Ihr werdet weinen und heulen

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Cantate BWV 103
Ihr werdet weinen und heulen
Titre français Vous allez gémir et vous lamenter
Liturgie Troisième dimanche après Pâques
Date de composition 1725
Texte original
Traduction de J-P. Grivois, note à note

Traduction française interlinéaire

Traduction française de M. Seiler
Effectif instrumental
Soli : S A T B
Chœur : S A T B
trompette, flûte piccolo, flûte traversière, hautbois d'amour I/II, violon I/II, alto, basse continue
Partition complète [PDF]

Partition Piano/Voix [PDF]
Informations et discographie (en)
Informations en français (fr)

Commentaires (en)

Ihr werdet weinen und heulen (Vous allez gémir et vous lamenter) (BWV 103) est une cantate religieuse de Johann Sebastian Bach, composée à Leipzig en 1725 pour le troisième dimanche après Pâques qui tombait cette année le 22 avril. Pour cette destination liturgique, deux autres cantates ont franchi le seuil de la postérité : les BWV12 et 146.

Bach compose la cantate au cours de sa deuxième année comme Thomaskantor à Leipzig et la dirige pour la première fois le . Il la dirige de nouveau le à Leipzig. C'est la première des neuf cantates sur des textes de Christiana Mariana von Ziegler que Bach compose à la fin de son second cycle annuel de cantates de Leipzig. Basée sur la lecture de l'évangile du discours d'adieu où Jésus annonce son départ et dit « votre tristesse se changera en joie », Bach contraste une musique de tristesse et de joie, notamment dans l'inhabituel premier mouvement où il insère un récitatif presque opératif de Jésus dans la disposition en fugue du choral. L'architecture du mouvement combine des éléments de la forme concerto grosso habituelle avec la plus ancienne forme du motet lié au texte. Bach attribue à une inhabituelle flûte piccolo (flûte à bec descant en ré) le rôle d'instrument obbligato dans une aria contemplant la douleur de l'absence de Jésus considéré comme un médecin qui doit panser les péchés des plaies. Bach prévoit une trompette dans un seul mouvement, une aria exprimant la joie du retour prévu de Jésus. La cantate en six mouvements se clôt avec un choral qui reprend la neuvième strophe du psaume Barmherzger Vater, höchster Gott de Paul Gerhardt.

Histoire et livret[modifier | modifier le code]

Bach compose la cantate à Leipzig pour le troisième dimanche après Pâques appelé Jubilate. Les lectures prescrites pour ce dimanche sont « Soumettez-vous à tout ordre humain » de la première épître de Pierre (2, 11–20), et la partie de l'évangile selon Jean dans laquelle Jésus annonce sa parousie dans ce qui s'appelle le « discours d'adieu », disant « votre tristesse se changera en joie » (16, 16–23). Pour cette même occasion, Bach a déjà composé Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen BWV 12 en 1714, qu'il utilisera plus tard comme base du mouvement Crucifixus dans sa Messe en si mineur[1].

Au cours de sa deuxième année à Leipzig, Bach compose des cantates chorales entre le premier dimanche après la Trinité et le dimanche des Rameaux mais pour Pâques retourne vers des cantates aux textes plus variés, peut-être en raison de la perte de son librettiste[2]. Neuf de ses cantates pour des occasions consécutives dans la période entre Pâques et la Pentecôte sont fondées sur des textes de Christiana Mariana von Ziegler, celui-ci étant le premier de la série écrite spécialement pour Bach[3]. Il les a peut-être commandés en 1724 pour son premier cycle de cantates mais n'a pas composé à cette époque en raison de la charge de travail exceptionnelle occasionnée par la création de la Passion selon saint Jean[4].

La librettiste commence avec une citation de l'évangile, vers 20, et conclut avec la neuvième strophe du psaume Barmherzger Vater, höchster Gott (1653) de Paul Gerhardt[5]. La poésie de von Ziegler reflète, dans une séquence de récitatifs et d'arias en deux mouvements, la tristesse face à la perte de Jésus et dans deux autres mouvements la joie à son retour prévu. Bach modifie considérablement son texte, par exemple dans le 4e mouvement supprime deux vers sur quatre et reformule les autres[1].

Bach dirige la cantate pour la première fois le avec le Thomanerchor. Pour les représentations suivantes, il modifie l'instrumentation et remplace la flûte piccolo par un violon concertant ou une flûte traversière[2].

Structure et instrumentation[modifier | modifier le code]

Flûte piccolo (en bas) par comparaison avec d'autres flûtes à bec

La cantate est écrite pour trompette, flûte piccolo, flûte à bec en ré, deux hautbois d'amour, deux violons, alto et basse continue, trois solistes vocaux (soprano, alto, ténor, basse) et chœur à quatre voix[1].

