Sécessionnisme linguistique

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Le sécessionnisme linguistique est un courant de pensée soutenant la constitution d'une variété linguistique en langue distincte d'autres variétés proches et avec qui elle se trouve traditionnellement regroupée. Dans la terminologie utilisée en typologie sociolinguistique des langues, il s'agit de la constitution d'une langue Ausbau ou langue par élaboration par promotion et standardisation séparée d'une variété d'un diasystème. Ce phénomène a été analysé et défini en sociolinguistique catalane[1]. On le retrouve aussi dans d'autres domaines linguistiques.

Domaine anglophone[modifier | modifier le code]

Les tentatives, au début du XIXe siècle, d’élaborer un standard américain distinct de l’anglais (autour de Noah Webster, qui considérait l'anglais britannique comme corrompu par l'aristocratie) ne se sont traduites que par l'adoption de distinctions orthographiques de faible portée.

Domaine roman[modifier | modifier le code]

Dans le domaine des langues romanes, certains mouvements ont été interprétés comme des tentatives de sécessionnisme linguistique :

  • une controverse porte dans certains milieux culturels et politiques sur l'unité linguistique entre catalan et valencien. En 1934, le catalan contemporain avait lui-même été proclamé comme une langue distincte de l’occitan[2].
  • en occitan-langue d’oc entre les partisans majoritaires d'une langue unique et les partisans minoritaires de plusieurs "langues d’oc" séparées (comme certains groupes provençaux, auvergnats et gascons, dont l'Institut Béarnais et Gascon). Le sous-dialecte niçois est considéré par certains groupes comme une langue indépendante à la fois de l'occitan et du provençal.
  • en roumain, entre le roumain et le moldave
  • en français, entre les différentes conceptions des dialectes d'oïl (langues séparées, étendue des domaines de chacun...)[réf. nécessaire]

Domaine slave[modifier | modifier le code]

Dans le domaine des langues slaves, on trouve du sécessionnisme linguistique :

Études de cas[modifier | modifier le code]

Occitano-roman[modifier | modifier le code]

Caractéristiques communes[modifier | modifier le code]

Dans l'espace occitano-catalan, le sécessionnisme linguistique est un phénomène qui s'est seulement développé dans les années 1970. Il est caractérisé par les traits suivants[3] :

  • Un refus non assumé du développement du catalan et de l'occitan comme langues de communications normales dans la société. C'est peut-être la principale raison qui explique les sécessionnismes linguistiques au sein de langues subalternes comme le catalan et l'occitan. Ce sécessionnisme linguistique représente, en fait, une incapacité d'inverser la diglossie et la substitution linguistique. Parallèlement, s'accompagne une idéologie qui idéalise la coexistence entre la langue subordonnée (une variété du catalan ou de l'occitan) et la langue dominante (espagnol, français, ou italien), niant ou minimisant le conflit linguistique. Ce n'est pas la langue objectivement dominante (l'espagnol, le français, ou l'italien) qui est stigmatisée comme l'ennemi principal, mais leur propre langue (le catalan ou l'occitan) dans le but d'en séparer une variété régionale.
  • Une rupture et une contradiction avec les traditions renaissantistes des mouvements catalans et occitans, affirmant l'unité du catalan et de l'occitan depuis le XIXe siècle.
  • Une ignorance souvent volontaire de la recherche dans la linguistique romane qui affirme l'unité du catalan et l'occitan[4].
  • Des crispations identitaires autour des dialectes pour qu'ils soient considérés comme des langues distinctes.
  • Un manque de résultats, ou une position très marginale dans la recherche scientifique en linguistique[5].
  • Un lobbying actif envers les milieux politiques régionaux.
  • L'adhésion à une graphie ou à une norme qui rompt l'unité linguistique et qui exagère les particularités dialectales.

Occitan[modifier | modifier le code]

En occitan, il y a trois cas:

  • Le sécessionnisme linguistique auvergnat qui est soutenu depuis les années 1970 par Pierre Bonnaud, concepteur de la norme bonnaudienne, fondateur du Cercle Terre d'Auvergne et du magazine Bïzà Neirà. L'impact sur la population est négligeable. L'environnement culturel auvergnat est divisé entre la vision unitaire de l'occitan (en faveur de la norme classique standard) et le sécessionnisme (en faveur de la norme bonnaudienne).
  • Le sécessionnisme linguistique provençal est apparu dans les années 1970 avec Louis Bayle. Il a été réactivé depuis les années 1990 par Philippe Blanchet et des groupes tels que l'Unioun Prouvençalo ou le Couleitiéu Prouvènço. Ils revendiquent la norme mistralienne mais ils ne sont pas représentatifs de tous les utilisateurs de la norme mistralienne, qui sont traditionnellement partisans de l'unité de l'occitan. L'impact sur la population est faible. L'environnement culturel de la Provence est divisé entre la vision unitaire de la langue (avec des partisans tant de la norme mistralienne que de la norme classique standard) et le sécessionnisme (qui ne compte que des partisans de la norme mistralienne). Sur la demande de nombreuses d'associations provençalistes, le conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur a voté une résolution le 5 Décembre 2003 approuvant le principe de l'unité de l'occitan ou langue d'oc et que de fait le provençal en fait partie.
    • On peut noter qu'il existe aussi un courant qui défend une langue niçoise indépendante du provençal.
  • Le sécessionnisme linguistique gascon fût soutenu dès les 1990 par Jean Lafitte, qui a créé dans les années 2000 l'Institut Bearnés e Gascon. L'impact sur la population est négligeable. L'environnement culturel gascon adhère à la vision unifiée de la langue presque à l'unanimité. Le sécessionnisme de Jean Lafitte propose deux systèmes graphiques originaux, une déviance anti-normative de la norme classique et déviance anti-normative de la norme mistralienne; ou plus précisément un écart de la norme fébusienne qui est la version gasconne de la norme mistralienne. Dans le Val d'Aran, le gascon est très officiellement définie comme une variété de l'occitan. Le statut de 1990 présente le gascon aranais comme variété de la langue occitane propre au Val d'Aran. De même, le statut d'autonomie de la Catalogne rénové en 2006 confirme cette formule: La langue occitane, appelée aranais dans le Val d'Aran.

