:Ouvrage avec ISBN invalide|ISBN invalide]]])[[Category:Ouvrage avec ISBN invalide]] », CLC,‎ 2011 (consulté le 16 février 2012)
  9. (en) « They Speak With Other Tongues ([[International Standard Book Number|ISBN]] [[Spécial:Ouvrages de référence/978-0800791308|978-0800791308]]) », Amazon,‎ ? (consulté le 16 février 2012)
  10. (fr) (en) « Persée », Persée,‎ 1966 (consulté le 16 février 2012)
  11. (en) « Merlin R. Carothers », Goodreads,‎ ? (consulté le 16 février 2012)
  12. (en) « Prison to Praise », Google Books,‎ (consulté le 16 février 2012)
  13. (en) « Discerning the Charismatic Renewal », Theology Today,‎ (consulté le 8 février 2012)
  14. Randall Herbert Balmer, Encyclopedia of Evangelicalism, Baylor University Press, USA, 2004, page 149
  15. Douglas A. Sweeney, The American Evangelical Story: A History of the Movement, Baker Academic, USA, 2005, page 150-151
  16. Simon Cooper,Mike Farrant, Fire in Our Hearts: The Story of the Jesus Fellowship/Jesus Army, Multiply Publications, England, 1997, page 169
  17. Serge Dewel, Mouvement charismatique & pentecôtisme en Éthiopie: identité & religion, l'Harmattan, France, 2014, page 21
  18. Ed Stetzer,Understanding the Charismatic Movement, Christianity Today, USA, October 18, 2013
  19. a et b Claire Lesegretain, « Comprendre le Renouveau charismatique », sur La-Croix.com,‎ (consulté le 26 mai 2010)
  20. (fr) Laurent Frölich, Les catholiques intransigeants en France, Broché, 2003, (ISBN 978-2747516198), 406 pages ; « 2-§2 La spécificité charismatique », pages 93-94.
  21. (fr) (en) « DISCOURS DU PAPE PAUL VI AUX PARTICIPANTS AU IIIème CONGRÈS INTERNATIONAL DU RENOUVEAU CHARISMATIQUE CATHOLIQUE », Saint-Siège,‎ (consulté le 8 février 2012)
  22. (fr) (en) « L'Église catholique face à l'extraordinaire chrétien depuis Vatican II, thèse de Justine Louis à l'Université Lyon 3 », Université Lyon 3,‎ 2007 (consulté en 15 février 2012, page 222)
  23. (fr) (en) « Les Naufragés de l’Esprit : Extraits du livre, par thèmes », Pastorale, Nouvelles croyances et Dérives sectaires,‎ 2002 ? (consulté le 9 février 2012)
  24. (fr) (en) « Des sectes charismatiques ? » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Dernières Nouvelles d'Alsace, 26 mai 1996, consulté le 9 février 2012.
  25. (fr) (en) « Les charismatiques sont-ils sectaires ? » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Dernières Nouvelles d'Alsace, 26 juin 1996, consulté le 9 février 2012.
  26. (fr) (en) « Notes de lecture: Les naufragés de l'Esprit. Des sectes dans l'Église catholique (1996). », Croyants en liberté Sarthe,‎ ? (consulté le 9 février 2012)
  27. (fr) CCMM, Dico des sectes, Annick Drogou, Milan édition, 1998, (ISBN 978-2841137121).
  28. 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, le rapport 2008 mis en ligne est une erreur, 2009, [1]
  29. (fr) (en) « L'affaire de la communauté des Béatitudes », CICNS,‎ (consulté le 10 février 2012)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

De nombreux ouvrages écrits sont très polémiques :

  • soit trop élogieux (car faisant l'impasse sur les risques de dérives du renouveau charismatique),
  • soit extrêmement critiques (et ne présentant que les côtés obscurs de celui-ci).

Un autre problème est le manque de recul : le Renouveau charismatique étant arrivé en France au début des années 1970, de nombreux ouvrages l'analysent avec un recul de moins de vingt ans.

  • Edward Dennis O'Connor, Le Renouveau Charismatique, Éditions Beauchesne, 1975. Écrit “de l'intérieur” par un charismatique américain et présentant surtout son développement visible, sans se pencher sur les risques d'excès de la part des charismatiques.
  • Frédéric Lenoir, Les communautés nouvelles, interviews des fondateurs, éditions Fayard, avril 1988, (ISBN 978-2213021188), 364 pages. Entretiens avec les fondateurs des principales communautés nouvelles catholiques.
  • VELDHUIZEN Evert, "Le renouveau charismatique protestant en France 1968-1988", thèse de doctorat en histoire des religions, mars 1995, Paris IV, Paris Sorbonne sous la direction de M. Jean Bauberot, publication par l'atelier national de reproduction des thèses de Lille (638 pages).
  • Article d'Henri Tincq : « Les évangéliques, fous de Jésus » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), consulté le 2013-03-30 dans Le Monde du 24 décembre 2005, analysant plus particulièrement le renouveau charismatique protestant et le pentecôtisme.
  • Le pentecôtisme, contours et paradoxes d'un protestantisme émotionnel, dans les Archives des sciences sociales de religion, janvier-mars 1999 : article de fond sur l'historique du pentecôtisme.
  • Henri Madelin, rédacteur en chef de la revue Étvdes, Des sectes dans l'Église catholique, sous le titre Un dangereux désir de réenchanter le monde dans Le Monde diplomatique, août 1996.
  • Daniel Raffard de Brienne, Les Charismatiques après la fête, éditions Servir, 2001, brièvement présenté sur ce site.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]