Il y a six mouvements :

  1. Coro e arioso (basse) : Ihr werdet weinen und heulen
  2. récitatif (ténor) : Wer sollte nicht in Klagen untergehn
  3. aria (alto) : Kein Arzt ist außer dir zu finden
  4. récitatif (alto) : Du wirst mich nach der Angst auch wiederum erquicken
  5. aria (ténor) : Erholet euch, betrübte Sinnen
  6. chœur (alto) : Ich hab dich einen Augenblick

Musique[modifier | modifier le code]

La cantate débute en si mineur, illustrant la tristesse, mais dans le 4e mouvement passe à la clé majeure relative de ré majeur, illustrant le thème de la consolation dans le texte de Ziegler[1].

Le chœur d'ouverture est construit sur une structure inhabituelle qui comprend un passage arioso pour la voix de basse. Tous les instruments sauf la trompette jouent une ritournelle, après quoi une chorale en fugue illustre des pleurs et des lamentations du texte dans le matériel musical indépendant en un riche chromatisme. En grand contraste, le vers suivant, aber die Welt wird sich freuen (« Mais le monde se réjouira »), est chanté par le chœur intégré dans une répétition de la première partie de la ritournelle. La séquence est répétée sur une plus grande échelle : cette fois, la fugue rend les deux vers de texte comme une double fugue avec le deuxième thème tiré de la ritournelle, puis la ritournelle est répétée dans son intégralité. La basse comme vox Christi (voix du Christ) chante trois fois avec un soudain changement de tempo en adagio, Ihr aber werdet traurig sein (« Mais vous serez triste ») comme un récitatif accompagnato. Le musicologue Julian Mincham note : « Ce récitatif ne comprend que huit mesures mais son contexte lui donne un énorme impact dramatique. Le manque de respect de Bach pour l'aversion des autorités conservatrices de Leipzig pour les styles d'opéra dans la musique religieuse n'a jamais été plus évident! »[6]. Klaus Hofmann compare les « mélodies et harmonie hautement expressives » du récitatif aux Passions de Bach[3]. Finalement, la longue séquence de fugue et de ritournelle avec chœurs revient, transposée, au texte Doch eure Traurigkeit soll in Freude verkehret werden (« Pourtant, votre tristesse sera changée en joie »). Selon Alfred Dürr, l'architecture du mouvement est une expérience à grande échelle combinant des éléments de l'ancien style d'un motet lié au texte avec la forme d'un concerto de groupes instrumentaux et de voix, comme habituellement utilisée par Bach[1]

John Eliot Gardiner, 2007

John Eliot Gardiner, qui a dirigé le « pèlerinage des cantates de Bach » avec le Monteverdi Choir en 2000, note que « La stratégie de Bach est de superposer ces humeurs opposées, de les lier dans un ensemble s'éclairant mutuellement en soulignant que c'est le même Dieu qui dispense ces conditions et qui les corrige »[7].

Le 2e mouvement est un récitatif secco pour ténor qui se termine par une section arioso avec un mélisme « profondément émouvant » sur le mot Schmerzen (« chagrins »)[6]. Le 3e mouvement Kein Arzt ist außer dir zu finden (« Auprès de toi ne se trouve aucun médecin ») est une aria pour alto avec la flûte piccolo en obbligato qui, selon Mincham, emploie une « figuration toujours ascendante qui modère le sentiment profond de la tragédie potentielle »[6]. Le récitatif de l'alto « signale un changement de scène », il commence en si mineur comme le chœur d'ouverture, mais évolue vers le ré majeur et se termine par une coloratura de grande ampleur mettant en valeur le mot Freude (joie)[3],[6]. Le 5e mouvement Erholet euch, betrübte Sinnen (« Remettez-vous, ô sentiments troublés »), reprend les joyeuses vocalises, soutenues par la trompette et les fanfares en triades dans l'orchestre[3]. Mincham note que la trompette « éclate sur nous avec une énergie, une acclamation et une jubilation inouïe, jusqu'à présent, dans cette œuvre »[6]. La cantate se termine avec une disposition en quatre parties du choral, chanté sur la mélodie du Was mein Gott will, dascheh allzeit[8] qu'utilise souvent Bach, notamment dans sa Passion selon saint Matthieu[6].

Enregistrements (sélection)[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Gilles Cantagrel, Les cantates de J.-S. Bach, Paris, Fayard, mars 2010, 1665 p. (ISBN 978-2-213-64434-9)

    Voir aussi[modifier | modifier le code]

    Source de la traduction[modifier | modifier le code]