Catalan[modifier | modifier le code]

En catalan, il y a trois cas:

  • Le sécessionnisme linguistique valencien ou blavérisme apparaît à la fin des années 70, au cours de la transition démocratique. Il est soutenu par certains secteurs politiques et culturels conservateurs de la société valencienne, qui sont considérés comme "post-franquiste" par les partisans de l'unité de la langue catalane. L'impact sur la population est nuancée: la plupart des valenciens appellent leur langue valencien, mais ils sont divisés sur la question de l'unité de la langue catalane. Certains admettent que le valencien est un autre nom possible pour le catalan, tandis que d'autres affirment que le valencien est une langue distincte du catalan. L'impact du blavérisme est nul dans la communauté scientifique des linguistes. Mais il a impacté la transition politique valencienne en imposant son idéologie dans le statut d'autonomie de la Communauté valencienne et perdure toujours, mais à un degré moindre, grâce à la présence de l'académie valencienne de la langue. Les blavéristes écrivent le valencien en suivant les normes del Puig et suivent les prescriptions de l'Académie royale de Culture Valencienne. Tandis que les partisans de l'unité du catalan et les institutions officielles acceptent les règles officielles du catalan (normes de Castellón, prescriptions de l'Institut d'Estudis Catalans et de l'Académie valencienne de la langue).
  • Le sécessionnisme linguistique baléare est tout à fait marginal. Il est soutenu par des groupes culturels et politiques désorganisés et faibles. Il est lié à une forte catalanophobie mais ne devrait pas être confondu avec la tendance sociolinguistique historique, plus répandue et mieux structurée: le gonellisme. Celui-ci admet l'unité de la langue catalane mais insiste sur la défense de ses variétés baléares, ses partisans étant critiques avec le modèle standard de la norme qui selon-eux privilégie le parler de Barcelone. Ses fondements sont le statut d'autonomie des îles Baléares et une lettre-manifeste signée à l'été 1972 au nom de Pep Gonella, entre autres sources d'inspirations passées et ultérieures (néo-gonelllisme ou gonellisme illustré).
  • Le sécessionnisme linguistique dans la frange d'Aragon (zone parlant le catalan en Aragon) est tout à fait marginal et est apparue récemment. Il est soutenu par des groupes liés à des mouvements qui rejettent la présence du catalan en Aragon. En 2012, le gouvernement d'Aragon a inventé l'appellation de langue aragonaise propre à l'aire orientale (LAPAO) (OC) afin de remplacer l'usage officiel du terme catalan. La loi sur les langues de la communauté a été modifiée dans ce sens en 2013.

Daco-roumain[modifier | modifier le code]

Serbo-croate[modifier | modifier le code]

Anglais[modifier | modifier le code]

Hindi et Ourdou[modifier | modifier le code]

Portugais[modifier | modifier le code]

Filipino et Tagalog[modifier | modifier le code]

Comparaisons[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Par exemple :
    • STRUBELL Miquel (1991) "Catalan in Valencia: the story of an attempted secession", Swiss Academy of Social Science Colloquium on Standardization: Parpan / Chur (Grisons) 15-20 April 1991
    • PRADILLA Miquel Àngel (1999) "El secessionisme lingüístic valencià", in: PRADILLA Miquel Àngel (1999) (ed.) La llengua catalana al tombant del mil·leni, Barcelona: Empúries, p. 153-202.
    • Article "secessionisme lingüístic", in: RUIZ I SAN PASCUAL Francesc, & SANZ I RIBELLES Rosa, & SOLÉ I CAMARDONS Jordi (2001) Diccionari de sociolingüística, coll. Diccionaris temàtics, Barcelona: Enciclopèdia Catalana.
  2. Manifeste Desviacions en els conceptes de llengua i de pàtria, mai 1934
  3. SUMIEN Domergue (2006) La standardisation pluricentrique de l'occitan: nouvel enjeu sociolinguistique, développement du lexique et de la morphologie, col·l. Publications de l'Association Internationale d'Études Occitanes 3, Turnhout: Brepols, p. 49.
  4. Pierre Bec (1970-71) = BEC Pierre (collab. Octave NANDRIS, Žarko MULJAČIĆ) Manuel pratique de philologie romane, Paris: Picard, 2 vol.
  5. KREMNITZ Georg, "Une approche sociolinguistique", in KIRSCH F. Peter, & KREMNITZ Georg, & SCHLIEBEN-LANGE Brigitte (2002) Petite histoire sociale de la langue occitane: usages, images, littérature, grammaires et dictionnaires, col·l. Cap al Sud, F-66140 Canet: Trabucaire, p. 109-111 [version actualisée et traduction partielle de : HOLTUS Günter, & METZELTIN Michael, & SCHMITT Christian (1991) (dir.) Lexikon der Romanistischen Linguistik. Vol. V-2: Okzitanisch, Katalanisch, Tübingen: Niemeyer]

Liens internes[modifier | modifier le code]